Lopération Bouclier de l'Euphrate () a lieu du au lors de la guerre civile syrienne. Il s'agit d'une offensive menée dans le Nord de la Syrie par la Turquie et des groupes rebelles syriens contre l'État islamique et les Forces démocratiques syriennes (FDS). Cette offensive commence par la prise de Jarablous et aboutit à la prise de la ville d'al-Bab le . L'opération s'achève officiellement le .

Prélude À l'été 2016, la zone allant du poste frontière d'al-Raï jusqu'à la ville de Jarablous est la dernière contrôlée par l'État islamique le long de la frontière turque. Cette zone est alors convoitée par les Forces démocratiques syriennes, dominée par les Kurdes du PYD, qui ont proclamé une « région fédérale » le et qui cherchent à unifier leur territoire d'Afrine jusqu'au gouvernorat de Hassaké....

Le , les Forces démocratiques syriennes franchissent l'Euphrate et le , après une longue bataille, elles s'emparent de Manbij. Les FDS menacent alors al-Bab à l'ouest et Jarablous au nord, toujours contrôlés par l'EI. Afin d'apaiser Ankara, elles déclarent le qu'elles n'ont pour l'heure par l'intention de faire mouvement sur Jarablous.. Mais pour la Turquie, la création d'une entité kurde autonome à sa frontière, contrôlée par le PYD, lié au PKK, est inacceptable.. Son objectif est alors de prendre de vitesse les Kurdes et d'occuper Jarablous avant ces derniers. Le , les FDS annoncent la création d'un « Conseil militaire de Jarablus », mais son commandant, Abdulsattar Al-Kadiri, est assassiné le lendemain. Les Kurdes accusent aussitôt les services secrets turcs.

Pour cette opération, la Turquie retire de l'Armée syrienne libre de la région d'Alep . Cela s'effectue dans le contexte d'un rapprochement entre la Turquie et la Russie, après une crise diplomatique en 2015 . En contrepartie d'un affaiblissement des défenses rebelles d'Alep, la Russie laisse la Turquie intervenir en Syrie.

Le , les rebelles basés à Azaz s'emparent du poste-frontière d'al-Raï . Le , cinquante familles de combattants de l'État islamique évacuent Jarablous et se replient sur al-Bab. Le , plusieurs centaines de rebelles venus d'Azaz et prennent position du côté turc de la frontière . Le même jour, l'artillerie turque ouvre le feu et pilonne à la fois les positions de l'État islamique à Jarablous et celles des Forces démocratiques syriennes du côté de Manbij. Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu déclare alors que la frontière .. Le , la population civile de la petite ville turque de Karkamış, située face à Jarablous, est évacuée.

Forces en présence vignette|upright=1.3|gauche|Des rebelles du Conseil militaire d'al-Bab, affilié à l'Armée syrienne libre, le 10 février 2017.

De nombreux groupes rebelles prennent part à l'offensive : la division Sultan Mourad , Faylaq al-Cham , la , Liwa Suqour al-Jabal, le Harakat Nour al-Din al-Zenki , le Front du Levant, Jaych al-Tahrir, la Division al-Hamza, Liwa al-Fatah, Jaych al-Nasr, Ahrar Tal Rifaat, la Brigade al-Moutasem et Ahrar al-Cham.

Selon les estimations, environ traversent la frontière à Jarablous le Bulent Kilic et Fulya Ozerkan . À cette occasion, les troupes arabes portent un brassard rouge et les combattants turkmènes un brassard bleu. En plus de ces forces, environ de l'opposition sont présents dans la région d'Azaz et Marea .

L'armée turque, pour sa part, est affaiblie par les purges menées après la tentative de coup d'État de . Certains officiers engagés dans l'opération Bouclier de l'Euphrate font alors même l'objet d'enquêtes. Si l'armée de terre a été relativement épargnée, les purges ont été massives dans la gendarmerie, et plus encore dans l'aviation. En Syrie, ces forces sont dirigées par le lieutenant-général , chef des forces spéciales.

Prise de Jarablous par l'armée turque et les rebelles syriens (24 août 2016)

Déroulement Le , à quatre heures du matin, l'armée turque et la coalition lancent l'opération sur la ville de Jarablous, peuplée de . Les forces spéciales turques pénètrent les premières en territoire syrien, puis une dizaine de chars soutenus par l'aviation franchissent à leur tour la frontière. Les Américains engagent également des A-10 et des F-16 qui bombardent des positions de l'EI.

Dans la journée du , en début d'après-midi, les rebelles prennent le village de Keklija, situé à à l'ouest de Jarablous et à l'intérieur du territoire syrien. Les Turcs et les rebelles ne rencontrent qu'une faible résistance, dès le milieu de l'après-midi, après douze heures d'offensive, Jarablous est conquise et les combattants de l'EI se replient vers Al-Bab . Le même jour, le Premier ministre turc affirme souhaiter que l'opération se termine rapidement. Pour Ankara, il n'est pas question que l'armée turque reste plusieurs semaines sur le territoire syrien, avec des troupes au sol.

Le , la Turquie fait entrer en Syrie dix autres chars, des ambulances ainsi que des engins lourds par la ville de Karkamis. Le lieutenant-général se rend à Jarablous pour inspecter les forces.

Pertes Selon l'agence gouvernementale turque Anadolu, l'armée ne déplore aucune perte et les rebelles comptent un seul tué. Un commandant de Faylaq al-Cham affirme également à l'agence Reuters qu'une cinquantaine de djihadistes ont été tués.

Le au matin, la presse turque annonce la mort d'une centaine de djihadistes.

Réactions internationales Dès la mise en place de l'opération, les réactions se multiplient. Le ministre syrien des Affaires étrangères réclame la fin de cette opération qu'il considère comme .

En France, un porte-parole du Quai d'Orsay annonce que . De son côté, le président François Hollande assure : . Ainsi, le président de la République veut

L'Allemagne apporte son soutien à l'offensive militaire de la Turquie contre l'EI mais aussi contre les milices kurdes qu'elle considère comme une organisation terroriste.

Les États-Unis apportent leur soutien à une opération coup de poing turque indique un responsable américain sous couvert d'anonymat. Selon ce responsable, . En visite à Ankara, le vice-président américain Joe Biden déclare également que les YPG qui ont pris part à la prise de Manbij doivent se replier sur la rive est de l'Euphrate, faute de quoi ils perdront le soutien des États-Unis .

Salih Muslim, le coprésident du PYD, dénonce l'opération et affirme que : .

De son côté Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, affirme que : . Mais la Russie ne condamne pas l'intervention. Selon le géographe Fabrice Balanche, la Russie aurait échangé un moindre soutien aux Kurdes du PYD contre celui de la Turquie à la rébellion syrienne .

Offensive turco-rebelle contre des Forces démocratiques syriennes au nord de Manbij (27-30 août 2016) Déroulement Afin d'éviter des combats contre les rebelles, et sous la pression des États-Unis, les Kurdes des YPG annoncent le qu'ils se retirent de Manbij et se replient sur la rive est de l'Euphrate. Le contrôle de la ville est laissé au Conseil militaire de Manbij, dont les groupes sont rattachés aux Forces démocratiques syriennes. Pourtant le même jour, vers 18 heures, l'artillerie turque ouvre le feu sur des combattants du PYD qui venaient de s'emparer de sept villages à au nord de Manbij selon l'agence Anadolu.

Le , l'aviation turque bombarde le village d'Al-Amarna, situé à huit kilomètres au sud de Jarablous et occupé par les hommes de Jaych al-Thuwar, intégré aux Forces démocratiques syriennes . Les Bataillons Shams al-Shamal annoncent alors qu'ils se portent vers le front de Jarablous afin de soutenir le Conseil militaire de Jarablous face à des . Plusieurs autres groupes intégrés dans les Forces démocratiques syriennes condamnent l'intervention d'Ankara. Des combats éclatent alors à al-Amarna entre Jaych al-Thuwar et les chars turcs : un soldat turc est tué et trois autres sont blessés par des tirs de roquettes effectués contre deux chars. Ankara continue d'envoyer des véhicules à la frontière syrienne, dont des Leopard 2.. À la date du , 380 soldats turcs sont déployés en Syrie avec 50 chars.

Le matin du , l'artillerie et l'aviation turque bombardent les villages d'al-Amarné et de Jeb el-Koussa, situés respectivement à au sud de Jarablous. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme ces tirs font au moins 40 morts et 70 blessés parmi la population civile et au moins quatre morts chez les combattants des FDS. L'armée turque donne quant à elle un bilan de 25 « terroristes » tués, tandis que l'administration du Rojava affirme que 75 civils sont morts. Human Rights Watch donnera de son côté le un bilan de 24 civils tués, dont 6 enfants, par les bombardements turcs du , ainsi que 10 à 15 combattants des FDS cachés parmi les civils. Les rebelles attaquent ensuite et prennent plusieurs villages au sud de Jarablous, au moins une dizaine de combattants des FDS sont faits prisonniers. Le colonel Ahmed Osman, commandant des forces de la Division Sultan Mourad, déclare alors que ses hommes font mouvement pour prendre la ville de Manbij.

Le , les Forces démocratiques syriennes se retirent au sud de la rivière Sajour. Quelques heures plus tard, la rivière est franchie par les rebelles qui continuent leur progression vers le sud. Les FDS rassemblent des renforts à Manbij, mais les YPG affirment que leurs troupes n'en font pas partie, et que contrairement aux déclarations du gouvernement turc, toutes leurs unités se sont repliées sur la rive est de l'Euphrate.

Réactions internationales La Turquie justifie l'offensive par le biais de son ministre de la Défense et annonce que : .. Le , le président Recep Tayyip Erdoğan prévient que la Turquie veut lutter contre les combattants kurdes et l'État islamique.

Alliés à la fois de la Turquie, de l'Armée syrienne libre et des Forces démocratiques syriennes, les États-Unis réclament la fin de ces combats . Le , Brett McGurk, envoyé spécial des États-Unis auprès de la coalition, déclare que les affrontements entre les forces turco-rebelles et les FDS sont .

Le , le colonel John Thomas, porte-parole du Centcom, annonce que les forces turques et les FDS ont accepté d'arrêter les hostilités : . Le lendemain, le Conseil militaire de Jarablous confirme la tenue d'un cessez-le-feu temporaire mené avec la médiation des États-Unis . Mais le même jour, Ömer Çelik, le ministre turc des Affaires étrangères, dément et affirme qu'Ankara refuse avec les forces kurdes. Le , un responsable américain de la Défense déclare anonymement à l'AFP que la présence des YPG au sud de Jarablous est et ajoute : . Mais le même jour, le président Erdoğan déclare : . Cependant le , le vice-Premier ministre turc Numan Kurtulmuş se félicite que de nombreux miliciens des YPG se soient repliés à l'est de l'Euphrate mais indique que plusieurs de leurs éléments sont toujours présents à Manbij.

De son côté l'Iran demande le à la Turquie de cesser rapidement ses opérations militaires. Bahman Ghassemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, déclare que : .

Le , le conseil religieux d'Ahrar al-Cham annonce apporter son soutien à l'intervention militaire turque au nord de la Syrie au nom de la .

Offensive turco-rebelle contre l'État islamique au nord d'al-Bab ( septembre – 10 décembre 2016) Déroulement vignette|gauche|upright=1.4|Situation dans le Nord du gouvernorat d'Alep, à la date du .

vignette|gauche|upright=1.4|Situation dans le Nord du gouvernorat d'Alep, à la date du .

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