Le site archéologique d'Allonnes est un complexe constitué de structures architecturales protohistoriques (Âge du fer) et gallo-romaines. Ce site est localisé sur le territoire de la commune d'Allonnes dans le département de la Sarthe.
L'un des édifices monumentaux du site, les , daté du , fait l'objet de premières prospections archéologiques en . Ces premières investigations permettent de dégager un petit temple gaulois au hameau des . Au , entre , alors financées par le Conseil départemental de la Sarthe, des recherches archéologiques mettent en évidence d'autres structures monumentales d'époque gallo-romaine. Ces recherches sont menées sous la direction de Charles Drouet. Le second programme de fouilles, au sein du lieu-dit et réalisées à partir de , se poursuivent en sous le patronage de l'archéologue Pierre Térouanne, mettent en évidence un imposant bâtiment d'une superficie d'environ : le sanctuaire de Mars Mullo. Ce monument, à vocation religieuse, est un édifice gallo-romain construit au , puis abandonné au cours du . Des gisements d'objets artisanaux, numismatiques. et épigraphiques.. y ont été exhumées lors des d'investigations archéologiques suivantes. Le sanctuaire est classé monument historique en .
D'autres chantiers, effectués au cœur du hameau allonnais des ont permis de dégager un autre temple, celui-ci de taille plus petite, et de style architectural corinthien.
Les archéologues travaillant sur le site d'Allonnes, ont également mis au jour une nécropole appartenant à la tribu gauloise des Aulerques Cénomans. Des dépôts, à destination cultuelle, composés de céramiques, d'ustensiles domestiques métalliques et d'armes, ont été exhumés au cours de ces fouilles.
Ce complexe monumental, localisé à proximité d'un gué (le .) tributaire de la Sarthe. Avant de subir un processus de , l'ensemble du site antique connaît une occupation gauloise qui débute à l'époque laténienne ()
Étymologie, toponymie et hydronomie À l'instar d'Albert Dauzat () et de Charles Rostaing (), le linguiste Pierre-Louis Augereau indique que le toponyme d' est probablement associé à la divinité celte .. (ou ), et dont la cité sarthoise aurait été tutélaire. En outre, Augereau relève que le toponyme procède de la fusion de deux termes linguistiques gaulois : le premier, le substantif , qui se rapporte au domaine hydrologique ; le second, l'acronyme , qui est associé à la
, élément que l'on retrouve notamment au sein du hydronyme du cours d'eau de l'Autonne (affluent du Lot, ou encore dans le toponyme de la commune de Chalonnes (département de Maine-et-Loire). Certains noms de rivière l'Alleaume, dans le département de la Manche témoignent également de l'insertion de cet élément linguistique. D'après Xavier Delamarre, l'hydronyme possède une racine provenant de mots plus anciens tels que « » et « ».. La documentation épigraphique européenne, relativement riche de mentions comportant le terme ou met en évidence l'importance que ce mot recouvre au sein des communautés celtes.
De son côté, le lexicographe et linguiste spécialiste des langues celtiques Christian-Joseph Guyonvarc'h () relève la même cursus hydronomique, théonymique et toponymique relatif au terme Allonnes. Il observe également un certain nombre d'ethnonymes se rattachant à Allonnes, , , ou encore .. Le linguiste originaire de Bretagne met également en évidence le processus de continuité et de transformation du toponyme allonnais de la Sarthe dans son utilisation, de la fin du Haut Empire romain jusqu'aux années précédent la révolution française. Ainsi, de , indiqué sur les pièces de monnaie d'époque mérovingienne, en , le nom de la cité est également attestée par , au cours Moyen Âge, et par au siècle des lumières.
Contexte géographique Le site archéologique d'Allonnes est implanté sur la commune éponyme d'Allonnes dans le département de la Sarthe en région Pays de la Loire. Il est localisé à environ au Sud-Ouest de la ville du Mans....
Au cours de l'Âge du fer, puis à l'époque gallo-romaine, le site, connu sous le toponyme d' (ou ), le site fait partie intégrante du territoire des . L'ensemble de cette gauloise recouvre, peu ou prou l'actuel département de la Sarthe. Avec d'autres , tels que celui d'Oisseau-le-Petit, d'Aubigné-Racan-Cherré, ou encore celui de Sablé-sur-Sarthe, la cité allonnaise constitue un maillage de villes secondaires d'un ensemble territorial dont la capitale est (la ville de Le Mans contemporaine.
Localisé dans la plaine alluviale de la Sarthe, le site surplombe la vallée sarthoise à environ d'altitude. Les vestiges protohistorique, disposés sur un vaste plateau, sont encadrés à l'est par la dépression de l'Huisne (affluent de la Sarthe), la et celle des .
Les structures protohistoriques et antiques allonnaises se développent à travers deux champs (celui de l' et du ), au sein des soubassements du centre-ville Sarthois (essentiellement Boulevard Pasteur), jusqu'à un gué, le . Ainsi, l'extrémité occidentale du site archéologique occupe une position proche du cours de la Sarthe. La parure monumentale allonnaise se déploie également au cœur du hameau des et du lieu-dit de la (aussi dénommée ), un massif boisé situé dans les marges de la ville Sarthoise.
Histoire
Âge du fer
Le site d'Allonnes est occupé dès le Hallstatt (). Tout au long de période laténienne et , le fait partie intégrante du territoire cénoman.. Localisée au cœur de la de la gaulois des , la cité d', est la deuxième plus importante ville protohistorique du territoire de ce peuple après sa capitale, le centre politique et poumon économique (l'actuelle ville de Le Mans). La cité sarthoise en est même très probablement le centre religieux tout au long de la seconde période de l'Âge du fer (époque laténienne)..
Concernant la période de l'Âge du fer, compte tenu de l'ensemble des dépôts que ce sol sarthois et en raison de l'importance du archéologique recueilli lors des investigations menées au sein des terres allonnaises depuis le milieu du , l'historien Robert Turcan, suggère que la ville gauloise d' (ou ) pourrait avoir été le premier pôle urbain et politique des . Turcan, lors d'une allocution à l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 2001, évoque ainsi le débat qui a encore cours au sein des chercheurs et spécialistes :
De manière identique au terrain de fouilles de Cherré, situé sur la commune d'Aubigné-Racan, ville sarthoise localisée à quelques dizaines de kilomètres d'Allonnes, des fourreaux d'épée, portant des motifs incisés et courbés, dont certains évoquent des animaux fantastiques, ont été mis au jour au cours de prospections archéologiques. Ce type d'ornement est, selon Katherine Gruel et Véronique Brouquier-Reddé, spécifique à la gauloise aux époques laténiennes moyenne et finale. Une importante production d'objets domestiques semi-finis conçus en métal, tels que des poignées et anses de chaudron, ont également été mis en évidence. Certains, plus rares, observent généralement des formes de récipients demeurés intacts. Ces artefacts, à vocation rituelle ont également été dégagés. La datation de ces derniers est estimée pour la même époque. L'ensemble de ce gisement, à l'instar de celui d'Aubigné-Racan, demeurait au fond d'un genre de terrassement composé d'une matière de type sablonneuse.
Antiquité
vignette|alt=Représentation en couleurs d'un extrait de carte antique.|Carte de Peutinger représentant, entre autres, l'itinéraire passant (Vaas) et reliant (Le Mans) à (Tours) : la passant par Allonnes.
La ville allonnaise possède le plus important sanctuaire religieux du territoire Aulerco-cénoman. La cité apparaît très tôt comme un lieu de pèlerinage. Le site connaît une présence romaine dès le début du dont les ouvrages monumentaux tels que le et le temple celto-romain dédié simultanément au dieu Mars, et à la déesse issue du panthéon celte, Mullo. Par un processus de , ou d'assimilation culturelle, le culte devient celui de Mars Mullo. La vocation religieuse de la ville antique allonnaise manifeste dès lors d'une continuité clairement établie. À cet égard, certains auteurs tels qu'Alain Ferdière précisent le statut du site d'Allonnes à l'époque gallo-romaine ainsi que celui de ses homologues Aulerco-cénomanes :
Concernant Allonnes, ainsi que d'autres et leurs principales destinations, Alain Ferdière ajoute par ailleurs :
À cette même période, au début de l'ère romaine en Gaule Chevelue, une nouvelle parure monumentale est mise en place. Le matériau utilisé pour l'élévation des bâtiments publics gallo-romains, une pierre calcaire de couleur grise veinée de rose et de rouge, provient essentiellement d'une marbrière ouverte à Sablé-sur-Sarthe.. Par ailleurs, à cette même période, au cours du Haut-Empire romain, de nombreux artefacts confectionnés en céramique qui ont été retrouvés au sein du territoire allonnais et se présentant sous forme de vaissellerie à boisson, tels que des cruches, des jattes, ou encore des amphores, fréquemment et parfois plus fine (notamment des sigillées), témoignent de l'importance et de l'activité commerciales du site. Ces objets faits de céramique, également diffusé à Vindunum / Le Mans ainsi que dans l'ensemble de la des (approximativement l'actuel département de la Sarthe), sont essentiellement issus d'un atelier d'artisan-potier localisé à La Bosse..
La ville, sous sa forme gallo-romaine, connaît un abandon au cours du Notamment, le temple celto-romain de , dont la présence est le symbole de la cité allonnaise, voit ses portes se fermer vers . Des traces de démolition du bâtiment religieux ont été très clairement mise en évidence. En outre, à cette même époque, certains éléments de l'édifice cultuel ont été réemployés pour la construction d'autres structures. Les études hagiographiques et historiographiques menées ses dernières années, n'ont pas totalement résolu cette problématique : le temple allonnais, comme certains autres en Gaule romaine, sanctuaires païens et dont la fermeture est attestée au cours du , ne peut être mise en corrélation des lois romaines interdisant le paganisme celte en Europe. Les hagiographes constatent qu'il se présente, , un décalage d'environ un siècle entre les deux évènements. Ainsi, selon Marie-Claude L'Huillier, l'explication de cet abandon pourrait trouver son origine dans un processus de migration des populations locales, et par effet de transvasement, dans le changement de répartition de l'habitat urbain..
Découvertes et fouilles
vignette|gauche|upright=0.4|alt=L'historien et épigraphiste Camille Jullian ()|L'historien et épigraphiste Camille Jullian (1859-1933) a fouillé le site archéologique allonnais en 1911.
Les premiers vestiges du site allonnais sont signalés vers le milieu du . Les toutes premières fouilles sont, quant à elles, menées en . Une seconde campagne de recherches est effectuée entre sous la direction de Charles Drouet. Ce deuxième programme d'investigations permet d'exhumer notamment neuf sépultures sous forme de sarcophages et dont Drouet établit un descriptif et un inventaire complets qu'il remet sous la forme d'un compte rendu en 1841..
En , l'archéologue et historien Camille Jullian réalise des prospections au cœur d'un monticule boisée allonnais.. Ce dernier parvient à dégager des couches stratigraphiques supérieures du terrain, des vestiges antiques. À l'époque, selon Jullian, qui y voyait la présence d'un mausolée à vocation funéraire :
Dans les années 1950, Pierre Térouanne effectue des fouilles archéologiques dans les coteaux d'Allonnes. Il met ainsi en évidence des blocs de pierre appartenant aux sanctuaires de Mars Mullo et un autre, de taille plus petite et chronologiquement plus ancien, situé au lieu-dit des .