L’occupation japonaise du (appelée en japonais , , « Bornéo du Nord ») se déroule de 1941 à 1945, pendant la Seconde Guerre mondiale. L'île de Bornéo est envahie par les troupes impériales japonaises le , une semaine après l'attaque de Pearl Harbor, et est occupée jusqu'en 1945.

Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique, l'île de Bornéo est divisée en cinq territoires : quatre, dans le nord, qui sont sous autorité britannique , et le reste de l'île, au sud, qui est sous la juridiction des Indes orientales néerlandaises (maintenant l'Indonésie). Alors qu’elle est très mal défendue et en raison de ses ressources pétrolières, Bornéo est une cible de choix pour le Japon. Chroniquement à court de ressources naturelles, le Japon a besoin d'assurer un approvisionnement, en particulier en pétrole, dans le but d'atteindre son objectif à long terme de devenir la grande puissance du Pacifique.

En 1941, les Américains et les Britanniques mettent un embargo sur les exportations de matières premières vers le Japon en raison de son agression continue en Chine. Bornéo est stratégiquement important pour le Japon car il est situé sur les principales routes maritimes entre Java, Sumatra, la Malaisie et Célèbes. Le contrôle de ces routes est vital pour la sécurisation de son territoire.

Après leur invasion en , les Japonais occupent l’île militairement. Les conditions d’occupation sont relativement difficiles et des révoltes éclatent tandis qu’une guérilla se met en place, aidée notamment par les forces spéciales australiennes. Le débarquement des forces armées australiennes en met fin à l'occupation du Japon dont les troupes se rendent officiellement à Bornéo le .

Invasion

vignette|gauche|Avancée japonaise dans le Pacifique (1937-1942). Le plan d'invasion japonais pour Bornéo prévoit l’intervention et l’occupation des territoires britanniques par l'armée impériale japonaise et des territoires néerlandais par la marine impériale japonaise.. L'unité japonaise qui doit envahir le nord de Bornéo est la d'infanterie connue sous le nom de détachement Kawaguchi. La brigade est commandée par le major général Kiyotake Kawaguchi et se compose d'unités précédemment stationnées à Canton, en Chine méridionale ; soldats appuyés par trois destroyers et un sous-marinArthur Ernest Percival, The War in Malaya, chapitre 12, Operations in Borneo, Eyre & Spottiswoode, 1949..

Le convoi d'invasion japonais quitte la baie de Cam Ranh en Indochine française le avec une escorte composée du croiseur Yura, des destroyers de la de destroyer Murakumo, Shinonome, Shirakumo et Usugumo, du chasseur de sous-marin Ch 7 et du transport d'hydravions Kamikawa Maru. Dix navires de transport emportent la d'infanterie sous le commandement du major-général Kiyotake Kawaguchi. La force de soutien commandée par le contre-amiral Takeo Kurita se compose des croiseurs Kumano et Suzuya et des destroyers Fubuki et Sagiri.

vignette|droite|redresse|Les soldats japonais défilent dans les rues de la principale ville de Labuan, le 14 janvier 1942.

Les forces japonaises débarquent dans la nuit du 15 au à Miri et Seria qui sont rapidement capturées, les troupes britanniques opposant peu de résistance. Quelques heures plus tard, Lutong qui dispose d'une importante raffinerie de pétrole, est également capturée. Les troupes japonaises dénombrent 40 victimes entre le 16 et le , essentiellement dues à des noyades lors du débarquement. Le , deux bataillons de la force d'invasion japonaise rembarquent à Miri à destination de Kuching, en laissant un bataillon pour sécuriser la zone. L'aviation japonaise bombarde l'aérodrome de Singkawang pour empêcher une attaque néerlandaise. De son côté, le convoi est successivement attaqué le 23 et le par deux sous-marins néerlandais, le K-XIV qui coule deux navires et endommage deux autres, puis le K-XVI qui torpille le Sagiri. Le convoi entre dans l'embouchure du fleuve Santubong et arrive au large du cap Sipang le à 03h00. Les troupes commandées par le colonel Akinosuke Oka débarquent à 04h00 à bord de vingt transports. Le du 15e régiment Punjab, stationné à Kuching, est la seule unité d'infanterie alliée présente. Bien que ces derniers tentent de résister à l'attaque japonaise, submergés, ils doivent se retirer jusqu'à la rivière Santubong, puis dans la jungle vers Singkawang. Kuching est aux mains des Japonais en fin d'après-midi.

Après la sécurisation de Singkawang par les Japonais, le , le reste des troupes britanniques et néerlandaises se retirent vers le sud plus profondément dans la jungle, pour essayer d'atteindre Sampit et Pangkalanbun, où est situé un terrain d'aviation néerlandais. Le , une force commandée par le major-général Kawaguchi manœuvre vers le nord pour occuper Brunei et Jesselton. Jesselton est défendue par le North Borneo Armed Constabulary avec seulement 650 hommes. Ce dernier ne peut guère opposer de résistance à l'invasion japonaise et Jesselton est prise le , ainsi que Beaufort. Le , l'armée japonaise envahit également l'île de Labuan. Le , les Japonais sous les ordres du lieutenant-colonel Watanabe débarquent à Sandakan, le siège du gouvernement britannique du Bornéo du Nord. Le matin du , le gouverneur refuse de poursuivre l'administration sous contrôle japonais et préfère se rendre. Il est interné avec d'autres membres de l'administration. L'occupation de la partie britannique de Bornéo est achevée.

Le reste de l'île de Bornéo est rapidement conquis par la marine japonaise. L'île de Tarakan est envahie le et elle conquise en deux jours. Balikpapan sur la côte sud-est de l'île de Bornéo est stratégiquement importante en raison de ses champs de pétrole et de ses installations portuaires avec notamment ses grandes raffineries de pétrole. Le convoi chargé de son invasion est repéré et attaqué le , vers 20h00. Quatre destroyers, l', l', l' et l' de la de destroyers de l'US Navy sous le commandement du commandant torpillent les transports et coulent six d'entre eux. Les Japonais réussissent tout de même à débarquer et le , la ville est prise. Immédiatement après la capture de Balikpapan, les principaux éléments du détachement japonais commencent à se préparer à l'invasion de Banjarmasin. En effet, ce territoire doit permettre aux Japonais de contrôler la mer de Java ainsi que l'île de Java grâce à leurs aérodromes. 400 soldats des forces terrestres sous le commandement du colonel Kyohei Yamamoto quittent Balikpapan le . Le premier objectif est Tanahgrogot, au sud de Balikpapan, qui est prise le . De là, les troupes japonaises avancent vers l'ouest à travers la jungle. La ville de Moera Oeja est prise, puis en mars, les villes de Bongkang, Tandjoeng, Amoentai, Barabai, Kandangan et Rantan passent aux mains des Japonais sans réelle résistance militaire organisée. Le capitaine Yoshibumi Okamoto, commandant des forces navales, quitte lui Balikpapan le et débarque avec ses troupes à environ au sud-est de Bandjarmasin le et manœuvre par voie terrestre sans opposition. L'aérodrome Martapoera est pris dans la matinée le et Banjarmasin est conquise sans opposition dans la journée. Après dix semaines de périple à travers les montagnes et la jungle de Bornéo, les troupes alliées se rendent finalement le .

Occupation japonaise Forces d'occupation et commandement vignette|Le lieutenant-général Toshinari Maeda, responsable de Bornéo entre avril et septembre 1942. Une fois la région conquise, le contrôle de Sarawak, de Brunei et du Bornéo du Nord (l’ensemble des territoires britanniques est alors appelé Kita Boruneo par les Japonais) incombe au détachement Kawaguchi sous le commandement du major-général Kiyotake Kawaguchi. La partie néerlandaise de Bornéo (alors appelée Minami Bornéo) est occupée par des unités de la marine impériale japonaise. À la mi-, le détachement de la marine est redéployé à Cebu. Le mixte indépendant (également connu sous le nom de détachement Nakahata) sous le commandement du colonel Nakahata Joichi reprend la tâche des opérations de nettoyage, de maintien de l'ordre, et l'établissement d'un gouvernement militaire. Le , la défense de l'île est réorganisée passe sous le contrôle d'une nouvelle unité, l'armée de défense de Bornéo sous les ordres du lieutenant-général Toshinari Maeda qui devient responsable de la région. Le QG de l'armée, initialement à Miri est déplacé par Maeda à Kuching. En juillet, le régiment de Nakahata est réorganisé en deux bataillons de 500 hommes, les et de garnison indépendants d'infanterie. Le , à 11h, Maeda est tué avec le major Hataichi Usui et le capitaine Katsutaro Ano dans un accident d'avion en vol vers Labuan. En sa mémoire, les Japonais rebaptisent alors l'île en île de Maeda..

Maeda est remplacé par le lieutenant-général Yamawaki Masataka du au . En 1943, la force combinée des bataillons est réduite à 500 hommes. Le gouvernement militaire est à nouveau transféré en à Jesselton. Yamawaki était auparavant directeur du Bureau des ressources de la mobilisation ; sa nomination en 1942 est interprétée par les Alliés comme la volonté d'établir à Bornéo un important centre de stockage et d'approvisionnement.. En 1944, Yamawaki créé une armée d'indigènes d'environ Dayaks. Ils sont stationnés à Kuching et Miri au Sarawak, et à Jesselton, Sandakan et dans le Bornéo du Nord. Ils sont chargés de maintenir la paix et l'ordre, ainsi que de la collecte de renseignements et du recrutement. Avec l'avance des Alliés dans le Pacifique, les Japonais réalisent que Bornéo est susceptible d'être envahi. L'armée de défense de Bornéo est renforcée avec des unités supplémentaires et rebaptisé la . Le commandement passe alors au lieutenant-général Masao Baba du au , date de la reddition officielle du Japon signée à bord du ..

Administration et occupation de Boruneo Kita Sous l'occupation japonaise, Sarawak et Brunei sont divisés en trois zones administratives (shu) : Kuching-shu, Miri-shu (qui comprend Brunei) et Sibu-shu. Le Bornéo du Nord et Labuan sont divisés en deux zones : Sekai-shu (qui comprend Labuan) et Tokai-shu. Les cinq shus ont un gouverneur de province japonais, mais l'administration demeure dans les mains de la population locale sous contrôle des Japonais.

Le maintien de l'ordre est assuré par la Kenpeitai. Cette dernière qui répond directement devant le commandant militaire et le ministère de la Guerre japonais, dispose d'un pouvoir presque sans limite. La brutalité et la torture sont régulièrement utilisées comme mode de fonctionnement normal. Le siège de la Kenpeitai est basé dans un bungalow de deux étages à Jalan Jawa, Kuching. À partir d', son QG est situé au Sports Club Building à Jesselton. Parmi la population locale, l'expression (justice japonaise) est devenu synonyme de punition hors de toute proportion avec l'infraction considérée. À partir de , les Japonais relancent également le système judiciaire civil d'avant-guerre, avec les magistrats locaux appliquant le code pénal de Sarawak.

vignette|droite|Le camp de Batu Lintang en août 1945.