vignette|Charles de Gaulle-1963 vignette|Eisenhower et Kennedy en décembre 1960 Les relations entre les États-Unis et la France pendant la présidence du général de Gaulle de 1958 à 1969 sont marquées par sa volonté d'affirmer l'indépendance de la France sans pour autant que l'appartenance de la France au camp occidental ne soit remise en cause. Durant la période des crises du début des années 1960, qu'il s'agisse de Berlin ou de Cuba, les positions de fermeté prises par la France sont le plus souvent proches de celles de la diplomatie américaine. Il en va de même globalement pour ce qui est de la volonté de détente partagée par les présidents américains qui se succèdent pendant la présidence de de Gaulle, dont la mise en œuvre toutefois est source de dissensions, les premiers souhaitant qu'elle soit pilotée par les États-Unis, ce dernier voulant qu'elle soit essentiellement européenne. Le devenir de l'Europe, celui de l'Alliance atlantique et les questions de sécurité et de dissuasion nucléaire sont cause des tensions les plus vives entre les deux pays, qui culminent en 1966 avec la sortie de la France de l'organisation militaire intégrée de l'Alliance atlantique.
Les relations franco-américaines se dégradent au fil du temps pendant la présidence de de Gaulle : globalement bonnes avec Eisenhower, du fait de leur passé commun et de la menace soviétique, elles vont se tendre avec Kennedy qui n'accepte pas que la France conteste la prééminence américaine, pour devenir franchement mauvaises avec Johnson du fait de la multiplication des sujets de désaccord qui ne sont plus seulement limités à l'OTAN et à l'Europe, mais concernent aussi l'Asie, la guerre du Viêt Nam y faisant rage, les autres continents et les questions économiques.
Le rétablissement du statut de la France comme grande puissance occidentale
Le , Charles de Gaulle est investi à la tête du gouvernement français, avec les pleins pouvoirs pour régler la crise algérienne. Il est très vite clair qu'il veut décider par lui-même des orientations de politique étrangère du pays. La France de la république était vue par Washington comme un allié faible, peu fiable, englué dans un colonialisme dépassé, mais pour autant incontournable dans toute vision à long terme de l'Europe et de la sécurité du monde occidental ; mais ne voyant pas avancer le règlement de la question algérienne, et devant les difficultés de dialoguer efficacement avec les gouvernements successifs, les Américains finissent par souhaiter le retour au pouvoir du Général de Gaulle. Pour autant, ils savent d'expérience de leurs relations tumultueuses pendant la seconde Guerre mondiale qu'il ne sera pas un allié facile.
Du 2 au 4 , Eisenhower est en visite officielle en France, dont de Gaulle souhaite qu'elle soit très amicale et chaleureuse. En effet, les relations entre les deux hommes, héritées de la guerre, sont bonnes et empreintes d'un profond respect réciproque. À son tour, de Gaulle se rend aux États-Unis du 22 au , où il bénéficie d'un accueil exceptionnel Site Site. Pour son ministre des affaires étrangères, Maurice Couve de Murville De Gaulle avait l'habitude d'appeler son Ministre des affaires étrangères « Couve » trouvant sans doute ce raccourci plus pratique, .
L'énergie déployée par de Gaulle et les prises de position fortes qu'il prend dans toutes les discussions entre occidentaux concernant la seconde crise de Berlin redonnent indiscutablement à la France une place importante au sein du jeu diplomatique. Cette crise est l'occasion pour de Gaulle de montrer clairement sa solidarité occidentale. Face à l'ultimatum lancé par Khrouchtchev , il adopte une attitude de fermeté, en ligne avec les vues d'Eisenhower. Le , les alliés occidentaux rejettent l'ultimatum soviétique de retrait de leurs forces de Berlin. En témoigne symboliquement le fait que le sommet des trois puissances occidentales et la RFA pour préparer le sommet prochain avec les Soviétiques se tient à Paris le , et que celui-ci a lieu également dans la capitale française le . Le survol du territoire soviétique par un avion U2 américain quelques jours avant le sommet le fait avorter ; de Gaulle fait preuve de solidarité occidentale avec Eisenhower qui lui en est sait gré.
La priorité est pour de Gaulle de régler la question algérienne, qui va ainsi obérer jusqu'en 1962 les marges de manœuvre de la diplomatie française. Les années 1958-1962 constituent donc une première phase de la politique extérieure menée par de Gaulle et « Couve » vis-à-vis des alliés européens et de l'allié américain, empreinte de pragmatisme mais qui annonce déjà les orientations plus en rupture qui seront prises ultérieurement. La question algérienne, mais aussi la non-possession de l'arme nucléaireLes difficultés pour la France de faire entendre sa voix conduisent Mendès France à décider en décembre 1954 d'engager la construction d'armes nucléaires, décision qui sera confirmée par les gouvernements suivants, permettant à de Gaulle de retour au pouvoir en mai 1958 de constituer au début des années 1960 une force de frappe française opérationnelle. et les tensions répétées avec l'Union soviétique commandent que la France affiche très clairement son appartenance au bloc de l'Ouest. Dès le, de Gaulle énonce les fondamentaux de son action extérieure : .
Sans attendre que s'esquisse la fin de la crise algérienne, de Gaulle souhaite tout à la fois resserrer les liens avec Washington et que soit mise en place une organisation tripartite, avec les États-Unis et la Grande-Bretagne, qui prendrait les décisions stratégiques à l'échelle du monde, et coifferait l'Alliance atlantique dont il estime qu'elle ne répond plus sous sa forme actuelle aux conditions de sécurité du monde libre.
Les évènements de l'été 1958 le confortent dans cette nécessité que la France retrouve son rang dans le concert des nations. Le , les États-Unis envoient des troupes au Liban pour protéger le régime pro-occidental, sans en avertir au préalable la France. Le , la signature d'un accord très étendu de coopération nucléaire entre les États-Unis et la Grande-Bretagne illustre les liens privilégiés entre les deux puissances et le risque de marginalisation de la France en résultant.
Aussi le , il adresse un mémorandum dans ce sens à Eisenhower et Macmillan Site. Sans que de Gaulle en soit très surpris, la réponse d'Eisenhower transmise le oppose une quasi fin de non-recevoir aux principales propositions françaises : le Président américain considère que l'Alliance atlantique constitue le cadre adéquat de discussion de la sécurité en Europe et que les États-Unis ont pris la mesure de la menace communiste dans le monde via un vaste réseau d'alliances couvrant l'ensemble des régions du monde. La réponse américaine est aussi motivée par les réactions très hostiles des autres pays européens, notamment les Allemands et les Italiens, à l'idée d'un directoire à trois des affaires du monde.
Avec l'arrivée de Kennedy en , une ère nouvelle commenceCouve de Murville écrit :. Du au , de Gaulle et Kennedy ont plusieurs entretiens à Paris. Ils constatent leur accord sur l'objectif général de paix et de détente ainsi que sur la question de Berlin, mais le Président américain entend bien faire prévaloir la prééminence des États-Unis en matière nucléaire et de fonctionnement de l'Alliance atlantique. De retour à Washington, Kennedy constate que les désaccords avec la France sont mineurs, sauf sur la question de l'OTAN et de la possession d'armes nucléaires par la France Site Site.
La maîtrise de sa défense par la France et la sortie de l'OTAN
De Gaulle définit très vite ce que seront tout au long de sa présidence les principes fondamentaux de sa politique de défense et amorce sa remise en cause des modes de fonctionnement existants de l'OTAN. Le , il réunit un Comité de défense au cours duquel il affirme que et pose les conditions au stockage d'armes nucléaires tactiques américaines sur le sol français. Le de Gaulle confirme l'ordre d'expérimenter l'arme nucléaire pendant le premier trimestre 1960 ce qui sera fait le , avec le premier essai nucléaire français à Reggane dans le Sahara. Le , de Gaulle déclare qu'il faut que la , que le système de l'intégration - sous-entendu au sein de l'OTAN - a vécu même s'il faut que , et qu'elle doit reposer sur une force de frappe basée sur un armement atomique Site.
Au cours du premier semestre 1959, de Gaulle décide d'appuyer ses demandes auprès des Américains par des actes concrets. En , il décide unilatéralement de retirer la flotte française de Méditerranée du commandement intégré de l'OTAN ; la portée militaire de la décision est faible, mais les Américains en mesurent la portée politique et Eisenhower écrit à de Gaulle pour lui demander de revenir sur sa décision, sans autre effet que soient négociées des modalités de coopération. En mai de la même année, de Gaulle refuse que des armes atomiques tactiques de l'OTAN soient stockées sur le territoire français, dès lors que la France n'a pas le contrôle de leur utilisation. Ces deux décisions politiquement spectaculaires sont en fait les conséquences directes du manque de soutien des États-Unis dans la politique algérienne de la France, de leur refus de donner suite à la demande de gouvernance tripartite et de réorganisation de l'OTAN formulée par de Gaulle dans son mémorandum de et enfin de l'absence d'aide américaine au programme nucléaire français. Le , lors de la réunion du Conseil Atlantique, les États-Unis proposent la création d'une force nucléaire multilatérale sous le commandement de l'OTAN (MLF), mais dont ils conservent in fine la décision d'emploi Site. Proche de la fin de son mandat, Eisenhower n'accède à aucune des demandes de la France. De plus, la diplomatie américaine a peu de marges de négociation en matière nucléaire dont l'application de la réglementation très stricte définie par la loi (Atomic Energy Act) est sous contrôle de la Commission de l'énergie atomique, organe indépendant du pouvoir exécutif.
Le Kennedy relance la proposition de créer au sein de l'OTAN une force nucléaire multilatérale (MLF) Site et, un mois plus tard, le il fait publiquement état de son hostilité au développement d'une force de dissuasion nucléaire indépendante par la France Site. La crise des missiles de Cuba renforce les Américains dans leur conviction qu'il serait trop dangereux qu'existent plusieurs centres de décision relatifs à l'éventuel emploi de l'arme nucléaire et qu'ils doivent donc en conserver seuls la responsabilité. De Gaulle en tire la conclusion inverse : cette crise montre une fois de plus que les États-Unis prennent seuls les décisions, sans y associer leurs alliés, et que par conséquent si la France veut rester maîtresse de sa sécurité, elle doit posséder l'arme nucléaire et garder le contrôle complet de sa stratégie d'emploi éventuel Site.
Le de Gaulle annonce que la France ne signera pas le Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires, dont la poursuite est indispensable au développement de la force de frappe française Site.
Le , de Gaulle expose sa vision de la politique étrangère et de défense de la France dans une allocution radio-télévisée au cours de laquelle il réaffirme qu' Site.
Le , de Gaulle annonce que le retrait français de l’OTAN interviendra au plus tard en 1969. Le , de Gaulle écrit à Johnson pour lui annoncer sa décision de retirer la France de l'organisation militaire intégrée de l'OTAN, tout en affirmant sa volonté que la France reste membre de l'Alliance Atlantique, au-delà du premier terme de 20 ans dont l'échéance est en Site.
Le , le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires est signé par les États-Unis, l'URSS et la Grande-Bretagne. La France ne signe pas, tout en annonçant qu'elle en respectera l'esprit.
L'Europe, "européenne" ou "atlantique", la remise en cause des blocs