Les Saisons ( en anglais) est un ouvrage en vers de James Thomson (1700-1748). Publié chez John Millan en 1730, il a fait ensuite l'objet de plusieurs modifications parues successivement en 1744 et en 1746 sous les auspices d'Andrew Millar et ou encore de Robert Bell. Il se compose de quatre poèmes consacrés aux différentes saisons de l'année ; le premier, L'Hiver, écrit en , est suivi de L'Été en , Le Printemps en 1728 et L'Automne en 1730. Traduit en allemand dès 1745, le poème a inspiré l'oratorio de Haydn Les Saisons par l'intermédiaire de Gottfried van Swieten.

L'ensemble se présente comme une suite de poèmes, mais est découpé selon le calendrier de l'année. Chaque Saison est dédiée à une personnalité différente et est précédée d'un argument résumant son déroulement factuel et la logique ayant présidé à sa construction. Si l'intention didactique est affichée, l'ensemble se démarque des poèmes généralement consacrés à la nature en cette première moitié du , Les Saisons insufflant au genre une vitalité nouvelle.

De plus, des sources d'intérêts inusitées apparaissent, comme la prédominance accordée à la nature et non plus à l'homme ; de même, des thèmes insolites se font jour, essentiellement d'inspiration scientifique, issus de la philosophie de l'observation qui, à la suite de Locke et de Newton, s'oppose à la logique de l'apriorisme entretenue sur le continent par la tradition de Descartes et Leibniz. D'autres influences encore se font sentir : le retour à une certaine tradition chaucérienne, la présence de Spenser (1552-1659) quoique moins sensible que dans Le Château d'Indolence, et surtout celle de Milton (1608-1674), ne serait-ce que par l'emploi du vers blanc qui permet à Thomson de se libérer du carcan du distique héroïque ().

En ce sens, bien que Thomson ne se soit jamais inscrit en rupture avec Pope , avec Les Saisons, il n'est plus tout à fait dans son temps tout en faisant corps avec lui, s'en inspirant sans cesse et s'en échappant toujours, à la fois résolument classique, mais portant des signes annonçant les prémices du romantisme.

Publication et résumé du poème thumb|left|upright=1.2|Les semences et les fruits de la poésie anglaise, par Ford Madox Brown.|alt=Arcade gothique garnie de vigne, personnages dans niches latérales. Au centre cour du MA écoutant un barde De fait, Les Saisons a été écrit et publié dans le désordre.

Thomson avait abandonné ses études de théologie à l'université d'Édimbourg et quitté son Écosse natale en 1725 et, après quelques mois d'errance à Londres, avait obtenu le poste de précepteur du fils de Charles Hamilton, Lord Binning.

Le jeune homme s'installa non loin de leur vaste propriété de et aussitôt s'essaya à un nouveau moyen d'expression, le vers blanc ; bien que rien n'indique si une partie en avait déjà été rédigée avant son départ de LeithUn poème, , avait été écrit avant qu'il n'atteigne son vingtième anniversaire., L'Hiver était prêt dès la fin de la saison froide et parut en . Une deuxième édition fut publiée le , bientôt suivie de deux nouvelles réimpressions avant la fin de l'année. Aaron Hill, l'un des oracles littéraires de l'époque, le trouva particulièrement à son goût., et le dédicataire, Spencer Compton (1er comte de Wilmington), de la Chambre des communes., octroya au jeune poète qui, peu comblé par ce don, mais réconforté par la faveur du public, se lança dans le deuxième volet de sa série, L'Été, qui fut publié en .

Ce deuxième volet comportait une préface dans laquelle Thomson faisait part de son désir de compléter la série et surtout définissait sa posture artistique, centrée sur la Nature :

Cette préface, supprimée des éditions complètes des Saisons publiées du vivant de Thomson, est incluse dans l'édition de ses œuvres poétiques, dirigée par J. L. Robertson en 1908, en pages 239-242.

L'Hiver comporte quatre mouvements dans chacun desquels la nature est décrite selon un schéma similaire : d'abord, l'accent se focalise sur un aspect dysphorique avant que les vers n'amorcent un redressement : au morne et cruel succède une « philosophie mélancolique » ; le blizzard glacial est suivi par la pénétration de la majesté des éléments, que concluent des considérations sur Dieu ; le cœur de la saison enferme le poète en ses murs avec ses livres pour seuls compagnons, « compagnie paradisiaque » () mêlant le plaisir esthétique au sentiment moral ; en définitive, la saison des frimas, par la brièveté des jours, aura hâté le pas vers l'Éternité tout en régénérant les sols () et préparant le printemps.

En , Thomson, qui avait quitté son poste chez Lord Binning, officiait dans une école réputée de Londres, la , comme précepteur de Lord George Graham, le fils cadet du duc de Montrose. L'établissement préconisait l'enseignement de Newton (1642-1727) auquel Thomson voua un culte toute sa vie. De fait, L'Hiver comprenait déjà des passages dévolus à divers phénomènes scientifiques : les vapeurs du bitume, l'éclair, le brouillard, et L'Été poursuivait dans la même veine : publié en 1727 et dédié à George Dodington, baron de Melcombe (Bubb Dodington), il se préoccupait en effet de gravitation ou de réfraction optique, toutes disciplines débattues à la . L'argument de ce dernier poème fait état de la progression d'une journée d'été avec, en prélude, quelques réflexions sur les « corps célestes » auxquels le poète revient dans sa conclusion, et au milieu un panégyrique de la Grande-Bretagne.

Le Printemps, publié l'année suivante (1728) par Andrew Millar qui, selon le Johnson, , est dédié à la comtesse de Hertford, future duchesse de Somerset, elle-même dévouée aux belles lettres. Il propose comme développement la montée de la nouvelle saison dans la nature, selon la hiérarchie des choses, minérales et vivantes, ses effets sur les légumes, les animaux et enfin sur l'homme. La conclusion est consacrée à l'amour dont le poète blâme les passions, par essence irrégulières et sans limites, et loue la mesure d'un sentiment « pur et heureux ».

thumb|upright=0.8|Illustration de L'Automne, par Thomas Medland.|alt=gravure, chasse au cerf, beagles entourant un cerf, chasseurs arrivant par derrière L'Automne paraît en 1730, mais dans un recueil comprenant l'ensemble des quatre poèmes. Il est dédié à Mr Onslow, le de la Chambre des communes. Le poète y offre la vue de la campagne prête pour la moisson, mais bientôt soumise à un orage de saison. Suivent les horreurs de la chasse et une parodie de la chasse à courre, avec son habituelle beuverie. Le brouillard conduit à une digression sur les cours d'eau, puis le poète s'attache aux oiseaux et à leur mode d'habitation, notant au passage le prodigieux nombre de volatiles présents sur les îles des côtes Ouest et Est de l'Écosse. La fin de la journée approche, le crépuscule envahit l'espace et les bois apparaissent sous leurs couleurs fanées. Quelques météores trouent la nuit et le matin s'éveille au Soleil radieux ; les moissons rentrées, la joie envahit la campagne, ce qui conduit à un panégyrique de la vie rurale.

En différentes additions, Thomson incorpora peu à peu d'autres données à son poème, inspirées de diverses sources, mais notablement des Géorgiques de Virgile. Ainsi, tout en gardant son schéma principal, la ronde et les tâches de la vie à la campagne, Les Saisons se firent peu à peu plus didactiques et finirent par synthétiser un grand nombre de sujets, l'économie, l'histoire, l'hydrographie, la météorologie, l'optique, la théologie, le travail du paysan s'en trouvant d'autant enrichi par ce que Sambrook appelle .

Les Saisons s'étoffèrent donc d'éditions en éditions, passant de en 1730 à en 1746 ; le Printemps et l’Automne restèrent à peu près stables, en revanche l’Été et l’Hiver connurent les additions les plus importantes.

Le cycle se clôt par un poème autonome intitulé Un hymne aux Saisons () de , où les quatre saisons sont passées en revue et tour à tour offertes à Dieu, sans que d'ailleurs le texte ne précise la nature de cette divinité qui se teinte de touches panthéistes.

Contexte littéraire La première partie du , l, est nommée « l'âge de Pope », tant la personnalité d'Alexander Pope l'a dominée, du moins dans le domaine de la poésie à laquelle il s'est presque entièrement consacré. Pour autant, les plus grands écrivains de la période ont été des prosateurs, Jonathan Swift, Joseph Addison et Richard Steele, ainsi que Daniel Defoe, hommes vieillissants certes, mais autant de sommités auprès desquelles Thomson a dû paraître insignifiant.

Une poésie urbaine La poésie proprement dite a été soumise à des changements importants. Après les débordements de la Restauration anglaise et les souvenirs encore vivaces du puritanisme, le public aspirait à des règles de conduites plus sages et à se garder des extrêmes aussi bien moraux que passionnels.. Aussi, les poètes de cette époque se méfiaient du lyrisme, se vouant à l'intellect, pratiquant un art didactique aussi bien que critique, favorisant la satire. Prévaut alors une forme de poésie essentiellement urbaine, qui délaisse les humbles aspects de la vie des villages, les beautés des paysages, le chant des oiseaux, le spectacle d'une fleur, encore que la poésie pastorale rappelle, artificiellement, une certaine rusticité désincarnée, mais passant pour le comble de l'élégance.

Si Pope prône le retour à la nature, ce n'est pas celle des champs et des arbres qui l'intéresse, mais celle de l'expression, autrement dit le « naturel », comme l'appelait Philippe Néricault Destouches (1680-1754)., devenu nécessaire après les exagérations des pratiques précédentes. Désormais, (). C'est là une poésie de la civilisation, soit émanant de la « cité », comme l'a noté Chesterton en qualifiant Pope de , ce par quoi il entendait que ce poète s'identifiait pleinement avec elle.

Les règles, en effet, ont déjà été énoncées en 1711 dans lEssai sur la critique. Elles émanent de l'exemple des Anciens et sont fondées sur la raison qui unit les hommes , et par voie de conséquence, s'ensuivent les qualités d'ordre permettant de classer les données selon un schéma logique, la discipline qui guide l'inspiration, l'universalité, enfin, qui réduit l'originalité au minimum. Cette poésie s'adresse à un honnête homme, que représente par excellence Lord Chesterfield, certes connu pour sa vie frivole, mais aussi critique, poète, diplomate, qui s'acharna à inculquer à son fils Philip durant vingt-cinq années un goût parfait, qu'il s'agisse du maintien du corps, des manières de se cultiver ou de se conduire en société..

L'expression littéraire se fonde sur un langage dit « approprié » () dont la vertu cardinale est de s'adapter au sujet et, de ce fait, d'en bannir les effets sans rapport avec lui. Au choix du vocabulaire spécifique s'ajoute un mode prosodique compact et fini, comme verrouillé, ou alors, grâce aux enjambements, scintillant et léger : le distique héroïque, deux pentamètres iambiques rimés. Thomson, quant à lui, n'a employé que le vers blanc (blank verse), à l'exception de la strophe spensérienne dans son Château d'Indolence.

Place des Saisons Spenser avait déjà traité le sujet et son Cortège des saisons () a servi de matrice à tous les poètes qui l'ont suivi, Thomson y compris. Sa composition est plutôt brève, générale, et pour autant exhaustive, la structure de l'année allégorisant les âges de l'homme, comme l'avait fait Shakespeare dans Comme il vous plaira () :