Gabriel-François Coyer, né le à Baume-les-Dames, mort le à Paris, est un auteur français.

Biographie « Fils d'un marchand drapier admis au droit de bourgeoisie », l’abbé Coyer, qui avait fait ses études chez les Jésuites, entra dans cette compagnie en 1728 et en fut quelque temps membre, avant de la quitter, après y avoir passé huit ans, en 1736. Monté à Paris en 1738, il fut chargé de l’éducation du prince de Turenne.

Il s’exerça sur divers sujets, et débuta par des feuilles volantes, dont quelques-unes, telles que La Découverte de la pierre philosophale, imitée de Swift, et L’Année merveilleuse, eurent le plus grand succès. Ces petites brochures furent réunies sous le titre de Bagatelles morales,

En 1755, il fit paraître à La Haye un ouvrage, Dissertations pour être lues : la première, sur le vieux mot de patrie : la seconde, sur la nature du peuple, qui inspira Le Chevalier de Jaucourt et son article Peuple pour l'Encyclopédie.

Pour la première dissertation, une des grandes idées qui s'en dégage, c'est la modération des états au sein de la patrie : la pauvreté doit en être exclue. La patrie doit également assurer une certaine sécurité de la fortune et de la propriété, faute de quoi, l'état devient despotique. La deuxième dissertation quant à elle est largement empreinte d'ironie, typique du XVIIIe siècle littéraire. Le peuple, qu'il définit de façon classique comme opposé au clergé et à la noblesse« Ce qui était là insupportable au citoyen républicain était en revanche coutumier sous l'Ancien Régime : les univers sociaux sont des mondes incompatibles; séparés par des barrières physiques infranchissables, des murs, puisqu'ils sont des espaces hauts et bas » : citation de , et composé d'une variété de métiersLe Tiers-Etat « était composé de cultivateurs, d'artisans, de négociants, de financiers, de gens de lettre, et de gens de loix » : citation de , a en quelque sorte honte de faire partie du peuple, cherchant « autant que possible et dès qu’ils en ont les moyens financiers à en sortir en mimant les manières de la noblesse et en méprisant le peuple, désigné comme un Autre ». Après cette constatation qui se veut factuelle, là l'ironie transparait : le peuple est comparé à des animaux« Les choses vont si loin, que le peuple lui-même questionne sur son état : Sommes-nous des bêtes ? C'est un propos qu'on entend assez souvent dans les travaux publics : Peuple ! cela se pourrait. Charge-toi avec la bête de somme, remue la terre avec les animaux, et contentez-vous tous, si on ne vous laisse pas mourir de misère : voilà tout ce que la politique vous doit, et la philosophie vous met au même rang : qu'on exhorte un philosophe de la Cour ou du Parnasse à croire à nos mystères, quelle réponse en tire-t-on ? Comptez vos fables au peuple, cela veut dire, à des êtres qui n’ont que la figure humaine. » : citation de « on a des porteurs comme on a des mulets » : citation de , plus précisément des bêtes« je n'ai point encore lu de panégyrique d'un laboureur, comme on en fait point du bœuf » : citation de , qui n'ont besoin pour vivre que de la satisfaction de leurs besoins vitaux : « pas plus que les animaux domestiqués, il ne demande « autre chose que la nourriture et le couvert. » » Cette vision mène facilement à des abus des élites sur le peuple, la première catégorie sociale ne considérant pas la seconde comme son égal, et Coyer évoque ces violences toujours avec ironie : « quel est le galant homme qui n'emploie pas sa canne sur un faquin, lorsque l'occasion le demande ? Un seigneur élégant pousse devant son carrosse un coureur et un chien. Dans une chasse il paraît assez égal de crever un cheval ou un piqueur ; et après une bataille on ne nomme pas plus les soldats tués que les chevaux morts. » « Coyer n’exagère qu’à force d’accumulation la violence du discours qu’il questionne » : ce texte n’est ni un discours marginal ni un exercice de pensée, mais bien un « discours admis par tous (« la plus belle, la plus notable partie de l’Etat ») et qui se traduit dans les actes. »

En 1756, il publia d’abord anonymement, à Londres, puis à Paris chez Duchesne, un ouvrage intitulé La Noblesse commerçante, qui eut une influence considérable sur la question du droit de commercer pour les membres de la noblesse et qui suscita une réplique du chevalier d’Arcq intitulée La Noblesse militaire ou le Patriote français, où l’auteur préconisait d’instaurer, à l’opposé des suggestions de l’abbé Coyer, l’exclusivité de la vocation militaire à la noblesse, parallèlement à l’établissement d’une concordance entre le titre nobiliaire et le mérite militaire, essai qui fit grand bruit à sa publicationvoir Philippe-Auguste de sainte-Foy..

Le petit roman de Chinki, histoire cochinchinoise, qui peut servir à d’autres pays, Londres, 1768, in-8°, d’abord attribué à Voltaire, fit, comme La Noblesse commerçante, encore plus de sensation que les Bagatelles morales. Les idées développées dans Chinki se trouvent textuellement, pour ainsi dire, dans le Mémoire sur les corps de métier de l’économiste Clicquot-Blervache, qui remporta le prix en 1737 à l’Académie d’Amiens. Ces deux brochures précédèrent deux lois, dont l’une donnait la noblesse aux commerçants distingués, et l’autre abolit pour quelque temps les jurandes.

Coyer a également traduit les Commentaires sur le code criminel d’Angleterre de William Blackstone. Cette traduction, plus correcte qu’une autre faite deux ans auparavant, a eu du succès. C’est la critique des mœurs françaises et surtout de leur frivolité qui a fourni le fonds des meilleurs écrits de l’abbé Coyer, Il postula en vain toute sa vie une place à l’Académie française. L’abbé Coyer, dont la conversation fut toujours Effrayé de ce projet du candidat pique-assiette, le patriarche de Ferney lui fit cette réponse demeuré célèbre :

Gabriel-François Coyer était membre de l’Académie de Stanislas et de la Royal Society. Ses traits nous sont connus par le portrait qu'en brossa Jean-François Colson, interprété en gravure par Philippe TrièreCollections du château de Versailles, Portrait de Gabriel-François Coyer.

Publications

La Magie démontrée. À Paris, le 23 de la lune de Casleu, l’an 88 de notre transmigration, Paris, 1748. Dissertations pour être lues : la première, sur le vieux mot de Patrie : la seconde, sur la nature du peuple, La Haye, Pierre Gosse, 1755. La Noblesse commerçante, Londres, G. Fletcher Gyles, 1756. Développement et défense du système de la noblesse commerçante, Amsterdam, Paris, Vve Duchesne, 1757. Chinki, histoire cochinchinoise, qui peut servir à d’autres pays, Londres, 1768, in-8° L’histoire de Jean Sobieski, 3 vol. in-12, Paris, Duchesne, 1761. Voyage d’Italie et de Hollande, 1775, 2 vol. in-12. Nouvelles observations sur l’Angleterre, Paris, 1779, in-12. Plan d’éducation publique, 1770, in-12.

Les Bagatelles morales, la Noblesse commerçante, Chinki, et un autre ouvrage de 1766 intitulé De la Prédication, qui ne porte pas son nom, et où il veut prouver qu’il est inutile de prêcher, ont été réunis en 2 vol. in-12.

Pour approfondir Bibliographie .

Edmond Dziembowski, « L’abbé Coyer et la reformulation de l’idée de patrie au milieu du xviiie siècle », Mémoires de la Société d’émulation du Doubs, s. l., 1997, p. 1-11.

Jacqueline Hecht, « Un problème de population active au XVIIIe siècle en France. La querelle de la noblesse commerçante », Population, 1964, p. 267-290. Numérisé sur Persee. Jane Payne Kaplan, On the Margin of Philosophy: the Abbe Coyer inthe French Enlightenment, thèse, 1970. En ligne. .

Liens externes

Notes et références

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