Le château de Crécy, détruit après la Révolution, se dressait à 11km au sud-ouest de Dreux, dans l'actuel département d’Eure-et-Loir, en région Centre-Val de Loire. Crécy désignait sous l’Ancien-Régime le château et sa seigneurie, tandis que Couvé désignait le bourg tapi dans la vallée et la baronnie de ce nom. La paroisse était également désignée sous le nom de Couvé, annexe d’Aunay, et ce n’est qu’à partir de 1782 qu’est apparu le nom de Crécy-Couvé. Le château connut son apogée à partir de 1746 sous Madame de Pompadour. Il constitue, avec le château de Bellevue à Meudon, l'archétype du château français de style classique du milieu du .
Historique des seigneurs Le comte de Crécy, Louis de Verjus gauche|vignette|redresse|Louis de Verjus (1629-1709). Les premiers seigneurs de Crécy., du temps où le château féodal était un corps-de-logis flanqué d’un épais donjon surplombant la vallée de la Blaise, portent les noms de Malestroit, Groslier, Picot et Ver.
Nicolas de Ver, seigneur de Chantereine, a acquis la terre de Crécy le moyennant 40 000 livres; il la revend 100 000 livres, le , à Louis de Verjus (1629-1709).
Cet ambassadeur, courtois et mesuré, a passé, aux dires de Saint-Simon, plus d’années dans les cours germaniques qu’en France. Il a présidé au congrès de Ryswick qui a mis fin à la guerre de la ligue d’Augsbourg. Il porte les titres de comte de Crécy, marquis de Tréon, Fortisle, baron de Couvé, seigneur du Boullay-les-Deux-Églises, Le Ménillet et autres lieux.
À sa mort, le château reste dans la famille et c’est vers 1726 que son petit-fils, Louis-Alexandre Verjus (1676-1763)Le marquis de Crécy fut tour à tour colonel au régiment de Boulonnois (1703), brigadier d'armée (1710), gouverneur de Toul, et maréchal-de-camp en 1719. fait abattre l’antique château familial. Il confie la direction des travaux à l’architecte Nicolas-Antoine Perrard. qui édifie le nouveau château dont la terrasse donne sur la vallée de la Blaise.
Le coût en est si élevé qu’il vend le domaine à Mme de Pompadour en 1746.
Mme de Pompadour vignette|Mme de Pompadour (1721-1764). Elle a alors 25 ans. Née Jeanne-Antoinette Poisson le , elle s’est élevée dans la société grâce au soutien du fermier général, Charles-François-Paul Lenormant de Tournehem, dont elle a épousé le neveu, Charles-Guillaume Le Normant d'Étioles avant de se séparer de lui et de devenir la favorite du roi Louis XV.
Le , il lui offre le domaine de PompadourA.N., MC/ET/CVII/449. puis, en perspective de son départ pour l’armée de Flandre, celui de CrécyA.N, Papiers Montmorency T//145/17 et 18: Vente de Crécy, le 21 mai 1746, par le marquis de Crécy, Louis Verjus, à Mme la marquise de Pompadour. Elle emprunte 300 000 livres à Francois-Michel Nesme du Boucher, bourgeois de Paris devant Me Melin, le 19 Mai 1746. En fait c'est son intendant et l'argent provient du roi !, le , Le duc de Luynes écrit.:
Rien ne convient mieux à la marquise que d’avoir une terre à elle, d’autant que celle de Crécy ne l’éloigne pas trop de Versailles. Une entente avec Montmartel lui permet de paraître payer elle-même cette acquisition, qui va être la première de tant d’autres. Elle ne cessera d’agrandir et d’embellir le château et ses jardins, entourée des artistes qu’elle affectionne.
Le roi lui rend visite à vingt-trois reprises mais les années passent et il cesse de venir. On lui reproche ses dépenses de voyage ; une tentative d’assassinat sur sa personne échoue en . Et à trente-six ans, Mme de Pompadour a perdu en vivacité et fraîcheur. En conséquence, Louis XV lui conseille de prendre «une retraite noble et volontaire»..
Elle vend donc son cher château de Crécy à un prince de sang, dernier comte de Dreux, le duc de Penthièvre, le , moyennant 1.750.000 livres. En 1760, après avoir loué le château de Champs, elle achète la terre de Ménars dans le Loir-et-Cher, quatre ans avant sa mort survenue à l’âge de 44 ans.
Le duc de Penthièvre vignette|redresse|Louis de Bourbon, duc de Penthièvre (1725-1793). Petit-fils de Louis XIV, fils unique de Louis-Alexandre de Bourbon (1678-1737), prince légitimé et comte de Toulouse, le duc de Penthièvre a des revenus annuels évalués à 6 millions de livres, ce qui fait de lui l'un des hommes les plus riches d'Europe.
Si le produit de la terre de Crécy est non négligeable, environ 30 000 livres de rentes, le château est pour lui, avant tout, un rendez-vous de chasse. Comme il veut y loger le plus grand nombre d’invités possible., il multiplie les chambres en divisant les appartements par des cloisons de bois.
Il ne néglige pas pour autant ses nouvelles propriétés et fait dresser en 1759 un atlasAD 28, 3 Fi, art.3, E1400, atlas restauré de Crécy. de toutes les réparations à faire dans telle ou telle ferme, tel ou tel moulin que comprend l’immense marquisat de Crécy qui s’étend jusqu’à Saint-Rémy-sur-Avre.
Pour le château, il commande, entre 1761 et 1769, à Alexis Peyrotte. et son fils, huit panneaux en complément des quatre panneaux commandés par Mme de Pompadour d’après des cartons de Boucher..
Ayant recueilli en 1775 l'énorme patrimoine foncier des enfants du duc du Maine, le prince de Dombes et le comte d'Eu (comprenant les châteaux de Sceaux, d'Anet, d'Aumale, d'Eu, de Dreux et de Gisors auquel il faut ajouter le château de Bizy, près de Vernon), il vend Crécy, le , au prince de Montmorency-Logny.
Louis-François-Joseph de Montmorency-Logny Né le à Gand en Flandre, il appartient à la grande lignée française des Montmorency avec laquelle il réaffirme ses liens d’attachement en épousant en 1764 sa cousine Louise-Pauline-Françoise de Montmorency-Luxembourg de Tingry, elle-même veuve d’Anne-François de Montmorency.. Il est maréchal des camps et gouverneur de La Rochelle. Le couple demeure en son hôtel, rue de la Chaussée d’Antin, à Paris, quand il achète le la seigneurie de Crécy, comprenant le château et ses terres, mais aussi l’ensemble du domaine du marquisat de Crécy pour une somme de 2.248,991 livres. M. de Montmorency meurt le à Bourbonne-les-Bains, à l’âge de 44 ans.. En 1791, sa veuve quitte Crécy. Il est dit que ne voulant pas traverser le village, le soir de son départ, les carrosses longent le bord de la terrasse et empruntent les rampes, descendant jusqu’au miroir. Son exil l’amène dans les Pays-Bas autrichiens, puis dans les Provinces-Unies et enfin en Allemagne, dans le duché de Brunswick en 1795 où elle se lie d’une amitié profonde avec la duchesse douairière, Philippine-Charlotte de Prusse.. Elle ne rentre en France qu’aux alentours de 1807.
Historique du château
Du château féodal au château classique Il existait à l’origine un château féodal dont les soubassements étaient maintenus par un mur encore en partie visible à gauche du chemin descendant vers la vallée, et passant à côté du chœur de l’église actuelle. Il protégeait à ses pieds le modeste village de Couvé composé de petites maisons de torchis anarchiquement construites le long de rues sinueuses.. En 1726, le marquis de Crécy, Louis-Alexandre Verjus, a de grands projets: acquisition de terres, démolition du vieux château et construction d’un nouveau, de style italien, sans toit apparent, doté d’une terrasse maintenue par un mur de près de 500 mètres de long et dominant la vallée. Voici la description qu’en donne le duc de Luynes. quand il le découvre :
« Il est fort grand et fort large…il est pour la grandeur et la forme, tel qu’il avait été bâti par M. de Crécy; c’est aussi lui qui avait fait planter les avenues… La terrasse, du temps de M. de Crécy donnait presque à pic sur un vallon, large d’une grande portée de fusil et assez ouvert à droite et à gauche, dans lequel se répandait dans une petite prairie la rivière de la Blaise qui prend sa source à Maillebois et va tomber dans la rivière d’Eure à Dreux; elle passe par Aunay où il y a un château sur la gauche de la terrasse. »
Le marquis de Crécy a été le premier à entreprendre, sur près de trois kilomètres, la canalisation de la Blaise qui sera poursuivie par Mme de Pompadour.
Le château sous Mme de Pompadour (1746-1757)
Le tracé du grand chemin et des allées gauche|vignette|Crécy-Couvé sur la carte de Cassini. En 1749, trois ans après l’achat de Crécy, le roi fait procéder à la construction d’un grand chemin de deux lieues et demie. à partir du faubourg de Dreux. Les travaux durent deux ans. A 100 m environ du village, la route amorce un virage. A cet endroit se trouve l’entrée du château. Il y a là un vaste rond-point où aboutissent, outre l’avenue de Dreux, deux autres avenues dont celle du milieu qui conduit à Majainville. Dans le fond du rond-point s’élève le grand portail. La grille franchie, une grande avenue s’avance au milieu des parterres. Plus loin, une seconde grille donne accès dans la cour d’honneur flanquée par des communs. Les maisons du village de Crécy qui bouchaient l’avenue ont été détruites et d’autres ont été construites à droite et à gauche. Voici ce qu’écrit le père de la marquise, M. Poisson, à son fils:
«Vous seriez surpris de voir aujourd’hui, comme moi, les magnificences de ce lieu, l’effet prodigieux et admirable que produisent les canaux, la grande pièce d’eau qui est en face du château dans le bas, les progrès des plants et d’une infinité d’allées qu’on a plantées partout, et surtout celle qui va de la patte d’oie jusqu’au faubourg de Dreux où l’on a fait un nouveau chemin. Par un bel et bon arrêt, votre sœur s’est fait adjuger la propriété de tous ces arbres.»
Le bâtiment gauche|vignette|Le château de Crécy, côté entrée et cour d'honneur. gauche|vignette|Le château, côté jardins. Le domaine de 803 ha est acheté 650 000 livres. Les travaux d’agrandissement et d’embellissement qui s’élèveront à la somme colossale de 3.288.403 livres sont confiés à l’architecte attitré de Mme de Pompadour, Lassurance, de son vrai nom, Jean Cailleteau (1690-1755). Charles-François-Paul Le Normant de Tournehem, devenu grâce à elle directeur général des Bâtiments du roi, traite directement avec lui sans en référer au Premier architecte du Roi, Ange-Jacques Gabriel. Pour faciliter les choses pour les uns et pour les autres, Louis XV a anobli l’architecte par lettres de noblesse d'. Lassurance fait reprendre le logis en sous-œuvre et édifier deux ailes neuves du côté de l'entrée, ce qui lui donne sa forme de fer à cheval. La grande cour d’honneur est flanquée par des communs: à droite les écuries, à gauche les cuisines. L’édifice principal, dont la façade mesure 120 mètres, est surmonté d’une terrasse à l’italienne, avec en son pourtour, une balustrade de pierre, ornée de trophées et de vasesAD 28 1 Q 106 : Procès-verbal de l’expertise du château le 9 thermidor an 4.. On doit les gravures du château à la tabatière en or commandée le par Mme de Pompadour au marchand-bijoutier ordinaire du roi, Lazare Duveaux. Elles devaient servir de modèle au dessin à exécuter sur la tabatière. Un commentaire a été consigné dans le livre-journal du joaillier:
«Château de Crécy situé dans l’Isle-de-France, proche Dreux et relevant de la Terre de Rambouillet. M. le marquis de Crécy, lieutenant-général des armées du roi, avait fait bâtir ce superbe château et en avait tiré le plus grand parti à cause des eaux qui en font l’ornement et qui, par leur étendue, occasionnent un aspect piquant et agréable à ce beau lieu.»
L'intérieur thumb|redresse|Distribution du rez-de-chaussée du château de Crécy, d'après le plan connu du premier étage. État au temps de de Pompadour. gauche|vignette|Plan du premier étage (AD 28). gauche|vignette|Plan du second étage (AD 28).