L'accentuation du grec ancien distingue trois accents : aigu (), grave () et circonflexe () ; ils indiquent une élévation de la voix sur la voyelle frappée par l'accent.
L'accent aigu peut être porté par une voyelle brève ou longue en position finale, pénultième ou antépénultième alors que le circonflexe ne peut être porté que par une voyelle longue et en position finale ou pénultième. L'accent grave n'existe que sur une finale et résulte d'une modification de l'accent aigu avant un mot non-enclitique.
Au , les élèves de Port-Royal apprenaient ces vers : L'aigu peut en trois lieux passer Sur brève ou longue se placer. Le circonflexe une longue aime En la finale ou pénultième. Le grave en la fin seule est vu Dans le discours et pour l'aigu.Jean-Victor Vernhes, ἕρμαιον, p. 5,
Sources
En dehors de brèves descriptions de l'accent de hauteur par Platon, on ne dispose d'aucune source datant de l'époque archaïque ou classique décrivant l'accentuation du grec ancien. L'accentuation n'est jamais notée dans les inscriptions de ces époques et ne semble pas davantage notée dans les manuscrits. Ce n'est qu'à partir de l'époque hellénistique qu'on commença à décrire et noter l'accentuation, qui commence alors à être notée dans les papyrus littéraires mais non systématiquement. (Elle n'est, en revanche pratiquement jamais notée dans les inscriptions.) Ce n'est qu'à partir du voire du qu'on commença à noter systématiquement l'accentuation dans les manuscrits.
Les sources dont on dispose pour déterminer l'accentuation du grec ancien sont ceux-ci : les manuscrits médiévaux ; certains papyrus littéraires ; des témoignages de grammairiens ; quelques chansons, la mélodie suivant parfois la mélodie naturelle de la langue induite par l'accentuation.
La source la plus extensive reste, cependant, le témoignage des manuscrits médiévaux.
De ce fait, seule l'accentuation des dialectes littéraires (koinè mais il est souvent impossible de savoir si l'accent est de hauteur ou d'intensité, attique, ionien d'Asie, langue homérique, et, dans une moindre mesure, dorien, lesbien, béotien, syracusain) est connue. L'accentuation de dialectes connus uniquement par des inscriptions anciennes, comme l'arcadochypriote ou les dialectes du nord-ouest, est totalement inconnue. De même, on ignore dans quelle mesure l'accentuation de la langue populaire différait ou non de la langue littéraire.
Par ailleurs, l'accentuation étant connue par des sources, hellénistiques dans le meilleur des cas mais plus souvent médiévales, postérieures de plusieurs siècles à l'époque classique, il est probable qu'il y ait des erreurs dans ces sources. Cela n'empêche pas de décrire les faits mais signifie qu'il y a une part d'incertitude dans toute description.
Signification phonétique
L'accent du grec ancien était un accent de hauteur.
À l'époque hellénistique et romaine, cet accent de hauteur évolua en un accent d'intensité, qui a été conservé en grec moderne. Les distinctions tonales entre accent aigu, circonflexe et grave furent donc perdues même si, par conservatisme, les Grecs ont continué à utiliser ces diacritiques jusqu'au .
Terminologie
Position de l'accent dans le mot
En raison de la loi de limitation, l'accent aigu ne peut frapper qu'une des trois dernières voyelles d'un mot. Un mot portant un accent aigu sur la dernière syllabe est dit oxyton. Un mot portant un accent aigu sur l'avant-dernière syllabe est dit paroxyton. Un mot portant un accent aigu sur l'avant-avant-dernière syllabe est dit proparoxyton.
Toujours en raison de la loi de limitation, l'accent circonflexe ne peut frapper qu'une des deux dernières voyelles d'un mot. Un mot portant un accent circonflexe sur la dernière syllabe est dit périspomène. Un mot portant un accent circonflexe sur l'avant-dernière syllabe est dit propérispomène.
L'accent grave ne peut frapper que la dernière voyelle d'un mot. Un mot portant un accent grave sur la finale est dit baryton. (Chez certains auteurs, le terme baryton désigne en outre tout mot dont la voyelle finale n'est pas accentuée, mais cette convention n'est pas retenue ici.)
On parle d'accent récessif quand l'accent remonte aussi loin que possible de la fin du mot que le nombre de syllabes du mot et la loi de limitation le permettent.
Accent Syllabe Mot Aigu Finale Oxyton Avant-dernière Paroxyton Avant-avant-dernière Proparoxyton Grave Finale Baryton Circonflexe Finale Périspomène Avant-dernière Propérispomène
Longueur des voyelles (quantité vocalique)
L'accentuation du grec ancien dépend dans une large mesure de la longueur des voyelles et diphtongues, comme en témoignent les lois d'accentuation.
En grec ancien, les voyelles et diphtongues sont soit brèves soit longues. La longueur d'une voyelle est une qualité intrinsèque de cette voyelle, qui ne peut que rarement être déduite du contexte dans lequel elle apparaît, et elle peut permettre de distinguer des mots autrement homophones.
La notion de longueur de voyelle (ou quantité vocalique) ne doit pas être confondue avec celle de longueur de syllabe (ou quantité syllabique, le mot « quantité » sans précision désignant généralement la quantité syllabique). Certains auteurs qualifient les voyelles brèves de « voyelles brèves par nature », les voyelles longues de « voyelles longues par nature », les voyelles brèves dans des syllabes brèves de « voyelles brèves par position », et les voyelles brèves dans des syllabes longues de « voyelles longues par position ». Il faut faire la distinction entre longueur de voyelle et longueur de syllabe.
Vis-à-vis de l'accentuation, une voyelle ou diphtongue brève peut être atone ou porter un accent aigu ou grave. Une voyelle ou diphtongue longue peut être atone ou porter un accent aigu, grave ou circonflexe.
Il faut aussi avoir conscience qu'un accent aigu ou grave, sur une voyelle ou diphtongue longue, n'a pas la même valeur phonétique et phonologique qu'un accent aigu ou grave sur une voyelle ou diphtongue brève.
En ce qui concerne les voyelles, (epsilon) et (omikron) sont toujours brèves (dans l'orthographe normalisée utilisée à partir de l'époque classique), (êta) et (oméga) sont toujours longues, tandis que (alpha), (iota) et (upsilon) sont soit brèves, soit longues.
Vis-à-vis de l'accentuation, les diphtongues (, , , , , et , , , , , ) et pseudo-diphtongues (, ) sont considérées comme longues sauf et en finales absolues, qui sont considérées comme brèves sauf quand elles correspondent à la troisième personne du singulier de l'optatif ou à un locatif. Il ne semble pas qu'une diphtongue ou fût prononcée différemment à l'époque classique suivant qu'elle était longue ou brève vis-à-vis de l'accentuation. Cela est attesté par le fait que toutes les diphtongues sont généralement considérées comme longues dans la poésie classique. S'il y avait eu historiquement une différence de prononciation, ce n'était selon toute vraisemblance plus le cas à l'époque classique. Tout cela n'est pas valable en dorien, où toutes les diphtongues sont longues, vis-à-vis de l'accentuation.
Longueur des syllabes
La longueur des syllabes intervient dans quelques règles d'accentuation.
Une syllabe est longue quand elle comporte une voyelle (ou diphtongue) longue ou quand cette voyelle est suivie de plusieurs consonnes ou d'une consonne double (à savoir , ou ).
Une syllabe est brève quand elle comporte une voyelle (ou diphtongue) brève suivie d'aucune consonne ou d'une seule consonne simple.
Quand une voyelle brève est suivie d'une occlusive suivie d'une liquide, la syllabe peut être soit brève, soit longue. (Il existe des règles à ce sujet, qui dépendent des consonnes concernées et de l'époque. L'énonciation dépasserait le cadre de cet article.)
Lois d'accentuation pour un mot isolé
Un mot grec isolé porte toujours un et un seul accent, aigu ou circonflexe.
Loi de limitation
Si la voyelle finale est brève, on peut avoir un accent aigu sur l'antépénultième, un accent aigu ou circonflexe sur la pénultième (aigu seulement si celle-ci est brève) ou un accent aigu sur la finale.
Si la voyelle finale est longue, on peut avoir un accent aigu sur la pénultième ou un accent aigu ou circonflexe sur la finale.
Une antépénultième ne peut donc recevoir l'accent aigu que si la voyelle finale est brève ; si celle-ci est longue, l'accent ne peut être que sur la finale ou la pénultième. De même, une pénultième ne peut recevoir l'accent circonflexe que si la voyelle finale est brève.
La loi de limitation s'étant appliquée anciennement, on peut se trouver face à des exceptions quand la finale s'est allongée tardivement, notamment par métathèse de quantité. Par exemple le mot ἡ ἀποϐίωσις (la mort, littéralement « loin de la vie ») est anormalement accentué sur l’ἰῶτα par allongement tardif du ὂ μικρόν primitif (ὁ βίος, la vie).
Par ailleurs, on rencontre dans certaines déclinaisons des exceptions à la règle de limitation, qui s'expliquent par l'analogie avec les autres cas.
Enfin, les mots composés en , , , sont généralement proparoxytons. Cette accentuation peut s'expliquer par l'analogie avec les mots dont la finale a été allongée tardivement ou par l'application tardive d'une règle qui accentue la dernière voyelle de l'avant-dernier élément des mots composés: (ridicule) et (ridiculement) ; (un allié) et (d'un allié) ; est une exception, qui s'explique par le fait que la voyelle finale s'est allongée tardivement après l'application de la règle de limitation (la forme archaïque étant ) ; en revanche, le génitif s'explique par analogie du nominatif (on attendrait en effet par métathèse de la forme archaïque ) ; le génitif pluriel féminin s'explique par l'analogie du masculin-neutre (on attendrait en effet par contraction de la désinence ionienne-attique non-contracte ) ; n'obéit pas à la règle de limitation.
Extension de la règle de limitation
Cette extension n'est pas mentionnée dans certaines grammaires.
Elle énonce que l'antépénultième ne peut recevoir l'accent que si la syllabe finale est brève.
Ainsi, l'antépénultième ne saurait recevoir l'accent dans et .
Règles pour les contractions
Lorsqu'il y a une contraction de voyelles, l'accentuation de la forme contracte peut normalement être déduite de celle de la forme non-contracte.
Lorsque les deux voyelles contractées sont atones, l'accentuation de la forme contracte est inchangée par rapport à la forme non-contracte.
Lorsqu'une des deux voyelles contractées est accentuée, on applique les règles suivantes : Lorsque la première voyelle est accentuée, la voyelle résultante porte un accent circonflexe. Lorsque la deuxième voyelle porte un accent circonflexe, la voyelle résultante porte également un accent circonflexe. Lorsque la deuxième voyelle porte un accent aigu, la voyelle résultante porte un accent aigu.
En ionien-attique et en koinè, l'application de la règle de la pénultième longue accentuée après contraction peut conduire à avoir un circonflexe même si en appliquant les règles de contraction, on attendrait un aigu.
Loi de la pénultième longue accentuée (ou loi )
Cette loi s'applique uniquement en ionien-attique et en koinè.
De la loi de limitation, il découle (pour tous les dialectes) que si la voyelle finale est longue et la pénultième accentuée, celle-ci ne peut porter que l'aigu.
De plus, dans ces dialectes, la loi de la pénultième longue accentuée énonce que si la voyelle finale est brève et la pénultième est longue et accentuée, celle-ci doit nécessairement porter l'accent circonflexe.
Dans ces dialectes, si une pénultième longue est accentuée, l'accent dépend de la longueur de la finale : si la finale est brève, l'accent est circonflexe, si la finale est longue, l'accent est aigu.