Le Rallye du Portugal 1977 (11º Rallye de Portugal Vinho do Porto), disputé du au , est la quarante-quatrième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la troisième manche du championnat du monde des rallyes 1977. C'est également la quatrième des vingt épreuves de la Coupe FIA 1977 des pilotes de rallye, nouvellement créée.
Contexte avant la course Le championnat du monde
Le championnat mondial des rallyes pour marques 1977 compte onze épreuves internationales (deux épreuves hivernales, six sur terre, deux sur asphalte et une épreuve mixte terre/asphalte), dont huit se disputant en Europe. Créé en 1973, ce championnat a succédé au championnat international des marques. Les épreuves mondiales sont réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales
C'est désormais la 131 Abarth qui représente le fer de lance de Fiat, le groupe italien ayant auparavant obtenu trois titres consécutifs avec la Scuderia Lancia et sa remarquable Stratos. Malgré sa victoire au Monte-Carlo en janvier, Lancia a considérablement réduit son programme sportif et ne disputera que quatre manches mondiales, alors que les 131 Abarth les disputeront toutes. Opel, Toyota et surtout Ford sont les principaux adversaires du constructeur turinois au championnat.
Coupe FIA des pilotes Pour la saison 1977, la FIA a également instauré une Coupe des pilotes, prenant en compte les résultats des onze manches mondiales ainsi que ceux de cinq rallyes du championnat d'Europe et de quatre autres épreuves internationales.
L'épreuve
Caractérisé par son parcours mixte alternant pistes et routes goudronnées, le rallye du Portugal fut créé en 1967 sous le nom de Rallye TAP, à l'initiative de César Torrès. L'épreuve a rapidement acquis une renommée internationale en raison de son parcours très sélectif et de son organisation exemplaire. Elle figure au calendrier du championnat du monde depuis sa création en 1973.
Le parcours vérifications techniques : à Estoril départ : de l'autodrome d'Estoril arrivée : à Estoril distance : 2457 km, dont 544,9 km sur 44 épreuves spéciales (46 épreuves initialement prévues, pour un total de 578,4 km chronométrés) surface : asphalte et terre Parcours divisé en quatre étapesRevue L'Automobile n°370 - avril 1977
Première étape vignette|upright=1.3|droite|alt=Estoril|Estoril, point de départ et d'arrivée du Rallye du Portugal. Estoril - Póvoa de Varzim, 854 km, du 2 au 15 épreuves spéciales, 132 km, asphalte et terre
Deuxième étape Póvoa de Varzim - Póvoa de Varzim, 274 km, du 3 au 3 épreuves spéciales, 53,5 km, terre (4 épreuves initialement prévues, pour un total de 80,5 km)
Troisième étape Póvoa de Varzim - Estoril, 1078 km, du 4 au 14 épreuves spéciales, 282,5 km, terre (15 épreuves initialement prévues, pour un total de 289 km)
Quatrième étape Estoril - Estoril, 251 km, le 12 épreuves spéciales, 76,9 km, asphalteRevue Auto hebdo n°51 - 24 février 1977
Les forces en présence Fiat vignette|gauche|alt=Fiat 131 Abarth|La Fiat 131 Abarth groupe 4 fait partie des favorites de l'épreuve. Le constructeur turinois a engagé trois 131 Abarth groupe 4 (920 kg, moteur quatre cylindres, deux litres, injection Kugelfischer, seize soupapes, 220 chevauxRevue Auto hebdo n°53 - 10 mars 1977) pour Markku Alén, Maurizio Verini et Fulvio Bacchelli. Les voitures sont entièrement neuves et, pour cette épreuve mixte, équipées de suspensions identiques à celles utilisées lors du dernier rallye du Maroc. L'équipe officielle est épaulée par Fiat-France, qui a dispose d'un modèle identique confié à Jean-Claude Andruet.
Ford Première apparition mondiale officielle pour Ford, qui dispose de trois Escort RS1800, aux mains de Björn Waldegård, Roger Clark et Ari Vatanen. Ces modèles pesant 1020 kg sont équipées d'un moteur quatre cylindres seize soupapes de deux litres de cylindrée alimenté par deux carburateurs double-corps, d'une puissance de l'ordre de 240 chevaux. Engagé à titre privé, le pilote espagnol Beny Fernández, récent vainqueur du Rallye Costa Brava, dispose d'un modèle légèrement moins puissant (220 chevauxRevue Sport auto n°183 - avril 1977). Quelques pilotes amateurs au volant d'Escort RS2000 tenteront leur chance en groupe 1, le plus en vue étant le Portugais Giovanni Salvi qui pilote un ancien modèle MkI.
Toyota L'importateur portugais de la marque a engagé deux coupés Celica 2000 groupe 4 (1000 kg, moteur quatre cylindres deux litres, seize soupapes, préparé par Schnitzer développant 230 chevaux). Ils sont confiés aux pilotes habituels de la marque, Ove Andersson et Hannu Mikkola.
Opel vignette|droite|alt=Opel Kadett GT/E|L'Opel Kadett GT/E est présente dans les groupes 1, 2 et 4. Habituel représentant de la marque en groupe 4, l'Euro Händler Team n'a pas fait le déplacement au Portugal, mais le constructeur allemand est tout de même présent dans la catégorie avec deux Kadett GT/E préparées à Vienne et engagées par le Bosch Racing Team. Leur moteur deux litres développe 220 chevaux. Elles sont pilotées par les pilotes autrichiens Franz Wittmann et Wolfgang Šulc. Le pilote local 'Mêquêpê', un habitué de l'épreuve, engage une Kadett groupe 2 (environ 150 chevaux) et compte parmi les favoris de cette catégorie. L'Autrichien Sepp Haider dispose d'une voiture identique. De nombreuses Kadett groupe 1 sont également présentes, les plus performantes étant celles du Portugais Manuel Inácio et de l'Autrichien Klaus Russling.
Citroën Le constructeur français fait son retour en championnat avec une CX GTI groupe 2 d'une puissance de 150 chevaux, confiée à Francisco Romãozinho, vainqueur de l'épreuve en 1969 sur DS. Le concessionnaire Citroën de Marseille a quant à lui engagé une CX 2200 groupe 2 pour Jean-Paul Luc, le pilote français ayant assuré lui-même la préparation de sa voiture.
Alpine-Renault Robert Neyret s'aligne sur l'Alpine A310 groupe 4 (quatre cylindres, 1860 cm3, 180 chevaux) dont disposait la Finlandaise Marketta Oksala au dernier Rallye Monte-Carlo.
Simca Le service compétition de Chrysler-Espagne aligne une 1200 TI (version espagnole de la Simca 1100 TI), animée par un moteur 1440 cm3 de 95 chevaux, en groupe 2. Équipée d'une boîte de vitesses à rapports courts et d'une suspension renforcée, elle est confiée à au pilote espagnol Genito Ortiz.
Porsche De nombreux pilotes privés ont engagé des Carrera RS, dont l'Allemand Winfried Herrmann (un des favoris du groupe 3), ainsi que l'Espagnol Gemar et le Portugais Américo Nunes en groupe 4.
Déroulement de la course Première étape Estoril - Figueira da Foz Les 103 équipages s'élancent du circuit d'Estoril le mercredi après-midi, sous un soleil radieux. Les deux premiers tronçons chronométrés sont entièrement goudronnés et donnent l'avantage aux Fiat, Fulvio Bacchelli s'y montrant le plus rapide devant ses coéquipiers Markku Alén, Jean-Claude Andruet et Maurizio Verini. Avant d'aborder la première épreuve sur terre, les quatre Fiat ont pris l'avantage sur les deux Toyota d'Hannu Mikkola et Ove Andersson et les deux Ford Escort d'Ari Vatanen et Björn Waldegård, groupées en une poignée de secondes. La troisième Escort officielle, pilotée par Roger Clark, est hors du coup, retardée par de sérieux ennuis d'embrayage. La spéciale de Montejunto va quelque peu bouleverser le classement : les Fiat ont adopté des réglages de suspension n'autorisant pas un débattement suffisant pour les pistes portugaises, et si Bacchelli conserve la tête de la course, il ne compte plus que quatre secondes d'avance sur Mikkola, auteur du meilleur temps et revenu en seconde position au classement général, devant Vatanen et Alén. Manquant d'expérience sur terre, Andruet a chuté à la huitième place. Mais sur les deux spéciales suivantes, disputées sur asphalte, Andruet se montre le plus rapide et remonte à la cinquième place du classement général. Pour quatre secondes, Alén s'est emparé de la tête de la course devant Bacchelli. Ils précèdent Mikkola et Verini. Moins rapides sur le goudron, les Ford ont à nouveau cédé un peu de terrain, Waldegård et Vatanen comptant plus de vingt secondes de retard sur Alén, tandis que Clark, qui n'a pas résolu ses problèmes d'embrayage, navigue en onzième position, précédé par l'Escort privée de l'Espagnol Beny Fernández et par l'Opel Kadett du pilote local 'Mêquêpê', qui domine le groupe 2. À la neutralisation de Figueira da Foz, l'équipe Ford ne parvient pas à régler le problème, et le pilote britannique n'ira pas plus loin.
+ classement à la neutralisation de Figueira da Foz Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Markku Alén Ilkka Kivimäki Fiat 131 Abarth 4 20 min 45 s 2 Fulvio Bacchelli Francesco Rossetti Fiat 131 Abarth 4 20 min 49 s + 4 s 3 Hannu Mikkola Arne Hertz Toyota Celica 2000 GT 4 20 min 59 s + 14 s 4 Maurizio Verini 'Ninni' Russo Fiat 131 Abarth 4 21 min 02 s + 17 s 5 Jean-Claude Andruet Christian Delferrier Fiat 131 Abarth 4 21 min 06 s + 21 s 5= Björn Waldegård Hans Thorszelius Ford Escort RS1800 4 21 min 06 s + 21 s 7 Ari Vatanen Peter Bryant Ford Escort RS1800 4 21 min 10 s + 25 s 8 Ove Andersson Henry Liddon Toyota Celica 2000 GT 4 21 min 29 s + 44 s 9 Beny Fernández Miguel Brasa Ford Escort RS1800 4 21 min 40 s + 55 s 10 'Mêquêpê' Miguel Vilar Opel Kadett GT/E 2 22 min 18 s + 1 min 33 s
Figueira da Foz - Póvoa de Varzim La deuxième partie de l'étape se déroule en majorité sur terre, seules les deux dernières spéciales se disputant sur asphalte. Vatanen passe à l'attaque et remonte en seconde position, derrière Bacchelli qui a repris le commandement de la course. Un tête-à-queue dans le secteur de Candosa lui fait perdre une trentaine de secondes, le faisant retomber à la sixième place. Mikkola pointe alors à la seconde place, mais le pilote de Toyota abandonne dans le secteur suivant, Bucaço, la perte d'une roue ayant entraîné la rupture des goujons. Sur cette spéciale de Bucaço, Vatanen a écœuré tous ses rivaux, reprenant en moins de quinze kilomètres quatorze secondes au meilleur d'entre eux ! Il récupère ainsi sa seconde place au classement général, à moins de trente secondes de Bacchelli, toujours leader. Vatanen continue son forcing et après le secteur de Ladário il a réduit son retard à une seconde. Son coéquipier Waldegård se montre également très rapide sur la terre et pointe à la troisième place à seulement sept secondes de la Fiat de tête. Les deux pilotes Ford réalisent le même meilleur temps dans Viseu, Bacchelli ne leur concédant que trois secondes. Vatanen s'est emparé du commandement, et va progressivement creuser l'écart sur ses poursuivants, rejoignant Póvoa de Varzim le jeudi matin avec vingt-huit secondes d'avance sur Bacchelli et trente-neuf sur Waldegård. Verini et Alén ont préféré lever le pied sur les secteurs cassants et accusent un retard de près de deux minutes. Ils devancent Andersson et Andruet, tandis que 'Mêquêpê', huitième à près de neuf minutes, domine toujours le groupe 2. Outre les abandons de Clark et Mikkola, cette première étape a mis fin aux espoirs du pilote local Francisco Romãozinho (Citroën CX d'usine), à cause d'un court-circuit au neiman. Robert Neyret a également dû abandonner son Alpine sur le secteur routier, faute d'assistance après une série de crevaisons. Fernandez, qui occupait une belle huitième place sur son Escort privée, a abandonné dans la spéciale de Régua à cause d'une roue cassée.