vignette|Première du Vieux Cordelier. Le Vieux Cordelier est un journal rédigé par Camille Desmoulins, et dont six numéros parurent du au . Les troisième et quatrième numéros du Vieux Cordelier eurent un retentissement considérable. Un septième numéro, écrit en février ou , est longtemps resté inédit.

Camille Desmoulins a écrit ce journal à l'instigation de Georges Jacques Danton, qui l'encourage à en faire la tribune de l'Indulgence et des Indulgents, et par Maximilien de Robespierre qui entend en faire un concurrent pour Le Père Duchesne et une arme contre les Hébertistes. Pour Camille Desmoulins, ses raisons personnelles étaient les suivantes : il devait, en attaquant, se défendre contre les accusations que lui avaient values ses fréquentations, qu'il avait longtemps accordées au général Dillon.

Détail de chaque publication Numéro 1 Le premier numéro paru le . Cette première édition semble écrite à la gloire de Maximilien de Robespierre. Mais Camille Desmoulins en dénonçant les Hébertistes comme agents de William Pitt - il utilise pour cela la dénonciation et les lettres de François Chabot - et en proclamant la pureté de tous les autres Montagnards, n'a pas oublié son vieil ami : dans le sillage de Maximilien de Robespierre, il peut vanter les mérites de son « émule en patriotisme », l'homme qui marche avec la Révolution : Georges Danton, qu'il défend contre les attaques des Hébertistes. Il y fait aussi une violente et talentueuse diatribe contre les ultra-révolutionnaires.

Numéro 2 Le deuxième numéro est paru le . Le numéro 2 est toujours approuvé par Maximilien de Robespierre. Il y attaquait surtout Anarchasis Cloots, le qualifiant de pseudo-montagnard qui avait pris fait et cause pour la gironde dans le débat sur la guerre à l'hiver-1791-1792, et de pseudo-orateur du genre humain, qui ne voyait la liberté universelle que par la guerre de conquête, et qui dans l'affaire des colonies en 1791 prenait parti pour Barnave contre Brissot, fondateur de la Société des Amis des Noirs, pour le maintien de la domination blanche.

Le second numéro a un titre significatif : face au Père Duchesne, le rédacteur revendique le titre de démocrate de première heure, il avait été de ceux qui avait « vaincu la Bastille », de ceux qui avaient fondé le premier club républicain avant la lettre, de ceux qui avaient pourfendu sans relâche le despotisme royal et aristocratique en un temps où certains ultras-révolutionnaires comme Jacques-René Hébert se montraient réservés pour ne pas dire complices. Les meilleurs d'entre les patriotes de 1793 étaient bien comme Camille Desmoulins, ceux qui, n'ayant pas attendu plus d'un an pour se prononcer pour la République, s'étaient dès le début levés contre une aristocratie aux mille travestissements politiques. Par son « terrorisme » affirmait Camille Desmoulins, Jacques-René Hébert contribuait à diviser les patriotes alors qu'on savait bien que seule l'unité des anciens membres du Tiers État contre l'aristocratie était gage de victoire. Bien plus l'action de Jacques-René Hébert était marquée du sceau de la traîtrise, il était du « parti de l'étranger » et Robespierre avait bien raison de le combattre, lui et sa faction. Ce numéro deux contenait une talentueuse et violente diatribe contre les ultras du propagandisme, le « prussien » Cloots et consorts qui, a la revendication démagogique qui contient en germe la ruine de la Révolution, joignent le crime par excellence : l'athéisme déchristianisateur.

Comme le premier numéro, Le Vieux Cordelier contenait aussi un panégyrique de l'action du membre le plus éminent du Comité de salut public, Maximilien Robespierre. Cette action était présentée en des termes d'une flagornerie outrée qu'en d'autres temps on dira être celle "des dévots au culte de la personnalité". Face aux ultras-révolutionnaires, Camille Desmoulins dressait en quelque sorte la statue du Commandeur derrière laquelle s'abriteraient Georges Danton et ses amis.

Maximilien de Robespierre, Georges Danton : même combat.

Numéro 3 vignette|droite|250px|Le Vieux Cordelier Camille Desmoulins change de ton dans ce numéro 3 du . Sous prétexte d'histoire, Camille Desmoulins, en évoquant à la manière de Tacite les fastes sanglants de la Rome impériale, dénonce les excès de la Terreur. Le texte de Camille Desmoulins a tourné à la satire anti-gouvernementale et, pour les lecteurs les plus pointilleux, anti-républicains. Derrière les Hébertistes, il y a « le sans-culotte Pitt » ; derrière Jean-Baptiste Bouchotte il y a François-Nicolas Vincent.

Numéro 4 Dans le numéro 4, du , outre les attaques habituelles contre Jean-Baptiste Bouchotte et maintenant le général Charles Philippe Ronsin, Camille Desmoulins appellera franchement à l'ouverture des prisons, prélude évident à une politique de paix. Il y tirait argument d'une proposition de Maximilien de Robespierre pour la dénaturer : Maximilien de Robespierre venait d'obtenir la création du Comité de justice destiné à réexaminer le cas des individus incarcérés à tort (mesure qui sera rapportée six jours plus tard) ; Camille Desmoulins en profite pour tresser des couronnes civiques à Maximilien de Robespierre, son « cher Robespierre », son vieux camarade.

« Souviens- toi, lui dit-il, que l'amour est plus fort, plus durable que la crainte... Déjà tu viens de t'approcher beaucoup de cette idée, dans la mesure que tu as fait décréter aujourd'hui, dans la séance du décadi 30 frimaire [dimanche ]. Il est vrai que c'est plutôt un Comité de justice qui a été proposé. Cependant pourquoi la clémence serait-elle devenue un crime dans la République ? » Le mot est lâché. Les propositions de Camille Desmoulins ne laisse plus le moindre doute à ce sujet : « Ouvrez les prisons à ces deux cent mille citoyens que vous appelez suspects. », « Croyez-vous que ce soient ces femmes, ces vieillards, ces cacochymes, ces égoïstes, ces traînards de la Révolution qui sont dangereux ? », « Les braves et les forts ont émigré. Ils ont péri à Lyon ou dans la Vendée ; tout le reste ne mérite pas votre colère... »

Numéro 5 Ce jour-là une commission d’enquête sur les accusations portées contre Camille Desmoulins, Pierre Philippeaux et Léonard Bourdon devait déposer ses conclusions au Club des Jacobins. Inquiet, Camille Desmoulins accentua sa reculade et son journal se présenta comme un plaidoyer avant l’ouverture de la séance. Camille Desmoulins veut éviter l'escamotage de l'affaire François Chabot et y fait un violent réquisitoire anti-hébertiste.

Conspirateur ? Il l’était en effet et bien avant 1789, écrivait-il. Conspirateur de qui et contre quoi ? De la liberté contre l’aristocratie. Il l’avait été en 1788 comme poète - Maximilien de Robespierre ne venait-il pas de le rappeler lors de la séance du au Club des Jacobins ? Conspirateur, il l’avait été encore au , lorsqu’il avait ameuté le peuple au Palais-Royal. Conspirateur encore, et avec Georges Jacques Danton comme avec Maximilien de Robespierre en 1790 : les huit volumes que formaient sa France libre, la Lanterne aux Parisiens, Les Révolutions de France et de Brabant et La Tribune de patriotes étaient là pour prouver ses « conspirations contre les aristocrates de toute espèce, les royalistes, les Feuillants, les Brissotins et les « Fédéralistes » ».

On n’avait qu’à mettre les scellés chez lui, l’investigateur y saisirait une multitude de suffrages, les plus honorables qu’un homme puisse recevoir, et qui venaient des quatre parties du monde ! De Jacques Necker à Jacques Pierre Brissot, jamais il n’avait varié de la ligne de la Déclaration de l’Homme et il avait toujours eu six mois, parfois dix-huit mois d’avance, sur l’opinion publique.

Il avait pu commettre certaines erreurs d’appréciation sur le patriotisme véritable de tel ou tel homme politique, il s’était finalement toujours ressaisi et il avait su les dénoncer alors même qu’on cherchait à le corrompre. À tous les avantages qu’on lui offrait pour qu’il se tût, il avait sans cesse préféré l’éventualité de l’emprisonnement. Quels patriotes de fraîche date, de ces républicains du (1792), qui le poursuivaient de leur haine pouvaient mieux que lui être l’ami du peuple ?

On montait toujours contre lui des affaires comme celle de Dillon (Arthur de Dillon) pour le discréditer. Non, il n’avait pas défendu ce général, il avait seulement demandé qu’il fut jugé pour prouver sa bonne foi. Oubliait-on les généraux aristocrates ou non que lui, Camille Desmoulins, avait eu le courage de dénoncer alors que tous se taisaient.

Collot d’Herbois ironisait aux Jacobins sur Camille Desmoulins passant son temps et donc inapte à se placer au niveau de la Révolution. Ce membre du Comité de salut public, rétorquait Camille Desmoulins, ferait mieux de se souvenir de ses erreurs passées, lui qui n’avait pas toujours su distinguer les ennemis de la République et qui se laissait aller encore à écouter d’une oreille complaisante les flagorneries du « Père Duchesne ».

Jacques-René Hébert appelait Camille Desmoulins comme Louis-Marie Stanislas Fréron un « ci-devant patriote », « un muscadin », « un sardanapale », « un viédase ». Quel crédit pouvait-on accorder à ce calomniateur, à ce rédacteur de lettres anonymes, à cet ancien distributeur de billets à la porte des théâtres de Paris qui, aujourd’hui vivait dans le luxe, touchant de l’argent de Bouchotte), du banquier Kock et d’un agent des émigrés. Pourtant cet « effronté ambitieux » cet « avilisseur du peuple français et de la Convention », en un mot ce « scélérat » parvenait à circonvenir des hommes comme Barère et Collot d’Herbois et à les dresser contre lui en déformant les propos du « Vieux Cordelier ».

Jacques-René Hébert prétendait que Camille Desmoulins restait favorable au maintien des « maisons de suspicion » mais réclamait une clarification de la définition de suspect. Reprenant habilement des expressions de Maximilien de Robespierre, il affirmait . Il poursuivit

On l’accusait d’être le patron des aristocrates, des modérés ? Plagiant le discours de Maximilien de Robespierre sur le gouvernement révolutionnaire, il prévenait :

L’anarchie menaçait la République depuis que n’importe quel petit comité local, n’importe quel agent subalterne de l’État faisaient les lois. Lui, Camille Desmoulins avait eu le courage de le dire. Il avait été entendu.

Dans un retournement brusque, voici qu’il louangeait le Comité de salut public. Le Comité de salut public, ce Comité sauveur a porté remède

Il restait attaché à la politique de Maximilien de Robespierre qui avait su .

Dans ce numéro 5, Camille Desmoulins insinue que Jacques-René Hébert a trempé moyennant finances, dans l’ultime projet d’évasion de la Marie-Antoinette d'Autriche (complot de l'œillet). Il dénonce les livres de subventions que lui a accordées le général Jean-Baptiste Bouchotte pour son journal, le Père Duchesne. Il accuse Jacques-René Hébert par son extrémisme d’avoir voulu préparer la contre-révolution avec l’aide, sans toutefois le mentionner, de Jean de Batz.

Numéro 6

Le numéro 6 parut le . Dans ce numéro, Camille Desmoulins reconnaîtra un échec : « Hébert a eu sur moi un triomphe complet ». Il félicitera Jacques-René Hébert de s'être converti au « sans-culotte Jésus ».

Non, écrivait-il, il ne pactiserait jamais avec les aristocrates et croirait jusqu'à sa mort « que la démocratie est la seule constitution qui convienne à la France »