« Un président ne devrait pas dire ça… », sous-titré Les secrets d'un quinquennat, est un livre des journalistes d'investigation Gérard Davet et Fabrice Lhomme, publié le , consacré aux cinq années d'entretiens privés des deux hommes avec le président de la République française François Hollande. L'ouvrage est à l'origine d'une importante polémique, notamment au sein de la majorité du moment, et est considéré comme l'un des facteurs conduisant au renoncement de François Hollande à se présenter à l'élection présidentielle française de 2017.
Genèse de l'ouvrage
Selon le producteur Jean-Marc Dumontet François Hollande, au lancement du projet du livre, croit que les deux auteurs vont écrire pour le magnifier..
Les deux journalistes ont eu avec François Hollande 61 entretiens en cinq ans, soit une moyenne de un par mois..
Thèmes Ce livre de 672 pages aborde plus d'une dizaine de thèmes.
35 heures Alors qu'il avait durement désavoué certains de ses ministres – notamment Manuel Valls et Emmanuel Macron – qui s'étaient publiquement interrogés sur les 35 heures, François Hollande estime dans ce livre d'entretien que dans le cadre du monde hospitalier et pour les fonctionnaires, les 35 heures « n'ont pas été bien pensées ». Le Président voit les 35 heures comme un des marqueurs « qui permettent de retrouver l'électorat de gauche »François Kersaudy, « Kersaudy – Un président ne devrait pas dire ça (2) », Le Point, 24 novembre 2016 (lire en ligne)..
Donald Trump Dans ses confidences, François Hollande ne cache pas son absence de sympathie pour Donald Trump qui incarne selon lui « exactement ce que l'extrême droite pourrait faire demain en France ». Il condamne la position isolationniste que le candidat républicain pourrait adopter s'il était élu président des États-Unis.
François Hollande presse la possibilité d'un succès de Trump sur des bases proches de celles qui agitent les Français : Hollande : "Trump, c'est ce que l'extrême droite pourrait faire en France", lepoint.fr, 9 novembre 2016..
Football
Lors d'un entretien en 2012, François Hollande évoque , avant de reconnaître lors d'un entretien en 2016 ..
Lors d'un entretien, il estime que les joueurs sont des personnes qui .
François Hollande conseille à la Fédération française de football d'organiser des formations pour les joueurs dans une logique de , notamment ceux de l'équipe de France.
L'ancien héros des Bleus Zinédine Zidane, généralement réservé, parle de propos .
Immigration Après avoir avancé qu'on ne pouvait « continuer à avoir des migrants qui arrivent sans contrôle », François Hollande évoque la sécession des territoires : « Comment éviter la partition ? Car c'est quand même cela qui est en train de se produire : la partition. »cité in Christophe Guilluy, No Society. La fin de la classe moyenne occidentale, Flammarion, 2018, p.81-82
Le , à la question de savoir s’il y a « trop d’immigration », François Hollande avait répondu . La droite comme le Front national réagissent pour dénoncer le « décalage » entre les propos et les actes du chef de l'État en ce domaine.
Islam
Selon une confidence de François Hollande
La femme voilée est présentée comme pouvant devenir la , ce qui choque de nombreux élus de la droite et du Front national qui parlent de promotion du communautarisme. Le chef de l'État explique pourtant dans la suite de la citation où il ajoute :
François Hollande parle aussi de l'islam comme d'une religion qui pose problème, en .
Justice Le président parle de la Justice française comme d'une et déclare que chez .
La phrase met en émoi l'institution, le Conseil supérieur de la magistrature, rejoint par le premier président de la Cour de cassation Bertrand Louvel et le procureur général, dénonce des propos . L'Union syndicale des magistrats (USM), principal syndicat de magistrats, dénonce les propos tenus et exige une clarification, se disant ..
François Hollande s'excuse dans une lettre où il déclare que .
Parti socialiste Il déclare qu'il pour le Parti socialiste.
Projet d'aéroport du Grand Ouest
Pour le chef de l'État, cet aéroport, destiné à remplacer celui de Nantes-Atlantique et qui suscite une vive contestation locale, ..
Polémique sur les « sans-dents » Dans son essai autobiographique Merci pour ce moment, publié en , Valérie Trierweiler accusait François Hollande de surnommer avec sarcasme les pauvres, les . François Hollande reconnaît l'utilisation du terme mais se justifie de l'avoir utilisé dans un contexte plus compassionnel : .
Dès la parution du livre, cette dernière réagit en rendant public un SMS que François Hollande lui aurait envoyé en 2008 et dans lequel il dit : « Hollande donne sa version des "sans-dents"... Trierweiler exhume le contenu d'un vieux SMS » sur marianne.net, 12 octobre 2016..
Sécurité nationale François Hollande reconnaît avoir ordonné au moins quatre assassinats ciblés pendant son mandat, dont celui du chef islamiste somalien Mokhtar Ali Zubeyr en . Le journaliste Vincent Nouzille confirme que le président aurait ordonné l'exécution d'une quarantaine de djihadistes entre 2013 et 2016, dont huit Français (au rang desquels Macreme Abrougui, tué par une frappe française en Syrie en ), et cinq autres tués dans des frappes ciblées grâce à des drones américains : David Drugeon, Charaffe El-Mouadan, Boubaker El Hakim, Salah Gourmat et Walid Hamam. Abdelhamid Abaaoud, l’un des principaux organisateurs des attentats du 13 novembre 2015, aurait lui-même été la cible d'une opération à la fin de l'été 2015, qui n'aurait finalement pas été menée au bout pour éviter des dommages collatéraux parmi la population civile. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, se désolidarise des propos de Hollande.
Il reconnait également s'être servi de l'état d'urgence — déclaré quelques heures après les attentats du 13 novembre — pour contrôler les militants écologistes à l'approche de la conférence de Paris sur le climat (COP 21)..
Vie politique française La plupart des attaques politiques contenues dans le livre sont dirigées contre Nicolas Sarkozy, ce qui fait dire à ses deux auteurs que . François Hollande y surnomme l'ancien président de la République , sur le modèle de Victor Hugo qui avait ainsi surnommé Napoléon III dans le pamphlet Napoléon le Petit en 1852. Il ajoute que ce dernier et l'accuse d'être obsédé par l'argent. En dépit de toutes ces attaques, il annonce qu'il votera pour ce dernier à l'élection présidentielle de 2017 si celui-ci est opposé au second tour à Marine Le Pen, la présidente du Front national. (hypothèse qui disparaîtra peu de temps après avec l'élimination de Nicolas Sarkozy dès le premier tour de l'élection primaire de son parti).
Il reconnaît des qualités à Marine Le Pen, notant , venant sur des sujets avec . À la différence de certains de ses proches, il craint que le parti de Marine Le Pen puisse être élu régionalement car, selon lui, Marine Le Pen ne commettrait . Il ne voit néanmoins aucune différence entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, les deux partageant pour ce qui concerne l'immigration. Il explique le succès de cette dernière en raison notamment de la gauchisation de son discours politique..
Accueil du livre Les confidences du chef de l'État sont passablement commentées dans les milieux médiatiques et politiques français, ainsi que dans l'opinion publique dans les semaines qui suivent sa parution.
C'est au sein du Parti socialiste que les portraits de ses proches politiques font le plus de remous : ainsi Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, est décrit comme un homme qui n’a « pas l'envergure ». Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre, est représenté comme quelqu'un de « tellement loyal qu’il est inaudible ». François Hollande n'est pas tendre envers la ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, dont il retient qu'elle est « très forte en langue de bois » en ajoutant que « ce n’est pas une intellectuelle »..
Pour ces raisons, les commentaires les plus indignés viennent des rangs même du Parti socialiste. Le Premier ministre Manuel Valls, le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone et le premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis prennent leurs distances..
Plusieurs journaux parlent de voire de .
Le président, dans un entretien avec deux journalistes du Monde le , regrette et déclare qu'il n'a fait que donner sa sur des décisions qu'il a prises pendant son mandat. Il appelle à se concentrer sur son bilan..
Accueil médiatique international L'ouvrage fait réagir la presse de plusieurs pays étrangers, presque toujours pour fustiger le discrédit que le livre apporte sur l'image du président et pour témoigner de leur incompréhension, comme le font Handelsblatt en Allemagne ou La Vanguardia en Espagne. Le journal en ligne russe Vzgliad est un des plus violents, considérant que les confidences révèlent le vrai visage de François Hollande, celui d'un ..
Réception critique Pour Éric Conan, journaliste de Marianne, François Hollande a berné Gérard Davet et Fabrice Lhomme, leur servant « la langue de caoutchouc » dont il use depuis des décennies. Derrière les propos faussement polémiques, les deux journalistes du Monde lui ont offert une tribune électorale lui permettant de sortir du rôle de Président qu'il est incapable d'assumer pour se placer dans la position du candidat, personnage correspondant à « ce qu'il sait faire de mieux ».. Une analyse partagée par Jean-Paul Brighelli qui pense que tant la date de parution de l'ouvrage que les propos considérés comme « polémiques » ne tiennent en rien du hasard, mais servent le candidat Hollande pour lui donner « à force de démagogie, une authenticité populiste nouvelle »..
Pour Éric Zemmour, ces entretiens sont dans la continuité de 30 ans de carrière politique et de proximité avec les journalistes qu'il a renseignés en même temps que ceux-ci ont fait sa promotion médiatique. François Hollande serait en cela extrêmement proche de Nicolas SarkozyZemmour et Naulleau, 19 octobre 2016.. Quand bien même François Hollande juge négativement certaines modifications de la société française en nommant notamment l'immigration, l'islam, les incivilités dans l'Éducation nationale, il ne serait que le « commentateur de sa propre impuissance », analyse qui rejoint l'un des thèmes principaux du livre selon Fabrice Lhomme. « Fils de Jacques Delors », s'appliquant à dépouiller les États-nations de leurs compétences pour les donner au marché et laisser le tout être régulé par le droit, il est le propre ordonnateur de cette impuissance politique.
Pierre Péan pointe également du doigt ce paradoxe d'un « président commentateur » qu'il oppose à François Mitterrand « qui s'efforçait […] d'être au niveau de sa fonction » et qui à la différence de François Hollande « ne tutoyait personne »..
François Hollande n'a pas détesté le contenu du livre selon Gérard Davet, mais il n'a pas aimé le titre du livre..
Conséquences Peu de temps après la publication du livre, François Hollande bat un nouveau record d'impopularité avec seulement 4 % d'opinions positives sur son action, dépassant son plus mauvais score qui était déjà le plus bas jamais enregistré pour un président sous la République..
Proposition de destitution
Le mercredi , une semaine après la sortie du livre, le député de l'opposition Pierre Lellouche demande à la tribune de l'Assemblée nationale que soit posée la question de la destitution du président. Il accuse en effet le chef de l'État d'avoir dévoilé aux deux journalistes des dossiers classés Secret-Défense, notamment les aveux d'assassinats ciblés et sur l'intervention française en Syrie..