Bahá’u’lláh « gloire de Dieu » est le fondateur de la foi bahá’íe, dont le nom de naissance est Ḥusayn-ʿAlī Nūrī ; , à Téhéran, Iran – à Acre. Pour les adeptes de la foi bahá'íe, il est considéré comme le plus récent d’une lignée de révélations divines transmises par des « Manifestations de Dieu » comprenant Krishna, Abraham, Moïse, Bouddha, Zoroastre, Jésus, Mahomet, et le Báb. Bahá’u’lláh proclame l’unité de l’humanité et l’avènement d’une civilisation mondiale. Il affirme être le « Promis » des religions du passé, venu « au temps de la fin » conduire les peuples du monde vers la justice, la prospérité et l’Âge d’or de l’histoire humaine.
Il fut le disciple du Báb (1819-1850), qui affirma être al-QāʾimVoir la déclaration faite par le Báb lors de son procès à Tabriz en 1848, rapportée par Nabīl-i A’ẓam dans sa Chronique de Nabil, chapitre 18, 298-300 ( « Celui qui s’élève », encore appelé « l’Imam Caché » ou Al-Mahdī, « celui qui est bien guidé », ) annoncé par la tradition islamique et attendu par les musulmans avant le « Jour du Jugement ».
Sa famille Le mīrzā Ḥusayn-ʿAlī Nūrī naquit à Téhéran (Iran), le ( du mois de mouharram 1233 ap. H.), dans une famille fortunée de l’aristocratie iranienne, possédant de vastes domaines et revendiquant descendre des dynasties régnantes de l’ancienne Perse impériale pré-islamiqueBalyuzi H.M. : Dans la gloire du Père, chapitre 1, 25-27.
Son père vignette|droite|Mírzá ‘Abbás-i-Núrí. Son père, le mīrzā Ḥusayn-ʿAlī Nūrī ʿAbbās-i Nūrī (ميرزا عباس نوري), mieux connu comme le mīrzā Buzurg, était le fils du mīrzā Riḍā-Qulī Big, fils du mīrzā ʿAbbās Ḫān Karbilāʾī, fils de Ḥājī Muḥammad-Riḍā Big, fils de Āqā Muḥammad-ʿAlī, fils de Āqā Faḫr (n.1618), fils de Šahrīyār-ḤasanListe des enfants de Šahrīyār-Ḥasan.
Il était renommé pour la qualité de sa calligraphie et servit comme vizir de l’Imám-Virdi Mírzá, le douzième fils de Fatḥ-‘Alí áh Qájár (1771-1834), qui était le chef du clan Qájár. Le mírzá Buzurg fut plus tard nommé gouverneur de Burújird et du Luristán. Ses affaires prospérèrent jusqu’à la mort de Fatḥ-‘Alí áh et l’accession au trône en 1834 de Muḥammad áh Qájár (1810-1848). Il subit alors l’animosité du vizir hájí mīrzāhájí et mīrzā ne sont pas des patronymes mais des titres : le premier indique le pèlerinage à La Mecque effectué, le second est un titre de noblesse. Áqásí, dont il avait critiqué les agissements, perdit son poste ainsi que la plus grande partie de ses immenses biens, et décida alors de se retirer en IrakBalyuzi H.M. , chapitre 2, 31-32. Il y mourut en 1839 et fut enterré au Vádí-al-Islám de Najaf, où se trouve le tombeau de l’Imám ‘Alí.
Le mírzá Buzurg eut sept épouses, parmi lesquelles trois concubines, et au moins 15 enfants. Sa seconde épouse se nommait adíjih ánum et fut la mère du mírzá Ḥusayn-‘Alí Núrí, plus connu sous le titre de Bahá’u’lláhBalyuzi H.M. , chapitre 2, 28-34. L’une de ses concubines nommée Kúik ánum fut la mère du mírzá Yaḥyá Núrí, que le Báb désigna comme son successeur sous le titre de Ṣubḥ-i Azal (1831-1912, « Aurore de l’Éternité »). Ces deux demi-frères devinrent d’importantes figures du bábisme et leur opposition créa un schisme au sein de ce mouvement entre leurs partisans, appelés respectivement « bahá’is » et « azalis ».
Ses enfants Le mírzá Ḥusayn-‘Alí Núrí eut 14 enfants de ses trois épouses et aucune concubine. Il se maria en accord avec les lois et coutumes de la société de son époque, avant que la bigamie (devenue monogamie dans la pratique ultérieure des bahá’is) ne soit enjointe dans le Kitáb-i-Aqdas. vignette|droite|Photographie de trois fils de Bahá’u’lláh (‘Abbás Effendi, le mírzá Mihdí et le mírzá Muḥammad-‘Alí) avec leurs compagnons vers 1868 à Andrinople. Sa première épouse Ásíyih ánum (آسیه خانم, v1820-1886) était la fille du mírzá Ismá’íl-i-Vazír, et épousa Bahá’u’lláh à Téhéran selon la loi islamique en septembre-octobre 1835. Bahá’u’lláh l’appelait Navváb et déclara qu’elle était « son épouse pour l’éternité dans tous les mondes de Dieu ». De leur union naquirent 7 enfants, dont seulement 3 atteignirent l’âge adulte : ‘Abbás Effendi (1844-1921, qui prendra la tête de la communauté après la mort de son père sous le titre de ‘Abdu’l-Bahá : « Serviteur de Bahá »), Bahíyyih ánum (1846-1932) et le mírzá Mihdí (1848-1870).
Sa seconde épouse Fáṭimih ánum (1828-1904), plus connue sous le titre de Mahd-i-’Ulyá, était sa cousine et l’épousa à Téhéran en 1849, alors qu’ils étaient bábis. De leur union naquirent 6 enfants, dont seulement 4 atteignirent l’âge adulte : Samadíyyih (fille morte en 1904-05), le mírzá Muḥammad-‘Alí (1852-1937), Ḍíyá’u’lláh (fille 1864-1898) et Badí’u’lláh (1868-1950).
Il épousa sa troisième femme Gawhar ánum à Bagdad quelque temps avant qu’il n’eut déclaré sa « mission divine », et elle n’eut qu’une seule fille : Fúrúíyyih.
Environnement historique Le en Perse est une période de profonde mutation matérielle, politique et sociale. La dynastie Kadjar, fondée en 1794, réussit à restaurer l’unité nationale et entama des réformes pour moderniser le pays sous la pression de la Russie au nord et de l'Empire britannique à l’est, qui s’opposaient dans le « Grand Jeu » géostratégique pour la domination de la région.
Avec l’arrivée au pouvoir des Kadjars, les nobles (mírzáís), les commerçants du Bazar (bazarís) et les dignitaires religieux (oulémas) chiites duodécimainsLe Chiisme duodécimain (اثنا عشرية, Iná’aariyya) reconnaît l’autorité héréditaire temporelle et spirituelle des douze imams de la descendance du couple formé par ‘Alí ibn Abú Tálib et Fatima, respectivement cousin et fille de Mahomet (v570-632). Le chiisme duodécimain est la religion d’état en Iran depuis la dynastie des Safavides au . acquirent influence et pouvoir au sein d’une société restée féodale et imprégnée de clientélisme, de népotisme et de corruption.
L’année 1844 (1260 ap. H.) vit l’apparition d’un mouvement religieux millénariste et réformateur : le bábisme (en perse : بابی ها = Bábí há), fondé par un jeune commerçant de Chiraz nommé Siyyid Mírzá ‘Alí Muḥammad írází (1819-1850) et surnommé le Báb ( « la Porte »)Muḥammad-i-Zarandí (Nabíl-i-A’ẓam) : La Chronique de Nabíl, chapitre 3, 45-58. Celui-ci déclara être Al-Qá’im annoncé dans les traditions islamiques et attendu par les musulmans avant le « Jour de la résurrection et du Jugement » pour régénérer et faire triompher l’islam. Perçu dans un premier temps comme une simple tentative de réforme de la société, son message se révéla par la suite être en fait la naissance d’une nouvelle religion indépendante de l’islam et se répandit comme un feu de prairie à travers la Perse, touchant toutes les couches de la population, du plus humble paysan au plus éminent lettré.
Les dignitaires religieux chiites ne tolérèrent pas cette remise en cause de leur autorité et de leur pouvoir, et firent pression sur le grand vizir hájí mīrzā Áqásí pour réprimer ce mouvement et exiler le Báb en Azerbaïdjan dans les forteresses de Máh-kúMuḥammad-i-Zarandí, , chapitre 13, 230-240 (1847-1848) puis de ihríqMuḥammad-i-Zarandí, , chapitre 17, 287-290 (1848-1850). Les bábis levèrent alors « l’étendard noir » de la « guerre sainte » au urásánMuḥammad-i-Zarandí, , chapitre 19, 308-309 mais furent vaincus après un an de siège au mausolée fortifié de ay Ṭabarsí (1848-1849) dans le MázindaránMuḥammad-i-Zarandí, , chapitres 19 et 20 racontant en détail les événements. De nouvelles rébellions dans les provinces du FársMuḥammad-i-Zarandí, , chapitre 22, 437-463 et de ZanjánMuḥammad-i-Zarandí, , chapitre 24, 495-537 décidèrent le grand vizir Mírzá Taqí án (1807-1852) à noyer la révolte dans le sang et à faire fusiller le Báb dans la cour de la caserne de Tabriz le Muḥammad-i-Zarandí, , chapitre 23, 470-485.
La tentative d’assassinat du roi de Perse Náṣiri’d-Dín-Sháh Qájár (1831-1896) par trois bábis, le , fut le signal d’une répression sauvage et généralisée, sous le regard consterné des militaires et des diplomates occidentaux témoins des évènements. La communauté bábie fut pratiquement anéantieMuḥammad-i-Zarandí, , chapitre 26, 558-596 et les bábis qui échappèrent à la mort ou à la prison furent contraints de s’exiler ou d’entrer dans la clandestinité.
Exil vignette|droite|Náṣiri’d-Dín-áh Qájár. Mírzá Ḥusayn-‘Alí Núrí se convertit rapidement au bábisme à l’âge de 28 ans et devint l’un des chefs de ce mouvement, organisant en particulier la conférence de BadatMuḥammad-i-Zarandí, , chapitre 16, 273-81 (juin-juillet 1848) qui marqua la séparation définitive du bábisme d’avec l’islam, et au cours de laquelle il prit officiellement le titre de Bahá’u’lláh.
Emprisonnement à Téhéran Dans les jours qui suivirent la tentative d’assassinat contre Náṣiri’d-Dín-Sháh Qájár, Bahá’u’lláh fut arrêté et escorté d’une manière humiliante, à pied sans chaussures ni chapeau, jusqu’à la capitale Téhéran pour y être enfermé dans le cachot souterrain du Síyáh-ál (le « trou noir »). C’est enchaîné dans l’obscurité, le froid et la puanteur de ce cachot, qu’il vécut une expérience mystique à la suite de laquelle il déclara être « Celui que Dieu rendra manifeste » (Man yuẓhiruhu’lláh, et ) annoncé par le BábShoghi Effendi : Dieu passe près de nous, chapitre 6, 111-129. Comme il bénéficiait de puissantes protections, ses ennemis hésitèrent à le tuer comme les autres bábis et décidèrent de confisquer tous ses biens puis de l’exiler avec sa famille le plus loin possible en espérant sa mort.
Bagdad Bahá’u’lláh quitta Téhéran le ( de rabia ath-thani 1269 ap. H.) et voyagea vers Bagdad au cours d’un très rude hiver pour arriver à destination le ( de joumada ath-thania 1269 ap. H.). Il découvrit la communauté des réfugiés bábis en pleine confusion et s’efforça de la restaurer. vignette|droite|Exil de Bahá’u’lláh. Mais devant les conflits et les querelles intestines, il se retira comme ermite au Kurdistan sous le pseudonyme de Darví Muḥammad-i-Irání pour y vivre et y méditer dans les montagnes de Sar-Galú près de la ville de Sulaymáníyyih (Takyiy-i-Mawláná). Il quitta Bagdad le ( de rajab 1270 ap. H.) et n’y revint que le ( de rajab 1272 ap. H.) à la demande des bábis pour reprendre la direction de la communautéShoghi Effendi, , chapitre 7, 131-158.
Son influence grandissante commença à inquiéter ses opposants, qui demandèrent aux autorités ottomanes de l’exiler encore plus loin. Sur le point de quitter Bagdad pour se rendre en exil à Constantinople, Bahá’u’lláh déclara publiquement à son entourage qu’il était « Celui que Dieu rendra manifeste » promis par le Báb, alors qu’il séjournait dans les jardins de Najíbíyyih (surnommés « Jardins de Riḍván », jardins du « paradis ») du ( de dhou al qi`da 1279 ap. H.) au ( de dhou al qi'da 1279 ap. H.)Shoghi Effendi, , chapitre 9, 189-195. Cet évènement est fêté chaque année par les bahá’ís comme le « festival de Riḍván ».
Constantinople vignette|droite|Ṣubḥ-i-Azal vers 1889-1890. Bahá’u’lláh partit pour Constantinople le et y arriva le ( de rabia al awal 1280 ap. H.). Mais n’y resta que peu de temps, car ses adversaires prirent rapidement conscience du danger que représentait sa présence au cœur même de l’empire ottoman. Il fut donc de nouveau exilé à la marge de cet empire, dans la partie européenne de la Turquie.
Andrinople Bahá’u’lláh séjourna à Andrinople du ( de rajab 1280 ap. H.) au ( de rabia ath-thani 1285 ap. H.) ;
C’est depuis cette ville qu’il annonça sa mission au monde et à ses dirigeants politiques ou religieux.