Le Voortrekker Monument (monument aux Voortrekkers), situé à Pretoria, rend hommage aux pionniers boers qui partirent en 1835-1838 de la colonie du Cap pour s'installer à l'intérieur des terres d'Afrique du Sud. Cette grande migration fut appelée « Grand Trek ». Elle est à l'origine de la création des républiques boers du Transvaal et de l'État libre d'Orange. Il a été conçue par l'architecte Gerard Moerdijk.
Emblématique du nationalisme afrikaner, le monument se dresse depuis 1949 sur une colline à l'entrée sud de la capitale sud-africaine. Il est au début du le monument de ce type le plus visité de la province du Gauteng et l'un des 10 sites culturels et historiques majeurs du pays Pretoria turns 156-years, SABC, 12 novembre 2011.
Il est inscrit au patrimoine national sud-africain (national heritage site) depuis le South Africa: Voortrekker Monument Now a National Heritage Site, AllAfrica, 16 mars 2012.
Contexte thumb|left|La construction du monument de Gerard Moerdijk en images, de la pierre angulaire à l'inauguration du mémorial thumb|left|Vue aérienne du Monument en 1962 Dans les années 1930, les Afrikaners ont gagné en influence et gouvernent l'Afrique du Sud avec les blancs anglophones. Leur élite politique et institutionnelle veut néanmoins symboliser leur histoire, affirmer leur place dans la construction du pays et consacrer leur supériorité culturelle sur les autres populations du pays, que ce soit les sud-africains blancs anglophones et les populations de couleurs. Comme pour le Nasionale Vrouemonument à Bloemfontein, il s'agit aussi pour les élites intellectuelles de rétablir la confiance des Afrikaners en leur destin, en ravivant le souvenir de leurs heures glorieuses, avant la défaite face aux Britanniques, alors que la Grande Dépression, les périodes de sécheresse à répétition ont encore aggravé la situation des populations afrikaners des classes sociales blanches les plus défavorisées. L'intensification des difficultés économiques a ainsi poussé un nombre croissant de métayers et de fermiers afrikaners à rechercher un travail en villesElizabeth Rankin et Rolf Michael Schneider, From Memory to Marble, De Gruyter, African Minds, 2019, p 31-32). Mal qualifiés, ils sont confrontés à la concurrence d'immigrants blancs qualifiés et à des travailleurs noirs non qualifiés, prêts à travailler pour des salaires très bas. Une enquête de la Commission Carnegie de la fin des années 1920, avant même que la Grande Dépression n'ait produit ses effets, soulignait qu'une grande partie des Afrikaners étaient dans une situation économique difficile(« environ 17,5 % de familles « très pauvres » soit quelque personnes). Ainsi, au moment des célébrations du centenaire du Grand Trek, le révérend John Daniel Kestell (1854-1941) appelait à sauver les descendants de Voortrekkers de la pauvreté, qu'elle soit économique, morale et spirituelle.
Dans ce contexte, la conception d'un monument commémoratif de l'histoire des Afrikaners fut attribué à l'architecte Gerard Moerdijk qui, assisté par une équipe de quatre sculpteurs pour la fresque intérieure et les statues d'angle, va créer un mémorial commémorant le Grand Trek, cet évènement central de l'histoire des Afrikaners.
Architecture thumb|left|La statue de la femme voortrekker et de ses enfants (en 1962) Combinant les styles art déco et « paquebot »Voortrekker Monument, Thousand Wonders , le monument, conçu par l'architecte sud-africain Gerard Moerdijk, compte plus de de pierre, est haut de 41 m et repose sur une base de 40 x Roger C. Fisher et Nicholas J. Clarke, Architectural Guide, South Africa, Dom Publishers, 2014, p 98-99. Sa construction fut en grande partie supervisée par Cornelius Pretorius. Moerdijk aurait puisé son inspiration auprès de certains monuments européens comme le dôme des Invalides en France, le Volkerschlachtdenkmal en Allemagne, ainsi qu'auprès de l'Égypte antique.
Pour accéder au portail du monument, il faut d'abord grimper 299 marches.
La statue en bronze de la femme boer et de ses deux enfants de quatre mètres de hauteur et de 2,5 tonnes, située à la base du monument au centre de la façade principale (la façade nord), a été conçue par Anton van Wouw en 1938 (ce fut sa dernière commande publique) et réalisée par la fonderie de Renzo Vignali. Il s'agit de la première sculpture publique sud-africaine coulée d'une seule pièce en bronze. Les modèles furent Cato Roorda (1919-2009) ou Isabel Snyman pour la femme, Bettie Wolk pour la fille et Joseph Goldstein pour le garçon. La femme boer est représentée debout, portant le regard au loin, le visage protégé par une coiffe (kappie) à larges bords, tandis que les enfants, tournés vers elle, tirent sur sa longue jupe pour y trouver du soutien et du réconfort. Quatre bas reliefs, réalisés par Ernst Ullman (1900-1975)Elizabeth Rankin et Rolf Michael Schneider, From Memory to Marble, De Gruyter, African Minds, 2019, p 178, représentant des gnous tournés vers l'extérieur, symbolisant le danger (en l’occurrence s'éloignant), sont placés en hauteur sur le mur, de chaque côté de la statueC. Prescott; N. Rees; R. Weaver-Hightower, Enshrining Gender in Monuments to Settler Whiteness: South Africa’s Voortrekker Monument and the United States’ This Is the Place Monument. Humanities 2021, 10, 41. p 12-13.
Situées aux quatre angles du monument, les quatre statues en granit des chefs voortrekkers, mesurant chacune 5,5 mètres de hauteur pour un poids de 6 tonnes, ont été conçues par Frikkie Kruger puis ciselées sur site et terminées par Hennie Potgieter.
Le mur d'enceinte, où sont représentés 64 chariots en laager, est composé d'un mélange de morceaux de marbre blanc de Marble Hall, de ciment blanc importé d'Amérique et de morceaux de granit bleu du Namaqualand. Les fondations du mur de laager furent posées en et le premier chariot réalisé durant le même mois. Il fut conçu par Frikkie Kruger et réalisé par la firme italienne Lupini de Johannesburg. Chaque chariot mesure 4,6 mètres de long et 2,7 mètres de haut. La longueur totale du mur de laager est de 313 mètres. thumb|Musée situé au sous-sol du monument, au niveau du cénotaphe La frise intérieure en marbre, située dans le grand hall du monument (25 m x 25 m), est composée de 27 panneaux retraçant l'épopée des Voortrekkers. Elle mesure 92 m de long sur 2,3 m de hauteur pour un poids de 180 tonnes. C'est la plus grande frise en marbre au monde. Elle a été conçue par Frikkie Kruger, Laurika Postma, Hennie Potgieter et Peter Kirchoff et réalisée en Italie dans les ateliers de Romano Romanelli d'abord sous sa supervision directe puis sous celle de Postma et de Potgieter.
Au sous sol du monument (niveau où est situé un cénotaphe), accessible par un escalier, se trouve une grande salle pavoisée aux couleurs des républiques boers, où sont présentés et exposés, au travers de divers objets, peintures (notamment une huile sur toile de 1949 de J.H Pierneef) et artefacts, l'histoire, la vie des Voortrekkers et la construction du monument.
Un large amphithéâtre de places a été aussi construit au nord-est du monument.
Symbolisme thumb | Bas-relief d'un chariot à bœufs. Situé sur une colline, face à celle où sont situées les Union Buildings, le siège du gouvernement d'Afrique du Sud d'où il est visible (comme un rappel permanent pour les gouvernants du pays), Le monument Voortrekker est un sanctuaire monumental dédié au Grand Trek, à la bataille de Blood River et à ses dirigeants. Pour son architecte, Gerard Moerdijk, le monument doit servir de mémorial pendant mille ans et plus, afin d'expliquer à la postérité l'histoire et la signification du Grand TrekHistorique, Voortrekker Monument. L'objectif symbolique du monument est de souligner l'héroïsme et la domination culturelle des Afrikaners en Afrique du Sud, et ce, en dépit d'une défaite désastreuse intervenue au début du C. Prescott; N. Rees; R. Weaver-Hightower, Enshrining Gender in Monuments to Settler Whiteness: South Africa’s Voortrekker Monument and the United States’ This Is the Place Monument. Humanities 2021, 10, 41. p 2-6, face aux Britanniques (la seconde guerre des Boers) qui les avaient privés de leurs républiques boers indépendantes.
Les principaux chefs du Grand Trek sont représentés aux quatre angles du monument par des grandes sculptures en granit volontairement imposantes pour accentuer leur héroïsme. Ces quatre statues surélevées, qui représentent Piet Retief, Andries Pretorius, Hendrik Potgieter et un Voortrekker inconnu, pour symboliser tous les Voortrekkers, forment ainsi une garde d'honneur symbolique. Chacun, vêtu du costume typique du Voortrekker composé d'une veste courte boutonnée et d'un pantalon bouffant jusqu'à la cheville, tient un fusil entre ses mains. thumb|left|Le laager. thumb|left|Hall intérieur où est située la fresque thumb|left|L'inscription Ons vir Jou Suid Afrika sur le cénotaphe Un cercle de 64 chars à bœufs protège symboliquement le monument Riana Heymans,Le monument aux Voortrekkers de Pretoria (brochure officielle), Édition du conseil d'administration du Voortrekker Monument, Pretoria, 1986, p 6 . Il s'agit du même nombre de chariots que ceux du laager (technique défensive consistant à ranger les chariots en cercle) formé par les boers lors de la bataille de Blood River.
La statue de la femme et de l'enfant rend hommage à la femme Voortrekker et à son rôle pendant le Grand Trek. Elle symbolise aussi le christianisme et la culture que les femmes maintinrent durant toute cette période tandis que les gnous figurent à la fois le danger et les guerriers du roi zoulou Dingane. Plus particulièrement, la femme fait office de mère de la nation (Volksmoeder) sud-africaine, celle-ci étant entendue comme afrikaner.
Au portail, les sagaies représentent le pouvoir de Dingane.
À l'intérieur du monument, le grand hall au centre du monument est recouvert d'un sol à motifs en zigzag, symbolisant l'eau et la fertilité. La fresque intérieure, qui figure tout autour des murs de ce hall, présente le grand trek sous forme de récit chronologique. Elle met en exergue le triomphe des Afrikaners face à l'adversité qu'ils ont rencontrée, que ce soit celle des autorités coloniales du Cap ou celle des chefs bantouphones et de leurs guerriers. Les hommes voortrekkers sont représentés portant des vêtements de style européen (longs manteaux, nœuds papillon, hauts-de-forme ou chapeaux à large bord). Ils se distinguent des autres hommes européens représentés qui sont des soldats britanniques et portugais portant des décorations sur leurs uniformes. Quant aux populations noires, elles sont essentiellement représentées dévêtues et armées de lance, dans une position souvent belliqueuse et désordonnée, face notamment à des Boers bien ordonnés. Les chefs africains se démarquent aussi de leurs guerriers en étant représentés avec des ornements et des coiffes, de même que les employés de couleur des Boers, qui apparaissent vêtus de chemises et de pantalons amples et tissés. Les femmes voortrekkers sont représentées généralement correctement vêtues, coiffées de leur ample bonnet traditionnel, soutenant les hommes et leurs maris, les stimulant quand ils sont découragés ou effectuant des travaux domestiques ou agricoles, voire participant aux combats contre les guerriers Ndébélés. Des femmes noires n'apparaissent que dans un seul des vingt-sept panneaux, en tant qu'épouses de Dingane, vêtues de colliers, de ceintures et de petits tabliers. Enfin, le mobilier et les wagons des voortrekkers sont particulièrement détaillés.
Le récit de la fresque ne se termine pas cependant par le triomphe sur les Zoulous mais par le départ des Voortrekkers du Natal, contraints de se retirer après l'occupation britannique, et par la signature de la convention de Sand River où les Britanniques reconnaissent l'indépendance du Transvaal.