Le droit valaque régit les droits, devoirs, privilèges et spécificités juridiques des comtés valaques (districta Valachorum), communautés initialement pastorales de l'Europe centrale et orientale médiévale, dirigées par des boyards, cnèzes, joupans ou voïvodes qui y rendaient la justice, levaient la troupe, collectaient l'impôt et veillaient au partage des droits de pâturage, de meunerie, de pêche, chasse, cueillette et bûcheronnage. L'ensemble des comtés régis par le droit valaque, appelées « valachies » (en hongrois vlachföldek) formait, jusqu'au , lUniversitas valachorum (« domaine des Valaques »)Alexandru Avram, Mircea Babeş, Lucian Badea, Mircea Petrescu-Dîmboviţa et Alexandru Vulpe (dir.), Istoria românilor : moştenirea timpurilor îndepărtate (« Histoire des Roumains : l'héritage des temps anciens ») vol.1, éd. Enciclopedică, Bucarest 2001, .Ovid Sachelarie, Nicolae Stoicescu (coord.), Instituţii feudale din ţările române (« Institutions féodales des pays roumains »), éd. de l'Académie roumaine, Bucarest 1988..
Étymologie Le syntagme « droit valaque », en ou jus valachicum, en grec βλάχικο δίκαιο vlachiko dikéo, en ancien roumain λеџѩ стръмошѩскѣ -legea strămoșească soit « droit ancestral », en hongrois vlach jog, en allemand wlachisch Recht ou altglaubisch Recht (en référence respectivement à la langue romane orientale ou identité ethnique, et à la foi ou identité religieuse orthodoxe des Valaques de la monarchie des Habsbourg), fait référence à la loi commune du peuple roumain avant qu'il ne soit constitué en nation moderne. vignette|Valaques des Carpates et des Balkans en 1020Alexandre Xenopol : Une énigme historique: les Roumains au Moyen Âge, E. Leroux, Paris 1883, Histoire des Roumains de la Dacie Trajane, E. Leroux, Paris 1896Ferdinand Lot, La Fin du monde antique et le début du Moyen Âge, La Renaissance du Livre, Paris 1927 (réédité en 1968 aux éditions Albin Michel)..
Le nom commun « valachie » désignait initialement les communautés romanophones de l'Europe du Sud-Est qui, en Transylvanie, constituaient une Universitas ValachorumAlexandru Vulpe (dir.), Istoria românilor : moştenirea timpurilor îndepărtate déjà cité.. Depuis le , l'intercalation de « sklavinies » slaves entre les valachies a abouti avec le temps, à la slavisation linguistique de nombre de ces communautés pastorales, de sorte qu'au le terme « valaque » a fini par désigner indistinctement tout berger orthodoxe, qu'il soit romanophone (cas majoritaire en Hongrie orientale et en Transylvanie) ou slavophone (cas majoritaire dans les Balkans). vignette|Berger roumain du Banat dessiné par Auguste Raffet, 1837. vignette|Famille valaque transylvaine descendant au marché, par Miklós Barabás, 1844. vignette|Pâtre valaque de Zăbalț dessiné par Théodore Valerio, 1852.
Généralités Le « droit valaque » définit les droits et devoirs des communautés rurales et pastorales de langue romane orientale (en roumain obștile păstoreşti)V. Costăchel, « Obștea Sătească », in V. Costăchel ; P. P. Panaitescu & A. Cazacu, Viața feudală în Țara Românească și Moldova (secolele XIV–XVI), ed. Științifică, Bucarest 1957. d'Europe du Sud-Est dans les États du Moyen Âge et du début de la période moderne, dans les deux principautés roumaines de Moldavie et de Valachie, ainsi que dans la principauté de Transylvanie régie par la noblesse hongroise et vassale du royaume de Hongrie, dans les États serbes et en Bulgaro-Valachie (notamment au Nord du Danube)I. I. Russu, Etnogeneza Românilor, ed. Științifică și Enciclopedică, Bucarest 1981.. Une vision ségrégationniste de l'histoire sous-entend que l'autonomie d'une communauté sur un territoire, en exclut nécessairement les autres communautés. Selon cette vision, si les Valaques n'étaient seuls que dans un nombre limité de territoires, le « droit valaque » n'a pu exister que dans ces terroirs restreints et épars. Les sources secondaires considèrent qu'il ne s'agissait que d'exemptions de taxes offertes aux nobles non-roumains par les souverains des royaumes dominant la région, pour défricher le domaine royal à l'aide de bûcherons valaques tardivement importés, des Balkans en Hongrie ou en Moldavie selon les ouvrages hongrois, russes ou soviétiques, ou inversement de Transylvanie dans les Balkans selon les ouvrages yougoslavesAtlas scolaire yougoslave Školski istorijski atlas, Zavod za izdavanje udžbenika SR Srbije, Belgrade 1970., croates, serbes ou bulgaresBéla Köpeczi (dir.) dans Erdély rövid története, plusieurs fois réédité chez Akadémiai Kiadó ( History of Transylvania, 3 vol., Boulder, East European Monographs, 2001-2002, abrégé ici Histoire de la Transylvanie, Budapest, Akademiai Kiadó, 1992. Pour affirmer cela, l'historiographie moderne considère comme l'ouvrage Tripartitum d'István Werbőczy (juriste et homme d'État hongrois) qui en 1517 décrit en détail le « droit valaque » comme un statut d'autonomie locale reconnu aux « valachies » médiévales formant lUniversitas valachorumAdrian Magina, « Gouvernement et droit dans la Moldavie médiévale, la Transylvanie et la Valachie » in : École d'études slaves et est-européennes 2013, Alexandru Simion, Martyn Rady, « De la coutume au droit écrit : Ius Valachicum dans le Banat » in : École d'études slaves et est-européennes 2013, ..
Les plus anciens documents conservés concernant le « droit valaque » sont des chartes datant du . Les principaux champs d'application de la loi valaque, quelle qu'en soit la localisation, sontIlona Czamańska, « Les Valaques – Problèmes de recherche » in Balcanica Posnaniensia, Acta et Studia vol. 22, n° 1, Poznań – Bucarest 2015, - Constantin C. Giurescu, Istoria Românilor vol. II, I-e partie, Fundația Regală pentru Literatură și Artă, Bucarest 1943, .Alexandru Filipașcu de l’université de Cluj : L’Ancienneté des Roumains de Marmatie (en français), éd. du Centre d’études et de recherches transylvaines de l'université Ferdinand- de Sibiu, Bibliotheca rerum Transsilvaniae, 1945, pp.8 à 33).: le droit de voyager, de porter des armes, de pêcher et chasser pour les marchands et pasteurs valaques ; les modalités de prestation de services et de travail envers les propriétaires fonciers ; le service militaire envers le pays souverain où les « valachies » se trouvaient ; la justice rendue par un « Жуδε » valaque (jude : « juge, bourgmestre » du latin médiéval « judex », lui-même issu du latin judicium) ; un tiers du montant des amendes infligées allait au vornic roumain local et les deux tiers pouvaient être utilisés par les villages selon leurs propres besoins ; les villageois pouvaient racheter leur obligation de corvée avec un dixième de leur production (decima) ; les éleveurs devaient donner à la couronne hongroise un cinquantième de leur cheptel annuel (quinquagesima).
« Droit valaque » et « domaine des Valaques » dans le bassin du moyen Danube
En Hongrie médiévale et dans ses états-vassaux Dans le bassin du moyen Danube, la dénomination latine Universitas Valachorum (« domaine des Valaques ») définit l'auto-gouvernement des Roumains dans la Transylvanie médiévale, en Hongrie médiévale orientale, dans le banat de Severin et dans les principautés danubiennes. Entre 1288 et jusqu'en 1438, lUniversitas valachorum était convoquée par le roi de Hongrie ou par le voïvode de Transylvanie pour participer à l'assemblée générale de Transylvanie (congregatio generalis) aux côtés des trois autres « États » des confins orientaux de la Hongrie : nobles, saxons et sicules (universis nobilibus, Saxonibus, Syculis et Olachis in partibus Hungariae et Transiluanis)Cosmin Popa-Gorjanu, « La noblesse roumaine comme porteuse de l'identité régionale dans la Transylvanie du XIVe siècle » in : Annales Universitatis Apulensis, série Historica, 16, n° I, pp. 41–58 (p. 44, 47 avec la note 16 pour la citation latine complète), éd. de l'université d'Alba Iulia, 2012, ..
LUniversitas valachorum reconnaissait à la noblesse roumaine orthodoxe (voivodes, joupans, cnèzes) un statut officiel en tant que représentante des Valaques, aux pouvoirs juridictionnels fondés sur la Lex antiqua Valachorum (λеџѩ стръмошѩскѣ -legea strămoșească). La langue liturgique des orthodoxes de Hongrie et Transylvanie, y compris Roumains, était le slavon d'église ; leurs paroisses dépendaient des chorévêques (χωρεπισϰόποι : évêques itinérants), et des perichorètes (περιχωρέτοι : responsables des régions périphériques de l’Empire) du patriarcat œcuménique de ConstantinopleVictor Spinei dans The Great Migrations in the East and South East of Europe from the Ninth to the Thirteenth Century, 2003 The Romanians and the Turkic Nomads North of the Danube Delta from the Tenth to the Mid-Thirteenth century, Koninklijke Brill NV, 2009 ., ou, selon les périodes, des patriarches de Peč ou de Tarnovo : au , la Vita Methodii (« La vie de saint Méthode ») relate que les frères Cyrille et Méthode en mission en Grande Moravie y auraient rencontré d’autres missionnaires « grecs, valaques et allemands » en 863René Boustan, Les relations roumano-hongroises dans la perspective de la construction européenne, , Publibook 2007, .Ioan Aurel Pop, Istoria Transilvaniei medievale, Presa Universitară Clujeană, 1997. et l’empereur byzantin Basile II, réorganisant au début du l'archevêché d'Ohrid, inclut parmi ses éparchies celle de TibiscumStelian Brezeanu, O istorie a Bizanțului, éd. Meronia, Bucarest, 2005, )..
On connaît également des assemblées locales dans quelques comtés transylvains, auxquelles participaient des représentants roumainsFriedrich Müller, « Haben 1288 im Hermannstädter Gau et im Burzenland neben den Sachsen auch ungarische Adlige, Szekler and Rumänen gewohnt ? » in Siebenbürgische Vierteljahrschrift, vol. 58, n° 4, Verein für Siebenbürgische Landeskunde [« Association pour les études transylvaines »], Sibiu 1935, pages 281–296, cité par Pál Binder, Antecedente și consecințe sud-transilvănene ale formării voievodatului Munteniei (sec. XIII-XIV.), part II, |archive-url= https://web.archive.org/web/20080127214848/https://www.cosys.ro/siculica/acta96/cikkek/ro/binder.htm..
Bien que l'historiographie hongroise moderne occulte lUniversitas valachorumBéla Köpeczi (dir.), Histoire abrégée de la Transylvanie, Akadémiai Kiadó, Budapest 1990, , #62., celle-ci a participé comme telle à au moins deux assemblées générales de Transylvanie (congregatio generalis), ce qui est documenté avec une totale certitude par des sources écrites : une à Alba Iulia convoquée par André III de Hongrie en 1291, et une à Turda en mai 1355, liées à une lettre envoyée par Roi Louis IerIoan-Aurel Pop, « Adunarea generală a stărilor Transilvaniei din mai 1355 » [« L'Assemblée générale des États de Transylvanie en mai 1335 »] in Mediaevalia Transilvanica, ed. Muzeului Județean Satu Mare (Musée du comté de Satu Mare, vol. 2, , 1988, pages 61–70, =Pop%2C+Ioan-Aurel avec résumé en français.. En 1288, selon la lettre de Lodomer, alors archevêque d'Esztergom, la Hongrie étant menacée par les Tatars, Pétchénègues, Coumans et autres héritiers de l'invasion mongole de l'Europe, lUniversitas valachorum fut convoquée avec les autres États (universisque nobilibus, Ungarorum, Saxonibus, Syculis et Volachis) et les représentants des églises des comtés de Brașov, Făgăraș et Sibiu, pour défendre la foi chrétienne face à ces peuples tengristesFriedrich Müller déjà cité.. En 1291, les représentants roumains furent convoqués par le roi André III de Hongrie à l'assemblée générale des États de Transylvanie à Alba IuliaIoan Aurel Pop 1997 déjà cité..