Les Franco-Colombiens sont les francophones nés dans la province de la Colombie-Britannique, au Canada, ou qui y résident présentement.
Si des Français et des Canadiens français participent à la traite des fourrures sur la côte du Pacifique aux , les premières communautés enracinées en Colombie-Britannique émergent seulement au , et surtout depuis la Seconde Guerre mondiale.
De nos jours, les francophones de Colombie-Britannique sont originaires d'autres provinces canadiennes ou issus de la Francophonie mondiale. Environ un Franco-Colombien sur neuf est né dans la province. La moitié des francophones résident dans la région du Grand Vancouver, avec des concentrations importantes à Victoria et à Nanaimo; les autres sont dispersés ailleurs en province, où ils constituent, le plus souvent, entre 1 et 2% de la population locale.
Histoire
Présence française à l'époque coloniale vignette|431x431px|Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse Malgré leurs nombreuses tentatives de rejoindre la « mer de l’Ouest », les Français ne réussiront pas à rejoindre la côte du Pacifique sous le Régime français. Ce sont les Russes et les Espagnols qui les devancent, suivis des Britanniques dans le cadre des explorations de James Cook à la fin du . Le titre de premier explorateur français de la côte de la Colombie-Britannique revient à Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse. Celui-ci quitte le port de Brest le à la tête des frégates La Boussole et l’Astrolabe. Le , il arrive vis-à-vis du Mont Saint-Élie sur la frontière moderne de l’Alaska et du Yukon. C’est à partir de cette hauteur qu’il mène une reconnaissance des côtes du Pacifique, incluant la Colombie-Britannique. Si la France ne poursuit pas ses explorations de la future Colombie-Britannique suivant la navigation de Lapérouse, elle aura un impact majeur sur les revendications impériales. Bien que Lapérouse n’ait passé que 24 jours dans les eaux de ce qui deviendra la Colombie-Britannique, il ajoute aux connaissances acquises pendant le voyage antérieur de Cook.
Entre 1785 et 1787, l’Espagne et la Grande-Bretagne envoient diverses expéditions pour tenter d’imposer les prétentions de chacun. C’est le refus du comte de Mirabeau de porter son aide à l’Espagne qui la mène à abandonner sa position. Incapable de défendre ses intérêts sans le secours la France, elle se retire de Nootka, donnant libre cours à la Grande-Bretagne de prendre le contrôle de la Colombie-BritanniqueRaymonde Litalien, « L’Amérique théâtre de rivalités coloniales », dans Raymonde Litalien, Jean-François Palomino et Denis Vaugeois (dir.), La mesure d’un continent : Atlas historique de l’Amérique du Nord, 1492-1814, Québec, Septentrion et Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2008, p. 148.. Plus tard, une montagne et un récif au large de l'île porteront le nom de La Pérouse.
Né le à La Barbade, Étienne Marchand devient capitaine dans la marine marchande française en 1789. De 1790 à 1792, il effectue un voyage autour du globe pour renforcer la place de la France dans la traite des fourrures. Le capitaine longe les eaux au large des côtes du Nord-Ouest du au (19 jours). Lors d'une visite des îles de la Reine-Charlotte (Haïda Gwaii), Marchand s'inspire des textes ethnologiques de La Pérousse, qu'il peaufine notamment aux niveaux de l'art, des habitations, de la tenue vestimentaire et de la langue. Marchand devance de 20 mois l'arrivée par voie terrestre, en , de l'explorateur écossais Alexander Mackenzie, qui sera accompagné de son équipage de six voyageurs canadiens-français.
L’histoire de l’arrivée des Canadiens Français au début du siècle est intimement liée au développement de la côte du Pacifique en général. Déjà à la fin du siècle, sous l’égide et l’emploi de la Compagnie du Nord-Ouest, les Voyageurs canadiens-français accompagnent les expéditions du bassin du fleuve Mackenzie et rejoignent les RocheusesGratien Allaire, « La francophonie de l’Ouest : pérennité, diversité et rapport à l’Autre », dans Robert A. Papen et Sandrine Hallion (dir.), À l’ouest des Grands Lacs : communautés francophones et variétés de français dans les Prairies et en Colombie-Britannique, Québec, Presses de l’Université Laval, 2014, p. 24.. Ils participent ainsi en grande mesure aux explorations et au développement de la Colombie-Britannique, grâce au rôle de la Compagnie du Nord-Ouest, la Compagnie de la Baie d'Hudson et l'Église catholique dans les Districts de la Nouvelle-Calédonie et Columbia. Six voyageurs Canadiens-français accompagnèrent l'explorateur Mackenzie au cours de son expédition à la côte ouest du continent de 1792-1793. Sur les arrivés avant 1858 dans le Nord-Ouest (toute la côte du Pacifique comprise), le tiers est métisséJean Barman, French Canadians, Furs, and Indigenous Women in the Making of the Pacific Northwest, Vancouver & Toronto, UBC Press, 2014, 5..
Après la fusion de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de la Compagnie du Nord-Ouest en 1821, le Canada français continue d’être la principale source d’employés. Devant la compétition américaine, la Compagnie de la Baie d’Hudson se voit obligée de déménager son quartier général régional plus au nord, soit à Vancouver, en 1843Jean Barman, French Canadians, Furs, and Indigenous Women in the Making of the Pacific Northwest, Vancouver & Toronto, UBC Press, 2014, 203.. Il est possible d’affirmer que sans la présence des Canadiens Français à la solde de la compagnie, les États-Unis auraient certainement étendu leur territoire pour rejoindre l’Alaska“Without them, the United States would today almost certainly extend north through Alaska, which the Americans purchased from Russia in 1867." Jean Barman, French Canadians, Furs, and Indigenous Women in the Making of the Pacific Northwest, Vancouver & Toronto, UBC Press, 2014, 193.. En 1857, malgré le déclin de leur immigration causé par le ralentissement de la traite des fourrures, les Canadiens Français représentent toujours 60% des non-Autochtones sur le territoireYves Frenette, « Les francophones du pourtour Nord-Ouest, 1786-2000 », dans Yves Frenette, Étienne Rivard et Marc St-Hilaire (dir.), La francophonie nord-américaine, Atlas historique du Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2012, p. 231..vignette|463x463px|Site historique national de Fort Victoria Les Sœurs de Sainte-Anne arrivèrent à Victoria en 1845, peu après la construction du fort Victoria, et fondèrent la première école de la colonie. L'école, conservée par le gouvernement provincial, est aujourd'hui le bâtiment de type européen le plus ancien dans la province. Les Sœurs de Sainte-Anne établirent aussi l'hôpital Saint-Joseph, qui est devenu plus tard le Victoria General Hospital.
Le premier évêque de l'île de Vancouver, Modeste Demers fit transporter de San Francisco à Victoria une imprimerie utilisée par un Américain pour publier Le Courrier de la Nouvelle-Calédonie pendant quelques semaines en 1858 — le deuxième journal publié en Colombie-BritanniqueThe Fraser River Gold Rucsh and the Victoria Newspaper Boom, University of British Columbia, UBC Library..
Charles-Marie Pandosy, un membre français des Oblats de Marie-Immaculée, fonda en 1859 une mission à ce qui est aujourd'hui la ville de Kelowna. Un religieux de l'ordre des Oblats, le père Léon Fouquet, fonda lui en 1861 une école résidentielle amérindienne à Mission avec l'aide des Sœurs de Sainte-Anne. Avant 1858, quand commença la ruée vers l'or, les Canadiens-français formaient la population plus nombreuse de la partie continentale de ce qui est aujourd'hui la Colombie-Britannique. Après la construction de chemin de fer transcontinental une petite communauté francophone d'ouvriers s'installa à Hatzic Prairie, non loin de la mission des Oblats à MissionJean Barman, The West beyond the West: A History of British Columbia, éd., University of Toronto Press, 2007, p. 193.
Les Français du milieu siècle viennent en Colombie-Britannique chercher la fortune, de meilleures conditions de vie ou un milieu propice à l’épanouissement de leur catholicisme. Pendant les années 1850, une décennie d’expansion économique et coloniale pour la France, celle-ci redécouvre le Canada et y envoie des consuls et agents consulaires. Des agents d’immigration canadiens sont également présents de façon presque continue en France à partir de 1861. Les évêques de l’Ouest canadiens identifient des intermédiaires pour recruter en Europe des immigrants franco-catholiques. Déjà à Victoria, un contingent d'immigrants français est suffisamment nombreux pour organiser le , jour de l’anniversaire du renversement du roi Louis-Philippe, une imitation de la Société Française de Bienfaisance Mutuelle en Californie, dont les membres sont admis gratuitement à l’Hôpital français de Victoria, qui ouvre ses portes la même année.
Émigration canadienne-française Au tournant du , l'industrie forestière de la vallée du fleuve Fraser attire des ouvriers canadiens-français et leurs familles du Québec et de l'Ontario. Un premier groupe s'installe en , puis un second, en . Environ 400 Canadiens français fondent à Maillardville la première paroisse catholique de langue française à l'ouest des montagnes Rocheuses en 1910, ainsi qu'une première école, qui prennent toutes deux le nom de Notre-Dame-de-Lourdes. vignette|640x640px|Église Notre-Dame-de-Lourdes / Our Lady of Lourdes, 828 Laval Square, Coquitlam, BC V3K 2E6 En 1921, la population d'origine française atteint en Colombie-Britannique; c'est 2% de la population provinciale à l'époque. Les principales concentrations de population canadienne-française sont Victoria, Vancouver et Maillardville.
L'augmentation de la population canadienne-française dans les années 1940 entraîne la construction d'une seconde école catholique à Maillardville, Notre-Dame-de-Fatima, en 1946.
La Fédération des Canadiens français de Colombie-Britannique (FCFCB) est fondée en 1945 et se donne le mandat de fonder des paroisses de langue française. Elle y voit "le seul moyen [...] de regrouper sûrement les Franco-Colombiens". Grâce en partie à ces efforts, cinq nouvelles paroisses de langue française ouvrent à Maillardville (1946), à Vancouver (1946), à Port Alberni (1950), à Victoria (1957) et à New Westminster (1958).
En 1960, la province compte une vingtaine de paroisses et d'écoles bilingues ou de langue française.
Émigration de la Francophonie mondiale vignette|520x520px|Le fleuve Fraser Avec la Ruée vers l’or dans le Klondike à partir de 1897, plusieurs milliers de Français et de Belges se rendent au Yukon et en Colombie-Britannique. La même année, un consulat de Belgique est établi à Vancouver. Dans la vallée de l'Okanagan, des cultivateurs belges s'installent près de Vernon et développent des vergers prospères dans les années 1910 et 1920 avec la Belgian-Canadian Fruit Lands Company. D'autres Belges établissent des fermes laitières dans la vallée du fleuve Fraser.
Étant donné la vocation essentiellement économique de l’immigration à l’époque, l’État fédéral canadien se soucie assez peu de la dimension communautaire de l’expérience: on présume que le travail, le commerce et le christianisme agiront de façon normative sur ces Européens pour qu’ils s’intègrent à leurs localités.
La population immigrante française au Canada augmente de 130% dans la décennie 1950, encouragée par les opportunités économiques présentes dans les années de l'après-guerre.
Depuis les années 1970, l'immigration de langue française provient de plus en plus de l'Afrique francophone, mais aussi d'Haïti et de l'Asie.