Le coup d'État grec du est un putsch militaire organisé, en Grèce, par le brigadier-général Stylianós Pattakós et les colonels Geórgios Papadópoulos et Nikólaos Makarézos. Il aboutit au renversement du gouvernement de Panagiótis Kanellópoulos et à la mise en place de la dictature des colonels, qui dirige le pays jusqu'au .
La Grèce est depuis la fin de la guerre civile de 1946-1949 une monarchie anticommuniste, alliée des États-Unis d'Amérique pour qui elle est un pays stratégique membre de l'OTAN depuis 1950. Le pays se reconstruit progressivement dans les années 1950 et s'ouvre aux capitaux étrangers, notamment américains mais la vie politique reste très polarisée et la gauche marginalisée. En 1963, le meurtre du militant pacifiste Grigoris Lambrakis à Thessalonique, perpétré par l'extrême-droite avec l'aide de la gendarmerie et de l'armée, provoque une grande émotion en Grèce. Initialement minimisé par le gouvernement de Constantin Karamanlis, l'affaire mène à sa démission deux mois plus tard, et à la montée en puissance de l'opposition, avec l'Union du centre dirigée par Georgios Papandréou et la gauche réformiste de l'Union de la gauche démocratique. Papandréou devient Premier ministre en 1964, mais se heurte à l'hostilité de l'armée et du roi, qui le renvoie en 1965 après un conflit lié à la défense nationale, marquant ainsi la rupture politique entre l'opposition et le pouvoir royal et conservateur.
À l'approche des élections législatives de , le Palais et les Conservateurs s'inquiètent de la montée dans les sondages de l'Union nationale radicale, donnée gagnante de l'élection. Georgios Rallis suggéra au roi, quelques mois avant le coup d'État, de proclamer l'état d'urgence pour éviter la victoire de l'opposition, un projet auquel Constantin II se montra réceptif. Le suivant, sans initiative du Palais, trois officiers, le brigadier Stylianos Pattakos, le colonel Georgios Papadopoulos and le colonel Nikolaos Makarezos prennent le contrôle d'Athènes et encerclent le palais royal et arrêtent les opposants politiques dont Georgios Papandréou dans sa villa de Kephissia et le Premier Ministre en exercice Panagiotis Kanellopoulos. Dans la soirée, malgré les demandes des Conservateurs dont Georgios Rallis d'organiser un contre-coup d'État, le roi Constantin II accepte d'assermenter le nouveau gouvernement putschiste. C'est le début de la dictature des Colonels qui durera jusqu'au rétablissement de la démocratie le .
Le coup d'État a reçu le soutien tactique de la CIA dans le cadre de l'.
Contexte Malgré les tentatives de conciliation entre la résistance communiste EAM-ELAS et le gouvernement royal revenu d'exil et la signature de deux accords successifs prévoyant la mise en place d'un gouvernement d'union nationale (conférence du Liban au printemps 1944 et accords de Varkiza de ), les royalistes soutenus par les Britanniques et les Américains refusent catégoriquement l'entrée des Communistes au gouvernement. Les Communistes, quant à eux, ne veulent pas du retour du roi Georges II qu'ils estiment trop lié aux intérêts britanniques. Le Parti communiste de Grèce est déclaré illégal par la loi du (loi 509/1947 « Sur les mesures pour la sécurité de l'État, du régime, du système social et la protection des libertés des citoyens »). En , les Britanniques et la Police urbaine font tirer sur des manifestants communistes qui réclamaient la constitution d'un vrai gouvernement d'union nationale et le départ des troupes britanniques. C'est la Dekemvriana ou évènements de décembre qui fait 28 morts. Les résistants communistes sont emprisonnés tandis que le gouvernement royal soutenu par Churchill s'appuie sur d'anciens collaborationnistes pour assurer l'ordre. 12 000 membres des bataillons de sécurité, équivalent grec de la Milice française, sortent ainsi libres de la prison de Goudi et 228 sont réintégrés dans les rangs de l'armée.
La guerre civile de 1946-1949 entre les Communistes de l'Armée démocratique de Grèce issus de la Résistance et le gouvernement royal soutenu par la Grande-Bretagne et les États-Unis d'Amérique aboutit à la victoire des royalistes.
Le premier gouvernement post-guerre civile formé par le général Alexandros Papagos poursuit une politique anticommuniste, appuyé par les Américains au nom de la doctrine Truman d'endiguement (containment) du communisme : les anciens combattants communistes et leurs familles sont exclus de l'armée et de la fonction publique et les sympathisants de gauche envoyés dans des camps de rééducation d'Ikaria ou Makronissos, des îles inhospitalières de la mer Égée. « Par une certaine alchimie idéologique, Truman a qualifié le régime de droite corrompu d'Athènes de « démocratique » et a qualifié ses opposants de gauche de « terroristes », alors que des forces américaines dotées d'un équipement militaire lourd débarquaient en Grèce. »
Répression anticommuniste vignette|278x278px|Le camp de rééducation de Makronissos. Le premier gouvernement post-guerre civile est confié au général Alexandros Papagos qui avait servi durant la guerre gréco-italienne en 1940 puis pendant l'invasion allemande de la Grèce au printemps 1941. Anticommuniste convaincu, il avait auparavant soutenu le coup d'État puis la dictature de Ioannis Metaxas en 1936. Il remporte les élections législatives de 1950 avec 49 % des suffrages, offrant à son parti, le Rassemblement populaire grec (constitué sur le modèle du Rassemblement pour la République du général de Gaulle en France). La référence au gaullisme était assumée par Papagos : « De Gaulle veut modifier la constitution française en donnant plus de pouvoir à l'exécutif. Mon but est de défendre notre constitution contre tous les transgresseurs. » Il change le système électoral en 1952 au profit d'un scrutin majoritaire, contribuant à marginaliser l'opposition fragmentée entre les Libéraux de l'Union nationale progressiste du centre (Εθνική Προοδευτική Ένωση Κέντρου) fondée par le général Plastiras et la gauche réformiste de l'Union de la gauche démocratique (Ενιαία Δημοκρατική Αριστερά) ou EDA de l'ancien résistant Ioannis Passalidis, proche du Parti communiste interdit depuis 1947. Les élections de 1952 au scrutin majoritaire lui assurent une confortable majorité au Parlement : le Rassemblement populaire obtient 239 sièges sur 300. Pour la première fois aux élections de 1952, les femmes et les militaires prennent part au scrutin.
Son gouvernement dure jusqu'en 1955. Il épure l'armée et la fonction publique des sympathisants communistes. Outre la fonction de Premier Ministre, il assure aussi le portefeuille de ministre de la Défense nationale. Son rival, le général Thrasyvoulos Tsakalotos qui avait dirigé les offensives du gouvernement royaliste au début de la guerre civile, est mis à la retraite d'office. Il nomme comme chef de l'État-Major des Forces armées un de ses fidèles, le général Kitrilakis. Sous son gouvernement, les opposants politiques continuent d'être envoyés dans des camps de rééducation, une pratique connue en Grèce sous le nom d'exil intérieur pratiquée depuis avant-guerre durant la dictature de Metaxas. En 1955, le département d'État américain estime à 25 000 le nombre de prisonniers et ex-prisonniers politiques dans le Royaume.« C'est par l'éducation et l'amélioration de l'économie que je peux ramener l'essentiel des sympathisants communistes dans la nation. Mais cela ne s'applique pas aux militants, aux fanatiques convaincus pour lesquels il n'y a pas d'espoir. Les plus dangereux doivent être internés ».Sur le plan économique, Papagos soutient le plan de dévaluation de 50 % de la drachme par rapport au dollar américain présenté par son ministre de l'Économie nationale Spyridon Markezinis. Cette mesure de dévaluation soutient les investissements étrangers, surtout américains, mais appauvrit la classe moyenne qui voit son pouvoir d'achat baisser au profit des entreprises étrangères qui peuvent embaucher à moindre coût.
Alexandros Papagos meurt en 1955. Lui succède à la tête du gouvernement royal Konstantinos Karamanlis et les Conservateurs remportent les élections de 1956, de 1958 et de 1961. Politicien chevronné, il fut ministre du Travail en 1946 puis ministre des Travaux publics dans le gouvernement Papagos. Pro-américain, poursuit la politique de son prédécesseur.
Montée de l'opposition de gauche vignette|300x300px|Georgios Papandréou. Alors que les oppositions libérales et de gauche étaient inexistantes politiquement au début des années 1950, désavantagée par la réforme de 1952 instituant le scrutin majoritaire, elles montent en puissance dans les années 1950. En 1961, l'Union du centre de Georgios Papandréou obtient 33 % des voix, le meilleur score d'un parti d'opposition depuis la fin de la guerre civile. Aux élections d'octobre 1963, elle obtient 138 sièges sur 300. Mais refusant le soutien politique de l'EDA qui comptait 28 députés, il renonce à former un gouvernement de coalition avec la gauche et remet sa démission au roi qui l'accepte.
Aux élections de février 1964, l'Union du Centre l'emporte avec 52,8 % des voix et 171 sièges et cette fois-ci, Papandréou peut former un gouvernement majoritaire sans dépendre de la gauche. Il abolit une partie des mesures discriminatoires frappant les sympathisants de gauche comme l'abrogation du certificat de bonne conduite sociale jusqu'là exigés pour travailler, permet à l'EDA de s'exprimer librement sans la surveillance permanente de la police, mais le Parti Communiste n'est pas pour autant légalisé.
Sa politique étrangère est dominée par la question du potentiel rattachement de l'île de Chypre, peuplée par une majorité d'héllénophones, au royaume de Grèce. Les relations entre Papandréou et le roi Constantin II se détériore considérablement à l'été 1965. La nomination d'un de ses fidèles à la tête du Service national de renseignements (KYP), le lieutenant-général Stavros Valsamakis, suscite l'inimitié du Palais. L'affaire dit du « bouclier » (υπόθεση ΑΣΠΙΔΑ) en provoque un scandale politique qui éclabousse Papandréou lui-même : la présence d'un groupe d'officiers centristes suspectés de vouloir organiser un coup d'État pro-Papandréou provoque un tollé. Les Conservateurs exploitent le scandale tandis que la méfiance du Roi vis-à-vis de son Premier Ministre s'intensifie. Son fils, Andreas, est accusé de connivence avec la gauche et plus globalement les Communistes. La rupture sera totale en juillet suivant, lorsque Papandréou décide de virer son ministre de la Défense nationale Pétros Garoufaliás et d'assurer lui-même le portefeuille de la Défense. Si cette pratique n'est pas nouvelle, puisque Papagos l'avait déjà fait en 1952, le fait qu'un chef de gouvernement de l'opposition contrôle les forces armées est inconcevable pour les Conservateurs et le Palais. Le roi, outrepassant ses pouvoirs constitutionnels, a refusé de signer le décret en question, souhaitant maintenir les forces armées sous le contrôle de personnes de confiance. Le , Papandréou doit remettre sa démission au roi, qui l'accepte et nomme dans la foulée un autre membre de l'Union du Centre, le président du Parlement Geórgios Athanasiádis-Nóvas. Ce revirement des députés du centre est alors perçu comme une trahison personnelle par Papandréou : c'est l'« Apostasie de 1965 » (Αποστασία του 1965).