thumb|Poste de transformation électrique de Clichy-sous-Bois.
La mort de Zyed Benna et Bouna Traoré intervient le à Clichy-sous-Bois, lorsque deux adolescents sont électrocutés dans l’enceinte d'un poste électrique dans lequel ils étaient entrés afin d'échapper à un contrôle de police.
Cet événement est le principal élément déclencheur des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises. Deux policiers jugés pour non-assistance à personne en danger seront relaxés dix ans plus tard en l'absence d'éléments probants, décision confirmée en appel. L'événement reste cependant un symbole dans le débat public sur les violences policières en France.
Circonstances Le , à Clichy-sous-Bois, en fin d'après-midi, une dizaine d'adolescents clichois reviennent à pied du stade Marcel-Vincent de Livry-Gargan, où ils ont passé l’après-midi à jouer au football, étant en vacances. En chemin, ils passent à proximité d’un chantier de logements en construction. Alors qu'ils jouent, le ballon passe par dessus la palissade du chantier, et certains y entrent pour tenter de le récupérer. De sa fenêtre, l’employé du funérarium voisin les voit s'en approcher et s'inquiète en pensant que l’un d’eux fait le guet, puis il appelle la police.. Le rapport de police de l'Inspection générale de la Police nationale, rendu le ., avance qu'aucun cambriolage n'a eu lieu à ce moment mais que c'est l'approche de la police qui l'aurait empêché :
À , le commissariat ordonne à la de se rendre sur place. D'après les enregistrements des conversations radio de , un des membres des forces de l'ordre présents sur place, Sébastien Gaillemin, dit dans trois appels à ses collègues qu'il a vu les adolescents se diriger dans la direction de l'installation électrique : Puis : , et enfin :
La police nationale essaye d’interpeller six personnes dans le parc Vincent-Auriol et deux autres dans le cimetière des Prés. qui jouxte le poste de transformation EDF où se sont réfugiés trois fuyards : Bouna Traoré (), Zyed Benna () et Muhittin Altun (). Cherchant à se cacher dans un transformateur électrique, Bouna Traoré et Zyed Benna meurent par électrocution dans l'enceinte d'un poste source à . Le troisième, Muhittin Altun, est gravement brûlé, mais parvient à regagner son quartier et à alerter d'autres personnes...
Dans son témoignage, Altun affirme que les trois adolescents fuient en voyant une voiture de police dont un policier descend avec un Flash-Ball à la main : ils ne veulent pas être en retard chez eux pour le repas de coupure du jeûne du ramadan, à 18 heures. Ils n'ont en effet pas de papiers sur eux, les papiers étant conservés par leurs parents qui ont eu , et un passage au commissariat les mettrait forcément en retard. Un des jeunes sur place, David, affirme qu'il n'y a aucune raison de courir, mais ses camarades ne l'écoutent pas, sachant que leurs parents les accuseront de s'être mal comportés s'ils sont arrêtés, même dans ce contexte. Ils restent cachés dans le transformateur pendant une demi-heure, entendant les sirènes et des voix de policiers.
Réactions politiques et émeutes
Le lendemain matin de la mort des deux adolescents, alors qu'il est en déplacement à Nancy, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, affirme que . Le Premier ministre Dominique de Villepin affirme également : . Pourtant, ni vol ni dégradation n'ont été constatés sur le chantier. Selon le journaliste Didier Hassoux ces ... En 2025, Le Monde parle d'une "manipulation qui a saturé l’opinion publique" et d'une "mécanique du mensonge" enclenchée par Nicolas Sarkozy.
Partout en France, à Nantes, Brest, Strasbourg, Saint-Étienne et Toulouse, des écoles, gymnases et commerces sont incendiés. Sarkozy parle d'actions « non spontanées » et « parfaitement organisées ». (un rapport des services de renseignement, trois semaines plus tard, affirme le contraire.). Il annonce l'instauration de « l'état d'urgence », une loi conçue pendant la guerre d'Algérie. Il faudra dix jours avant que la normalité ne soit rétablie..
Enquêtes En 2006, la Commission nationale de déontologie de la sécurité critique dans un rapport les manquements à la déontologie des policiers venus auditionner Muhittin Altun à l'hôpital juste après l'accident et notamment « une absence totale d'égards et de prise en compte minimum de l'état physique, psychologique et moral dans lequel se trouvait ce mineur »..
Le , deux policiers ont été mis en examen pour « non-assistance à personne en danger » après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré.
Procès des policiers thumb|Banderole dans un rassemblement contre l'impunité policière à Toulouse, le jour où les policiers poursuivis dans l'affaire Zyed et Bouna sont acquittés.. Le , à la suite de diverses péripéties judiciaires, se tient le procès des deux policiers pour « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger délibérée de la vie d'autrui ». et fait l'objet d'un important suivi médiatique. Ils encourent jusqu'à 5 ans de prison et d'amende. La décision rendue le aboutit à leur relaxe définitive.. Alors que les avocats des familles, Emmanuel Tordjman et Jean-Pierre Mignard, avaient appelé les juges à donner à leur décision une portée symbolique, le tribunal s'en tient à une stricte application du droit et conclut que même si l'un des policiers avait dit sur les ondes de la police que , aucun d'eux n'avait eu « une conscience claire d'un péril grave et imminent »« Zyed et Bouna : le jugement qui relaxe les deux policiers », Pascale Robert-Diard, lemonde.fr, 18 mai 2015.Relaxe des policiers dans l’affaire de Clichy-sous-Bois : . Ce jugement est confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Rennes rendu le ..
Cette décision de justice suscite des débats dans la classe politique, et des rassemblements de protestation d'ampleur limitée. Selon le sociologue Didier Lapeyronnie, , alors que les relations entre les populations et la police ou les institutions resteront distantes et difficiles..
Suites et mémoire de l'événement vignette|Plaque en leur mémoire devant le collège Robert-Doisneau. Muhittin Altun, témoin de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré et seul rescapé des trois victimes ressort grièvement blessé du transformateur. Il conserve des séquelles physiques (notamment des cicatrices liées à ses brûlures) ainsi que des séquelles psychologiques en raison du traumatisme enduré... En 2015, il assiste au procès des policiers impliqués..
À la suite des événements, Samir Mihi crée l'association ADM , qui a pour objectif de soutenir sur le plan moral et matériel les familles de Bouna Traoré, Zyed Benna et Muhittin AltunSpéciale 10 ans après les émeutes en banlieue (1/5) - Samir Mihi, France culture, 2 novembre 2015..
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Mort de Nahel Merzouk Violence policière en France
Bibliographie . .
Filmographie Kindertotenlieder, documentaire réalisé par Virgil Vernier et sorti en 2021.
Liens externes
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