Árpád (en hongrois: . Béla, en croate: ., en slovaque: .), né vers 1148 et mort le , est roi de Hongrie et de Croatie du au . Il est le second fils de (r. 1141 - 1162) et d’Euphrosyne de Kiev. Vers 1161, Géza lui donne en apanage un duché qui comprend la Croatie, le centre de la Dalmatie et probablement Sirmium (aujourd’hui Sremska Mitrovica, en Serbie). En vertu d’un traité de paix conclu entre son frère ainé, (r. à mi-; à ), et l’empereur byzantin (r. 1143-1180), Béla est envoyé à la cour de Constantinople en 1153 pour y être éduqué. Après avoir été rebaptisé « Alexis » et avoir rejoint l’Église orthodoxe, il reçoit le titre de « despote », jusque-là réservé à l'empereur, et on annonce ses fiançailles avec la fille et héritière de l’empereur, Marie, ce qui permet d’envisager l’unification des deux couronnes et le contrôle de la Croatie, de la Dalmatie et de la Syrmie par l’Empire byzantin. Toutefois, devait refuser de reconnaitre les prétentions byzantines : il devait en résulter la guerre byzantino-hongroise de 1163 à 1168. Béla, qui avait été fait héritier du trône impérial en 1165, prit part à trois campagnes byzantines contre la Hongrie. Toutefois, lorsqu’un fils naquit du second mariage de l’empereur Manuel, Alexis né en 1169, Béla perdit son droit de succession au profit d’Alexis, vit son titre de « despote » remplacé par celui, moindre, de « césar », et ses fiançailles avec Marie furent annulées.
devait mourir le ; une délégation de nobles hongrois fut alors dépêchée pour presser Béla de rentrer en Hongrie, ce qu’il fit non sans avoir, au préalable, juré de ne rien entreprendre qui nuirait aux intérêts de l’Empire byzantin. En dépit de l’accord existant entre les nobles et les prélats ecclésiastiques hongrois, l’archevêque d’Esztergom traditionnellement chargé de couronner le nouvel éluLa monarchie hongroise étant élective, le roi de Hongrie n'était considéré comme ayant accédé légitimement au trône qu'après avoir reçu la couronne de saint Étienne des mains de l’archevêque d’Esztergom, primat de l’Église hongroise., Lucas, refusa de procéder au couronnement, arguant d’un crime de simonie qui cachait mal la crainte de voir l’influence de l’Église orthodoxe s’étendre en Hongrie. Avec la permission du pape , ce fut l’archevêque de Kalocsa qui couronna le . Bien qu’officiellement couronné, Béla dut lutter contre son frère cadet, Gésa, qu’il garda en captivité plus d’une décennie. Prenant avantage de la mort de , Béla, en l'espace de six mois, prit le contrôle de la Croatie, de la Dalmatie et de la Syrmie qu’avait reprises Manuel.
La Hongrie jouit sous d’un développement économique considérable grâce à l’arrivée massive de colons français et germaniques qui introduisirent la culture du vin et l’utilisation de la charrue à soc de fer. Le développement de l’agriculture entraina celui de villes comme Esztergom et Székesfehérvár qui devinrent les principales résidences royales. Habitué à la pompe byzantine et aux coutumes occidentales grâce aux deux princesses françaises qu’il devait épouser, Béla créa un corps de fonctionnaires professionnels permanents pour gérer les nouvelles richesses de son royaume, en même temps qu’il encourageait l’architecture, introduisant le style gothique en Europe centrale pour la construction de son palais et de la nouvelle cathédrale d’Esztergom.
Contexte historique vignette|L’Occident en l'an mil.
Fondé en 1000 ou 1001 par , le royaume de Hongrie fut, dès la mort de celui-ci, confronté à des difficultés intérieures et extérieures qui menaçaient son existence. À l’intérieur, les lois de succession de la maison Árpád permettant aux frères du roi défunt de prétendre à sa succession donnèrent lieu à des contestations sans nombre. Sur le plan extérieur, deux puissants empires enserraient le nouvel État : le Saint Empire romain germanique qui, après avoir soumis Tchèques et Polonais voulait faire de même avec la Hongrie, et l’Empire byzantin, lequel après la conquête de la Bulgarie aurait voulu faire de même avec la Hongrie, la Dalmatie, la Croatie et la Syrmie. Au début du , toutefois, ces dangers avaient considérablement diminué. À l’intérieur, les souverains hongrois des et , notamment (1077 - 1095), s’étaient employés à consolider l’autorité royale sur des nobles toujours prêts à se rebeller. À l’extérieur, Ladislas, tout en s’appuyant sur la papauté pour combattre le danger germanique, s’opposa au pape lorsque celui-ci, après avoir intégré la Croatie à ses États vassaux, voulut faire de même avec la Hongrie. Constantinople, qui entre-temps avait vu dans Venise un concurrent autrement dangereux que la Hongrie, cherchait un rapprochement. Des villes dalmates comme Zadar, menacées par Venise; avaient d’elles-mêmes demandé la protection de BudapestBenda & al. (1986) ..
Enfance (vers 1148 - 1163)
Béla Árpád était le deuxième fils de (r. 1141- 1162) et d’Euphrosyne de Kiev, son épouseMakk (1994) .Kristó & Makk (1996) .. La date exacte de sa naissance n’est pas parvenue jusqu’à nous, mais une étude de ses ossements montre qu’il devait avoir à peu près 49 ans lors de son décès en 1196, ce qui situerait sa naissance aux environs de 1148.
Alors qu’il était encore enfantLe chroniqueur Jean Cinnamus affirme : « Le territoire que son père, alors qu’il vivait encore, lui avait concédé (The Deeds of John and Manuel Comnenus, ,5, )., le jeune Béla reçut un territoire distinct en apanageMakk (1989) .. Selon l’historien Ferenc Makk, cela se serait produit vers 1161Makk (1989) .. Bien que l’historien byzantin Jean Cinnamus ne précise pas les frontières de cet apanage, celui-ci comprenait certainement la partie centrale de la Dalmatie (y compris Šibenik, Split et Trogir) qui avait accepté la suzeraineté de la Hongrie des décennies auparavant. Les historiens contemporains Ferenc Makk et Gyula Moravcsik y ajoutent la CroatieMakk (1989) .. Il n’est pas certain toutefois si Sirmium (aujourd'hui Sremska Mitrovica, en Serbie) faisait partie à l’origine de cet apanage ou y fut ajouté après le décès de Magdalino (1993 .Curta (2006) .Treadgold (1997) .. Enfin, l’historien Warren Treadgold ajoute à cette liste la Bosnie.
La mort de , le , devait déclencher une guerre de succession. De son vivant, le roi avait désigné son fils ainé Étienne, né en 1147, comme son héritierSelon le témoignage testamentaire d’une Dame Marguerite, « le roi Géza régnait de concert avec son fils, le duc Étienne » en 1552.Kristo & Makk (1996) .Makk (1989) .. Cette succession fut immédiatement contestée par l’empereur byzantin Manuel au nom des deux oncles du jeune souverain, Étienne et Ladislas, réfugiés à la cour de Constantinople après s’être déjà opposés à l’avènement de . Fils de (r. 1131 - 1141), ils pouvaient s’appuyer selon Cinnamus sur « la loi des Hongrois » qui prescrivait que la couronne devait toujours passer « aux frères survivants » du roi défuntKristo & Makk (1996) .Cinnamus, Deeds of John and Manuel Comnenus, V.1, .. Une telle loi existait effectivement chez les peuples slaves, notamment dans la Rus’ de Kiev; en fonction de celle-ci les princes d’une même génération se succédaient sur le trône. De la sorte, si l’ainé venait à mourir, c’est son frère cadet qui lui succédait (généralement jusqu’au quatrième frère) et non le fils ainé du roi défunt, permettant ainsi à chacun des fils d’une même génération de siéger à tour de rôle sur le trôneFiges (2022) .. Marchant sur la Hongrie, Manuel réussit à imposer son candidat, Ladislas, comme roi, mais celui-ci mourut après un règne de quelques moisDe la mi-juillet 1162 au 14 janvier 1163.. Son frère ainé lui succéda sous le nom d’ de janvier à juin 1163. Toutefois, les rapports étroits entre lui et l’empereur byzantin faisaient craindre aux nobles hongrois qu’il ne soit qu’une marionnette entre les mains de celui-ciEngel (2001) .. Réalisant l’inutilité de ses efforts, Manuel passa un accord avec Cinnamus, Deeds of John and Manuel Comnenus, ,5. .Stephenson (2000) . aux termes duquel l’empereur reconnaissait ce dernier comme souverain légitime; en revanche Étienne acceptait d’envoyer son frère cadet, Béla, (à qui avait remis un duché en Dalmatie et Croatie), à Constantinople pour y être éduquéFine (1991) ..
À la cour de Constantinople (1163-1172)
thumb|right|Les États des Balkans au temps d’Étienne Nemanja.
En conséquence, ce dernier arriva dans la capitale impériale fin 1163, escorté par le sebastos Georges Paléologue, envoyé spécialement par l’empereurMakk (1989) .. Il prit à ce moment le nom grec d’Alexis, adhéra à l’Église orthodoxe et reçut le titre de « despote » que seuls portaient normalement les empereurs mais qui, d’après Jean Cinnanus, était l’équivalent du titre hongrois « urum » que portait l’héritier du trôneKazhdan (1991) « Despotes », vol. 1, .. De plus, l’empereur promit officiellement de le fiancer à sa fille Marie, ce qui laissait présager l’union des deux couronnes et l’intégration du duché de Béla dans l’empireCinnamus, Deeds of John and Manuel Comnenus, V.5, ..
n’entendait toutefois pas céder le duché à l’empire byzantin et dès l’hiver 1163/1164, il envoya le ban Ampod protéger la Dalmatie et prendre sous sa protection Zara possession vénitienneMakk (1989) .. L’empereur prit alors la tête de l’armée contre Étienne, affirmant que son but était « non de livrer la guerre à la Hongrie, mais de reprendre les territoires appartenant à BélaCinnamus, Deeds of John and Manuel Comnenus, V.6 .Stephenson (2000) . ». Celui-ci accompagnait du reste l’empereur dans cette campagne. dut se résoudre à demander la paix, renonçant au duché de BélaMakk (1989) .. Syrmium qu’avait repris pour le compte des Byzantins fut occupé et transformé en thème byzantinMakk (1989) ..
L’accord devait demeurer lettre morte ; reprit le contrôle de la Syrmie au printemps 1165Stephenson (2000) .. L’empereur Manuel allait contrattaquer lorsqu’une rébellion de son cousin Andronic Comnène l’empêcha de revenir sur le Danube. Toutefois il envoya des ambassades aux souverains qui avaient appuyé pour leur demander de rester neutres dans ce conflit. Le , mourut pendant le siège de Zimony, empoisonné semble-t-il par des transfuges à la solde de son neveuBartl & al. (2002) .. La forteresse tomba aux mains d’Makk (1989) .. S’ensuivit une controffensive byzantine dirigée par l’empereur lui-même qui parvint à reprendre la forteresse pendant qu’un autre corps d’armée envahissait la Bosnie et la DalmatieCurta (2006) .. La flotte vénitienne intervint alors aux côtés des Byzantins en Dalmatie, forçant Zadar à reconnaitre à nouveau l’autorité du dogeCurta (2006) .Stephenson (2000) ..
La paix fut finalement conclue : renonçait à la Dalmatie, à la Croatie et à la Syrmie; la Dalmatie et la Bosnie furent à leur tour transformées en thèmes byzantins.
À l’automne 1165, l’empereur proclama en grande pompe que Béla/Alexis et sa fille Marie, seraient ses héritiers, forçant les nobles byzantins à leur jurer serment de fidélitéStephenson (2000) .. Seul, son lointain cousin, Andronic Comnène, qui réapparaitra à la mort de Manuel, osa s’y opposerNicétas Choniatès, O City of Byzantium, , 137, ..
Comme le précédent, ce traité ne tarda pas à être violé et au printemps 1166, une armée hongroise, sous le commandement de l’ispάn Dénes envahit à nouveau la SyrmieMakk (1989) .Stephenson (2000) .. Désireux d'en finir, Manuel envoya simultanément trois armées contre eux dont la première sous le commandement du protostrator Alexios Axuch et de Béla fut stationnée sur le Danube. La campagne byzantine causa une telle dévastation dans la partie orientale de la Hongrie qu’ dut négocier un armisticeStephenson (2000) ..