Jacques Natanson est un militant syndicalNotice du Maitron. et pédagogique, ainsi qu'un professeur de philosophie et de sciences de l'éducation français né le à Bucarest (Roumanie) et mort le à Bois-Guillaume Notice d'autorité BNF.
Il est le mari de la psychanalyste Madeleine Natanson (1927-2013) avec laquelle il a co-écrit plusieurs ouvrages.
Biographie James Natanson, qui se fera appeler Jacques Natanson et signera Jacques J. Natanson pour se distinguer du scénariste Jacques Natanson, naît en 1923 à Bucarest, Roumanie, dans une famille de confession juive.
Son père, Aron Natanson, émigre dans les années 1920 et ouvre à Paris une librairie d'érudition rue Gay-Lussac qui fournit des livres neufs et d'occasion aux étudiants et intellectuels du Quartier Latin. Cette librairie est un lieu de contact entre écrivains, philosophes, professeurs Autour de la librairie d'Aron Natanson. Étude de la vie intellectuelle autour d'une librairie du Quartier latin, à travers les Carnets et la correspondance d'Armand Petitjean (1932-1938).
Il fait des études au lycée Montaigne, puis au Collège de la MalgrangeVoir par exemple le de version latine qu'il obtient dans le Concours ouvert entre les maisons secondaires libres en 1939, dans le Bulletin de l’Institut catholique de Paris, . près de Nancy, études interrompues par la Seconde Guerre mondiale. S'il parvient à passer le baccalauréat en zone non-occupée en 1941, il doit ensuite se cacher jusqu'en 1944 pour échapper à l'arrestation et à la déportation. Il reprend ses études en 1945 et obtient sa licence de philosophie à la Sorbonne en 1947.
Alors novice dans l'ordre des PrêcheursNotice dans le Dictionnaire biographique des frères prêcheurs (lire en ligne)., il épouse en 1946 Madeleine Lefèvre (1927-2013), qui deviendra psychanalyste, avec laquelle il aura six enfants (parmi lesquels Dominique Natanson).
Il s'établit à Cherbourg, puis au Havre, et enfin à Bois-Guillaume près de Rouen.
La persécution nazie vignette|Le couvent de Saint-Maximin où Jacques Natanson se réfugia fin 1942 avant d'être envoyé dans l'ermitage du Massif de La Sainte-Baume, en 1943.
Aron Natanson, son père, né le à Ploiesti en Roumanie, libraire à Paris et Miryam Natanson, sa sœur, née le dans le 9ème arrondissement de ParisVoir, Klarsfeld, 2012., sont tous deux déportés par le convoi , du et assassinés à Auschwitz, en septembre et Récits sur le site Mémoire Juive & Éducation..
vignette|L'ermitage de la Sainte-Baume où ne vivait qu'un seul moine. Jacques Natanson s'y réfugia en 1943.
Jacques Natanson se cache d'abord à l'Institut catholique de Toulouse, puis, en , au moment de l'invasion allemande de la zone Sud, il adopte une fausse identité : le père Dupuy, prieur provincial des dominicains de la province de Toulouse lui apporte une fausse carte d’identité, au nom de Gilles Valleteau, sur laquelle il colle sa photo. Il existait bien un Gilles Valleton, moine de l’abbaye bénédictine d’En-Calcat, dans le sud du Massif central. Il rejoint le couvent dominicain de Saint-Maximin où il est accueilli par le père Robert de Bienassis, membre de la RésistanceVoir sur la page d'histoire du site de Saint-Maximin la participation à la Résistance du père Robert de Bienassis., hôtelier du couvent situé en zone d'occupation italienne« Les Justes qui m'ont aidé » sur le site Mémoire Juive & Éducation..
En , quand les nazis occupent la zone italienne, il est envoyé dans la montagne, dans l'ermitage dominicain de La Sainte-Baume, habité par un seul moine, le père DaniloSylvie Berney décrit le sauvetage de Juifs par le père Danilo, dans L’Église de France face à la persécution des juifs : 1940-1944, CNRS éditions, 2012., où il séjourne jusqu'à la Libération.
Dans les derniers mois de la guerre, son cousin Lucien Natanson est fusillé par les nazis au Bourg-d'Oisans, sous les yeux de ses parents Julien et Jeanne, qui se suicident ensuiteDocuments sur le site Mémoire juive & Éducation..
Durant la guerre, il est devenu apatride à la suite de la décision de la Roumanie de se désintéresser de ses citoyens juifs vivant à l'étranger, décision qui livre les Juifs roumains à la déportation par les nazis. Il est naturalisé français par un décret du Journal officiel, Décret du portant naturalisation, réintégration, (…) de la nationalité française..
Carrière universitaire Il passe l'agrégation de philosophie en 1952 et enseigne d’abord au lycée de Cherbourg, puis au lycée François- du Havre (1955). Il est attaché de recherche au CNRS de 1960 à 1964. Assistant, puis maître-assistant à la Faculté des lettres de Rouen en 1964, il obtient son doctorat d’État le , sous la direction de Ferdinand Alquié. Sa thèse est intitulée : La mort de Dieu, essai sur l'athéisme moderneLa mort de Dieu.
En 1969, il contribue à la création, à Rouen, du département des Sciences de l’éducation. Il est membre du Conseil de l'université de Rouen, du conseil de l'UFR de Lettres ou du Conseil scientifique de l'Université de Rouen, de 1970 à 1987. Il dirige le département de philosophie de 1976 à 1980.
À partir de 1985, il assure des cours de sciences de l'éducation à l'université Paris-Nanterre où il est nommé professeur le 1988.
Philosophiquement, il est proche de la pensée de Paul RicœurIl cite ainsi Temps et récit (1983-1985) et Soi-même comme un autre (1990) dans plusieurs articles. Voir Identité narrative et histoire de vie dans Analyse d'un récit de vie de Jean-Claude Filloux (dir.), PUF, 2005, -142. et du personnalisme d'Emmanuel MounierJacques Natanson, « Présence de Mounier », Esprit, , , .. thumb|Jacques Natanson à son bureau, années 1980.
Dans son parcours intellectuel, il passe de la philosophie à la pédagogie, en intégrant la psychanalyseVoir le rapport de Jacques Natanson de la commission « Psychanalyse et éducation » publiée dans Psychanalyse et anthropologie prospective : actes du colloque du Centre d'anthropologie prospective de l'Institut de Philosophie de l'Université de Rouen, Publications de l'Université de Rouen et du Havre; PUF, 1974, .. Il devient ainsi membre associé du GIREP (Groupe International du Rêve-Eveillé en Psychanalyse)Catalogue en ligne de ses articles sur la psychanalyse, Bibliothèque Sigmund Freud, Société psychanalytique de Paris. et collabore à la revue Imaginaire et inconscient avec son épouse, Madeleine NatansonVoir, par exemple, Jacques Natanson, Le rêve éveillé, la psychanalyse et l’imaginaire dans la culture occidentale, Imaginaire & Inconscient, 2009/1, , ..
Sur le plan pédagogique, il est partisan d'une pédagogie active, du travail de groupeVoir Oser le travail de groupe, co-écrit avec son fils, Dominique Natanson et Isabelle Andriot, préface de Philippe Meirieu, Canopé - CRDP de Bourgogne, 2008. et, après son tournant vers la psychanalyse, se rapproche de la pédagogie institutionnelle ; il est en contact avec Jacques Pain. Il souhaite ainsi qu'on passe « De l'interdit d'interdire au retour de la loi » selon le titre d'un de ses articlesLes idées pédagogiques : patrimoine éducatif ? Actes du Colloque de Rouen des 24, 25 et , , , mais d'une loi qui s'institue dans la classe.
Il analyse la place de l'enseignant dans cette tâche impossibleComme en témoigne le titre d'un de ses ouvrages : L'Enseignement impossible : éducation, désir, liberté, Paris, Éditions universitaires, 1973. et fait sa place au désir de l'enseignantJacques Natanson, Le désir d'enseigner, « Imaginaire & Inconscient », , 2003, .. Il décrit la position de l’éducateur comme fondamentalement ambivalente, liant le pouvoir qu’exerce l’enseignant sur l’enfant, pouvoir de le contraindre, de l’évaluer et de le punir, à une composante sadique de l’investissement dans le savoir. , explique Françoise ClercFrançoise Clerc, « Pédagogie et éducation : le retour de Laïos ? », in Il fait moins noir quand quelqu’un parle - Éducation et psychanalyse aujourd’hui, Canopé - CRDP de Dijon, ..
Dans les années 1980, il dirige la collection « Horizons philosophiques » aux éditions du Cerf.
Au cours de sa vie, il aura publié dans de nombreuses revues : Esprit au temps de Jean-Marie Domenach (il est membre du Comité directeur de la revue de 1960 à 1975Madeleine Singer, Histoire du SGEN 1937-1970: Le Syndicat Général de l’Éducation, Presses Universitaires de Lille, 1987, .), Témoignage chrétien (où il tient la chronique de l'école de 1970 à 1975)Notice du Maitron., Cahiers de sociologie économiquePublication de l'Institut havrais de sociologie économique et de psychologie des peuples. Voir par exemple, le premier numéro, , dont Jacques Natanson rédige l'éditorial. Il y déclare « Nous croyons possible et souhaitable l’apparition d’une théorie synthétique des phénomènes sociaux, en ce sens que nous ne voulons pas qu’on l’exclue a priori. Mais nous pensons que l’ « intégration des sciences sociales » – qui a fait couler beaucoup d’encre – ne doit pas être prématurée, mais surgir progressivement de la recherche elle-même, de la collaboration entre chercheurs utilisant des voies d’approche différentes dont il est sage de respecter la spécificité et l’autonomie »., Éducation & Devenir, Syndicalisme universitaire, Les Cahiers Pédagogiques, Imaginaire et inconscientListe d'articles et contributions d'ouvrages, la Revue française de pédagogie...
Le militant Jacques Natanson est un militant syndical et politique de gaucheVoir la notice du Maitron.
Converti au christianisme dès avant la guerreNotice du Maitron : "Jacques Natanson avait été scout de France pendant ses études secondaires, puis jéciste en Sorbonne.", il milite au sein de la CFTC, dans le courant de la Nouvelle Gauche Socialiste, contribue au journal d'extrême gauche Le Combat prolétarien, adhère au PSA, puis au PSUVoir par exemple, Le Combat prolétarien, , , Contribution au programme pour une Nouvelle Gauche Socialiste, par Jacques Natanson..
Au Havre, au début des années 1960, il est l'un des fondateurs du Club Citoyens 60, version chrétienne des clubs Jean Moulin, avec d'autres professeurs agrégés comme François Gay, Robert Lalouette et Roger LépineySerge Reneau, Des élites culturelles locales au Havre de l’après-guerre aux années quatre-vingt. Étude anthropologique et historique, . et des personnalités comme le compositeur Max Pinchard et le cinéaste (et directeur de la Cinémathèque française) Vincent PinelMarie-Paule Dhaille-Hervieu, Communistes au Havre : Histoire sociale, culturelle et politique, 1922-1983, Presses universitaires de Rouen et du Havre, ..
La Guerre d'Algérie Durant la Guerre d'Algérie, au Havre, Jacques Natanson représente la Ligue des Droits de l'Homme dont il est un des dirigeants locaux, dans le Comité de défense de la République et des libertés (). Il est alors une des personnalités de la gauche havraise qui milite aux côtés des communistes pour lesquels il appelle à voter au des élections, dans cette ville qui est alors un bastion du PCF. Après le putsch des généraux d'Alger, il participe à la création d'un comité de paix des enseignants du Havre réunissant la FEN et le SGEN. Plus tard, quand ce comité se fond dans un comité de vigilance républicaine et devient un comité de vigilance antifasciste, Jacques Natanson y représente ce courant « chrétien de gauche »Le rôle de Jacques Natanson est évoqué par Marie-Paule Dhauille-Hervieu, Communistes au Havre. Histoire sociale, culturelle et politique (1922-1983), Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2009, .. Il fait alors partie des porteurs de valises et contribue à cacher des dirigeants locaux de la Fédération de France du FLN.