vignette|Timbre russe à l'effigie du président et fondateur du chavisme Hugo Rafael Chávez Frías.
Le chavisme ( en espagnol) désigne l'idéologie, le mouvement, l'action politique et les gouvernements de la révolution bolivarienne, menés par Hugo Chávez de 1999 à sa mort en 2013, puis par Nicolás Maduro. Les partisans du chavisme sont appelés Chavistas en espagnol et chavistes en français..
Origines du chavisme Le chavisme est issu d'un milieu de jeunes militaires auto-revendiqués bolivariens, avec lesquels l'officier Hugo Chávez fonde le Mouvement révolutionnaire bolivarien (MBR) en 1982. Ils nouent des liens avec des acteurs de la gauche radicale, d'anciens guérilleros, et des groupes armés actifs, dans la perspective d'un coup d'état. Ils conspirent en effet contre le système politique vénézuélien, dominé par l'alternance des deux partis traditionnels, Action démocratique et le COPEI, signataires du Pacte de Puntofijo, qui cogèrent la rente du pétrole exporté aux États-Unis depuis la chute de la dictature en 1958Paula Vasquez Lezama, Hugo Chávez : de l’aura du progressisme à la dérive autoritaire, Socio, 2, 2013, p.205-216, doi.org/10.4000/socio.443.
En 1992, le MBR tente un putsch contre le président Carlos Andrés Pérez, qui s'était aliéné son électorat par des réformes libérales et la répression dans le sang des émeutes du Caracazo. Le lieutenant-colonel Chávez assume son échec en direct à la télévision, mais promet de futures victoires, et la rédemption nationale par l'alliance du peuple et de l'armée.
Le mouvement formé autour de Chávez est alors politiquement hétéroclite, mais se réfère à la figure de Simón Bolívar et se réclame du bolivarisme, ici synonyme de nationalisme anti-américain à vocation prétorienne. Selon Paula Vasquez Lezama, l'identité politique affichée par les bolivariens au début des années 1990, lorsqu'ils apparaissent sur la scène politique, est militariste et plus nationaliste que révolutionnaire. Leur idéologie, qui se caractérise par de forts « préjugés contre la politique », lie tout à la fois religion catholique et croyances populaires, et revêt les commandants bolivariens d’un statut divin par l’utilisation des emblèmes sacrés dans l’arène politique.
Le chavisme au pouvoir
Participation citoyenne et populaire Le tournant intervient, à la fin des années 1990, quand Hugo Chávez s’allie à des hommes politiques de gauche, notamment avec le groupe dirigé par Luis Miquilena, figure importante du Parti communiste du Venezuela qui fournit les fondements du projet politique du premier parti de Chávez, le Mouvement Cinquième République (MVR). Il lui inspire notamment l’idée d’une Assemblée constituante. Chávez est élu président en 1998 grâce au soutien d'une alliance de partis de gauche et au vote des classes moyennes et populaires, en promettant la justice sociale et l'adoption d'une constitution plus participative. La Constitution de 1999, fait alors de la « participation » l’un de ses principes fondateurs. La charte constitutionnelle de décembre 1999 donne ainsi une définition nouvelle de la « souveraineté populaire ». Dans ce schéma, les organisations révolutionnaires créées au cours du premier mandat de Chávez sont censées devenir le lieu du « pouvoir citoyen » : les « comités de santé », « les comités de terres urbaines », les « tables techniques d’eau » sont définies comme des « instances de participation populaire ». Le chavisme fait également de Bolívar, héro de l'anti-imperialisme et père de la démocratie, l'icône de son pouvoir politique en renommant la République vénézuélienne en son hommage.
Socialisme du Sorti triomphant d'une tentative de coup d'état, d'une gréve pétrolière, d'un lock-out patronal, et d'un referendum révocatoire lors de son premier mandat, Chávez fait à nouveau évoluer l'idéologie politique de son mouvement. Lors du Sommet de Porto Alegre du Forum social mondial, le , et du quatrième Sommet pour l'annulation de la dette sociale, en février 2005 à Caracas, il commence à prôner une Cinquième voie (Quinta vía, notion inventée par le sociologue chilien Thomas Moulian), et la création d'un socialisme du . Il préconise alors de « revendiquer le socialisme comme une thèse, un projet, un chemin, mais un nouveau type de socialisme, un socialisme humaniste qui place avant tout les hommes et non les machines ». Chávez remporte ensuite les élections de 2006 en prônant ce même socialisme du . Le chavisme se caractérise depuis par une volonté de réinventer le socialisme après la chute de l'URSS et le développement du libéralisme, et Chávez s'inspire plus ouvertement de courants de pensées marxistes, communistes et antilibéraux, et de personnalité telles que Fidel Castro, José Carlos Mariátegui, Augusto César Sandino et Agustín Farabundo Martí..
À partir de 2006, Chávez change alors radicalement sa conception de la participation et impose un « État socialiste » reposant sur la création de « conseils communaux » (consejos comunales). Suivant l'ambition chaviste de bâtir un « État communal » par la base, ces conseils communaux participatifs, qui gèrent des missions locales de santé, d'alphabétisation, d'alimentation, mais aussi d'éducation, de culture, de sport, d'aménagement du territoire, de logement et de coopératives, se généralisent. Se reposant sur la rente d'un boom pétrolier record, les chavistes reconstruisent un État-providence, systématisent les dispositifs redistributifs, nationalisent des entreprises et enchaînent les méga-projets. La pauvreté chute entre de 2003 à 2007 avant de stagner, sans réforme fiscale significative mais au prix d'un fort endettement.
Le projet initial de mettre en place une démocratie « participative » est remplacé par la construction verticale d’une nouvelle bureaucratie et par la création d’un parti politique officiel « uni et unique » en nette opposition aux principes pluralistes de la Constitution de 1999. Ce socialisme présente ainsi une profonde contradiction : dans la théorie, il est soutenu par le « peuple » mais, dans les faits, il aboutit à la constitution du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), organisation unificatrice de l’État et du gouvernement. Le pouvoir politique et économique se concentre progressivement dans l’exécutif car c’est le gouvernement qui distribue la manne pétrolière. L’appareil administratif de l’État se centralise et les expropriations de terres, entreprises, banques et biens immobiliers sont souvent ordonnées par Chávez lui-même. Au nom de l'enrayement de la corruption, Chávez écarte nombre de juges et de fonctionnaires anti-chavistes et place des membres du parti et des militaires loyaux à la tête des administrations et des entreprises publiques pour sécuriser le contrôle des secteurs étatiques et para-étatiques.
Millitarisme politique thumb|Statue équestre de Simón Bolívar « icône du régime chaviste », Caracas-Venezuela.La « dimension théologico-politique », sotériologique, semble essentielle pour comprendre le mouvement chaviste José Pedro Zúquete, The Missionary Politics of Hugo Chávez, Latin American Politics and Society, Vol. 50, No. 1 (Spring, 2008), pp. 91-121, Cambridge University Press. C’est celui d’un messianisme s’inscrivant dans des schèmes chrétiens laïcisés, dans lequel la représentation dominante du rôle des militaires est celle du sacrifice pour la patrie. Ce messianisme et la logique sacrificielle présente dans l’armée se répercutent sur les institutions politiques et servent à justifier au sein de la vie politique la militarisation progressive de toutes les institutions publiques. Entre 1999 et 2013, les cadres militaires ont largement capté l’appareil bureaucratique des institutions civiles. Depuis 2001, c’est entre 600 et 2 500 officiels actifs qui occupent ainsi des postes de cadres dans les institutions publiques Dr Diego Lopes da Silva et Dr Nan Tian, The crucial role of the military in the Venezuelan crisis, sipri.org, 2 avril 2019. Cette place prépondérante de l’armée est à nouveau mise en avant lors de la campagne électorale de 2012. Dans le document qui résume les propositions du « candidat de la patrie, le commandant Hugo Chávez », l'armée est explicitement mentionnée dans au moins 23 paragraphes. Elle est appelée non seulement à protéger les frontières, mais aussi à être présente dans « toutes les structures de l'État vénézuélien » Javier Corrales, President Hugo Chávez’ Campaign Vision for Venezuela: Militaristic and Top Down, americasquarterly.org, 22 août 2012.
Culte de la personnalité vignette|Fresque murale représentant Hugo Chávez et son ascension au ciel (2014). Le chavisme enfin ne saurait être compris sans le culte de la personnalité de son chef. Mis en place progressivement par ce dernier après son accession à la présidence du Venezuela, il est développé par le gouvernement vénézuélien à travers d'intenses programmes de marketing qui associaient son image à la plupart des programmes sociaux du gouvernement et dépeignaient Chávez comme un grand bienfaiteur du peuple. Une émission télévisée hebdomadaire dans laquelle Chávez parlait de ses projets gouvernementaux, signait des décrets gouvernementaux et résolvait des problèmes quotidiens dans des régions reculées du pays, a également cimenté son image de leader fort et omniprésent Manuel Rueda, The Cult Following of Venezuela's Hugo Chávez, abcnews.go.com, 11 janvier 2013. Ce culte de la personnalité s’accentue dans les derniers mois de sa vie avant de connaître son apogée lors de ses funérailles et après sa mort.Venezuela: Nicolas Maduro toujours dans l'ombre d'Hugo Chavez, lepoint.fr, 30 novembre 2015.
Pour le général Raul Baduel, longtemps compagnon de route de Hugo Chavez, bien que Chavez et ses adjoints se disent socialistes, . Selon lui, lorsqu'a été fondé le mouvement révolutionnaire bolivarien MBR200 en 1982, l'objectif était l'édification d'une « démocratie réelle » et non pas de mettre en place « un régime socialiste »..
Politique étrangère Le chavisme s'inscrit aussi dans une politique diplomatique. Les chavistes dressent une continuité entre leur combat politique et la quête d'indépendance anti-imperialiste et panaméricaine de Bolívar dans un contexte géopolitique où les États-Unis auraient remplacé l'Espagne comme puissance qui imposerait son hégémonie sur l'Amérique latine (ou plutôt l'Amérique hispanique). Ils défendent alors une politique étrangère de multipolarité et d'autotomie régionale vis-à-vis de Washington.
Le pouvoir chaviste affiche son opposition aux les États-Unis en opérant un rapprochement avec l'Iran, la Russie ou encore la Chine.
Tenant à un rapprochement entre les pays de l'Amérique du Sud, il soutient les FARC en Colombie, fonde l'Alliance bolivarienne pour les Amériques pour resserrer les liens avec Cuba et le Nicaragua, et fait rentrer son pays dans le Mercosur en profitant du soutiens de pays comme l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay.
Lors de ses mandats, Chávez a incité un rapprochement entre l'Afrique et l'Amérique du Sud. En 2009, lors du sommet de l'ASA, il appelle à un soutien respectif entre les pays des deux continents et insiste sur le fait que les pays occidentaux —par extension les pays du Nord — ne sont pas une finalité pour le développement économique et politique.
Le chavisme après Chávez