thumb|L'émission New York, unité spéciale participe à construire l'imaginaire de la criminalité selon Chiara Battisti.
La criminalité est une catégorie pénale et policière par laquelle sont définis quels actes, au sein d’une société, sont considérés comme constituant des délits ou des crimes. Elle est la transgression non tolérée par la société des normes juridiques en place.
Une norme est pénale lorsque son but est de faire régner un minimum d'ordre dans la société et exige un comportement déterminé de ses membres. Les normes pénales sont régulatrices et coercitives, elles forment l'ordre juridique et contribuent ainsi au maintien de la paix. Concernant ces normes, les criminologues sont d'avis qu'il s'agit de normes socialement édictées, donc qui varient d'un pays à l'autre, ce qui veut dire que le crime, en tant que tel, n'existe pas. Certains comportements se sont vu attribuer l'étiquette crime et c'est ainsi qu'ils ont été interdits. Mais d'autres criminologues pensent que des normes sont objectives, car on les trouve partout et toujours, comme le cas de tuer quelqu'un sans raison. Mais « sans raison » peut fortement différer selon les sociétésA. Kuhn, « Sommes-nous tous des criminels ? », 2005.
On distingue la petite criminalité (délinquance) de la grande criminalité (crimes).
Construction sociale
La criminalité est une construction sociale produite par les institutions judiciaires, policières et carcérales dans leurs interactions avec le reste de la société, à travers la gestion différenciée des illégalismes. Un illégalisme est un contournement d'une norme juridique. Les illégalismes sont gérés de différentes manières vis-à-vis de l'appareil pénal: certaines formes de contournements de la légalité sont criminalisées, et d'autres tolérées.
Cette gestion différencie surtout les illégalismes qui portent sur les biens, comme le vol, de ceux qui portent sur des droits, comme la fraude, car l'apparition du capitalisme industriel a conduit à la reconfiguration du contrôle pénal des classes populaires: les illégalismes des ouvriers sont désormais compris à travers le concept neuf de délinquance (ou criminalité), tandis que les illégalismes des bourgeois sont tolérés. Cela se reflète dans le traitement des jeux des ouvriers avec le droit comme naturellement mauvais, avec à l’opposé une vision des illégalismes des bourgeois comme des pratiques dont le caractère immoral serait fabriqué artificiellement par le droit. Ainsi, la criminalité financière est comprise par la société et le système pénal comme une étourderie, alors que l'immigration par exemple est réprimandée comme un crime inhumain. Même en dehors des enjeux de classe, les illégalismes au sein de la Bourse sont criminalisés ou tolérés en fonction des représentations des agents de l'ordre quant aux petits dossiers et grands dossiers.
Historiquement, l'invention de la notion de criminalité comme phénomène social qu'on pourrait observer et de la notion de délinquance comme une caractéristique particulière des individus s'est faite à travers la constitution de l'institution de la prison.
Criminalité aux États-Unis thumb|Index de crimes et atteintes aux biens pour habitants, suivant les zones géographiques américaines, 2004 Uniform Crime ReportDepuis les exécutions de Sacco et Vanzetti pour un meurtre qu'ils n'avaient pas commis et non pour l'agitation anarchiste à laquelle ils participaient, presque toutes les affaires politiques ont été traitées en affaires criminelles par les autorités (militants pour les droits civiques, communistes, Black Panthers, etc..
Parmi les pays occidentaux les États-Unis sont réputés pour lutter contre la criminalité avec un système beaucoup plus répressif (taux d'emprisonnement cinq à dix fois supérieur aux pays européens).
Les États-Unis publient diverses statistiques qui montrent des taux qui oscillent de à atteintes aux biens et violents pour habitants Outils de recherche en ligne du Bureau of Justice Statistics (BJS) Données de la National Crime Victimization Survey (NCVS), soit des taux variant de 20 à 40 pour habitants. Dans la Revue française de criminologie et de droit pénal, Heather Mac Donald s'interroge sur l'excessive sévérité du système pénal américain. Selon lui, les États-Unis connaissent actuellement une campagne médiatique de grande ampleur visant à délégitimer la répression de la criminalité. Il affirme notamment que .
Le coût de la criminalité en col blanc est estimé à 1 000 milliards de dollars par an selon les données du ministère de la Justice. Cette criminalité représente un coût de 20 à 30 fois supérieur à celui des crimes ordinaires contre les biens (cambriolages, hold-up, vols de voitures, etc.).
Criminalité en France Évolution récente de la criminalité L'auteur Olivier Hassid dans son ouvrage Criminalité et insécurité. Comprendre pour agir constate une forte hausse de la criminalité entre 1960 et 1990 dans plusieurs pays européens, dont la France, et une baisse effective à partir de 1990. L'augmentation s'explique, pour lui, par la transformation des sociétés occidentales et l'évolution sociale et économique des modes de vie. Pour justifier le passage à l'acte, l'auteur se réfère à la théorie des opportunités développée par Felson et ClarkeChoix rationnel et pensée stratégique. La baisse amorcée à partir de 1990 inclut selon lui quatre facteurs : le vieillissement de la population, la baisse des « opportunités », l'adaptation des populations à la menace criminelle, enfin les moyens mis en œuvre à travers les politiques de lutte contre la criminalité.
La criminalité par villes selon le journal du Monde
Classement des villes de France métropolitaine selon leurs taux de criminalitéTaux de criminalité par ville - Document du Monde. À noter que certaines localités ne sont pas répertoriées comme les villes de Dives-sur-Mer, Deauville, Cannes, Chessy, Agde, , car ce sont des cas spéciaux, avec de très forts flux touristiques, qui font grimper les taux, mais qui n'ont pas de problème social lié à la délinquance locale.
Ville (agglomération) Rang Taux pour Département</span> Région Saint-Denis 1 Seine-Saint-Denis Île-de-France Saint-Ouen-sur-Seine 2 Seine-Saint-Denis Île-de-France Aubervilliers 3 Seine-Saint-Denis Île-de-France Avignon 4 Vaucluse Provence-Alpes-Côte d'Azur Nîmes 5 Gard Occitanie Nice 6 Alpes-Maritimes Provence-Alpes-Côte d'Azur Marseille 7 Bouches-du-Rhône Provence-Alpes-Côte d'Azur La Courneuve 8 Seine-Saint-Denis Île-de-France Corbeil-Essonnes 9 Essonne Île-de-France Lille 10 Nord Hauts-de-France Paris 11 Paris Île-de-France Toulouse 12 Haute-Garonne Occitanie Bobigny 13 Seine-Saint-Denis Île-de-France Pantin 14 Seine-Saint-Denis Île-de-France Cergy-Pontoise 15 Val-d'Oise Île-de-France Valence 16 Drôme Auvergne-Rhône-Alpes Vitrolles 17 Bouches-du-Rhône Provence-Alpes-Côte d'Azur Clichy 18 Hauts-de-Seine Île-de-France Montpellier 19 Hérault Occitanie Perpignan 20 Pyrénées-Orientales Occitanie Dreux 21 Eure-et-Loir Centre-Val de Loire Bondy 22 Seine-Saint-Denis Île-de-France Stains 23 Seine-Saint-Denis Île-de-France Cavaillon 24 Vaucluse Provence-Alpes-Côte d'Azur Rosny-sous-Bois 25 Seine-Saint-Denis Île-de-France Évreux 26 Eure Normandie Le Havre 27 Seine-Maritime Normandie Persan 28 Val-d'Oise Île-de-France Béziers 29 Hérault Occitanie Aix-en-Provence 30 Bouches-du-Rhône Provence-Alpes-Côte d'Azur Total incluant d'autres villes(sur ) - - -
Les facteurs associés à la délinquance juvénile En , le Congrès des Nations Unis pour la Prévention du Crime et le Traitement des Délinquants identifie une variété de facteurs principaux ou généralement reconnus qui peuvent conduire à la délinquance. La pauvreté, le chômage, l'analphabétisme, l'absence de logements adéquats et abordable ainsi que des systèmes d'enseignement et de formation inadaptée sont toutes des situations pouvant favoriser les comportements délinquants.De plus, la croissance de citoyens sans perspective d'insertion sociale et l'aggravation des inégalités sociales, dont les conditions difficiles que connaissent les personnesqui émigrent vers les villes ou vers d'autres pays sont aussi de potentielles facteurs de risque de la délinquance chez les jeunes.
En sociologie Émile Durkheim disait que la société sans criminalité n'existe pas, et ne peut pas exister. Selon lui, le crime est nécessaire pour faire évoluer le droit mais il permet également à la société d'être en cohésion : lorsqu'il y a un crime et que le criminel se fait attraper, les autres personnes se disent que la société fonctionne bien car elle punit le crime. Ceci renforce la cohésion sociale.
Théories de criminologie La criminologie, dont le caractère pseudoscientifique est sujet à débat, étudie la criminalité et tente de l’expliquer comme un phénomène objectif, en définissant des catégories comme celle du crime organisé ou du crime de rue et en analysant l’âge, la biologie, le statut social et le genre des personnes criminalisées pour établir des profils-types.
Crime organisée Dans les années 1950, le sociologue Daniel Bell définit le crime organisé comme .
Crime de rue Dans les quartiers pauvres des grandes villes américaines, le chômage et l'insuffisance des programmes publics d'aides sociales encouragent fortement la criminalité de rue. D'après le Vera Institute of Justice de New York, .
Biophysiologie de la criminalité Le comportement agressif a été associé à des anomalies des trois principaux systèmes de régulation biologiques et physiologiques que sont le système de la sérotonine, le système des catécholamines et l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Les anomalies de ces systèmes sont également connues pour être induites par le stress, que ce soit un stress aigu sévère ou un stress chronique de faible intensité.
Typologie des profils criminels Dans son ouvrage Criminalité et insécurité, Olivier Hassad présente cinq types de profils de criminels : « le proche, le délinquant juvénile, le délinquant en col blanc, le trafiquant professionnel, le terroriste ». Il souligne que la majorité des crimes sont commis par des proches, que la délinquance juvénile constitue le noyau dur de la criminalité, que le délinquant en col blanc présente un profil atypique, que la criminalité organisée de dimension globale constitue un fait enraciné et que le terrorisme une réalité multiforme.
Âge du criminel ou délinquant En 1831 déjà, Adolphe Quetelet découvre que la criminalité est un phénomène qui touche davantage les hommes et les jeunes.
Les données statistiques disponibles sur le crime mettent en évidence des différences dans les taux de délinquance selon l'âge.
Par exemple pour les actes de type coups et blessures et autres formes d'agressions physiques pour lesquels la plupart des crimes récents ont été enregistrés en Australie, l'âge du criminel est le plus souvent compris entre 15 et 24 ansAustralian Bureau of Statistics (2015). Recorded crime: Offenders, 2013–14, Cat no 4519.0. http://www.abs.gov.au. Accessed 22 January 2016.
Un pic d'âge un peu similaire a été constaté pour les crimes de fraude et tromperies, bien que beaucoup moins prononcé.