Le collège Bellefonds est un ancien établissement catholique d'enseignement, situé 161 rue Beauvoisine à Rouen, fondé à Rouen en 1862 par les Frères des écoles chrétiennes. Sous tutelle diocésaine depuis 1976, sa fusion en 2009 avec deux établissements voisins est à l'origine d'un nouvel ensemble scolaire dénommé Institution Jean-Paul-II.
Historique Le prieuré Notre-Dame-des-Anges Bellefonds est à l'origine un prieuré de moniales bénédictines. Laurence Gigault de Bellefonds (1610-1683), supérieure depuis de la communauté la fit transférer du faubourg Saint-Sever vers l'intérieur de la ville de Rouen, dans un quartier plus favorable pour l'éducation des jeunes filles. La Reine Anne d'Autriche intervient et donne son agrément. L'autorisation des échevins le lui permet de rassembler des fonds, et avec une forte contribution de son neveu, le Maréchal de Bellefonds, le couvent des Bénédictines est édifié entre 1653 et 1655, adossé sur les remparts en dessous de la porte Beauvoisine. L'église conventuelle est construite entre 1674 et 1677 et consacrée à Notre-Dame-des-Anges.
En 1669, la communauté est composée de 50 religieuses professes, de 7 sœurs converses, de 4 novices et 7 postulantessources : Archives départementales de la Seine-Maritime, Répertoire numérique détaillé établi par Anne-Sophie Dupré, chargée d’études documentaires (2010)..
Laurence de Bellefonds décède le . Le , sa petite-nièce, Marie-Eléonore de Bellefonds (fille du Maréchal et de Madeleine Fouquet), désignée par le Roi, devient prieure à vingt-quatre ans, lui succède: Marie-Eléonore avait été confiée à l'âge de quatre ans à sa tante Eléonore-Charlotte de Bellefondssœur de Laurence, avec qui elle avait gouverné un temps le monastère de Bellefonds comme maîtresse des novices abbesse de Montivilliers de 1661 à 1682; en 1699, elle devient abbesse de MontmartreMarie III Éléonore Gigault de Bellefonds, abbesse de Montmartre de 1699 à 1717 donne son nom à la rue de Bellefond..
Françoise-Madeleine de Saint-Pierre, fille aînée de la sœur cadette de Laurence de Bellefonds prend sa succession. C'est son frère, l'abbé Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, aumônier de la duchesse d'Orléans, logé au Palais-Royal, qui plaide auprès du Roi le sauvetage du monastère, qui connaît de sérieuses difficultés financières. Il obtient l'union à Bellefonds de plusieurs prieurés en sa possession qu'il possédait (dont le prieuré de la Théroudière); l'abbaye en reçoit ainsi les revenus.
En 1722, Jeanne-Thérèse Castel de Saint-Pierre devint prieure et œuvre pour réunir, en 1742, son monastère à celui du Val-de-Grâce.
À la mort de Jeanne, le monastère est sauvé, et par brevet du Roi en début 1745, Clémence-Renée de Varennes de Chambray, bénédictine originaire de l'abbaye Saint-Sauveur d'Évreux, est nommée prieure. Celle-ci a à cœur outre la rénovation de l'orgue, d'embellir l'église, elle fait mettre les armes de Bellefonds gravées sur six plaques de plomb sur le toit du clocher, qui va recevoir trois cloches en 1759. Puis il y a la reconstruction du noviciat et plus tard l'immeuble de la rue Beauvoisine (qui coûte trente mille livres, dont une partie payée par le Roi), à la Révolution, il reste encore trois mille livres à payer.
En 1770, le monastère abrite 15 religieuses-professes, 2 novices, 8 sœurs, 3 chapelains et 1 confesseursources : Jacques Tanguy.
Lors de la Révolution, l'église est fermée en 1791. C'est après 1792 que la communauté est supprimée, les sœurs chassées du couvent. En 1794, les sœurs sont arrêtées et subissent la prison jusqu'en début 1795 et, en 1796, la vente des biens scelle la destruction de l'église et la dispersion des biens. Le couvent est séparé en deux lots, au sud de l'église des grandes cours fermées par les bâtiments du pensionnat de jeunes filles (plus tard, on y trouvera l'institution Beauvoisine) et, au nord, les bâtiments du couvent autour du cloître où s'installeront les frères, l'école Bellefonds.
Prieures Françoise Bénédicte de Poilly (venant de la Trinité de Dol), 1641-1648 Laurence de Bellefonds, 1648-1683 Marie Eléonore de Bellefonds (petite-nièce de la précédente), 1684-1700 Françoise Madeleine de Saint-Pierre, 1700-1722 Jeanne-Thérèse Castel de Saint-Pierre, 1722-1745 Clémence-Renée de Varennes de Chambray, 1745-1791
Le Pensionnat de Bellefonds Bellefonds est occupé en 1823 par un théâtre. La société théâtrale disparaît en 1851 et elle est remplacée par un pensionnatUn arrêt du Parlement en 1779 ordonne aux maîtres d'envoyer leurs pensionnaires au collège à partir de la classe de cinquième. Après la Révolution, les lycées n'étaient pas autorisés à ouvrir des pensionnats, il s'est alors ouvert des pensions à proximité des lycées pour recevoir les élèves, vers 1830, il y en a une vingtaine à Rouen.. L’immeuble est loué par M. Carel, maître de pension, qui dirige ce pensionnat jusqu'en 1861. À cette date, les Frères occupent le prieuré Saint-Lô ; celui-ci est devenu insuffisant pour héberger la communauté (plus de 40 Frères) et les classes (école normale, cours supérieur…).
Le comité des écoles trouve dans un premier temps la maison Mainot, située 6 rue du Grand-Maulévrier à Rouen, pour remédier à l'insuffisance du prieuré et une partie des frères (ceux qui enseignent dans les écoles primaires de la ville) vient s'y installer en 1859. Deux ans plus tard, en 1861, le propriétaire de la maison décède et la ville saisit l'occasion pour acheter la maison en vue d'agrandir le lycée Corneille voisin.
M. Carel, directeur du pensionnat de Bellefonds, annonce son désir d’en abandonner la direction. Le comité des écoles, par son secrétaire Me Giffard, entreprend des pourparlers avec M. Carel ; le Conseil municipal approuve les démarches et ratifie les indemnités à M. Carel et aux Frères pour leur installation à Bellefonds. La communauté des frères de la rue du Grand-Maulévrier y est transférée le .
Abus sexuels
Au sein du collège Bellefonds, un frère a violé un enfant de 13 ans entre 1970 et 1972. En 2023, la victime, âgée de 69 ans, a été indemnisée à hauteur de par les Frères des écoles chrétiennes. En échange de cet argent, elle a du signer un protocole de confidentialité et de non-dénigrement..
Le cours supérieur Bellefonds Le contexte Après le Concordat, les Frères des écoles chrétiennes reprennent leurs tâches éducatrices, ils reviennent à Rouen en 1819 à la demande du Baron Élie Lefebvre, maire de Rouen, et en 1821, le Conseil général souhaite confier aux Frères la formation des futurs instituteurs. Le , le préfet permet l'installation des Frères dans l'ancien prieuré Saint-Lôdans ce qui a été la maison d'arrêt de Rouen., ils y trouvent le logement, et sont chargés d'y établir une école normale d'instituteurs (1829).
La loi Guizot en 1833, sur le développement de l'enseignement primaire, accroît l'influence des frères, parce qu'ils sont compétents et que les études sont à peu près gratuites. Avec le développement de l'école normale qui investit les locaux, ceux-ci vont devenir insuffisants pour le logement des Frères. Plus de quarante Frères, qui dirigent les écoles primaires de la ville, sont logés dans des locaux exigus sans air et sans lumière et le rapport de la Commission municipale « n'hésite pas à dire qu'il y aurait de l'inhumanité de les laisser plus longtemps dans cette déplorable situation ».
En 1846 est créé, dans les locaux de Saint-Lô, par le Frère Dauphin un « Cours Supérieur » pour recevoir l'élite des élèves à partir de l'âge de douze ans. Il correspond à un besoin exprimé par les artisans, les commerçants, les négociants, permettre aux enfants de recevoir un « enseignement professionnel » qui serve à la fois à la vie professionnelle, mais aussi quotidienne, dans la dernière classe, il y avait un apprentissage des actes civils et commerciaux.
La fondation Les Frères intègrent les locaux de la rue Beauvoisine en , le premier frère directeur, le frère Gilles, sera en 1865 à la tête d'une communauté de 30 frères, la plus importante de Rouen, et dont dépendent les écoles de Saint-Godard, Saint-Maclou, Saint-Ouen, Saint Patrice, Saint-Vivien et en 1879 les écoles de Saint-Vincent, Saint-Vivien-Saint-Nicaise, Notre-Dame et la Maîtrise.
Les curés de Saint-GodardL'ancienne école Saint-Godard allait revivre, elle était installée dans la tour des Gobelins (faisant partie du château de Philippe Auguste) quand les frères la prirent en charge en 1705. Le frère Salomon (Guillaume Nicolas Louis Le Clercq, né à Boulogne-sur-Mer), après son noviciat à Saint-Yon, a enseigné de 1767 à 1770 à Saint-Godard dans une classe sans ouverture à l'air libre. Il fut emporté par « le massacre des Carmes » le 2 septembre 1792, il était alors secrétaire du Supérieur Général le Frère Agathon. et de Saint-Romain font construire quatre classes dans l’enceinte de Bellefonds où sont accueillis les enfants des deux paroisses. Les classes du soir pour les adultes sont ouvertes par le frère Gilles. Le Cours supérieur à Beauvoisine recrute à partir de douze ans et pour quatre années (de plus avec la filière professionnelle commerciale), avec l'école normale primaire, et la formation des adultes couvrait largement les besoins en matière de formation industrielle et commerciale.
En 1865, le frère Gilles initie également le « Cercle des jeunes gens »dont devient le président en 1895. et en 1866, une association d’hommes qui consacre une nuit, chaque mois, à l’adoration devant le Saint-SacrementEn 1905, l'adoration nocturne se transportera dans l'église Saint-Gervais..
Les frères qui ont en charge par la ville les écoles publiques, et par les curés les écoles paroissiales, se dispersent quotidiennement pour retrouver le soir venu le cadre de Bellefonds. Dans la continuité de ses prédécesseurs, le frère Gilles va s'user à la tâche, et donner sa vie pour promouvoir le développement humain et spirituel de ses élèves, un essor à l'activité des écoles chrétiennes. Dans les années 1860 à Rouen, il y a sous la direction du frère Gilles, neuf écoles (), trois classes d'adultes, une école supérieure. Soixante frères sont employés tant aux écoles primaires qu'au cours supérieur et à l'école normale (Saint-Lô). Il est directeur des écoles chrétiennes de 1851 à 1868 et de Bellefonds à partir de 1862, là où se trouve la Communauté centrale de Beauvoisine.
Le frère Gilles décède le à l'âge de cinquante-quatre ans et est inhumé le 26Le Journal de Rouen du 27 octobre relate : Les obsèques de , en religion frère Gilles, ancien directeur de la communauté de Bellefonds, ont eu lieu hier à l'église Saint-Godard, à dix heures du matin. Un cortège, composé de près de , marchait à la suite du char funèbre. En outre du frère directeur et des frères de toutes les écoles de la ville, on remarquait dans ce cortège : l'inspecteur de L'Académie universitaire, plusieurs adjoints au maire de Rouen, des membres du conseil municipal, le secrétaire en chef de la mairie de Rouen, le chef de la division de l'instruction publique et du secrétariat, l'inspecteur, les professeurs et les élèves de l'école normale, des professeurs du lycée et des diverses écoles de la ville, des membres de l'Académie et des Sociétés Savantes ; enfin, des membres du clergé des différentes paroisses de la ville. Les jeunes garçons de l'Hospice-Général, qui sont instruits par les frères, marchaient en avant du char, dont les cordons ont été successivement tenus par l'inspecteur de l'Académie, les adjoints, les membres du conseil municipal et l'inspecteur de l'école normale. L'église Saint-Godard pouvait à peine contenir ce nombreux cortège. Après la cérémonie religieuse on s'est dirigé vers le cimetière Beauvoisine, où a eu lieu l'inhumation..
En 1868-1869, le Frère Séverin assure la transition. Le frère Prospérien lui succède. En 1870, il connaît l’occupation des locaux par une « ambulance » militaire ; les frères font office d’infirmiers. Les premières difficultés