thumb|right|upright=1.2|François Riss, Les skomorokhs au village, 1857 thumb|right|Loubok du représentant des skomorokhi russes. thumb|right|Skomorokhi biélorusses, selon une gravure allemande de 1555

Les skomorokhs, ou skomorokhiLe terme est le plus souvent mentionné au pluriel, car il s'agissait de troupes et non de jongleurs individuels. (en , pluriel скоморохи, skomorokhi) sont, dans les traditions slaves orientales, des artistes médiévaux itinérants, saltimbanques, jongleurs, trouvères, musiciens, chanteurs, danseurs, acteurs, acrobates, montreurs d'ours et de marionnettes, bouffons, etc. L'étymologie du terme le rapproche, soit du (de σκῶμμα, plaisanterie), soit de l' (équivalent de l' ; voir Scaramouche) ; d'autres origines ont été envisagées.

Histoire Les skomorokhi sont apparus dans la Rous' de Kiev au plus tard vers le milieu du (ils sont mentionnés à partir de 1068, mais existaient probablement avant)Lise-Gruel-Apert, Le monde mythologique russe.. On peut voir dans la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev des fresques datées du représentant des skomorokhi musiciens. Ils étaient pourtant très mal vus de l'Église orthodoxe car intimement liés au paganisme. Elle les présentait comme des « serviteurs du diable », considérait leurs spectacles comme « diaboliques », et le fait d'y assister, comme « un des plus grands péchés ». Par exemple, Théodose des Grottes, l'un des cofondateurs de la Laure des Grottes de Kiev (Petcherskaïa Lavra) au , traite les skomorokhi de « diables que les bons chrétiens doivent éviter » Feodosii Pecherskii, Sochinenia, I. I. (Izmail Ivanovich) Sreznevskii, ed., in Ucheniia zapiski vtorogo otdelenie Imperatorskoi Akademii Nauk, Vol. 2, no. 2, (St. Petersburg: Tipografii Imperatorskoi Akademii Nauk, 1856), 195. Voir Russell Zguta, "Skomorokhi: The Russian Minstrel-Entertainers", Slavic Review 31 No. 2 (juin 1972), 297–298; idem, Russian Minstrels: A History of the Skomorokhi (Philadelphia: University of Pennsylvania Press, 1978).. Leur art était en relation avec le peuple et s'adressait à lui ; le pouvoir (seigneurs, clergé) les considérait non seulement comme inutiles, mais comme dangereux et nuisibles idéologiquement, en raison de la satire sociale qu'ils véhiculaient.

Les skomorokhi ont été persécutés sous le joug mongol, tandis que l'Église prônait un mode de vie ascétique. Ils ont été particulièrement populaires du au Sovietskiï entsiklopeditcheskiï slovar (dir. A.M. Prokhorov), Moscou, 1989..

Leur répertoire comprenait des chansons moqueuses, des saynètes dramatiques et satiriques appelées glumy (глумы), dans lesquelles les exécutants portaient des masques et des costumes particuliers, au son de la domra (luth), du goudok (voir gudok), de la cornemuse ou du bouben (une sorte de tambourin). L'apparition du théâtre russe de marionnettesVoir Petrouchka (marionnette). a été directement lié avec les spectacles des skomorokhi.

Les skomorokhi se produisaient dans les rues et sur les places de villes, engageant les spectateurs à participer à leur spectacle. Leur personnage principal était souvent un paysan (moujik) effronté et comique par sa simplicité. Au , les skomorokhi se regroupaient parfois au sein d'une vataga (bande, troupe) pouvant atteindre 70 à 100 personnes.

En 1648 et 1657, le tsar Alexis I émit des ukases bannissant l'art des skomorokhi comme blasphématoire ; toutefois ils continuèrent à se produire occasionnellement lors de fêtes populaires. Au , leur art s'éteignit progressivement, transmettant certaines de ses traditions aux balagansScènes provisoires en bois érigées sur les places de foires. et aux raïoksSpectacles de lanterne magique, mais aussi sketches humoristiques en prose rimée.

Le terme est à l'origine de la notion de , genre qui englobe (sans limites précises) divers types de chansons et poèmes du folklore russe à caractère satirique, humoristique, parodique, portant sur le quotidien, et où la logique se mêle à l'absurde, la fiction à la réalité.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Goliard

Bibliographie Lise Gruel-Apert, Le monde mythologique russe, Imago, 2014

Liens externes

Skomorokhi, the Troubadours of Old Rus (Russia InfoCentre)

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