La libération de Nice a lieu le à la suite d'une insurrection armée décidée par la Résistance. Les insurgés ne sont qu'une centaine au début de la journée du , mais l'ampleur qu'a pris le soulèvement en fin de journée pousse l’occupant allemand à évacuer la ville. Les Alliés ne sont pas au courant de l'insurrection et n'aident donc pas les insurgés. Prévenus par la Résistance, quelques soldats américains arrivent de Saint-Laurent-du-Var le soir du . Une colonne blindée américaine arrive enfin le . Nice est définitivement libérée.
Le bilan avancé par les historiens varie. Joseph Girard estime à 27 tués et 280 blessés le bilan des victimes de la RésistanceJoseph Girard, La Résistance et la libération de Nice, la fin d'une légende, Éditions Serre, 2006, page 117.. Le bilan avancé par Jean-Louis Panicacci dans un article intitulé À propos de la Libération de Nice est de 31 résistants tués et de 280 blessésJean-Louis Panicacci, En territoire occupé - Italiens et Allemands à Nice 1942-1944, Éditions Vendémiaire, Paris, 2012, page 197. du côté des insurgés niçois. . Le bilan des pertes allemandes est couramment fixé à 25 hommes. Il s'agit des 25 corps relevés sur le terrainCependant ce chiffre ne compte pas le nombre inconnu de corps emportés par leurs camarades ou de militaires tués dans les camions. et 105 prisonniers. 4 fascistes italiens, membres du bataillon Nizza, des "chemises noires", sont également tués. , 3 tués le pour Jean-Louis PanicacciJean-Louis Panicacci, En territoire occupé - Italiens et Allemands à Nice 1942-1944, Éditions Vendémiaire, Paris, 2012, page 195. ce qui semble être un minimum. Des assassinats ou des règlements de compte se sont également produits dans la période d'instabilité provoquée par la Libération. Le bilan des victimes civiles du , tuées ou décédées de leurs blessures, est très peu abordé et largement sous-estimé. Dans un ouvrage publié en 2012, Jean-Louis Panicacci l'estime à 5 tués. .
Dans un discours prononcé le , place Masséna à Nice, le général de Gaulle évoque la libération de la ville en ces termes : « Nice, le , par l’héroïque sacrifice de ses enfants, s’est libérée de l’occupant. (...) Nice libérée, Nice fière, Nice glorieuse ! »
Déroulement de l'insurrection niçoise
Le contexte du déclenchement de l'insurrection à Nice
L'avancée des Américains depuis le débarquement de Provence
Les Allemands sont bousculés depuis le et le débarquement de Provence. Initialement, les alliés ont prévu de libérer le Var, de foncer vers le nord en laissant de côté la rive est du Var et les Alpes-Maritimes. Le , les FFI obtiennent la reddition de la garnison allemande (une trentaine d'hommes) de Puget-Théniers. Le nord du département est sous le contrôle des FFI et des maquis. Le capitaine FFI Lécuyer, chef régional R2 (alias Sapin), part de Puget-Théniers avec une traction avant en direction de Draguignan avec le major Gun (alias Bamboos), un officier écossais de liaison. Le matin du , à quelques kilomètres au sud de Callas, ils rencontrent les premiers soldats américains. Ils atteignent le nord de Fréjus et rencontrent le général Frederick, commandant la (unité aéroportée) dans la région. Ils exposent la situation : seule la zone côtière est encore sous contrôle allemand. Les alliés peuvent déborder l'occupant par le nord. Cependant le major Frederick refuse tout d'abord car sa mission consiste pour l'instant à mener les opérations de débarquement et d'établissement de la tête de pont vers le nord et l'est. Il entre en contact avec son supérieur, le général Patch qui se trouve au large sur un navire. Le général Patch autorise Frederick à élargir la zone d'action jusqu'au fleuve Var. Une colonne blindée est guidée par la traction avant jusqu'à Puget-Théniers puis au Chaudan où elle essuie des tirs depuis Levens, qui était à ce moment occupé par la résistance. Les Américains passent la nuit à Beuil puis retournent rendre compte au général Frederick. Le même jour, deux colonnes américaines se lancent en direction du Var.
La première atteint Grasse le puis Vence et Gattières. Elle remonte la rive droite du Var et pousse jusqu'à Gilette où elle arrive dans la nuit du 25 au . Là, le régiment de parachutistes américains entre en contact avec les maquisards qui se battent pour prendre le verrou stratégique de Levens. Le , les Américains utilisent leur artillerie, matériel qui fait défaut aux résistants. Le au soir, les Américains franchissent le Var et, guidés par les FFI, reprennent Levens et La Roquette. Les Allemands de la zone côtière sont donc menacés sur leurs arrières. De Levens, les Américains peuvent en quelques heures accéder au Paillon (La Trinité, Saint-André-de-la-Roche, quartier de l'Ariane à Nice) et couper la retraite vers l'Italie ou encore atteindre Nice par les collines de Bellet et Gairaut par Aspremont et Colomars. Depuis La-Roquette-sur-Var, les Américains se rapprochent également de Saint-Isidore à Nice.
La seconde colonne emprunte la route littorale, soutenue par l'aviation et la marine. Elle arrive le à La Napoule qu'elle ne libère que le en raison de la résistance des Allemands solidement installés sur le massif du Tanneron. Des négociations ont lieu le entre la Résistance et la Wehrmacht à CannesVoir à ce sujet la page Commandant Jean-Marie pour connaître plus de détails. pour limiter les destructions. . Ils partent le à 2 heures du matin. Beaucoup d'enrôlés de force (Polonais, Tchèques, Roumains) et de soldats allemands se rendent. Prévenus par les FFI, les Américains arrivent à 15 heures 15 à Cannes. Ils poursuivent jusqu'à Antibes libérée à 19 heures. Les Allemands continuent de décrocher non sans mener des combats retardateurs et abandonnent Cagnes-sur-Mer. Le , vers 18 heures, les premiers chars américains arrivent à Saint-Laurent-du-Var. Deux FFI, Gabriel Abonnel et Jean Clément Ledieu, sont tués par un nid de mitrailleuse allemande au centre-ville dans les derniers accrochagesJoseph Girard, La Résistance et la libération de Nice, la fin d'une légende, Éditions Serre, 2006, page 104.Jean-Louis Panicacci, Les lieux de mémoire - De la Seconde Guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, Éditions Serre, Nice, 1997, page 16..
Le climat insurrectionnel à Nice
À Nice, touchée par une forte vague de chaleur, un climat insurrectionnel s'est installé.
De nombreux Niçois veulent en effet se débarrasser de la présence allemande et venger leurs morts. La population est d’ailleurs encore sous le choc des récentes exactions allemandes. thumb|Photographie des corps des fusillés de Saint-Julien-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence). Les corps des fusillés (9 tués sur le coup et deux décédés de leurs blessures) sont regroupés au cimetière de Saint-Julien-du-Verdon, adossés le long du mur et pris en photographie par la gendarmerie de Castellane, Alpes-de-Haute-Provence, afin de pouvoir les identifier. Ces deux photos (une rangée de 5 corps et une autre de 6 corps) ont été publiées avec les identités en légende dans le journal L'Ergot 8, édition du 8 octobre 1944. Le fusillé en partant de la gauche sur la seconde photographie est indiqué comme non identifié. Il s'agit d'Albin Bandini, identifié officiellement en 1994. Le , treize résistants ont été sélectionnés dans le quartier allemand de la maison d'arrêt de Nice pour être exécutés dans des représailles. Parmi ces résistants figurent quatre jeunes Niçois, membres d'un groupe de résistants du Lycée Masséna arrêtés avec Jacques Adam le en revenant du maquis du Férion près de Levens. Les résistants Pierre Appolin et Joseph Graffino sont exécutés sur la route le à Bar-sur-Loup en représailles de l'attentat qui a coûté la vie au consul fasciste républicain d'Antibes le . Les onze autres (dont les quatre lycéens et Jacques Adam) sont exécutés à Saint-Julien-du-Verdon le en représailles des actions des maquisards FTPF.
thumb|left|Photographies de la pendaison de Séraphin Torrin et Ange Grassi le 7 juillet 1944 à Nice (Alpes-Maritimes). Deux stèles commémoratives rappellent aujourd'hui cette double pendaison. Séraphin Torrin et Ange Grassi, deux résistants communistes, sont arrêtés le comme otages à Gattières, sur dénonciation, avec cinq autres personnes en représailles des actions du maquis. Le , ils sont pendus en plein jour aux réverbères des arcades de l'avenue de la Victoire devant des centaines de personnes rassemblées de force par l'occupant. Leurs corps restent exposés pendant trois heures.
Le , deux cheminots allemands de la Reichsbahn sont exécutés boulevard Tzarévitch par un groupe de résistants composé de juifs et de non-juifs. Maurice Behar, membre de ce groupe, a comme petite-amie Suzy Ben Hamin qu'il fait rentrer dans leur groupe en . Le , il veut se séparer d'elle. Par vengeance, elle dénonce le groupe de résistants à Félix Valetti, Niçois collaborant avec la Gestapo, après l'attentat contre les cheminots allemands. Félix Valetti donne le groupe à la Gestapo et ils sont arrêtés le soir même par des agents français et allemands alors qu'ils sont réunis. Ils sont transférés aux Nouvelles-Prisons de Nice et interrogés. Le , Nagel Engelfried de la Gestapo niçoise emmène cinq détenus dans deux voitures. Parmi eux se trouvent trois membres du groupe : Maurice Lukowski, Maurice Alouf et Maurice Behar. Ils sont fusillés mais les corps n'ont jamais été retrouvésL'Ergot 34 du 30 mai 1945.. Une plaque commémorative rappelle la mémoire de Maurice Lukowski au cimetière juif du château à Nicememorialgenweb.org - plaque commémorative de Maurice LUKOWSKI. La Gestapo de Nice a également exécuté vingt-et-un résistants du quartier allemand de la maison d'arrêt de Nice le 15 août à l'Ariane en représailles du débarquement de Provence. Le même jour, trois officiers de la gestapo cannoise exécutent dix résistants (huit meurent, deux survivent à leurs blessures) dans les caves de son siège de la villa Montfleury avant de l'évacuer. Enfin, de nombreux autres résistants du département sont arrêtés, fusillés ou déportés depuis l'intensification de la guérilla provoquée par les débarquements du et du .
La ville connaît une situation de grave pénurie alimentaire. Les Azuréens ne consomment plus que de pain par jour depuis le puis après le Revue « Document, témoignages, recherches » 26 publiée par le Musée de la Résistance azuréenne : « La libération de Nice vue par les autorités allemandes », page 7.. Les Allemands tentent d'organiser un ravitaillement depuis la Ligurie mais ils peinent à trouver des camions en ItalieRevue « Document, témoignages, recherches » 26 publiée par le Musée de la Résistance azuréenne : « La libération de Nice vue par les autorités allemandes », pages 5 à 8..
L'ambiance devient électrique. Avec le déclenchement du débarquement, les Allemands proclament l'état de siège et la loi martialeRevue « Document, témoignages, recherches » 26 publiée par le Musée de la Résistance azuréenne : « La libération de Nice vue par les autorités allemandes », page 4.. Le , cinq soldats allemands sont visés par des tirs place Masséna. Aucun n'est touché. Cela avait déjà été le cas le Jean-Louis Panicacci, En territoire occupé - Italiens et Allemands à Nice 1942-1944, Éditions Vendémiaire, Paris, 2012, page 146.. Le couvre-feu est établi toute la journée du Revue « Document, témoignages, recherches » 26 publiée par le Musée de la Résistance azuréenne : « La libération de Nice vue par les autorités allemandes », page 5. puis de 14 à 17 heures le .
Le , vers 22h15, le préfet Ravard vient demander à la Feldkommandantur de déclarer Nice ville ouverte. Le général Fretter-Pico répond au message d'information : Pour des raisons militaires, la ville de Nice ne sera jamais déclarée ville ouverte. Nouvelle demande le et nouveau refus.