L'affaire Pétrole contre nourriture est née à la suite des opérations du programme Pétrole contre nourriture, visant à satisfaire les besoins humanitaires du peuple irakien après la guerre du Koweït. Des pots-de-vin sont versés par le dirigeant irakien Saddam Hussein à des notables et des entreprises de différentes nationalités, dans le but de profiter d'une manne estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars américains.

Description En 1996, l'Irak, sous embargo international par l'ONU depuis 1991, voit son régime d'embargo sur le pétrole irakien assoupli, à travers la mise en place du programme Pétrole contre nourriture, qui prendra fin en 2003. Les échanges sont imposés et contrôlés par le Comité des sanctions de l'ONU. Tout contrat d'achat de produits de première nécessité conclu entre une entreprise et l'État irakien doit être validé par le ministère des Affaires étrangères du pays d'origine de la marchandise ainsi que par l'ONU avant toute transaction. Un comité représentatif veille à valider ou bloquer le contrat conclu pour permettre de contrôler le type de marchandises importées.

Néanmoins, plusieurs enquêtes finissent par mettre en cause la régularité des opérations du programme. Ainsi, pendant la durée du programme, l'État irakien et de nombreuses entreprises mondiales se seraient partagé une somme d'environ de dollars grâce à un système ingénieux. En effet, Saddam Hussein et son entourage sont suspectés d'avoir distribué de manière dissimulée à des personnalités étrangères susceptibles d'appuyer leurs causes, des allocations de barils de pétrole sous forme de bons d’achat, permettant l'éventuel enrichissement de ces derniers. Sadam Hussein est aussi suspecté d'avoir imposé des surcharges de 10 % par rapport aux tarifs décidés par l'ONU sur les contrats d’achat destinés aux entreprises souhaitant bénéficier du programme. Cette surfacturation aurait ensuite été reversée au régime irakien via des sociétés écrans ou intermédiaires. Au total, ces deux contournements du programme auraient rapporté environ un milliard de dollars américains au régime irakien.

Plus de entreprises originaires de 66 pays sont identifiées par la commission d'enquête de l'ONU (IIC) conduite par l'ancien président de la Réserve fédérale des États-Unis, Paul Volcker.

Un double système de commissions

Le système visait à ce que l'Irak applique une décote d'environ par baril à la vente, avec un prix déjà en dessous du cours. L'entreprise qui achète le pétrole voyait ainsi son bénéfice augmenter de par baril et rétrocédait à l'Irak. L'argent était apporté par valises entières dans les ambassades d'Irak.

Sur le volet de l'entrée de nourriture, ce système visait à surfacturer les produits entrants : les entreprises voyant leurs bénéfices augmenter et devaient rétrocéder 50 % à l'État irakien toujours via les ambassades.

Contrebande pétrolière En parallèle, l'Irak se livre à une contrebande pétrolière par la technique du surlifting, une surcharge secrète des supertankers, avec la complicité de plusieurs sociétés de courtage pétrolier (marché pétrolier). Cette contrebande ne bénéficie pas au peuple irakien car les revenus générés sont destinés à un réseau de sociétés écrans offshore immatriculées dans des pays ou zones à fiscalité privilégiée.

Pétrole contre lobbying Le régime irakien délivre des bons de pétrole à des personnalités étrangères en contrepartie d'activités de lobbying pour la levée de l'embargo décidé par le Conseil de sécurité des Nations unies après la guerre du Golfe de 1991.

Extrait du rapport Volcker : La Russie et la France sont particulièrement sollicitées.

Historique En , un journal de Bagdad, Al Mada, publie une liste de 270 personnes dont 21 Français. Des officiels des Nations unies sont mis en cause, ainsi que des banques et des sociétés de nombreux pays, dont la Russie, l'Arabie saoudite et la France. Le General Accounting Office (GAO), une agence officielle américaine, estime dans un rapport que le gouvernement de Saddam Hussein a détourné environ de dollars.

Parmi les noms cités en France, on trouve un corrézien proche de Jacques Chirac, Patrick Maugein, mais aussi Charles Pasqua et le fils d'un député de l'UMP. Le gouvernement irakien aurait été généreux envers ces personnalités afin d'obtenir un soutien de la France sur la scène internationale.

Ce rapport, publié en , contient 623 pages. Il détaille le détournement du programme par Saddam Hussein, avec la complicité de ressortissants de pays étrangers, notamment français. Deux anciens diplomates français de haut rang, Serge Boidevaix et un ancien représentant de la France à l'ONU, ont profité financièrement de ce programme....

Un rapport publié le par , chef des inspecteurs américains en Irak, affirme que les services de Saddam Hussein ont corrompu ou tenté de corrompre des personnalités de nombreux pays, en particulier la France et la Russie.

De 1997 à 2000, la France est en tête des exportateurs vers l'Irak. De 2000 à 2003, la France est tombée à la neuvième place malgré une même quantité d'échanges, car l'Irak a cherché à diversifier ses partenariats. Sur près de 440 entreprises françaises ayant exporté vers l'Irak dans le cadre du programme, 180 sont accusées d'avoir versé des pots-de-vin.

En Belgique, une trentaine d'entreprises sont impliquées dans la fraude. Leurs responsables rejettent la faute sur des intermédiaires au Moyen-Orient, ce qui rend les vérifications impossibles : l'Irak et la Jordanie ne participant pas à l'enquête. En , le dossier judiciaire belge est menacé de prescriptionJournal De Tijd : Onderzoek olie-voor-voedsel in het slop, 29 mai 2008..

Volet français

Volet suisse

Plus de vingt entreprises ou particuliers font l'objet d'une enquête en Suisse pour soupçons de versements illégaux à l'Irak sous le régime de Saddam Hussein. Le ministère public de la Confédération (MPC) a abandonné des poursuites en raison de la prescription.

Le MPC mène l'enquête dans dix-sept différents cas, pour soupçons de violation de l'embargo contre l'Irak, blanchiment d'argent et corruption de fonctionnaires étrangers. Une autre procédure a été transmise à l'Office fédéral des juges d'instruction pour l'instruction préliminaire et un cas a été confié à une autorité cantonale. Dans trois autres dossiers, le secrétariat d'État à l'économie examine l'opportunité d'ouvrir des procédures pénales.

Publié le , le rapport Volcker cite plus de quarante noms de sociétés domiciliées en Suisse et impliquées dans cette affaire. Parmi elles figurent de grandes sociétés internationales comme ABB, Novartis, Roche, ainsi que des sociétés de négoce en matières premières comme Glencore, Vitol et Marc Rich Group. La société de courtage en matières premières Trafigura, basée à Lucerne, doit payer de dollars aux États-Unis.

Le responsable d'une société genevoise doit payer une amende de suisses pour avoir effectué une transaction illicite de à destination de l'Irak afin de passer un contrat pour l'achat de pétrole.

Notes et références

Annexes Articles connexes Économie de l'Irak

Liens externes Independent Inquiry Committee - Site officiel de la « commission Volcker », appointée par l'ONU Pain, Pétrole et corruption - Un documentaire de 90 minutes (2008), Arte Report on the Manipulation of the Oil-for-Food Programme, Rapports et documents de la commission d'enquête

en:Oil-for-Food Programme#Abuse