François Burck né à Thio (Nouvelle-Calédonie, France) le et mort à Moindou (Nouvelle-Calédonie, France) le est une figure politique de l'indépendantisme en Nouvelle-CalédonieIsabelle Braouet avec Angéla Palmiéri, « Disparition de François Burck: 40 ans d'engagement politique », Nouvelle-Calédonie , .
Biographie
Des origines métissées
François, André, Marie Burck est le fils aîné d'André Burck (1912-1991), contremaître de mine de la Société Le Nickel (SLN) à Thio puis membre du bureau des salaires de la société et installé sur une propriété à Robinson au Mont-Dore, et d'Antoinette Sorge (née en 1917). André Burck a par ailleurs été un militant de l'Union calédonienne (UC), un parti à l'origine autonomiste ayant, avec la devise « Deux couleurs, un seul peuple », dominé la vie politique néo-calédonienne de 1953 à 1972 et fortement lié aux organisations religieuses et coutumières kanaks ainsi qu'aux syndicats et aux classes moyennes ou modestes européennes : sous ces couleurs, il a ainsi été adjoint au maire du Mont-Dore Boniface Brukoa de 1967 à 1977 ainsi que candidat en position non éligible sur une liste du parti pour la composition du conseil de gouvernement (l'exécutif local) en 1967. Par son père, il est le petit-fils de Robert Burck (peut-être 1878-1940), qui était gérant d'une station d'élevage dite « Ouaco » près de la mission de Saint-Pierre à Thio puis boulanger-boucher dans ce village à partir de 1930, né de parents inconnus mais ayant peut-être des origines irlandaises, et de Suzanne Guillaume (1893-1955), elle-même petite-fille d'un déporté de la Commune de Paris natif du Loir-et-Cher et de migrants bretons venus du Finistère (famille Colleoc) pour s'installer à Gomen dans les années 1870. Par sa mère, il est le petit-fils de François Sorge, un mineur puis contremaître à la fonderie SLN de Thio issu de l'union d'un transporté au bagne bordelais et d'une Mélanésienne de Ponérihouen, et de Clémence Oundo-Goin (1890-1956), une Mélanésienne de ThioArbre généalogique de François Burck, myheritage.fr. François Burck grandit ainsi à Thio, village de la côte est de la Grande Terre pris entre la mine et la mission, dans un environnement multiculturel, à la fois européen et kanak, avec une forte imprégnation catholique.
Prêtrise
François Burck est élève au petit séminaire de Canala puis au séminaire de Païta. Après son service militaire, il étudie la théologie à l'Université catholique de Lyon. De retour en Nouvelle-Calédonie, il est ordonné prêtre dans l'ordre des Pères maristes en 1965, et est père supérieur du Grand séminaire de Nouméa jusqu'en 1972. Il se lie alors d'amitiés avec de jeunes cadres de l'enseignement catholique originaires de France métropolitaine et aux idées de gauche, Pierre Declercq et Jean-Pierre DéteixHommage à Jean-Pierre Deteix par Maguite Declerc, site de la radio indépendantiste Radio Djiido, consulté le . Il se rapproche également d'un autre prêtre kanak, Jean-Marie Tjibaou. Cette génération entretient des relations difficiles avec la hiérarchie catholique, jugée par eux trop conservatrice et déconnectée des problématiques sociales qui leur semblent pourtant être la priorité de leur engagement.
En 1972, il est envoyé comme prêtre dans sa région natale de Thio et Canala. Il fait alors la rencontre d'un autre ancien séminariste devenu instituteur à Canala, Éloi Machoro, qui devient son plus proche compagnon politique, ainsi que du maire de cette commune, Émile Nechero, un cadre de l'UC. En 1975, François Burck obtient à sa demande sa réduction à l'état laïc, comme Jean-Marie Tjibaou cinq ans auparavant, afin de s'engager pleinement dans le militantisme politiqueEric Waddell, Jean-Marie Tjibaou, Kanak Witness to the World: An Intellectual Biography, Honolulu, University of Hawaii Press, 2009, p. 212, n. 7Hamid Mokkadem, « Mon cheminement politique avec Éloi Machoro (1972-1985) de François Burck », compte rendu de lecture, Le Journal de la Société des Océanistes, (2013), p. 254-257.
Un nouveau cadre de la jeune génération de l'UC
Aux côtés d'Éloi Machoro, il est dans un premier temps engagé par le maire de Canala Émile Nechero pour animer ensemble un groupe de jeunes. Dans le même temps, il s'installe d'abord à Nouméa puis au « Petit Moindou » sur la côte Ouest, qui va rester son lieu de résidence jusqu'à la fin de sa vie. Mais surtout, il fait partie du groupe de cinq jeunes militants qui prend en main l'Union calédonienne et la font basculer vers l'indépendantisme socialiste lors de son congrès de Bourail en 1977, avec Jean-Marie Tjibaou, le maréen Yeiwéné Yeiwéné, Pierre Declercq et Éloi Machoro. Ils composent ainsi le nouveau bureau politique du parti, aux côtés du député Rock Pidjot, qui a soutenu leur ascension et qui reste président.
Aux élections territoriales du , il mène la liste de l'UC dans la circonscription Ouest qui arrive en tête avec trois sièges sur les sept qui étaient à pourvoir dans cette circonscription. Le parti constitue alors la première formation indépendantiste et la deuxième de l'Assemblée territoriale, derrière les anti-indépendantistes du Rassemblement pour la Calédonie (RPC) de Jacques Lafleur et Roger Laroque. Puis, aux élections législatives du , François Burck est le candidat de l'UC dans la nouvelle circonscription comprenant l'ensemble de la côte Ouest, où il arrive en deuxième position avec 18,17 %, loin derrière Jacques Lafleur qui est élu dès le premier tour avec 55,23 % des suffragesL'Année politique, économique, sociale et diplomatique en France, 1978, p. 560.
Il est réélu conseiller territorial lors des élections anticipées provoquées le , mais cette fois-ci sur la liste du Front indépendantiste (FI, coalition tout juste formée par Jean-Marie Tjibaou en réunissant les principaux partis souverainistes et nationalistes kanaks) menée par Jean-Marie Tjibaou dans la circonscription Est, qui gagne 62,74 % des suffrages exprimés et 5 des à pourvoir (dont trois pour l'UC avec Tjibaou, Burck et Machoro). Le groupe du Front indépendantiste réunit sur les 36 de l'Assemblée territoriale, soit seulement un siège de moins que le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR, nouveau nom du RPC) du député Jacques Lafleur. Une nouvelle formation centriste, non-indépendantiste mais autonomiste joue le rôle de charnière, la Fédération pour une nouvelle société calédonienne (FNSC) du maire de Bourail (et ancien de l'UC) Jean-Pierre Aïfa et du sénateur Lionel Cherrier (ancien du RPC), avec 7 élus. D'abord alliés au RPCR, ce dernier parti provoque un renversement d'alliance en 1982 en permettant la formation d'un conseil de gouvernement indépendantiste dirigé par Jean-Marie Tjibaou.
Entretemps, François Burck affronte de nouveau Jacques Lafleur dans la circonscription aux élections législatives du . Espérant bénéficier de l'état de grâce national du nouveau président de la République François Mitterrand, que le FI a soutenu localement, tout en souhaitant faire le plein des voix indépendantistes (malgré la candidature rivale de Max Chivot pour le Parti socialiste), il réalise toutefois un moins bon score qu'en 1978. Avec mille voix et trois points de moins (14,96 %), il se place même troisième, derrière Jacques Lafleur qui est réélu dès le premier tour avec 54,34 % des voix, mais en se faisant également doubler par le candidat de la FNSC ayant l'investiture nationale de l'Union pour la démocratie française (UDF) Stanley Camerlinck (18,51 %)A. LAURENS, Les élections législatives de juin 1981, 1981, p. 116..
Lieutenant de Machoro puis de Tjibaou durant les Événements
En 1984, François Burck joue un rôle de relai entre Éloi Machoro, qui défend de plus en plus l'adoption d'une stratégie de lutte active sur le terrain et de boycott des institutions dites « coloniales » pour obtenir l'indépendance, et les autres dirigeants de l'UC. Il est notamment destinataire d'une lettre de son ami datée du , la veille d'élections territoriales dont le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), créé en septembre de la même année pour remplacer le FI, a décidé le boycott actif, appelant à continuer le combat au-delà de ce seul scrutin afin d'attirer l'attention de l'opinion nationale et internationaleHamid Mokaddem, « Éloi Machoro (1946-1985). Recherche d’anthropologie politique sur une trajectoire », Journal de la Société des océanistes, (2013), p. 181-194. Ce boycott marque alors le début de la période dite des « Événements », qui voit s'affronter violemment partisans et opposants à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie entre 1984 et 1988. Après le décès d'Éloi Machoro, tué par le Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) le alors qu'il occupait une ferme d'Européens près de La Foa, François Burck se rapproche davantage de Jean-Marie Tjibaou.
Après l'adoption d'un nouveau statut, dit Fabius-Pisani, le FLNKS décide de revenir dans le jeu institutionnel et participe aux élections régionales du . François Burck est candidat en sixième position sur la liste menée par Léopold Jorédié, autre Kanak de Canala qui a pris la place d'Éloi Machoro comme secrétaire général de l'UC et numéro trois du FLNKS (après Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné), dans la nouvelle Région Centre Rapport fait au nom de la Commission des Lois constitutionnelles, de Législation, du Suffrage universel, du Règlement et d'Administration générale (1), à la suite d'une mission effectuée du 25 septembre au 6 octobre 1985 dans le territoire de la Nouvelle-Calédonie et dépendances en vue d'assurer l'information du Sénat sur le déroulement des élections régionales du 29 septembre 1985, par MM. Jacques Larché, président de la délégation de la commission, Germain Authie, Jean Arthuis, Marc Becam et Jean-Pierre Tizon, p. 69. Le scrutin y est particulièrement serré, mais ce sont les indépendantistes qui remportent ce conseil régional avec et 45,47 % pour gagnés sur 9, soit seulement , et de plus que la liste du RPCR emmenée par le sénateur kanak Dick Ukeiwé. François Burck n'est toutefois pas élu. Ensuite, le FLNKS boycotte à nouveau les élections législatives de 1986, le référendum d'autodétermination du et les élections régionales de 1988, tandis que la tension et les affrontements culminent avec la prise d'otages d'Ouvéa et son issue sanglante du au . Après cette tragédie, les deux camps entament des négociations à Paris sous la médiation du gouvernement français désormais dirigé par Michel Rocard, aboutissant à la signature des accords de Matignon-Oudinot des et qui prévoit un retour à la paix civile, une amnistie générale, ainsi que l'organisation d'un nouveau statut d'autonomie transitoire en attendant un référendum d'autodétermination basé sur un corps électoral restreint prévu en 1998. Mais un nouvel événement tragique va propulser François Burck sur le devant de la scène politique néo-calédonienne.
Le successeur de Tjibaou à la tête de l'UC