Jules Théodore Louis Jouy est un goguettier, poète français et chansonnier montmartrois, né à Bercy le et mort à Paris le .

Biographie Origines et débuts Né quartier de Bercy, Jules Jouy est le fils de Jules Théodore Jouy et d'Anna Udoxie MechActe reconstitué du 30 septembre 1843 ( ancien), mariages de 1843, pages 620/991, Archives Départementales de Paris.

Issu d'un milieu très modeste, Jules Jouy travaille comme garçon boucher après l'école primaire, tout en continuant à lire autant qu'il le peut, fréquentant les goguettes de son quartier et commençant à composer des chansons. Marqué par la Commune de Paris, il part pour l'armée à 20 ans dans le service auxiliaire en raison d'une malformation au bras droit.

À 21 ans, en , il commence à publier dans Le TintamarreSon premier article, « Mauvaise foi », attaquant un ennemi de Victor Hugo, est publié dans Le Tintamarre du 23 avril 1876, — sur Retronews., journal fondé par Léon Bienvenu, plus connu sous le sobriquet de Touchatout, des chansons et articles où percent déjà ses thèmes de prédilection : l'anticléricalisme, la république, l'injustice, les ouvriers, le macabre, avec une véritable fascination pour la guillotine. La même année, il commence à écrire dans Le Sifflet.

Il fréquente la célèbre Goguette de la Lice chansonnière, puis organise une autre goguette, Le Rire gaulois, au Café Michel, rue des Vieilles-Haudriettes, à partir du , où se croisent Georges Baillet, Charles Robinot-Bertrand et des lycéensLa Chanson, août 1878, - sur Retronews.. En , il commence à collaborer au journal Le Sans-culotte. Ce périodique, fondé par le dessinateur Alfred Le Petit, un républicain virulent qui milite pour l'amnistie des communards et combat le cléricalisme, ne dura que deux années..

Parallèlement à son activité de rédacteur dans Le Tintamarre et Le Sans-culotte, Jules Jouy écrit des chansons pour le café-concert, composant des poèmes qu'il publie d'ailleurs dans ces journaux. Jules Jouy qui, après la boucherie, a exercé entre-temps plusieurs petits métiers, est à l'époque peintre en porcelaine. Il développe alors une intense activité d'écrivain de chansons et finit par choisir d'en faire son métier. En dépit du succès de ses œuvres, il connaît des conditions de vie extrêmement précaires.

Ses articles au Tintamarre commence à en agacer certains. Le , un duel à l'épée a lieu entre lui et Georges Duval, journaliste à L'Évènement, accusé d'avoir plagié Balzac, et se tient sur la frontière belge ; blessé à la main, Jouy demanda à ses témoins, dont le journaliste Gustave Batiau, l'arrêt au bout du quatrième assautLe Siècle, 6 octobre 1878, — sur Retronews..

Carrière vignette|Caricature de Jules Jouy. Fin 1878, Jules Jouy fréquente le Cercle des Hydropathes animé par Émile Goudeau au Quartier latinLa description d'une soirée, où se croisent Alphonse Allais, Émile Cohl et Jouy, est rapportée par Félicien Champsaur dans Le Figaro du 8 octobre 1879 — sur Retronews.. Devenu rédacteur en chef du journal L'Hydropathe, Jules Jouy publie un règlement interne loufoque de ladite société :

Article : L'assemblée des Hydropathes se compose de la sonnette du Président. Article 2 : La susdite sonnette est chargée de faire observer le présent article.

Après la disparition du groupe des Hydropathes en , il continue son activité de rédacteur dans différents journaux et écrit toujours des chansons et des revues. Il rencontre Aristide Bruant et écrit avec lui plusieurs chansons à succès, et une revue à spectacle, La Soupe et le bœuf présentée à La Scala durant l'hiver 1880 La Chanson, 22 août 1880, — sur Retronews.. Le suivant, nouveau duel à l'épée sur la frontière suisse, cette fois l'opposant à Émile Cohl, son ancien camarade des Hydropathes, combat qui se termina par de légères blessuresDuel rapporté par l'ensemble de la presse française dont la Gazette nationale, 14 décembre 1880, - sur Retronews..

En , il rejoint le groupe des HirsutesExtrait de Léo Trézenik, , Les Hirsutes, 1883. fondé par le pianiste et organiste Maurice Petit.

À partir de cette époque, il quitte le Quartier latin et la rédaction du Tintamarre, s'installe du côté de Montmartre, et va fonder de nombreux journaux. Avec « l'illustre Sapeck », chef de file des Fumistes, il fonde en L'Anti-conciergeMichael Pakenham, « L'illustre Sapeck », in: Romantisme, 1992, 75, — sur Persée.J. Pick, « Anti-Concierge (L') », sur Les Revues [site en archives]., éphémère organe officiel de défense des locataires. Il en paraît seulement sept numéros. Le même mois, Jules Jouy commence une activité de chansonnier au cabaret du Chat Noir que vient de fonder Rodolphe Salis et devient un proche de Coquelin cadet.

En , il fonde Le Journal des merdeuxExtrait d'Émile Goudeau, Dix ans de bohème, dont les textes et dessins sont consacrés aux excrémentsLe journal des merdeux sur Gallica.. Ce journal, dont il écrit les textes et dont les dessins sont de Eschbach, est aussitôt interdit au motif de son « caractère pornographique » et d'outrage aux bonnes mœurs.

Le , il est parmi les très proches de la famille du peintre Édouard Manet, durant son enterrementLe Siècle, 4 mai 1883, — sur Retronews..

En , Jules Jouy fonde le banquet-goguette La Soupe et le Bœuf qui se réunit au Cabaret des assassinsLa Lanterne, 3 septembre 1883, - sur Retronews..

Fin 1883, le succès vient pour lui avec la chanson Derrière l'omnibusDerrière l'omnibus : chanson polka créée par Paulus à l'Alcazar d'été - illustration Émile Butscha (1847-1887), sur archives HAL., musique de Louis Raynal, chantée par Paulus, grande vedette de l'époque à l'Éden-Concert. Peu après, il fait la connaissance de Jules Vallès au cabaret du Chat noir et ébauche une collaboration avec son journal Le Cri du peuple.

Au début de 1884, il collabore au journal La Lanterne des curés qui est condamné pour « outrage et obscénité ». Il publie, du au premier , l'hebdomadaire Le Journal des assassinsLe Journal des assassins, sur Gallica.Le Journal des assassins par Bruno Fuligni, sur Télérama, 6 décembre 2017.. Le suivant, nouveau duel à l'épée, cette fois l'opposant à Georges Meusy, journaliste à L'Intransigeant ; le témoin de Jouy est Rodolphe SalisRapporté entre autres par Le Soir, 2 septembre 1884, ..

En , Jules Jouy préside une goguette, La Goguette moderne. Durant l'année 1886, il collabore avec Ernest Gerny ; le duo connait un grand succès à L'EldoradoGil Blas, 14 juin 1886, .. En août de la même année, il reprend sa collaboration avec le journal Le Cri du peuple, y publiant quotidiennement « la Chanson du jour », un poème de sa composition, et s'éloigne un temps du Chat noir.

En 1887, il écrit La Veuve« La veuve » était un des nombreux sobriquets donnés à la guillotine., poème sur la guillotine et la peine de mort. Il est dit avec un grand succès dans les cabarets montmartrois par lui-même, Paul Félix Taillade et Mévisto. Fin janvier de cette même année, il prenait parti pour Clément Duval, anarchiste condamné à mort (et qui fut gracié) dans Le Cri du peuple. Le , il est présent durant l'incendie de l'Opéra-Comique ; témoignant du drame, on apprend qu'il réside au 158 rue du Faubourg-Saint-DenisLe Petit Caporal, 29 mai 1887, ..

Début 1888, il publie son premier recueil, intitulé Chansons de l'année.. Fin , il cesse sa collaboration au journal Le Cri du peuple et commence à écrire pour le journal Le Parti ouvrier, dès le premier numéro du , avec une reprise de sa chronique « la Chanson du jour »« Les ouvriers de France », in: Le Parti ouvrier, 8 avril 1888, - sur Retronews..

Fin , il quitte Le Parti ouvrier et rejoint le journal Le Paris. La même année, il publie son deuxième recueil, Chansons de batailleChansons de bataille, lire sur Gallica.. Son troisième paraît en 1890 La Chanson des joujouxLa Chanson des joujoux, lire sur Gallica., qui comprend vingt chansons pour enfants.

En 1892, paraît son quatrième recueil, La Muse à bébé (Flammarion). Faussement adressé aux enfants, il est en fait destiné aux adultes. Son activité de goguettier se poursuit au Chat noir : il préside le la première réunion de la Goguette du Chat Noir et participe à ses activités.

vignette|droite|redresse=0.9|Au Concert, par Toulouse-Lautrec (1896) : Émilienne d'Alençon et aux Décadents.|alt=Dessin en couleurs stylisé d’une femme et homme en tenue de soirée dans une loge de théâtre. En , il prend la direction du Cabaret des Décadents situé au 16 bis rue Fontaine, qui a succédé au Café des incohérents. Jouy s'y produit, qualifié de Paris, 7 octobre 1894, - sur Retronews.. Ce cabaret, qui inspira à Toulouse-Lautrec des représentationsAu Concert (1896), figurant Émilienne d'Alençon et , cousin du peintre — Notice détaillée, catalogue du Rijksmuseum., est régulièrement fermé par ordre de la Préfecture de police. En , il est repris par Marguerite Duclerc sous le nom de Concert Duclerc.

Dès le « Zola chez le Pape », in: Le Rire n° 1, 10 novembre 1894, ., Jouy rejoint le nouveau magazine illustré de Félix Juven, Le RireD'après la nécrologie de Jules Jouy signée Arsène Alexandre, in: Le Rire, 27 mars 1897, — sur Gallica..

À la suite d'une brouille d'une partie de la troupe du Chat Noir avec Rodolphe Salis, Jouy fonde le Nouveau Cabaret du Chien Noir en , au Nouveau-Cirque, situé 251 bis rue Saint-Honoré, avec Alphonse Allais, Théodore Botrel, Paul Delmet, Émile Goudeau, Vincent Hyspa, et Victor MeusyLa Souveraineté nationale, 12 mars 1895, ..

Dernières années vignette|redresse=0.9|La tombe de Jules Jouy au cimetière du Père-Lachaise. Les efforts surhumains qu'il a accomplis dans son combat contre le boulangisme, et ses multiples activités de cabaret, achèvent de ruiner une santé déjà très altérée par l'abus du tabac et de l'absinthe. Ses troubles mentaux le rendant dangereux, ses amis sont amenés à le faire interner dans une clinique psychiatrique située 90 rue de Picpus à Paris, début : le 7, est organisé un spectacle à la Gaité, mené par Francisque Sarcey, soirée destinée à récolter des fonds pour son internementLa Dépêche, 10 mai 1896, - lire en ligne..

Victime d'une paralysie générale, il meurt fou à l'âge de le à du matinArchives de Paris 12e, acte de décès , année 1897 (page 22/23). Trois jours plus tard l'ensemble des chansonniers montmartrois suivent son enterrement au cimetière du Père-LachaiseRegistre journalier d'inhumation de Paris Père-Lachaise de 1897, en date du 20 mars (page 19/31). Sa sépulture, située dans la , dans laquelle son corps a été transféré en Registre journalier d'inhumation de Paris Père-Lachaise de 1898, en date du 21 mai (page 5/31), est ornée d'un buste en bronze par Dalou.

En 1902, Léon de Bercy lui rend hommage dans Montmartre et ses chansons (éd. H. Darangon)lire sur Gallica. :

Postérité Pendant quatre ans, durant la crise boulangiste, Jules Jouy parvient à publier chaque jour dans la presse une chanson d'actualité. Sa facilité et sa rapidité le font surnommer « la chanson faite homme ». Pianiste et compositeur à ses heures, Jules Jouy a écrit des centaines de chansons de café-concert qui ont paru à la une de journaux socialement très engagés comme Le Cri du peuple, fondé par Jules Vallès, Le Parti ouvrier, Le ParisSource : Marc Robine, Anthologie de la chanson française – La tradition, préface de Michel Ragon. Éditions Albin Michel, 1994.... Ces chansons furent créées par les plus grandes vedettes de l'époque : Yvette Guilbert, Thérésa, Marguerite DufayElle fut la compagne de Jules Jouy., Polin, Bonnaire, Marguerite Réjeane, Anna Judic, Félix Galipaux, Fragson, Paulus, Sulbac, Mévisto aîné, Kam-Hill, Coquelin cadet, Aristide Bruant, Théodore Botrel, etc., et dans les principales salles parisiennes : L'Eldorado, La Scala, Le Pavillon de l'horloge, Le , Le Parisiana, La Gaîté, A Ba-Ta-Clan, Les Ambassadeurs, L'Européen, L'Éden-concert, L'Alcazar d'été.

Jules Jouy est de la célèbre maxime : .