thumb|Le départ de l'édition 2009.
Les marathons de Barkley () sont des courses de sentier de type ultramarathon, dans le , aux États-Unis, près de Wartburg, dans l'État du Tennessee. Généralement appelée The Barkley, la course se tient chaque année fin mars-début avril, depuis 1986. Elle s'étend sur et comprend de dénivelé positif (les distances sont approximatives car les tracés changent à chaque édition), répartis sur cinq tours, à parcourir en une durée maximale de (soit par tour en moyenne). Les coureurs bouclant trois tours, soit , ne finissent pas officiellement la Barkley mais réussissent tout de même la « Fun Run ».
De par l'importance de son dénivelé, ses contraintes horaires et ses règles peu communes, la Barkley est considérée comme l'une des courses les plus atypiques et difficiles de l'ultra-trail.
Historique La course des Marathons de Barkley a été imaginée par , surnommé « Laz » – aidé par son ami Karl « Raw Dog » Henn –, qui a été inspiré par la fuite d'un prisonnier du . En 1977, le fugitif James Earl Ray, assassin de Martin Luther King, Jr., parcourt en dans les bois après son évasion. Cantrell se serait alors dit « J'aurais couru au moins », se moquant de la piètre performance de Ray. Le nom de la course vient du nom du voisin de Cantrell, Bill Barkley, fermier de profession et qui était également son partenaire de course.
thumb|right|Le , 2009.
La première édition a lieu en 1986, regroupant . La Barkley se présente alors sous la forme d'une course de , comprenant trois tours, à conclure en moins de 24 h. En 1988, la distance totale passe à , à terminer en moins de 36 h. Le premier finisseur émerge cette année-là : « Frozen » Ed Furtaw boucle les trois tours en . Les années suivantes, de nombreux autres coureurs réussiront à terminer cette version : 5 en 1990, 10 en 1991, 2 en 1992, 11 en 1993, 1 en 1994.
Dès 1989, Gary Cantrell annonce cependant que finir trois tours ne représente plus qu'une « Fun Run ». Pour véritablement vaincre la Barkley, il faut désormais terminer six tours, soit environ , en moins de , puis en moins de à partir de 1994. Personne ne réussira à finir la course sous ce format. Finalement, en 1995, lors de sa , la Barkley évolue une dernière fois et adopte son schéma actuel : cinq tours à réaliser en moins de , représentant officiellement à parcourir. La « Fun Run » désigne toujours le fait de conclure trois tours, en moins de .
Description de la course
Inscription à la course vignette|centré|Les plaques d'immatriculation accrochées dans le camp à côté de la ligne de départ et d'arrivée.
Seuls sont admis chaque année. La Barkley n'ayant pas de site Internet, les candidats doivent trouver un moyen d'entrer en communication avec le fondateur, Gary Cantrell. Cet échange se fait par mail, lors d'un jour précis. Aux coureurs de trouver par eux-mêmes le mail de Cantrell et le jour défini, généralement en prenant contact avec d'anciens participants.
Ils doivent ensuite rédiger une lettre de motivation expliquant pourquoi ils devraient être admis à courir. Si leur candidature est acceptée, ils reçoivent une lettre de condoléances, qui les avertit qu'un moment très désagréable les attend. Les coureurs doivent également signer une décharge légale où ils se portent garants de tout problème susceptible d'arriver pendant la course (« Si je suis assez bête pour tenter la Barkley, je mérite d'être tenu pour responsable de toutes les conséquences de cette tentative, fussent-elles financières, physiques, mentales et autres. »).
Les frais d'inscriptions sont de (soit 1 cent par kilomètre couru). Les participants sont aussi priés d'apporter à Laz un cadeau défini par ce dernier, et qui peut changer tous les ans : chemises, chaussettes, paquets de cigarettes... Lorsqu'ils concourent pour la première fois, les coureurs doivent également amener une plaque d'immatriculation de leur pays d'origine, qui sera ensuite accrochée dans le camp à proximité de la ligne de départ et d'arrivée.
Parcours et règles La Barkley est composée de cinq boucles qui totalisent une longueur approximative totale de et un dénivelé de . Officieusement, le parcours pouvant légèrement changer chaque année, la distance à couvrir peut atteindre jusqu'à , pour un dénivelé positif de plus de .
La course doit être terminée en moins de . Des barrières horaires existent à la fin de chaque tour, entraînant l'élimination d'un coureur ne les respectant pas : pour finir le premier tour, pour les deux premiers, pour les trois premiers, pour les quatre premiers. Un coureur terminant ses trois premiers tours en plus de mais moins de 40 h finit la « Fun Run », à une moyenne de moins de par boucle.
Les quatre premiers tours ne sont pas tous disputés dans le même sens : deux sont réalisés dans un sens, deux autres dans le sens inverse, l'ordre pouvant changer selon les éditions. Lors du cinquième tour, le coureur peut choisir le sens dans lequel il courra. Cette règle a été mise en place en 1996, un an après qu'un participant, Mark Williams, a pour la première fois réussi à terminer cinq tours, tous dans le même sens.
Depuis 2003, si deux coureurs s'élancent en même temps pour leur cinquième tour, ils ne peuvent pas le courir ensemble. L'un doit l'effectuer dans un sens, l'autre dans le sens inverse. Cette règle a été instaurée à la suite de l'édition de 2001, lorsque David Horton et Blake Wood ont réussi à finir les cinq tours en restant ensemble durant le dernier tour.
La veille de la course, Gary Cantrell met à disposition des coureurs une carte géographique qui dévoile et délimite le parcours. Ils peuvent le recopier sur leur propre carte. Ils ont le droit de venir repérer le terrain auparavant, mais uniquement en restant sur les sentiers du parc, selon les règles en vigueur dans ce dernier. Durant la course, les coureurs doivent trouver des livres placés sur le parcours et indiqués sur la carte, et déchirer la page qui correspond à leur numéro de dossard (un nouveau dossard à chaque tour entamé) pour prouver qu'ils ont parcouru le bon chemin.
thumb|Gary « Lazarus Lake » Cantrell allume sa cigarette pour donner le départ de la Barkley 2009.
Aucune aide GPS n'est admise. De manière générale, les coureurs n'ont le droit d'utiliser aucun appareil électronique. Ils doivent s'orienter à l'aide de leur carte et de leur boussole. Le parcours ne comporte aucune balise ou indication. Il n'existe pas non plus de postes de soins. Deux points d'eau sont en revanche présents. Les participants se voient également offrir avant le départ une montre donnant l'heure, la date et possédant une alarme, afin qu'ils restent informés du timing de la course.
Personne ne sait exactement quand commence la Barkley. Elle peut débuter n'importe quand entre minuit et midi, une heure après que Gary Cantrell a sonné le signal avec une conque. Le départ est ensuite donné lorsque Laz allume sa cigarette. La ligne de départ et d'arrivée est symbolisée par une barrière jaune présente au milieu d'une route du parc. Les coureurs doivent la toucher afin d'attester la fin d'un tour.
L'abandon d'un coureur est joué à la trompette par la sonnerie aux morts.
Principales difficultés Contrairement à de nombreuses autres courses, la Barkley n'est pas pensée pour être terminée par le plus grand nombre de partants. Le créateur, Gary « Lazarus Lake » Cantrell, l'a élaborée pour qu'elle se situe à la limite des capacités humaines, de sorte que seul 1 % des participants seraient capables d'en venir à bout. Avant que Mark Williams ne termine la course en 1995, Laz pensait même que son épreuve était impossible et qu'il allait devoir modifier le format. Le créateur avoue également qu'il ne sait pas s'il aurait été lui-même capable de finir la Barkley. La Barkley cumule donc un nombre de difficultés variées, qui expliquent pourquoi il faut entre 50 et pour la terminer, là où les autres courses de prennent entre 25 et 30 h aux meilleurs.
Un parcours compliqué et évolutif En plus de sa longueur, entre (), la Barkley comporte un dénivelé positif très élevé, compris entre et , ce qui équivaut à gravir plus de deux fois le mont Everest. En comparaison, l'Ultra-Trail du Mont-Blanc ou la Hardrock 100, deux autres ultra-trails reconnus dans le milieu, proposent environ de dénivelé positif, soit moitié moins. De plus, la course peut sortir des chemins les plus communs pour s'enfoncer dans les bois, où il n'y a plus de sentiers marqués. Certains passages devenus iconiques s'avèrent aussi compliqués, comme la traversée d'un tunnel rempli d'eau passant sous l'ancienne prison.
thumb|La vallée de Flat Fork, à l'ouest du sommet du Frozen Head.
L'objectif étant que la Barkley reste à la limite du réalisable, Gary Cantrell se donne le droit d'ajuster le parcours à chaque édition afin d'ajouter ou de supprimer certaines portions et de rallonger la course, multipliant dans le même temps le nombre de livres à trouver. D'une année à l'autre, les coureurs qui reviennent ne peuvent donc que difficilement prendre leurs marques ou estimer leur chance de terminer par rapport aux éditions précédentes. S'ajoute également le fait que le parcours n'est connu que la veille de l'épreuve, ce qui complique la préparation sur place.
Des coureurs isolés et sans assistance Les coureurs ne bénéficient d'aucune assistance ou points de ravitaillement, à l'exception du camp de base situé à côté de la ligne de départ et d'arrivée, le seul endroit où ils peuvent être aidés par leur équipe. Deux points d'eau sont également présents sur le parcours.
Les participants doivent composer uniquement avec leur carte et leur boussole pour se diriger étant donné que les GPS et altimètres sont interdits et que le parcours n'est pas balisé. Les erreurs d'orientation sont donc fréquentes, d'autant plus que l'absence de point culminant dominant empêche de trouver des points de repère facilement identifiables pour avancer ou de dominer l'intégralité du parcours afin de le repérer d'au-dessus.
Une durée de course favorisant le manque de sommeil S'étalant sur près de pour ceux qui atteignent le cinquième tour, la Barkley pousse les coureurs à effectuer deux nuits blanches consécutives pour terminer, en plein effort physique. Certains font le choix de dormir entre deux tours, mais leur sommeil reste limité à quelques heures ou minutes. Lors de l'édition 2016, John Kelly s'endort au bord du parcours après avoir commencé le cinquième tour, ruinant ses chances de terminer dans les temps. L'endroit où il s'est assoupi est depuis surnommé l'« Upper Kelly Camp ». L'année suivante, il parvient à boucler la Barkley, mais décrit son dernier tour comme un « combat entre l'esprit et le corps », où il sera obligé de s'arrêter deux fois pour faire des siestes de .
De nombreux finisseurs ont également évoqué les hallucinations visuelles et auditives que provoque le manque de sommeil. Elles compliquent encore un peu plus la situation lorsqu'il s'agit de s'orienter ou de se rappeler des endroits où sont déposés les livres dont il faut récupérer les pages.
Une météo imprévisible Fin mars et début avril, la météo demeure imprévisible et peut très rapidement alterner entre brouillard, givre et chaleur, obligeant les coureurs à prévoir des vêtements pour toutes les situations. Parfois, des objets perdus sur le parcours les sauvent, comme pour Mike Tilden, qui s'improvise un bandana avec un t-shirt trouvé par terre pour se protéger du soleil lors de sa course victorieuse en 2004, ou John Kelly, arrivé à la fin de son ultime tour en 2017 avec un bonnet orange sur la tête et un sac plastique autour des épaules, ramassés en chemin pour tenter de lutter contre le froid.