L'offensive de Raqqa, aussi baptisée l'opération Colère de l'Euphrate (en kurde : , arabe : عملية غضب الفرات), a lieu lors de la guerre civile syrienne. Déclenchée le par les Forces démocratiques syriennes, elle a pour but de prendre la ville de Raqqa occupée par l'État islamique qui en a fait sa « capitale » de facto après l'avoir isolée du territoire environnant que les FDS ont précédemment conquis. L'assaut final contre la ville elle-même esr déclenché le . L'offensive s'achève le par la prise de la ville de Raqqa par les FDS.
Prélude thumb|upright=1.4|left|Des combattants des Forces démocratiques syriennes lors de l'offensive, le .
Le , les Forces démocratiques syriennes annoncent à Aïn Issa le début d'une offensive contre l'État islamique en vue de prendre la ville de Raqqa . Selon Jihane Cheikh Ahmad, la porte-parole des FDS, sont mobilisés dans l'offensive qui doit être lancée depuis Aïn Issa et Tall Abyad et, ultérieurement, depuis Makman, sur la route de Deir ez-Zor . Cependant le nombre de engagés pourrait être surévalué. Les États-Unis confirment le même jour le début des opérations. La France et le Royaume-Uni annoncent à leur tour le soutien de leurs forces aériennes. Les avions belges appuient également l'offensive . L'AFP indique également que d'après une source au sein du commandement des FDS. des forces spéciales américaines conseillent également les forces des FDS, ainsi que quelques Français, Jordaniens et Émiriens . Ces forces spéciales pourraient également avoir participé aux combats, une vidéo est publiée le par un compte proche des FDS, montrant la destruction au nord de Raqqa d'une voiture kamikaze par des combattants s'exprimant en français, sans qu'il soit possible de savoir s'il s'agit de membres des forces spéciales ou de volontaires au sein des FDS .
L'offensive est menée principalement par les YPG et les YPJ . Parmi les autres groupes au sein des FDS qui prennent part aux combats figurent le Liwa Suqour al-Raqqa, le Liwa Shuhada al-Raqqa, la brigade Shuhada Hamam Turkman, la brigade Ahrar al-Raqqa, le Liwa Thuwar Tal Abyad et le Conseil militaire syriaque (MFS). L'Armée Al-Sanadid annonce à son tour sa participations aux opérations le
Le , le président turc Recep Tayyip Erdoğan avait annoncé son intention de faire progresser ses troupes jusqu'à Raqqa avec le soutien de l'Armée syrienne libre. Cependant les Turcs et les rebelles syriens sont encore loin de cet objectif, elles doivent d'abord prendre al-Bab à l'État islamique et Manbij aux Forces démocratiques syriennes. Erdoğan demande alors aux États-Unis de cesser de soutenir le PYD et sa branche armée les YPG, et d'appuyer plutôt ses forces pour chasser les djihadistes de Raqqa . Cependant, le , les Forces démocratiques syriennes déclarent qu'elles se sont mises d'accord avec la coalition pour écarter la Turquie de l'offensive sur Raqqa .
Déroulement Première phase : combats au nord de Raqqa, du 6 au 20 novembre thumb|upright=1.4|left|Des combattants des Forces démocratiques syriennes lors de l'offensive de Raqqa, le 24 décembre 2016.
Les opérations débutent le soir du . Le lendemain, les Forces démocratiques syriennes prennent six villages à l'État islamique près de Aïn Issa, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Raqqa .
Le , les troupes kurdes butent sur le village d'al-Hicha, situé à environ 40 kilomètres au nord de Raqqa . La coalition bombarde les positions de l'EI, mais les habitants sont utilisés comme boucliers humains par les djihadistes. D'après les FDS, six hommes de l'EI sont tués par les frappes, mais ces dernières font également au moins 20 morts, dont neuf femmes et deux enfants, et 32 blessés parmi la population civile selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Pendant quelques jours, l'offensive des FDS est perturbée par une tempête de sable . Celle-ci se lève le , les avions de la coalition peuvent alors intervenir à nouveau et bombarder intensivement les positions de l'EI. Les FDS s'empare d'al-Hicha dans la journée, ainsi que de trois autres localités . Les FDS ont alors pris 15 villages depuis le début de l'offensive
Le , les FDS se heurtent ensuite aux djihadistes retranchés dans le village de Tall al-Samane, à 25 kilomètres au nord de Raqqa, situé sur une hauteur stratégique dominant toute la région environnante . Ce village est le plus peuplé des environs et sert de quartier-général à l'organisation dans le nord de Raqqa. La localité est encerclée , puis conquise le .
À la fin de la première phase de la bataille, les FDS revendiquent la conquête de plus de , comprenant 34 villages, 31 hameaux et 7 collines stratégiques.
Deuxième phase : isolement de Raqqa par l'ouest, du 10 décembre à fin janvier thumb|upright=1.4|left|Des membres des Forces démocratiques syriennes à Qal'at Ja'bar, le .
Le , les Forces démocratiques syriennes affirment avoir conquis 700 kilomètres carrés et annoncent le début de la de l'offensive, dont l'objectif est de s'emparer des territoires à l'ouest de Raqqa, notamment la ville de Tabqa et son barrage . Selon l'OSDH, les FDS s'emparent de 30 fermes et villages entre les 10 et . Le , ils ne sont plus qu'à 8 kilomètres du barrage de Tabqa .
Le , Talal Silo, le porte-parole des FDS, affirme que les troupes ont progressé plus vite que prévu contre les djihadistes en prenant de territoires en dix jours. Selon lui, les hommes de l'EI ont principalement engagé des véhicules piégés conduits par des kamikazes, mais ces derniers ont presque tous été détruits à distance, en particulier grâce à l'aide des forces spéciales américaines et des nouvelles armes récemment fournies par la coalition.
Le , les FDS s'emparent de Qal'at Ja'bar, une forteresse du située sur les bords du lac el-Assad , et proche du barrage de Tabqa. Celui-ci a une importance stratégique, puisqu'il alimente la région en eau et en électricité.. Il représente également le seul point de passage à pied sec d'une rive à l'autre de l'Euphrate sur des kilomètres, depuis la destruction des ponts par des frappes aériennes en . Si l'État islamique décidait de le détruire, cela provoquerait fort probablement une catastrophe humanitaire et écologique, mais ce n'est pas dans l'intérêt de l'organisation puisque les territoires en aval sont sous son contrôle.
À la date du , les FDS revendiquent la conquête de 197 villages depuis le début de la deuxième phase de l'offensive.
Combats autour du barrage Des affrontements ont lieu le autour du village de Suwaydiya Kabir, dernier verrou avant le barrage. Le , Daesh lance une contre-attaque utilisant des mortiers et des mitrailleuses lourdes. Plusieurs soldats sont tués mais la contre-attaque est repoussée, et le village pris par les FDS le avec l'aide de forces spéciales américaines.
Dans les jours qui suivent, l'État islamique lance des assauts au nord du barrage, et parvient à gagner du terrain, mais est repoussé quelques jours plus tard. Le front reste ensuite stable jusqu'au déclenchement de la troisième phase de l'opération Colère de l'Euphrate.
Troisième phase : isolement de Raqqa par l'est et encerclement de la ville, du 4 février au 10 mai Offensive vers la route de Raqqa - Deir ez-Zor thumb|upright=1.4|left|Des combattants des YPG et des YPJ au cours de l'offensive de Raqqa, le 7 février 2017.
thumb|300px|right|Un IAG Guardian livré par les États-Unis aux FDS.
Le , les FDS reçoivent des véhicules de transports de troupes des États-Unis, de type SUV, en préparation de la troisième phase de l'offensive qui vise à couper la route entre Raqqa et Deir ez-Zor.
Dans la nuit du 2 au , la coalition frappe des ponts et des approvisionnements en eau autour de Raqqa. Le , les FDS annoncent le début de la troisième phase de l'offensive, centrée cette fois sur l'est du gouvernorat de Raqqa . 500 militaires américains, dont des démineurs, des formateurs et des membres des forces spéciales, sont engagés pour ces opérations. Au selon l'OSDH, les FDS ont repris 12 villages, malgré une féroce résistance des djihadistes , et sont alors à de Raqqa. Le , un mouvement d'encerclement réussit et permet aux FDS de capturer deux villages et des silos à grain. Le lendemain, les forces arabo-kudes tentent de traverser le Balikh au nord-est de Raqqa. Le , des bombardiers russes à long rayon d'action visent des positions de l'EI aux abords de Raqqa. De plus, le Pentagone annonce que beaucoup de hauts dirigeants de l'EI commencent à quitter Raqqa.
Les FDS continuent d'avancer et revendiquent la prise de quinze villages le , elles atteignent alors les limites du gouvernorat de Deir ez-Zor par l'ouest . Le même jour, les FDS atteignent l'Euphrate en prenant les localités d'Al Kajla, Judayat Khabur, Hamad Assaf et Al Kulayb situées sur la rive gauche à une trentaine de kilomètres en aval de Raqqa .
Le , les FDS coupent la route de Raqqa à Deir ez-Zor, privant ainsi l'État islamique de sa principale voie de ravitaillement . Les forces djihadistes retranchées à Raqqa — estimées entre par l'armée américaine — se retrouvent alors presque sans voie de repli, car la ville est située sur la rive nord de l'Euphrate et les deux seuls ponts accessibles sur le fleuve ont été détruits le par les forces aériennes de la coalition .
Le , les États-Unis annonce le déploiement en Syrie de 400 hommes supplémentaires et d'une batterie d'artillerie du Corps des Marines pour appuyer l'offensive sur Raqqa . Par ailleurs, des raids de la coalition internationale sur le village d'al-Matab font 23 morts dont au moins huit enfants et six femmes selon l'OSDH .
Entre le 10 et le , près de 300 familles de combattants étrangers de l'EI quittent Raqqa pour rejoindre les provinces de Deir Ezzor, plus à l'est, et Hama plus à l'ouest selon l'OSDH.
Offensive de Tabqa
thumb|upright=1.4|left|Des combattants des Forces démocratiques syriennes aux abords du barrage de Tabqa, le 6 avril 2017.
La nuit du 21 au , des soldats américains et près de 500 membres des FDS sont héliportés au sud du lac el-Assad, dans une zone située à 15 kilomètres à l'ouest de la ville d'Al-Thawrah (Tabqa), coupant ainsi la route reliant Alep à Raqqa en prenant le contrôle de plusieurs localités situées sur cet axe . Avec cette opération, les Américains et les FDS coupent également la route de Raqqa aux forces du régime syrien, qui progressent alors dans la région de Dayr Hafir . Les troupes héliportées attaquent ensuite par le sud, tandis que le reste des FDS lance l'assaut par le nord sur le barrage de Tabqa . Les Américains appuient l'offensive avec des hélicoptères et de l'artillerie.
Cependant, selon l'OSDH, au moins 33 civils sont tués le par des bombardements de la coalition sur une école servant de centre pour les déplacés au sud d'al-Mansoura, près de Raqqa. Cependant un an plus tard, la commission d'enquête de l'ONU sur les crimes de guerre en Syrie donnera un bilan bien plus élevé : 150 morts sur les 200 personnes présentes à l'intérieur de l'école . Puis le , de nouveaux bombardements touchent une boulangerie et des magasins à Tabqa, faisant encore au moins 18 morts selon l'OSDH, au moins 27 selon le réseau « Rakka se fait massacrer en silence », et 37 selon l'État islamique . Selon un rapport de Human Rights Watch publié en septembre, au moins 84 civils, dont 30 enfants, sont tués en mars par les frappes de la coalition contre Mansoura et Tabqa .
vignette|upright=1.3|Tir d'obusier M777 howitzer effectué par des soldats américains du Marine Expeditionary Unit en soutien aux Forces démocratiques syriennes, le 25 mars 2017.