Le teinturier est un professionnel qui teint ou entretient les textiles, les cuirs et les peaux.

Teinturier-coloriste Le teinturier-coloriste, aussi appelé coloriste textile, coloriste en teinture textile, échantillonneur textile, technicien coloriste ou opérateur teinture, est un spécialiste des couleurs qui crée, souvent à partir d’échantillons et en fonction de la matière et de l’effet attendu, le mélange de colorants destinés à la teinture de textile, de cuirs ou de peaux.

Le métier de coloriste textile consiste à mettre au point, en laboratoire ou en atelier de production, une teinte donnée par le ou la designer textile afin de l'appliquer aux matières textiles concernées. Le coloriste textile choisit les composants, élabore la formule et réalise des essais sur des échantillons. La qualification pour ce métier, exercé dans le secteur professionnel de la mode et du luxe, est obtenue par un BTS innovation textile ou métiers de la chimie, un BUT chimie ou génie chimique ou un diplôme d'école d'ingénieurs.

Dans la production mécanisée, le teinturier en industrie textile paramètre et utilise des machines pour préparer les produits chimiques, les teintures, les bains et solutions de teinture conformément aux formules. Les aide-conducteurs de machines de teinture et conducteurs d'autoclave de teinture effectuent des opérations liées à l’exécution des processus industriels de teinture.

En Angleterre, le métier de teinturier et coloriste technique s'exerce dans le secteur du textile. Il consiste à produire des teintures et des coloris selon des critères précis donnés par la direction et à diriger une équipe d'opérateurs de teinture. Les teinturiers et coloristes techniques sont employés par des entreprises de teinture, de produits chimiques et de textile.

Teinturier blanchisseur Le teinturier-dégraisseur ou teinturier nettoyeur, un métier longtemps subalterne, procède grâce à des produits nettoyants appropriés à l'élimination des taches sur les textiles et les peaux sans altérer la couleur originale du support.

En France, le métier de teinturier est décrit par l'ONISEP comme consistant à prendre soin des vêtements et du linge de table, de toilette ou de maison, confié par des particuliers dans un pressing, contrairement au métier de blanchisseur qui consiste à traiter de grandes quantités de linge pour des collectivités ou des entreprises.

Tâches La teinture est un art ancestral qui consiste à fixer des matières colorantes sur des éléments textiles, des peaux, du bois, de la paille

Le métier de teinturier a souvent été déconsidéré car pénible et « sale », les odeurs des lieux de teinture étant repoussantes et tenaces. Sa condition était inférieure à celle du tisserand ou du fileur. En Égypte ancienne, au avant notre ère, il est décrit ainsi dans cette satire : « Le teinturier, ses doigts puent l'odeur des poissons pourris. Ses deux yeux sont battus pas la fatigue, sa main n'arrête pas. Il passe son temps à couper des haillons, c'est son horreur que les vêtements. ».

Dans le monde romain et gallo-romain, des coquillages dont on peut dégager des principes tinctoriaux comme les bigorneaux, patelles, moules, huîtres, et surtout les pourpres (Nucella lapillus), sont récoltés et traités par les teinturiers dans des manufactures, parfois de grande taille, montrant une organisation quasi industrielle de la préparation des colorants et de la teinture. En plus de la préparation des colorants, le processus de teinture nécessite des étapes de recueil et d'utilisation des urines humaines, de mordançage, de foulage et la manipulation des tissus dans des atmosphères surchauffées et humides. Le dégraissage de la laine et le débouillissage du lin sont faits avec de l’eau chaude, une matière saponifiante comme de la chaux ou de l’urine humaine, de la soude pour la laine, du carbonate de sodium pour le lin. L’argile à foulon, dans le foulage réalisé pieds nus, pénètre dans la fibre pour la nettoyer. Le blanchiment est également fait avec un foulage à pieds nus avec du lait aigri, du son, de la farine aigrie, des cendres de bois, du soufre, de la craie et parfois de la bouse de vache. Le mordançage, fixateur des couleurs sur les tissus trempés dans les bains de teinture, nécessite du tartre et des sels métalliques comme des sels ferreux et de l’alun, un mélange épaissi avec des gommes à base de farine ou de son. Les opérations manuelles pénibles et répétées opérées par les teinturiers et leur contact direct avec des produits corrosifs atteignaient leur santé.

À l'époque médiévale, le teinturier et son activité sont parfois raillés. En France « teindre sa couleur » désigne la ruse et le mensonge, les Anglais font le lien entre to dye et to die (teindre et mourir) ou to dye et to lie (teindre et mentir). Vers 1200, le grammairien Jean de Garlande raille les ongles rouges, noirs ou jaunes des teinturiers parisiens qui les exposeraient à des déconvenues amoureuses. En référence à la recette de préparation de l’orseille, Piero Guarducci mentionne que les teinturiers « sentent la pisse ». Des médiévistes comme Jacques Le Goff, dans son article de 1963 Métiers licites et métiers illicites, ou Michel Pastoureau en 1997 dans Jésus chez le teinturier, accréditent l'idée que le métier de teinturier est dévalorisé par la société médiévale, notamment parce que son activité de modification de la matière, d'artifice, serait considérée comme suspecte car allant à l'encontre de l'ordre divin. L’expression « ongles bleus », retenue par Le Goff, est popularisée en 1970 par le livre Ongles bleus, Jacques et Ciompi de Michel Mollat et Philippe Wolff. Ces publications accréditent l’idée d'un métier réprouvé ainsi que le mythe du teinturier comme artisan querelleur, et protagoniste récurrent des insurrections populaires en Occident entre le . « Ongles bleus » figure dans une ordonnance brugeoise de la fin du qui parle des « tinturier ki tignent de leur mains meismes et ki ont les ongles bleus », l'expression est rapportée en 1836 dans une publication de Léopold August Warnkoeing.

Le livre de Mollat et Philippe Wolff fonde ses assertions du teinturier querelleur sur un traité italien du , l’Art de la Laine florentin qui ne véhicule cependant pas une image négative des teinturiers. Dans les villes italiennes médiévales, le tinctor appartient à la catégorie des artifices, mais au sens de propriétaire, titulaire ou dirigeant d’un atelier de production, une bottega ouverte sur la voie publique qui lui confère la qualité d’artisan par contraste avec les salariés qu'il y emploie. La tâche du teinturier médiéval italien n'est pas forcément de teindre et préparer directement les cuves. En tant que dirigeant ou investisseur, il ne prend pas part aux tâches productives. Les botteghe destinées à accueillir l’exercice de la teinture nécessitent des fonds important et sont souvent de taille imposante car, outre l’espace nécessaire aux cuves et aux chaudières, elles doivent pouvoir stocker les matières premières pour les apprêts, les produits à teindre, les outils du métier, des bureaux administratifs et parfois l'hébergement des ouvriers concernés par le travail de nuit. Les locaux regroupent souvent une apotheca dédiée à la teinture elle-même, un folatorio, moulin à foulon, et des tiratores, étendoirs. Les entreprises de teinturerie au Moyen Âge en Italie emploient des salariés avec des métiers divers. Le personnel de gestion s'occupe de l'administration de l'entreprise. Le travail manuel est assuré par plusieurs catégories de personnel. Des ouvriers qualifiés bien rémunérés dirigent les processus liés à la teinture, ils sont assistés d'ouvriers non qualifiés. Des enfants sont employés à des tâches particulières comme défaire les noeuds qui se forment sur la laine lors de la teinture, et des coursiers chargés de transporter les draps et les rincer dans le fleuve sont au bas de l'échelle.

Au début du , avant l'arrivée des colorants de synthèse, les tâches du teinturier sont décrites comme devant s'assurer de la qualité de l'eau utilisée, de l'agencement correct des locaux de teinturerie qui doivent être spacieux et aérés et mettre en œuvre les processus successifs permettant la teinture : le blanchissage des éléments à teindre, le mordançage, c'est-à-dire la préparation chimique des fonds à teindre de manière que la teinture y adhère, la coloration à proprement parler des éléments dans des bains de produits colorants et le rinçage et séchage des éléments.

Le teinturier doit connaître les principes physiques de la couleur et sa perception, les matières colorantes, ainsi que les principes des mélanges de couleurs et la manière de les appliquer sur des matières.

Au Japon, au début du , la teinture à l'indigo est décrite comme étant faite en plusieurs bains sur trois bains de préteinture et d'apprêts du tissu, suivis de plusieurs étapes de nettoyage et rinçage ainsi que de séchages successifs à l'air libre. Ces opérations pénibles faisaient dire que « si vous pleuriez de douleur, vous ne pourriez jamais devenir un bon teinturier ».

Au , le métier de teinturier en industrie comporte les activités de coloriste textile et de teinturier en industrie textile. Le coloriste textile, aussi appelé opérateur teinture, est un technicien coloriste qui crée ou reproduit une nuance, et échantillonne les teintures en fonction du textile concerné avant de procéder à l'industrialisation. Il conçoit les formules techniques, détermine les besoins en approvisionnement et prépare les matières premières.

Le teinturier en industrie textile paramètre et utilise des machines de teinture. Conformément aux formules indiquées, il prépare les produits chimiques, les teintures, les bains et solutions nécessaire au processus de teinture pour tous les types de fils et de textiles. Il positionne et fixe les roules, centre le tissu, ajuste la tension sur la machine et repère les anomalies ou les défauts de fabrication.

Organisation de la profession France Teinturiers de grand teint et petit teint En France, en 1669, Colbert définit dans le Règlement général pour toutes sortes de teintures des soyes, laine & fil, une liste stricte de matières tinctoriales dont l'usage est autorisé aux teinturiers. En 1737, le Règlement pour la teinture des étoffes de laine et des laines servant à leur fabrication étend la palette d’ingrédients des teinturiers. Elle sera en usage durant plusieurs siècles jusqu'à l'arrivée en 1856 des premiers colorants de synthèse dérivés de l'aniline.

Le règlement de 1669 distingue les teinturiers selon la matière qu'ils travaillent, laine, soie ou fil. Ne peut prétendre au titre de Maître teinturier de bon teint en laine, soie et fil qu'un artisan qui aura été apprenti et compagnon pendant six ans et aura réalisé son chef d'oeuvre. Le règlement cherche à créer un nouveau segment de production de « grand et bon teint » dont la qualité garantie des beaux draps permet d'exporter et de rivaliser avec les draps d’Angleterre ou des Provinces-Unies comme les laken de Leyde.

Dans le règlement de 1737, les teinturiers sont séparés en deux communautés, celle des « teinturiers du grand et bon teint », destiné à colorer les étoffes de qualité supérieure, et celle des « teinturiers du petit teint », qui n'a le droit de colorer que les étoffes de qualité moyenne et inférieure. Chaque groupe professionnel n'a le droit de posséder et d'utiliser qu'une liste exclusive de colorants et de produits nécessaires au processus de teinture.