Senigallia (ou Sinigaglia) est une ville italienne d'environ , située dans la province d'Ancône, dans la région Marches, en Italie centrale.
Toponymie Senigallia, nom d'origine latine, est constitué de deux éléments : Seni qui est une déformation (abréviation) du nom des Sénons, en latin Senones ; Gallia qui signifie « Gaule ».
Senigallia signifie littéralement « Sénons de Gaule » : c'est une référence aux migrations gauloises en Italie au , migrations dont l'épisode le plus célèbre est la prise de Rome par le chef sénon Brennus en -390 et qui aboutissent à la constitution dans le Nord de la péninsule de ce que les Romains appellent ensuite Gaule cisalpine (Gaule de ce côté-ci des Alpes).
Plusieurs tribus gauloises ont eu le nom de Sénons (mot qui, étymologiquement, signifie « Anciens »). Les plus connus sont, en Gaule transalpine, les Sénons de la région dAgedincum (aujourd'hui Sens, dans le département de l'Yonne).
Jusqu'au , le nom de la ville s'écrivait en italien Sinigaglia (notamment chez Machiavel).
Géographie Il se trouve sur la côte médio-adriatique à l’embouchure du fleuve Misa entre Ancône, à environ 35 km vers le Sud, et Pesaro, à 30 km vers le Nord.
Son territoire est principalement plat, mais entouré de collines en pente douce vers la mer. Le centre historique suit le schéma urbanistique de la ville romaine ayant été fondée sur une colline au sud de la rivière Misa.
Son panorama est particulier depuis la rive : contrairement à d’autres localités de l’Adriatique, avec un littoral rectiligne, de Senigallia le panorama est constitué par le golfe d'Ancône.
Climat En hiver, le climat est froid et humide (moyenne de 4,6 % en janvier), en été, il est chaud et étouffant (moyenne d’août : 24,1). Les précipitations moyennes sont de 797 mm au printemps et en automne, mais plus probable en janvier et février. Les événements avec des chutes de neige sont soit absents soit réduites habituellement à 3-5 jours par an, et les épaisseurs du manteau neigeux au sol sont généralement de moins de .
Histoire Senigallia, ville gauloise Senigallia a été fondée entre 389 et 383 av. J.-C., par la tribu gauloise des Sénons qui s’étaient installés dans le nord des Marches jusqu’à la vallée du fleuve Esino, dans l’actuelle province d’Ancône : probablement le choix, fait selon la légende par le chef de la tribu Brennus, a été dicté par la présence d’une basse colline face à la mer et dominant le gué existant.
De là, appelée la « capitale » des Gaulois en Italie. À Sa tête, Brennus, s’avança contre Rome en vainquant ses armées et en se retirant seulement après le paiement d’un lourd tribut.
Senigallia, ville romaine Après la bataille de Sentinum (), les Romains eurent le contrôle définitif sur les régions de la Campanie, de l'Étrurie, de l'Ombrie et précisément sur le territoire entre le fleuve Esino et Ariminum (Rimini) peuplé par les Gaulois Sénons qui fut appelé à partir de ce moment Ager Gallicus.
En 284 av J.-C., sous la pression du consul Manius Curius Dentatus (qui a battu Pyrrhus à Benévent), les Romains instituèrent la colonie romaine de Sena Gallica, la première sur l’Adriatique, à la place de ce qui était la « capitale » des Gaulois en Italie, pour la distinguer de l’autre colonie Sena (aujourd'hui Sienne) située en Étrurie, l’actuelle Toscane.
En 207 av. J.-C., la ville fut le point de départ des troupes romaines qui frappèrent durement les Carthaginois sur les rives du fleuve Metauro en vainquant Hasdrubal Barca, le frère d’Hannibal, qui venait à son aide.
Dans la réorganisation Régions de l’Italie d'Auguste, Sena Gallica fait partie avec l’Ager Gallicus de la Regio VI Umbria.
On ne signale pas d’autres faits particuliers pendant l’époque républicaine et impériale pour la ville. vignette|220x220px|Gaule Cisalpine.
La ville fut pillée par les Wisigoths d’ en 400, quelques années avant qu'ils prennent Rome elle-même (sac de Rome, 410).
Après la chute de l'Empire romain d'Occident (476), elle passe sous le contrôle d'Odoacre, puis, en 493, du royaume ostrogoth.
Période byzantine (551-750) En 551, la bataille de Sena Gallica, bataille navale qui a lieu sous le règne de Justinien pendant la guerre entre les Byzantins de l'Empire romain d’Orient et les Goths, s’est déroulée .
Après l’invasion de l'Italie par les Lombards en 568, la ville resta sous domination byzantine au sein de l’exarchat de Ravenne, constituant avec Ancône, Fanum Fortunae (Fano), Pisaurum (Pesaro) et Ariminum (Rimini) la Pentapole byzantine et en suivant tous les événements historiques jusqu’à l'intégration vers 750 de la Pentapole dans les États pontificaux, créés par le roi franc Pépin le Bref.
Période des États pontificaux
Alors que le diocèse et l’évêché sont institués , la ville connut un développement économique notable, qui vit l’institution de la foire de la Maddalena au .
Senigallia se heurta aux villes voisines, en particulier Fano, Jesi et Ancône à cause des luttes entre les Guelfes (partisans du pape) et les Gibelins (partisans de l'empereur) en Italie.
gauche|vignette|208x208px|Manfred de Sicile.
Dans la deuxième moitié du , Senigallia fut conquise et en grande partie détruite par les troupes de Manfred de Sicile, qui en firent abattre les murs.
Pour aggraver la situation, une vieille saline au sud de la ville fut abandonnée à elle-même, et la ville dut supporter un marécage malsain et insalubre. Ces événements réduisirent la ville à un peu plus d’un bourg perché autour d’une ancienne forteresse édifiée sur les restes d’une ancienne tour de guet romaine.
vignette|185x185px|Cardinal Egidio Albornoz qui ordonna l’assainissement du marais de Senigallia et le renforcement du fort (musée du Prado).
Senigallia (connue à l’époque sous le nom de Sinigaglia ou Sinigallia) survécut à l’abandon jusqu’à ce que le pape Grégoire XI (dernier pape français) décide pendant sa papauté (1370-1378) de ramener le siège pontifical d’Avignon à Rome.
Il délègue le cardinal Egidio Albornoz à la restauration de l’autorité du pape sur les États pontificaux : ce dernier visite également « le bourg » et décide d’une série de travaux à réaliser, en particulier le début de l’assèchement du marais saumâtre construit à la place des anciennes salines et le renforcement de la forteresse qui était encore une tour de guet utile sur la mer.
Des Malatesta aux Della Rovere gauche|vignette|196x196px|Sigismondo Pandolfo Malatesta par Piero della Francesca.
Dans la première moitié du , la ville, qui continuait lentement à se rétablir, devint objet d’intérêt pour la domination de la famille Malatesta de Rimini en raison de sa position stratégique à peu près égale entre Pesaro et Ancône. C'est précisément Sigismond Malatesta qui s’intéressa à Senigallia, au point d’être considéré comme le « refondateur » de la ville.
Il décida de reconstruire les remparts, en suivant en partie l’ancien tracé des murs abattus et en réalisant ainsi une ville fortifiée de forme rectangulaire, selon un projet qui avait comme base le cardo et le decumanus de la ville romaine et la ville du , englobant dans les nouvelles défenses le fortin réalisé par Albornoz, qui à partir de ce moment devint le noyau sur lequel sera successivement édifiée la Forteresse Roveresque.
vignette|191x191px|Jean de la Rovere sur la fresque de Melozzo da Forli.
En plus de rénover la ville, il était nécessaire de la repeupler et de la développer, c’est pourquoi Sigismond donna une nouvelle impulsion à l’ancienne foire de la Maddalena et établit des avantages fiscaux pour ceux qui désirèrent s’installer dans la « nouvelle ville ». Ce qui attira beaucoup de gens de toutes les régions d’Italie.
La reconstruction fut cependant si coûteuse qu’elle força Malatesta à contracter des dettes auprès du pape Pie II, qui lui prit la possession de la ville pour la transmettre à Antonio Piccolomini. La nomination au pape de Sixte IV fera transférer le contrôle de Senigallia à Giovanni della Rovere, neveu du pape, qui prit le titre de duc : de ce passage reste encore un signe dans les inscriptions IO DVX IO PRE [Giovanni, duc (de Sora et Arce) et préfet (de Rome)] gravé dans les pierres à l’intérieur de la Forteresse appelée pour cette raison « roveresque ».
Dans les années suivantes, Jean della Rovere épouse Giovanna da Montefeltro, fille du duc Frédéric III de Montefeltro, chef de l’ancienne et prestigieuse famille qui dominait la ville d’Urbino et tout le nord des Marches.
gauche|vignette|197x197px|Cesare Borgia peint par Veneto.
Jean mourut en 1501 après 27 ans de règne, laissant la ville modernisée, créant un cadastre, agrandissant les murs et donnant vie à la forteresse pour se défendre du côté de la mer et perfectionnant les travaux d’assainissement du marais. Les architectes Gentile Veterani (qui conçut le rivellino), Luciano Laurana (auteur de plusieurs modifications de l’intérieur) et Baccio Pontelli (créateur des quatre tours situées aux coins de la structure) s’occupent de la Forteresse. La forteresse Roveresque fut achevée en 1480 par Baccio Pontelli sous l’influence de Luciano Laurana.
Ce dernier s’engagea également dans la conception d’un nouveau couvent et de l’église de Santa Maria delle Grazie, commencée en 1491.
Au tournant des , Senigallia tomba brièvement sous la domination de Cesare Borgia, passé à l’histoire comme le duc de Valentinois, décrit comme un exemple d’homo novus dans Le Prince de Machiavel. En quelques années, secondé par son père le pape Alexandre VI, il réussit à créer un domaine personnel qui allait de l’actuelle Romagne jusqu’à une partie du nord des Marches, devenant de fait une puissance locale.
Célèbre personnage des chroniques historiques de MachiavelDescription de la façon dont le duc de Valentinois a tué Vitellozzo Vitelli, Oliverotto da Fermo, le signor Pagolo et le duc de Gravina Orsini, de Nicolas Machiavel, il proposa une rencontre à ses anciens alliés, mais, traîtres et adversaires de la région, ceux qui finirent par se repentir et se concilier, furent priés de venir en ville afin de parvenir à un arrangement stable et pacifique. Et l’affaire se conclut par une vengeance impitoyable (ou selon Paul Jove par un admirable stratagème) connue sous le nom de massacre de Senigallia, dans lequel le Duc fit provisoirement arrêter puis tuer tous ses hôtes par ses armuriers.
L’expérience du Valentinois s’achève en 1503, quand une simple maladie l’empêche de participer aux intrigues pour l’élection du nouveau Pape successeur de son défunt père. Au trône de saint Pierre monta Jules II della Rovere, qui lui enleva les domaines obtenus jusqu’à présent en les rendant à ses parents.
vignette|Plaque de la Commune de Senigallia, 1643.
En effet, du mariage de Giovanni Della Rovere et Giovanna da Montefeltro était né entre-temps (1490) Francesco Maria I Della Rovere, qui sera adopté par le dernier duc de Montefeltro, Guidobaldo, et il unira les domaines des deux familles en devenant duc d’Urbino en 1508 et Seigneur de Senigallia.
À partir de ce moment, les Della Rovere gouvernèrent le duché d’Urbino (avec Pesaro) et Senigallia jusqu’à la mort du dernier mâle de la dynastie, survenue en 1631 : selon la loi salique, faute d’héritier mâle, le duché fut réintégré dans les domaines directs de la papauté. Le palais ducal, l’hôtel de ville, l’église de la Croix ont été construits et on a inclus dans les murs pentagonaux une partie de la rive gauche de la rivière Misa, c’est-à-dire le quartier du port.
Entre-temps, la foire de la Maddalena, devenue foire franche (parce qu’on ne payait pas de droits de douane), s’était imposée comme l’une des foires les plus importantes du pays, avec des échanges de marchandises provenant de tous les coins de la Méditerranée.