Les Kazakhs (en kazakh, écriture cyrillique : ; alphabet arabe : ; alphabet latin : ; on trouve aussi la dénomination Kazaktars, alphabet cyrillique : ; écriture arabo-turque : ; en ; en ) sont un peuple turcique habitant majoritairement le Kazakhstan (voir Démographie du Kazakhstan) et les régions frontalières des pays limitrophes, notamment la Russie (en particulier les oblasts d'Astrakhan et d'Orenbourg), la Mongolie (principalement l'aïmag de Bayan-Ölgii où ils forment environ 90 % de la population), l'Ouzbékistan, le Kirghizistan et la Chine (surtout la préfecture autonome kazakhe d'Ili). Les Kazakhs ont pour langue commune le kazakh.
L'ethnogenèse du peuple kazakh est complexe. Elle tire ses origines des peuples turciques et des unités militaires et administratives mongoles médiévales, dont les Argyns, les Doulats, les Naïmans, les Djalayirs, les Khazars et les Karlouks, ainsi que des Coumans. Le Khanat kazakh, première émanation politique portant le nom de "kazakh", ne s'est véritablement formé qu'au . Sous domination russe à partir du , les Kazakhs sont intégrés au à l'URSS, qui eut un impact considérable sur eux, leur imposant en particulier des transformations linguistiques et culturelles, mais affectant aussi leur démographie (voir famines de 1919-1922 et 1932-1933 au Kazakhstan). Le Kazakhstan indépendant, dont l'ethnie kazakhe compose la majeure partie des Kazakhstanais (citoyens du Kazakhstan), mène depuis 1991 une politique de renaissance des traditions kazakhes, et a rapatrié une partie de la diaspora kazakhe sur son territoire.
La culture kazakhe, d'origine turcique, a reçu l'influence de la culture mongol puit de l'islam (religion majoritaire parmi les Kazakhs), russe et du soviétisme. Bien que cette spécificité ait tendance à s'éroder de nos jours, la structure de la société est clanique, et la plupart des Kazakhs appartiennent à une des trois jüz.
Graphie et origine du nom « Kazakh » Autres appellations Les Kazakhs ont porté d'autres appellations : ils étaient connus sous le nom de Kirghizes ou de Kirghiz-Kazakhs (ou Kirghiz-Kaïssaks) par les Russes au , puis de Kazaki vers 1920.
Graphie En français, diverses graphies du nom « Kazakh » sont rencontrées : Kazakh (féminin : Kazakhe ; masculin pluriel : Kazakhs ; féminin pluriel : Kazakhes) correspond à une transcription du russe . C'est la graphie la plus souvent rencontrée en français. Certains auteurs ne marquent pas la différence entre le masculin et le féminin de Kazakh (ex : « une ville kazakh ») ; Kazak (féminin : Kazake ; masculin pluriel : Kazaks ; féminin pluriel : Kazakes) correspond à une transcription du kazakh . On la trouve moins souvent en français, mais elle est assez fréquente en anglais. Cette graphie est utilisée au Kazakhstan dans les transcriptions en caractères latins (sur les timbres, par exemple) ; Qazaq (généralement invariable) est la moins usitée des graphies. C'est pourtant celle qui tente de se rapprocher le plus de la véritable prononciation du nom « Kazakh ». En effet, le Қ de ne correspond pas exactement au phonème [k] mais plutôt au phonème [q] (que l'on retrouve en arabe dans qurʾān).
En France, « Kazakhs » est aussi la désignation officielle de tous les habitants du Kazakhstan, quelle que soit leur origine.. Cette désignation est néanmoins ambiguë et le gentilé « Kazakhstanais » lui est parfois préféré.
Origine Les Kazakhs (peuple turcique d'Asie centrale) ne peuvent être confondus avec les Cosaques (populations d'origine essentiellement slave). Il semble cependant que les deux noms de ces deux peuples cavaliers aient une origine commune et viendraient du turc.
Plusieurs théories s'opposent quant à la signification de ce terme : le terme de qazaq, originaire des langues turques signifierait « libre » ou « fuyard ». ; il pourrait donc s'appliquer aussi bien aux Cosaques, populations ayant fui leurs terres d'origine pour s'organiser et vivre librement aux confins de l'empire russe, qu'aux Kazakhs, peuple pastoral mobile et indépendant ; qazaq désignerait, dans les langues turques toujours, une veste de cavalier. Ce mot a donné en français « casaque. » ; les Kazakhs étant, à l'origine, des cavaliers, il se peut que ce terme ait été utilisé pour les désigner.
Origine et histoire du peuple kazakh
Protohistoire
Il y a peu de sources sur l'origine ou la formation des Kazakhs. Les principales sources sont les légendes orales de ce peuple et les observations et enregistrements des émissaires et officiels russes qui ont voyagé parmi les Kazakhs au .
Depuis l'Antiquité, la carte ethnique du territoire de ce qui représente le Kazakhstan actuel a eu une forme variable, les peuples la composant ont eu des origines variées et ont laissé leurs traces dans l'ethnogenèse des Kazakhs actuels. La bande steppique septentrionale d'Asie centrale a historiquement été témoin d'une des premières formes de civilisation au monde : l'économie pastorale mobile. Une des découvertes les plus significatives de l'époque du Néolithique dans la région d'Asie centrale a été la domestication du cheval.. L'âge du bronze y présente des restes de la culture d'Andronovo, qui date des ..
Les premiers témoignages écrits au sujet des peuples ayant occupé le territoire du Kazakhstan actuel remontent au . Hérodote, dans ses Histoires, décrit les Sakas (, des Scythes) et rappelle leur voisinage avec les Achéménides, mais aussi leur lutte avec l'envahisseur perse, en particulier les rois Cyrus le Grand et Darius .. Tomyris, reine des Massagètes (Sakas du sud), mit fin au règne de Cyrus. en .
Du à notre ère, les peuples des Wusun et de Kangju ont joué un rôle essentiel dans cette région. Vers ., les peuples turcs... Wusun ont migré depuis le Nord-Est du Turkestan sur les terres des Sakas au Jetyssou. C'est à peu près à ce moment-là, sur le cours inférieur et moyen du Syr-Daria, que s'est formé l'État Kangju (source de 1950)..
Du , les peuples turcs Xiongnu se sont installés sur le territoire du Kazakhstan depuis les steppes septentrionales jusqu'à la Chine.... Selon les écrits de l'historien chinois Sima Qian., un changement radical de la situation générale en Asie centrale s'est produit pendant la période des Royaumes combattants, c'est-à-dire entre 403 et . Ce changement est lié à la formation du premier empire nomade d'Asie centrale, qui a été créé par le Chanyu Modu, le premier souverain de ce nouvel empire. La première mention écrite historique des Xiongnus remonte à la fin du avant notre ère, quand ce peuple a marché de façon spectaculaire sur la Chine.. Du à notre ère, ses attaques contre la Chine se sont intensifiées, ce qui a mené les empereurs chinois à édifier la Grande Muraille..
Vers , l'empire xiongnu a été divisé en deux parties : les Xiongnu du sud ont reconnu la souveraineté chinoise, et ceux du nord ont conservé leur indépendance, mais ont été refoulés en Asie centrale.. Par la suite, ce groupe de Xiongnu a formé son propre État, et vers 376, s'est étendu jusqu'aux frontières de l'Empire romain ; les sources occidentales les mentionnent alors sous le nom de « Huns ». L'hypothèse que les Huns proviennent au moins en partie des Xiongnu d'Asie centrale est controversée, mais semble malgré tout fondée. selon Étienne de La Vaissière
Moyen Âge
Après la chute de l'empire des Huns, aprés plusieurs siècles qui c'est vue succèder plusieurs États non turciques régner dans le centre du plateau mongol comme celles des Xianbei et (peut être) celle des Rouran,les anciens Turcs, vassaux de c'est derniers, se révoltant contre leur suserains sous la conduite de leur seigneur local de la maison Ashina, Bumin. Ils prirent place dans l'arène historique de l'Eurasie et fondèrent au milieu du l'un des plus grands empires d'Asie.. qui s'étendait de la mer Noire à la mer Jaune. Originaires de sud de l'Altaï, les Göktürks étaient descendants des Huns.. Selon les certaines interprétation des chroniques chinoises, les Göktürks descendent directement des Xiongnu, qui s'étaient implantés dans l'Altaï pendant les invasions barbares, mais ce fait est contesté.. Au printemps 552, les Göktürks, alliés avec l'Empire Wei occidentale , portèrent une attaque foudroyante contre les Ruanruan, mettant ainsi fin à la relation de vassalité qu'ils avaient envers eux, et donnant naissance au Khaganat turc. En 603, le Khaganat turc fut divisé en deux : le Khaganat turc oriental et le Khaganat turc occidental.. Ce dernier s'étendait sur le territoire du Kazakhstan actuel, mais aussi sur l'Asie centrale, la Ciscaucasie, la Crimée, l'Oural, et la vallée de la Volga. Le noyau ethnopolitique du Khanagat était constitué des « dix flèches » composées de cinq peuples et de cinq peuples douloD'après Lev Goumilev, voir .. L' entonymes doulo est similaire à celui des Doulats, qui est connu de nos jours car faisant partie des provinces de la grande jüz.. Le Khaganat turgesh (704-756) issu du Khaganat turc est caractérisé par des guerres permanentes avec l'Empire Tang, mais aussi par la conquête musulmane de l'Asie centrale..
Avec l'arrivée des Samanides, les populations sédentaires agraires d'Asie centrale s'islamisèrent au cours des ., et un grand changement intervint dans la culture des Turcs.. L'ancienne écriture turque fut remplacée par l'alphabet arabe, de nombreux mots arabes furent introduits dans le lexique, et la société utilisa le calendrier hégirien ; des fêtes religieuses s'inscrivirent dans les coutumes, et les funérailles furent accomplies selon les rites musulmans. Après sa chute, plusieurs États se disputèrent les restes du Khanagat turgesh : l'État oghouze, le Khanagat Karlouk et le Khaganat Kimek. Au milieu du , une guerre eut lieu entre les Karlouks et les Oghouzes pour la succession des Turgeshs. Les Oghouzes perdirent et se replièrent le long du Syr-Daria, où ils formèrent l'État oghouze, et les Karlouks restèrent au Jetyssou où ils fondèrent un État le Khanagat karlouk.. Les peuples oghouzes ont laissé des traces significatives pour l'histoire ethnique des Kazakhs dans la vallée du Syr-Daria, au bord de la mer d'Aral et au nord de la mer Caspienne. Les Karlouks furent constamment en guerre contre les Arabes et les Samanides, qui menaient une « guerre sainte » contre les Turcs. En 940, après que le dernier Khagan karlouk eut été renversé à Balasagun par Satuq Bughra Qara-Khan, la dynastie des Qarakhanides prit le pouvoir au Jetyssou.. Vers la fin du , Satuq Bughra Qara-Khan se convertit à l'islam. et prit le nom d'Abd al-Karim : les Qarakhanides furent la première dynastie turque à instituer l'islam comme religion d'État..
Au début du , les Coumans et les Kypchaks migrèrent depuis la vallée de la Volga jusque dans les steppes voisines de la mer Noire, chassant les Petchénègues et les Torks qui y résidaient. Ensuite, ils traversèrent le Dniepr et atteignirent le cours inférieur du Danube, se rendant maîtres de la steppe pontique du Danube à l'Irtych (voir Coumanie). Après l'invasion mongole de l'Europe de Batu en 1237, les Coumans cessèrent d'exister en tant qu'union politique indépendante, mais constituèrent la plus grande partie de la population turque de la Horde d'or, qui a contribué à la naissance des Kazakhs.