En grammaire, le terme « apposition » (du latin appŏsĭtĭo « action d’ajouter »Gaffiot 1934, .) a des interprétations diversesDubois 2002, .. Il existe plusieurs constructions syntaxiques comprenant une partie considérée comme telle par divers grammairiens, et aucune de leurs définitions ne couvre la notion dans toutes ces constructions, des facteurs sémantiques et syntaxiques divers y étant impliquésCrystal 2008, ..
Interprétations de la notion d’apposition
Au sens le plus large, l’apposition est un mot ou un groupe de mots associé à un terme de la phrase, qui désigne la même réalité que ce terme mais d’une autre manière (identité de référence). Le plus souvent, on considère comme apposition une entité disjointe, c’est-à-dire séparée du terme auquel elle est apposée par une pause dans la parole et une virgule à l’écrit, mais il y a aussi des entités conjointes considérées comme des appositions. Les entités appelées appositions sont diverses quant à leur nature. Exemples en français : syntagme nominal disjoint directement postposé au terme auquel il est apposé : Ajaccio, chef-lieu de la Corse, est la ville natale de Napoléon ; syntagme nominal disjoint et séparé par un ou plusieurs termes du terme auquel il est apposé : Un homme s’approcha, un médecinMauger 1971, . ; syntagme nominal disjoint antéposé : Simple comparse, Dupont ne fut pas inquiété par la policeGrevisse et Goosse 2007, . ; adjectif disjoint directement postposé ou séparé par un ou plusieurs termes, ou bien antéposé : Ravi, l’enfant mangeait sa pomme dans la cour / L’enfant, ravi, mangeait sa pomme dans la cour / L’enfant mangeait sa pomme dans la cour, raviBescherelle 1990, . ; groupe infinitif disjoint postposé : Il a commis cette faute : pardonner ! ; proposition complétive disjointe introduite par que, postposée : Il caressait cet espoir, que la mauvaise nouvelle était fausse ; proposition relative disjointe et postposée : Nos amis ne viendront pas, ce qui me peine ; nom conjoint postposé : une girafe mâle ; nom conjoint directement antéposé : le professeur Durand ; le mont Pélion. nom conjoint antéposé en construction indirecte : la ville de Paris.
Dans des grammaires d’autres langues :
adjectif substantivé disjoint et postposé : Pajul Cupidon, vicleanul, mult e rău și alintat « Le page Cupidon, le fourbe, est très méchant et gâté » (Mihai Eminescu)Bărbuță 2000, . ; syntagmes nominaux disjoints du terme auquel ils sont apposés et coordonnés entre eux (apposition multiple) : Răducu, colegul și prietenul lui, participase mai înainte la un concurs de șah « Răducu, son camarade et ami, avait participé auparavant à un concours d’échecs »Constantinescu-Dobridor 1998, articole apoziție. ; nom complété par une proposition relative, apposé à une proposition : Lucrează încet, fapt care nu-mi convine « Il/Elle travaille lentement, ce qui ne me convient pas » (littéralement « … fait qui… »)Avram 1997, . ; Balogh, J. 1999. : adjectif substantivé disjoint et postposé : Vettem csizmát, pirosat « J’ai acheté des bottes, des rouges » ; mot substantivé exprimant une quantité, disjoint et postposé : Egyél almát, kettőt/sokat! « Mange des pommes, deux/beaucoup » ; nom exprimant le possesseur du terme auquel il est apposé, disjoint et postposé : Elkértem a könyvet, Jóskáét « J’ai demandé le livre, celui de Jóska ».
Outre la nature de l’apposition, divers auteurs prennent en compte des termes de natures diverses auxquels on peut ajouter une entité appelée apposition. C’est le plus souvent un nom (voir la plupart des exemples ci-dessus), mais cela peut aussi être une autre entité. Exemples en français : un pronom personnel : Lui, médecin, ne peut accepter… ; un pronom démonstratif : Celui-là, un bon garçon, sera félicité ; un pronom possessif : La mienne, la voiture grise, est garée là-bas ; le syntagme d’un infinitif : Tuer un homme, crime irréparable… ; une proposition : Si l’on tue un homme, crime irréparable…
Restrictions de la gamme des entités considérées comme des appositions
Divers grammairiens réduisent la gamme des constructions ci-dessus lorsqu’ils traitent de l’apposition. Pour le français, Mauger 1971, par exemple, en exclut l’adjectif qui, selon lui, peut bien être disjoint, mais en tant qu’épithèteMauger 1971, .. Pour Grevisse et Goosse 2007, « l’apposition est un élément nominal placé dans la dépendance d’un autre élément nominal et qui a avec celui-ci la relation qu’a un attribut avec son sujet, mais sans copule ». Cette grammaire en exclut donc l’adjectif, mais aussi le verbe à l’infinitif et la proposition. Il en est de même en ce qui concerne les grammaires traditionnelles de l’anglais, du roumain ou des langues du BCMS. Exemples d’appositions dans ces grammaires : : John Smith, the butcher, came in « John Smith, le boucher, entra » ; The novelist Joseph Conrad couldn't speak English until he was 47 « Le romancier Joseph Conrad ne parlait pas anglais avant l’âge de 47 ans »Eastwood 1994, 14. o. : Te-a căutat Ion, portarul « Il y a Ion, le concierge, qui t’a cherché » ; Om prudent, Busuioc trăgea cu coada ochiului într-acolo « Homme prudent, Busuioc regardait du coin de l’œil par là » (Liviu Rebreanu) ; Fluviul Dunărea este cel mai mare din Europa « Le fleuve Danube est le plus long d’Europe » ; BCMS : : Ovo je Petar, komšija « C’est Petar, un/le voisin »Čirgić 2010, .Dans le BCMS il n’y a pas d’articles, une telle apposition peut donc correspondre en français à une avec article défini ou indéfini, selon le contexte. ; : Nedaleko od kuće primijetili su psa skitnicu « Non loin de la maison, ils ont remarqué un chien vagabond »Barić 1997, . ; : na reci Dunavu « sur le fleuve Danube »Klajn 2005, ..
Toutes les entités que les grammaires du hongrois considèrent comme des appositions sont disjointes et postposées, sans prendre en compte les infinitifs et les propositions. Ce qui, dans d’autres grammaires, est une apposition conjointe est, selon elles, un complément du nom ou du pronom : Pista bátyám « mon frère aîné Pista ». Par contre, elles incluent parmi les appositions les adjectifs disjoints qui sont, il est vrai, substantivés dans cette situation : A lejtőket, a havasakat még nem süti elég melegen a nap « Les pentes, les neigeuses, ne sont pas encore assez chaudement ensoleillées ».
Statut grammatical de l’apposition
Les grammairiens sont en général d’accord pour affirmer que l’apposition a pour trait principal l’identité de référence avec le terme auquel elle est associéeEastwood 1994, .. Certains y ajoutent ou mentionnent seulement l’équivalence syntaxique avec ce terme. Selon certains auteurs, l’un des critères de définition de la construction appositive est sa transformabilité en construction sujet + copule + attribut.
Comme il n’y a pas d’unité de points de vue sur la définition de l’apposition, il n’y en a pas non plus sur la question de savoir si l’apposition est ou non une fonction syntaxique et, dans ce dernier cas, si elle est un type d’épithète ou de complément du nom/pronom, ou bien si elle est une fonction syntaxique à part.
L’apposition vue sans fonction syntaxique
Selon certains auteurs, l’apposition n’est pas une fonction grammaticale, l’entité mise en apposition n’ayant pas, par elle-même, de fonction syntaxique. La preuve en serait qu’un syntagme nominal peut être apposé : au sujet : M. Dupont, le professeur, a les cheveux frisés ; à l’attribut : Je le vois gentil, plein de prévenances ; à un complément d’objet direct : J’aperçois la « ville », espèce de gros village aux rues tortueuses ; à un complément du nom ou du pronom : Je revois la coiffe de ma grand-mère, une vieille femme ridée ; à un mot mis en apostrophe : Vous, Duval, le génie de la classe, répondez.
Cet argument est également présent chez d’autres auteurs, même chez ceux qui ne nient pas à l’apposition une fonction syntaxique.
Exemples en anglais : sujet : Joseph Conrad, the famous English novelist, couldn't speak English until he was 47 « Joseph Conrad, le fameux romancier anglais, ne parla pas anglais avant l’âge de 47 ans ; attribut : The man is a fool, a complete idiot « Cet homme est un fou, un idiot accompli » ; COD : Everyone visits the White House, the home of the President « Tout le monde visite la Maison-Blanche, la résidence du Président » ; complément circonstanciel de lieu : The place is miles away, much too far to walk « Cet endroit est à plusieurs milles d’ici, beaucoup trop loin pour y aller à pied ».
En roumain : sujet : Noul venit, chiar prietenul său, n-a fost de aceeași părere « Le nouveau venu, justement son ami, n’était pas du même avis » ; attribut : El pare abătut, mai precis supărat « Il semble abattu, plus exactement fâché » ; COD : Îmi aleg unul, pe acesta « Je m’en choisis un, celui-ci » ; complément d’objet indirect : I-am trimis colegului, adică lui Nicu, toate cărțile « J’ai envoyé tous les livres à notre collègue, c’est-à-dire à Nicu » ; complément circonstanciel de temps : Se prezintă joi, adică de azi în trei zile « Il/Elle se présente jeudi, c’est-à-dire dans trois jours » ;
En hongrois : sujet : Zsófi, (azaz/vagyis) a lányom hegedülni tanul « Zsófi, (c’est-à-dire) ma fille, apprend le violon » ; attribut : Ez a fiú Károly, (azaz) a sógorom « Ce garçon est Károly, (à savoir) mon beau-frère » ; COD : Már rég nem láttam Ádámot, (vagyis) az unokaöcsémet « Il y a longtemps que je n’ai pas vu Ádám, (je veux dire) mon cousin » ; complément circonstanciel d’accompagnement : Lillával, (vagyis) a húgom kislányával mentünk moziba « Je suis allé(e) au cinéma avec Lilla, (à savoir) la fillette de ma sœur cadette ».
Dans Nagy 1980, une grammaire du hongrois, l’apposition ne figure pas dans le chapitre de la syntaxe. On y considère qu’elle est en dehors de la proposition, étant une construction elliptique consistant en le terme subordonné à un terme répété. D’une phrase complexe comme Tél volt, kemény tél volt « C’était l’hiver, c’était un hiver rigoureux », la partie redondante est éliminée et il en reste l’adjectif kemény « rigoureux » en tant qu’apposition : Tél volt, kemény « C’était l’hiver, un rigoureux »Nagy 1980, ..
L’apposition vue comme un élément subordonné à part
Ce statut est attribué à l’apposition par Grevisse et Goosse 2007, par exemple, ainsi que par les grammaires du BCMS mentionnées dans cet article.
Dans le cas de l’apposition conjointe, il y a des divergences quant à savoir lequel des termes de la construction est en fait l’apposition. Pour certains, c’est toujours le second, par exemple pour Mauger 1971. Ainsi, dans le syntagme le mois de juin, l’apposition serait de juin et dans le roi René, René. De même pour les grammaires du roumain : dans fluviul Dunărea « le fleuve Danube », l’apposition serait Dunărea. Par contre, selon Grevisse et Goosse 2007, l’apposition est parfois le second terme (ex. : une girafe mâle), mais d’autres fois le premier : le mois dans le syntagme le mois de mai, le poète dans la phrase J’ai rencontré le poète Hugo. Son interprétation découle de la définition que cette grammaire donne à l’apposition, considérant que celle-ci provient d’une phrase où poète est le noyau de l’attribut, résultat d’une transformation de la suite de phrases J’ai rencontré Hugo. Hugo est un poète.
Les grammaires BCMS ont le même point de vue que Grevisse et Goosse 2007 concernant l’apposition antéposée à un nom propre pour exprimer ce qu’est quelqu’un ou quelque chose : gospodin Galović « monsieur Galović », Komšija ima kuću u gradu Zagrebu « Le voisin a une maison dans la ville de Zagreb », restoran „Proleće“ « le restaurant Le Printemps ».
Dans des grammaires du hongrois, seul un certain type d’apposition est considéré comme un élément subordonné à part, celui qu’on y appelle « apposition d’identification », ex. : Pistát, a fiamat ellenfélnek tekintették « Ils considéraient Pista, mon fils, comme un adversaire ».
L’apposition vue comme un type d’épithète ou de complément du nom/pronom