vignette|Partition d'un cantique breton Les cantiques bretons sont des chants sacrés populaires en langue bretonneFañch Morvannou, Kanennoù ar feiz, Les chants de la foi, Editions du Layeur/Notre Histoire, 1998, . chantés à l’occasion des messes et pardons en Basse-Bretagne.

Caractères généraux « Ces chants sont dits populaires, dans le sens où ils ont été adoptés et chantés par le peuple » et permettaient au peuple d’exprimer sa louange à Dieu en breton pendant les offices religieux quand la langue liturgique de l’Église catholique était le latin. En effet, jusqu’au Concile Vatican II (1962-1965), la messe et les vêpres se disaient ou se chantaient en latin.

Dans l'abondante discographie de cantiques traditionnels bretons (en breton Kantikou), on peut citer les albums de Anne Auffret, Yann-Fañch Kemener, Jean Le Meut, de chorales comme les Kanerien Bro Leon, les Kanerion Pleuigner, les Mouezh Paotred Breizh, la Manécanterie Saint-Joseph de Lannion, la Psalette de Tréguier ou les Chœurs de la Maîtrise de Sainte-Anne d’Auray.

Le Concile Vatican II ayant autorisé la célébration de la messe et des offices en langue vernaculaire, de nouveaux cantiques bretons ont été composés depuis les années 1970, notamment par Visant Seité et Roger Abjean (souvent sur des airs gallois), Job an Irien et Michel Scouarnec. Un certain nombre ont été publiés sous le titre de « Hag e paro an heol » par le Bleun-Brug puis le Minihi Levenez.. On peut également citer plus récemment les créations de la chorale Allah's Kanañ.

Certains airs bretons ont eu du succès hors de Bretagne, et ont été utilisés pour accompagner des paroles françaises de cantiques. C’est le cas par exemple du cantique « La nuit qu’il fut livré le Seigneur prit du pain » (C3)Voir Codification liturgique du SECLI pour la signification des cotes des chants religieux en langue française., dont la mélodie est celle du Lavaromp ar chapeled stouet war an douar ; ou encore des cantiques « Le pain que tu nous donnes » (D83) (Gwerz ar vezventi), « O viens, sagesse éternelle » (E35) (O êlez ar baradoz), « En toi Seigneur mon espérance » (G7) (Me ho salud, korf va Zalver), « Quand je viens vers toi » (G 41) (Karomp Doue da genta), « O Croix dressée sur le monde » (H 30) (Me a laka va fizians), « Jésus qui vit aux cieux » (J10) (Kantik ar baradoz), « Ami que Dieu appelle » (S48) (Patronez dous ar Folgoad), « Vous attendiez la promesse » (E25) et « Bénie sois-tu, sainte Église » (K27) (Rouanez ar arvor), « Seigneur, seul maître du monde » (B24) (Kinnigom oll ar zakrifis), « Seigneur que ta parole » (A51) (inspiré de Pe trouz war an douar), « Vous êtes sans pareille » (V10) (la partition indique Air breton). Le cantique « Seigneur, en ton Église » (D36) a également repris une des deux mélodies de l’angélus breton de Noël (Eun arhel a-berz an Aotrou), qui est également celle de la Gwerz Zant Erwan.

Il y a eu également des compositions nouvelles, aux mélodies modales d’inspiration bretonne comme « Dieu qui nous mets au monde » (C128) et « Si l’espérance t’a fait marcher » (G213) de Didier Rimaud et Michel ScouarnecJo Akepsimas, au Colloque de Strasbourg de mai 2013 sur « Vatican II et les traditions du chant chrétien : bilan et perspectives »..

On notera également l’intérêt qu’ont porté aux cantiques bretons les compositeurs Camille Saint-Saëns Trois Rapsodies sur des Cantiques bretons pour orgue (op. 7, 1857) ; (I et III orchestrées en 1892)Jean Gallois, Camille Saint-Saëns, p. 104 - 105, Pierre Mardaga, Sprimont 2004 ; en 1866, Saint-Saëns effectua un pèlerinage vers la chapelle Sainte-Anne-la-Palud en Bretagne. Par hasard, il découvrit trois hymnes bretonnes pour Noël. Il s'agit des trois cantiques, bâti chacun en trois sections, et elles-mêmes divisées en trois parties symétriques ainsi que trois tonalités : mi majeur, ré majeur et la mineur., Joseph-Guy Ropartz (Kanaouennou ar Bleun-Brug, Douze cantiques bretons), Paul Ladmirault (Quelques vieux cantiques bretons, 1906), ou Jean Langlais (Noël breton, Suite armoricaine...).

Histoire

L’importance culturelle et religieuse des cantiques bretons est indéniable en Basse-Bretagne depuis le milieu du en raison du poids de l'église. Plus qu’en d’autres provinces de France, le cantique y a été un moyen privilégié de la pastorale catholique pour catéchiser en profondeur les populations alors massivement rurales et analphabètes. Le précurseur fut dom Michel Le Nobletz (1577-1652) qui prêcha à Morlaix, Landerneau, Le Conquet et surtout à Douarnenez, en illustrant son enseignement par des tableaux de mission ou taolennou et en s’appuyant sur les cantiques, La vie de Monsieur Le Nobletz prestre et missionnaire de Bretagne ( 1665), 1836, Lyon, Périsse frères, t. 2, .. Son disciple le Père Julien Maunoir prendra le relais en publiant en 1642 un recueil de Canticou spirituel. « Les cantiques de Dom Michel et de Julien Maunoir, appris par cœur et chantés, pendant trois cents ans par les Bretons bretonnants, ont été leur Bible ; eux qui, n’étant pas protestants, n’avaient pas de contacts directs avec l’Écriture Sainte. Cependant, les cantiques eux-mêmes comportent bien des allusions scripturaires »F. Morvannou, Kanennoù ar feiz, ..

Les mélodies des cantiques étaient faciles à mémoriser, car elles reprenaient parfois des airs français largement connusBernard Lasbleiz, War-don… Les timbres des chansons et cantiques populaires en langue bretonne (), thèse de celtique, Université de Bretagne occidentale, décembre 2012, 2 vol. . Cette proximité avec la musique profane suscita au début des controverses sur leur bien-fondé (le Père Julien Maunoir fut critiqué), de même que la qualité de la langue employée (un breton truffé de gallicismes, ce qui était très apprécié à l’époque, mais que les militants bretons surnommeront plus tard péjorativement le « brezoneg beleg » ou « breton d’Eglise »), jusqu’à l’effort de purification engagé au milieu du par l’abbé Jean-Guillaume HenryJean-Louis Le Floc'h, « Controverses sur la langue bretonne dans le clergé finistérien au », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. 114, 1985, . à la suite du Barzaz Breiz de La Villemarqué (ce breton « purifié » mais élitiste, et surtout incompréhensible au peuple, d’un clergé désormais soucieux de supprimer les emprunts inutiles au français, sera nommé par contraste le « brezoneg gador » ou « breton de chaire » à prêcher) Cf. Hervé Queinnec, « Pierre-Jean Nédélec, Le Pater en breton, quatre siècles de variation » (note 8), sur http://diocese-quimper.fr/fr .

Les premiers recueils de cantiques bretonsPar exemple Cannenneu spirituel eit bout cannet er katechimeu ha retroedeu [Chants spirituels pour être chantés dans les catéchismes et les retraites], Paris, H.Vrayet, sd., 128. sont étroitement liés aux missions paroissiales et aux retraites spirituelles (misionnou ha retrejou), tout particulièrement dans le diocèse de Vannes qui a vu dès 1663 le jésuite Vincent Huby « inventer » les retraites fermées. Des Canticou spirituel (1642) du Père Maunoir jusqu’aux recueils montfortains du milieu du , un lien étroit unit les cantiques bretons et les missions paroissialesGeorges Provost, dans Leoriou ar baradoz. Approche bibliographique du livre religieux en langue bretonne, Quimper, Bibliographie de Bretagne, 2002, ..

Les cantiques furent également à l’honneur dans les catéchismes, les confréries, plus tard les "congrégations" et tiers-ordres. Puis la fin du et le début du virent se multiplier des cantiques spécifiques à tel ou tel pèlerinage, paroisse ou chapelle, des paroles locales étant adaptées sur quelques mélodies très connues, comme celui de Notre-Dame de QuelvenF. Morvannou, Kanennoù ar feiz, ..

Ces cantiques se distinguent également par leur forme dialectale. La langue bretonne comprend en effet quatre dialectes principaux correspondant aux anciens évêchés de Cornouaille, Léon, Tréguier et Vannes. Les trois premiers dialectes ont eu longtemps une écriture commune, qu’on appelle Kerne-Leon-Treger ou KLT, le vannetais étant à part. Les cantiques vannetais se distinguent donc des autres par leur sonorité et leur écriture.

De très nombreux recueils de cantiques ne sont pas signésOn s’en apercevra en consultant le chapitre 8 consacrés aux « Cantiques », dans l’ouvrage Leoriou ar baradoz. Approche bibliographique du livre religieux en langue bretonne, Yann Celton, dir., Quimper, Bibliographie de Bretagne, 2002, ., et ceux qui le sont mêlent à des nouveautés des reprises de cantiques anciens, sans qu’il soit toujours possible de les distinguer clairement. D’autre part, des traditions parfois légendaires entourent certains cantiques célèbres, comme le Kantik ar Baradoz que la tradition orale attribue à saint Hervé, alors que d’autres sources lui donnent comme auteur le célèbre dom Michel Le NobletzVoir Th. de La Villemarqué, Barzaz Breiz, , 1867, « Argument » liminaire : « On l’attribue généralement à Michel Le Nobletz de Kerodern, mais les poètes populaires le réclament pour saint Hervé, leur patron »..

Les Kantikerien les plus connus Parmi les Kantikerien (compositeurs de cantiques) les plus connus, on relève dans le diocèse de Vannes les noms de Louis Pourchasse (1724-1796), directeur de la Retraite de Vannes (Choes a gannenneu spirituel aveit er retraid, 1792), de Pierre Nourry (1743-1804), recteur de Bignan, de Joachim Guillôme (1797-1857) (Guerzenneu eid escobty Guénèd [Cantiques pour le diocèse de Vannes], 1856), de Pierre Le Mouël (1800-1875), recteur de Saint-Gérand (Cannenneu tonniet er blai 1855), ainsi que du jésuite Pierre Larboulette (1810-1892) (Guerzenneu eid ol er blai [Poèmes pour toute l’année], 1856, nombreuses rééditions).

Dans le diocèse de Saint-Brieuc, le kantiker le plus connu est sans conteste Claude Guitterel (1843-1925), le recteur de Sant-Vek (Saint-Mayeux), auteur du recueil Kantikou Zan-Vek (1890).

Dans celui de Quimper, le nom de Charles Le Bris (1664-1736), « recteur de Cléder »En réalité aumônier des religieuses augustines de Carhaix, cf. Jean-Louis Le Floc’h, « Un auteur breton du : Charles Le Bris (1664-1736) », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. 116, 1987, ., et ses Canticou spirituel var an oll exerciçou eus a ur guir gristen (1698), s’impose au , et ceux de Jean-Guillaume Henry (1803-1880) et de Jean-Marie Guillou (1830-1887) au siècle suivant. Ami de Théodore Hersart de La Villemarqué, l’abbé Henry fut l’auteur du Kanaouennou santel dilennet ha reizet evit eskopti Kemper (1842) et du Kantikou eskopti Kemper choazet ha renket dre ghemenn ann aotrou’n eskop Rene-Nicolas Sergent (1865)Abbé Jean-Guillaume Henry, Kanaouennou santel dilennet ha reizet evit eskopti Kemper [Chants sacrés choisis et corrigés pour le diocèse de Quimper] (Sant-Briek, E ti L. Prud’homme, 1842), et Kantikou eskopti Kemper choazet ha renket dre ghemenn ann aotrou’n eskop Rene-Nicolas Sergent [Cantiques du diocèse de Quimper choisis et classés par ordre de Mgr l’évêque R.-N. Sergent] (Kemperle, ty Th. Clairet, 1865).. Quant à l’abbé Guillou, recteur de Locmaria (Quimper) puis de Penmarc'h, il fut un poète et compositeur fécondHenri Pérennès, « Un grand poète breton, Jean Guillou », Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie (Quimper), 1930, .. Ses œuvres ont été très populaires, au point qu’il fut surnommé Kantiker bras an eskopti ; et certains de ses cantiques sont toujours chantés, comme ceux du Folgoët (adapté de l’air de Quelven), de Rumengol, de Penhors.

Débat sur l'origine des mélodies bretonnes