La Société d'économie politique (SEP) est une association loi de 1901 française fondée en 1842 regroupant des universitaires, dirigeants et cadres supérieurs d'entreprises et hauts fonctionnaires destinée à la réflexion et aux rencontres sur les sujets économiques et sociaux (organisation de dîner-débats, publication des annales d’Économie Politique, prix du meilleur article économique). C'est un des bastions de la sociabilité des libéraux.
Histoire
La Société d'Économie Politique est l'une des plus anciennes sociétés savantes en France. Elle porte ce nom depuis 1847 ; elle s'est d'abord appelée la Société des économistes. Elle a été fondée en 1842 par des disciples de Jean-Baptiste Say et de Frédéric Bastiat. Ils entendaient réclamer l'enseignement de l'économie politique dans la mesure où il n'existait alors que deux chaires publiques d'économie politique, au Collège de France et au Conservatoire des Arts et métiersYves Breton, Les économistes, le pouvoir politique et l'ordre social en France en 1830 et 1851, dans Histoire, économie et société, 1985, vol. 4, . C'est pourquoi elle proteste en 1848 contre la suppression de la chaire d'économie politique du Collège de France Le Temps, 24 avril 1848. Ils cherchent également à promouvoir un libéralisme libre-échangiste, dans un contexte marqué par des polémiques sur le libre-échange.
Un groupe de pression s'est mis en place en 1841-42 autour d'une maison d'édition (celle de Gilbert Guillaumin), d'un mensuel fondé en 1841, le Journal des économistes et d'une société savante fondée l'année suivante. Ce sont cinq jeunes publicistes qui fondèrent cette société à l'occasion d'un dîner, le : l'éditeur Gilbert Guillaumin (1801-1864) (41 ans), créateur du Journal des économistes, Joseph Garnier (30 ans), futur rédacteur en chef du Journal des économistes, Eugène Daire (44 ans), le Vosgien Adolphe Biaise et Pierre Bos dit Denis, qui quitta la Société plus tard pour rejoindre le camp protectionnisteJournal des économistes, 1882 (séance de la Société du 6 novembre 1882, Notice historique, par son secrétaire perpétuel, Alphonse Courtois), Annales de la Société, séance du 6 novembre 1882, Notice historique, Lucette Le Van-Lemesle, La promotion de l'économie politique en France au , jusqu'à son introduction dans les facultés (1815-1882), dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine, avril 1980.
La société se développe autour du réseau de Guillaumin et de celui du fils de Jean-Baptiste Say, le négociant Horace Émile Say. Le recrutement est élitiste et s'est d'abord fait par cooptation. La société s'est ouverte à partir des années 1860 aux hauts-fonctionnairesLucette Le Van-Lemesle, Revue d'histoire moderne et contemporaine, avril 1980, . La société comprend 50 membres en 1847, 80 en 1849, 117 en 1859, 148 en 1864, 165 en 1868, 211 en 1879, 227 en 1883. La Société décide alors de limiter le nombre de ses membres. Ceux-ci ont pour la plupart une large surface sociale : implication à la fois dans le monde des affaires, dans celui de la politique (certains sont députés, sénateurs, ministres), dans l'enseignement (facultés de droit à partir des années 1870, Collège de France, École libre des sciences politiques à partir de 1872 - 20 actionnaires originels sont membres de la SEPDominique Damamme, Genèse sociale d'une institution scolaire. L'École libre des sciences politiques, dans Actes de la recherche en sciences sociales, 1987, vol. 70, et plusieurs membres y enseignent, Conservatoire national des arts et métiers, École des hautes études commerciales de Paris, .), la presse (outre le Journal des économistes de Joseph Garnier, Gustave de Molinari, Yves Guyot, ou encore Louis Germain-Martin, L'Économiste français de Paul Leroy-Beaulieu à partir de 1873, le Journal des débats de Léon SayQui met en avant les discours de Léon Say: Journal des débats, 15 novembre 1882, Ibid., 6 novembre 1892, Cinquantenaire de la Société d'économie politique, Le Siècle d'Yves Guyot, Le Temps d'Émile Mireaux, etc.), dans celui de l'Académie des sciences morales et politiques.
50 ans après sa fondation elle n'a toujours pas de siège propre ; elle a son siège social au 14, rue de Richelieu à la librairie Guillaumin, dirigée alors par la fille du fondateur de la SociétéLe Figaro, 6 novembre 1892. Frédéric Passy s'écrie lors du anniversaire de l'association, alors qu'a été voté le Tarif Méline protectionniste : . Et il s'attriste . Léon Say, quant à lui, déclare: or cette dernière est et sa disparition provoquerait la fin d'une civilisation, Le Temps, 7 novembre 1892. Pour son anniversaire, la Société tient une séance solennelle à la Sorbonne, en présence de délégués de sociétés étrangères semblablesLe Temps, 31 mai 1912, Le jubilé de M. Frédéric Passy. Yves Guyot, qui préside cette séance, affirme que . Les convictions de ses membres n'ont pas été , portées alors par l'Association de l'industrie et de l'agriculture françaises et sa Société d'économie politique nationale fondée notamment par Edmond Théry en 1897.
La plupart des membres de la société sont hostiles à la progressivité de l'impôt et à l'impôt sur le revenu dans la deuxième moitié du et au début du . Dans les années 1930, la défense du libéralisme est notamment prise en charge par la Société d'économie politique, au moment où la crise économique entraîne sa remise en cause.
S'ils sont partisans d'un libéralisme libre-échangiste, les membres de la Société ne partagent pas le même point de vue sur plusieurs questions. Ainsi celle du monopole étatique de la sécurité, que critique Gustave de Molinari en 1849, contrairement aux autres économistes de la SociétéDébat à la Société d’économie politique sur l’anarcho-capitalisme de G. de Molinari (1849), sur le site de l'Institut Coppet, Fred Célimène et André Legris, Gustave de Molinari à Panama et la Théorie de l’évolution, dans la Revue d’Économie Régionale & Urbaine, 2007/1. Ou celle de la colonisation. Un Paul Leroy-Beaulieu ou un Joseph Chailley sont favorables à la colonisation, contrairement à la plupart des économistes de la Société, tels Gustave de Molinari, Yves Guyot, auteur en 1885 de Lettres sur la politique colonialeIl est plus modéré cependant lors d'un débat en 1893 dès lors que l'empire colonial est constitué: Bulletin de la Société d'économie politique, septembre 1893, ou Frédéric PassyAlain Clément, L’analyse économique de la question coloniale en France (1870-1914), dans la Revue d'économie politique, 2013/1, Vol. 123 .
Yves Guyot a critiqué les prises de position contradictoires de Paul Leroy-Beaulieu au sujet de la politique économique des Boers au Transvaal à l'occasion de la Guerre des BoersLe Siècle, 19 janvier 1900, Ibid., 6 juin 1900. Sur d'autres points, des économistes ont pu critiquer le manque de légitimité d'industriels pourtant membres de la sociétéNicolas Delalande, Émile-Justin Menier, un chocolatier en République Les controverses sur la légitimité de la compétence politique d’un industriel dans la France des années 1870, dans Politix, 2008/4, . Parfois, des membres de la Société se mettent à critiquer les chefs de file de l'association, tel Léon Walras qui écrit à propos de Léon Say: .
Après avoir été invitée à assister à une des réunions mensuelles, la journaliste économique Mathilde Méliot devient au mois de suivant la première femme « membre correspondant » de la SEP puis en un membre à part entière. Avec Clémence Royer (morte quelques mois plus tôt) et Marie Le Roy, elle est ainsi l'une des trois premières femmes élues membres de l'association, mais ne publie pas, contrairement à ses deux consœurs, d'articles dans le Journal des économistes.
La Société rassemble aujourd'hui près de 350 membresSite de la Société : Présentation de la Société.
Dîners-débats Chaque mois, une personnalité est invitée à présenter ses vues lors d'un dîner-débat. Le Figaro notait lors du anniversaire de la Société : . Le prix du déjeuner est alors de . Le Journal des économistes a retranscrit les débats de la société, surtout à partir de 1845. Ils étaient rédigés par Joseph Garnier. La société publie ses propres comptes rendus à partir de 1882, dans ses Annales puis dans son Bulletin. La presse des élites, notamment Le TempsPar exemple; Le Temps, 8 juin 1898, évoque parfois les séances de l'association. Après la Seconde Guerre mondiale, les séances de la Société ont lieu généralement au Nouveau cercle (288, boulevard Saint-Germain) le mardi du moisRevue d'histoire économique et sociale, Volume 30, 1952. Le Monde les évoque parfois, notamment lorsqu'une personnalité est invitée. . . . . . . . . La Revue des deux Mondes a pu aussi les évoquerLa Revue des deux mondes, février 1976.
Les dîners de la Société ont lieu actuellement au Cercle de l'Union interalliée.
Dirigeants, animateurs et membres
Présidents (année d'admission) La société d'économie politique comporte une présidence, un bureau et un conseil d'administration. Longtemps, la société a été présidée, de 1845Annales de la Société d'économie politique, Notice historique, par Alphonse Courtois, secrétaire perpétuel aux années 1920, par deux présidents à la fois. Les présidents, après avoir exercé leur mandat durant 4 ans, étaient remplacés de la manière suivante : le premier président par le second, le second était choisi parmi les vice-présidents ou les anciens présidents (article 3 des statuts de 1886 et 1890)Annuaire de la société, 1924 : Charles Dunoyer (1842-1846). Hippolyte Passy (1842-1846), 1845-?. Charles Renouard (1842-1846), 1845-?. Michel Chevalier (homme politique) (1842-1846). Joseph Garnier (1842). Léon Say (1842). Édouard Lefebvre de Laboulaye (1861). Frédéric Passy (1855), ?-1912. Pierre Émile Levasseur (1857), 1895-1911. Paul Leroy-Beaulieu (1868), 1911-1916. Yves Guyot (1881), 1913-1928 (premier président de 1917 à 1921 et de 1925 à 1928)Bulletin de la Société d'économie politique, 1913, Bulletin de la Société d'économie politique, 1928. Raphaël-Georges Lévy (1888), 1917Bulletin de la Société d'économie politique, 1917, premier président en 1921, réélu second président en 1925. Clément Colson (1899), 1929-1933Le Temps, 26 mars 1939. Henri Truchy (1914), 1932Bulletin de la Société d'économie politique, 1932 ?-1936. Edgard Allix (1926), 1937-1938. Émile Mireaux (1927), 1938-1940. Louis Baudin (1926), 1946-1950. Jacques Rueff (1923)Le Monde, 8 janvier 19531950-1954. Édouard Bonnefous, 1954-1958. Gaston Leduc (1934), 1958-1962Revue des deux mondes, 15 juillet 1962, Propos de la quinzaine (élection de Durand-Reville et présentation du bureau). Luc Durand-RévilleBiographie sur le site du Sénat (1926), 1962-1966. Daniel Villey (1950), 1966Le Monde, 2 septembre 1966, ?-1968. Jean MarczewskiLa Revue des deux mondes, mars 1976, ?-1976. Gérald Heim de Balsac, 1976Revue politique et parlementaire, 1976, , -1980. Jacques Plassard, 1984-1988whoswho.fr: Biographie. Alain Bienaymé, professeur à l’université Paris-Dauphine (1969-2003), 1988-1992Article et biographie de Bienaymé. Gérard Worms, président de la Compagnie de Suez, 1992-1994lesechos.fr, 17 juin 1994. Ancien élève de l'École polytechnique et de l'École des Mines, il commence sa carrière comme conseiller du ministre de l'Industrie, Olivier Guichard, puis du Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas. Nommé en 1975 directeur général du Groupe Hachette, il prend en 1982 la direction de Rhône-Poulenc. Appelé en 1987 à diriger la Compagnie de Suez dont il devient le président en 1990, il rejoint le Groupe Rothschild cinq ans plus tard: lesechos.fr, 28 juin 1991, Biographie, Biographie. Albert Merlin, chef économiste de Saint-Gobain, 1994-1996institut-entreprise.fr, Biographie sur le site de l'Institut de l'entreprise, societedeconomiepolitique.org, Disparition d'Albert Merlin (décembre 2015). Christian de Boissieu, 1996-1998. Philippe Chalmin, Professeur d’histoire économique à l'Université Paris-Dauphine depuis 1994, 1998-2000Biographie.