vignette|Récupération du corps de Günter Litfin du bassin portuaire Humboldt (Humboldthafens) le

Les victimes du mur de Berlin ou victimes du Mur sont les personnes qui perdent la vie lorsqu'elles tentent de fuir la République démocratique allemande (RDA ou Allemagne de l'Est) en franchissant le mur de Berlin du au , veille de la chute de l'édifice. Ces personnes sont abattues par les soldats des troupes frontalières de la RDA, ou trouvent la mort de façon accidentelle.

Les sources divergent quant au nombre de victimes. Selon les résultats d'un projet de recherche financé par l'État et mené par le Centre de recherche sur l'histoire du temps présent (Zentrum für Zeithistorische Forschung, ZFF) et la Fondation du mur de Berlin (Stiftung Berliner Mauer), le Mur cause la mort d'au moins . Parmi elles, de la RDA en fuite, de l'Est comme de l'Ouest n'ayant pas de projet de fuite mais qui sont abattues ou périssent à la suite d'un accident, ainsi que huit gardes-frontières morts dans l'exercice de leurs fonctions. Le ZFF ne compte pas les personnes décédées d'une mort naturelle — principalement d'infarctus — pendant ou après un contrôle aux frontières parmi les véritables victimes du Mur. Près de sont connus. Le Groupe de travail du 13 août (Arbeitsgemeinschaft 13. August), société gestionnaire du musée du Mur au Checkpoint Charlie, mentionnait en 2009 du Mur et naturels.

Le ministère de la Sécurité d'État (Ministerium für Staatssicherheit, MfS), mieux connu sous le nom de « Stasi », enquête sur les faits et maquille la vérité pour dissimuler les véritables circonstances des décès aux proches du défunt et à l'opinion publique. Les documents officiels sont falsifiés, de fausses déclarations sont faites à la presse et toute trace est effacée. La justice rouvre une partie des dossiers après la réunification au moment de procès (). Ces procès, engagés contre les gardes-frontières et leurs supérieurs hiérarchiques militaires et politiques, concernent les victimes du Mur abattues par les gardes-frontières. sont ainsi engagées contre ; environ la moitié d'entre elles mènent à une condamnation.

Histoire

vignette|Les frontières de la RDA, de plus en plus développées. vignette|Les frontières extérieures vers Berlin-Ouest, furent aussi renforcées. Après la Seconde Guerre mondiale, Berlin fut divisé en quatre secteurs contrôlés par les Alliés : les États-Unis, l’Union soviétique, la Grande-Bretagne et la France. Après la fermeture permanente des frontières intérieures entre la RDA et la RFA (République fédérale d’Allemagne) en 1952, seuls les secteurs laissaient un passage possible de la RDA à la RFA. Les frontières extérieures de Berlin-Ouest avec la RDA furent fermées la même année. Dans la nuit du 12 au , l’Armée populaire nationale (Nationale Volksarmee), la police des frontières est-allemandes (die Deutsche Grenzpolizei), la police nationale (die Volkspolizei) et une milice armée, les Groupes de combat de la classe ouvrière, bouclèrent toutes les issues entre le secteur soviétique et les trois secteurs de l’Ouest : ce fut le début de la construction d’un dispositif massif de sécurité aux frontières.

Les premières années, la fortification des frontières au centre de la ville était constituée d’un mur fait de briques et de plaques de béton, surmonté d'un fil barbelé. Des chevaux de frise furent placés devant le mur de l’Est. À certains endroits, comme dans la Bernauer Straße, des maisons aux portes et fenêtres condamnées et murées formaient le tracé de la frontière. Les maisons appartenaient au secteur Est, le trottoir à l’Ouest. Le dispositif de sécurité à la périphérie de Berlin-Ouest était à beaucoup d’endroits composé de grilles métalliques et de clôtures de fils barbelés. Les frontières furent renforcées par la suite. La consolidation du mur avec des segments de béton en forme de L, tel qu’il existait lors de sa chute, fut commencée seulement en 1975.

D’après les recherches du ZFF, l’histoire des victimes du Mur commença neuf jours après le début de sa construction avec Ida Siekmann : cette dernière sauta depuis son appartement, situé sur la Bernauer Straße, afin de rejoindre le trottoir, situé à l’Ouest, et mourut des suites de ses blessures. Deux jours plus tard, l’utilisation d’armes à feu entraîna pour la première fois la mort de deux personnes, lorsque la police des transports abattit Günter Litfin sur le pont du port d’Humboldt. Cinq jours plus tard, Roland Hoff fut à son tour abattu. Les années suivantes, de plus en plus de personnes moururent en tentant de quitter la RDA. Si certains cas se produisirent au vu et su de tous, comme la mort de Peter Fechter, d’autres restèrent inconnus jusqu’à la réunification.. +Registre des évasions de la RDA.PériodeNombre de fugitifsNombre de fugitifs ayant franchi le mur1961 - 1970105.53329.6121971 - 198039.1978.2401981 - 198833.4522.249Nota Bene: les indications se rapportent à tous les chemins d’évasion de la RDA, pas seulement hors de Berlin-Est. Les réfugiés politiques ne sont pas pris en compte. Environ la moitié des victimes du Mur décédèrent pendant les cinq premières années suivant le bouclage des secteurs. Au cours de ces années, il y eut beaucoup plus d’évasions totales, y compris des évasions impliquant la traversée de la frontière, que durant les décennies suivantes. Cela conduisit à une augmentation du nombre de victimes le long de la frontière interallemande et du Mur. Les premières années du Mur, entre et fuirent la RDA en franchissant directement la frontière, malgré les obstacles : ces personnes étaient nommées des « Sperrbrecher ». Leur nombre diminua dès la fin des années 1970 avec seulement 300 fugitifs par an. Les aménagements techniques du Mur découragèrent les évasions par cette voie. D’autres méthodes pour quitter la RDA furent de plus en plus utilisées, comme le passage par des pays socialistes voisins avec de faux passeports ou cachés dans des véhicules..

Dans la plupart des cas, les membres des troupes frontalières de la RDA (appelée Deutsche Grenzpolizei jusqu’en ) furent responsables des tirs mortels, bien que certains provenaient aussi de la police des transports, de la police nationale ou de soldats de la Nationale Volksarmee. Peter Kreitlow († ) fut la seule victime abattue par des soldats soviétiques, ceux-ci n’étant normalement pas postés à la frontière. Ils découvrirent un groupe de fugitifs dans une forêt à deux kilomètres de la frontière et ouvrirent le feu sur eux..

La plupart des victimes du Mur étaient des citoyens de Berlin-Est ou de la RDA qui tentaient de s’enfuir, souvent spontanément ou sous l’influence de l’alcool. Selon le ZFF, ces tentatives représentent 98 cas. À cela s’ajoutèrent des Berlinois de l’Ouest, dont de nombreux enfants, des citoyens de la RFA et un Autrichien. En , les passeurs Heinz Jercha et Siegfried Noffke, qui aidaient à l’évasion de citoyens par un tunnel, furent abattus près de celui-ci, tout comme deux gardes-frontières. Le passeur Dieter Wohlfahrt mourut en 1961 des suites d’une blessure par balle, qu’il avait reçue alors qu’il ouvrait un passage dans un grillage à la frontière. D’autres Berlinois de l’Ouest moururent après avoir atteint la zone ou les eaux limitrophes, que ce soit de façon involontaire, qu’ils se soient perdus ou qu’ils aient bu : ce fut le cas pour Hermann Döbler, Paul Stretz, mais aussi pour Dieter Beilig et Johannes Muschol, qui escaladèrent le Mur à Berlin-Ouest.

Au moins huit membres des troupes frontalières furent abattus par des fugitifs, des passeurs, des déserteurs, des policiers de Berlin-Ouest ou parfois même accidentellement par leurs collègues (Friendly Fire). Les victimes étaient majoritairement des hommes de moins de . Au moins 13 enfants et adolescents mineurs firent aussi partie des victimes.

La plus jeune victime fut le bambin Holger H., âgé de , qui étouffa dans la voiture de ses parents pendant leur tentative de fuite, en 1973. Olga Segler, , est quant à elle la plus vieille victime : elle se blessa mortellement en 1961, en sautant de son appartement situé sur la Bernauer Straße. Le dernier mort fut Winfried Freudenberg qui réussit à s’enfuir le grâce à un ballon à gaz, mais qui, à la suite d'un accident, s’écrasa sur Berlin-Ouest ; Chris Gueffroy est quant à lui la dernière victime du mur à avoir été abattue. Tandis que ces victimes et les circonstances de leur mort sont connues, d’autres restent non identifiées.

D’après les recherches du ZFF, au moins moururent de causes naturelles lors de contrôles frontaliers à Berlin. Cela concerna au poste de frontière de la gare Friedrichstrasse. Les infarctus étaient la cause principale des décès. Les contrôles à la frontière stressaient beaucoup les voyageurs, même s’ils n´étaient qu´en transit en RDA : ce stress était provoqué par la militarisation à la frontière et le comportement sévère et rébarbatif des unités de contrôle frontalier. Beaucoup de voyageurs se sentaient harcelés quand le temps d’attente devenait excessif ou quand ils étaient interrogés plus longuement à la suite de délits mineurs. Peu de ces cas furent reconnus publiquement. Ce fut surtout le cas pour les défunts citoyens de la RDA, du fait de la politique de non divulgation dans la République.

Voir aussi : Liste des victimes du mur de Berlin

Procédés des organes étatiques de la RDA vignette|La loi sur le Schiessbefehl (ordre de mise à feu) de 1973 : « ...si nécessaire utiliser les armes à feu de façon résolue pour immobiliser le traître, à fortiori le tuer. » Les gardes-frontières de la RDA étaient chargés d’empêcher les franchissements illégaux de la frontière par tous les moyens. C’est dans ce but qu’on leur accorda en 1960 le « Schiessbefehl » : l’ordre absolu de tirer sur tout fugitif à la frontière. Cet ordre, bien que changé plusieurs fois, resta en vigueur jusqu’en 1989 aux frontières extérieures ainsi qu’entre les secteurs. En cas de tir, d’emprisonnement ou de décès, la Stasi se chargeait de l’enquête et décidait de la stratégie à adopter. Elle déduisait des analyses des évènements la marche à suivre pour les gardes-frontières. Au début, les fugitifs blessés ou abattus restaient sur place jusqu’à leur évacuation, ce qui les laissait jusqu’alors à la vue des Berlinois de l’Ouest et de la presse occidentale. À la suite des réactions à la mort publique de Peter Fechter, les gardes-frontières reçurent l’ordre d’éloigner les morts et les blessés le plus rapidement possible du champ de vision de l’Ouest : il fallait éviter la mauvaise presse.. C’est la raison pour laquelle les gardes tiraient souvent sur les fugitifs au niveau des fosses anti-véhicules. De plus, les évacuations se faisaient parfois après la tombée de la nuit.

Les gardes-frontières devaient emmener les blessés à l’hôpital de la Volkspolizei dans le quartier Mitte, à Berlin, ou à l’hôpital militaire Drewitz à Potsdam. Aucun soin n’était dispensé pendant le trajet. Pour ne pas attirer l’attention, les soldats évitaient le plus souvent d’utiliser des ambulances, les remplaçant par des camions ou des Kübelwagen Trabant, s’apparentant à la Jeep américaine. À l’arrivée des blessés dans l’un des hôpitaux, le département de la Stasi « Ligne IX », ou le ministère principal pour les cas exceptionnels, s’occupaient des évènements. Les blessés restaient dans les hôpitaux sous surveillance de la Stasi et devaient être transférés aussi rapidement que possible dans une de leurs maisons d’arrêt. L’Institut de médecine légale de la Charité ou l´Académie de médecine militaire Bad Saarow étaient responsables des corps en cas de décès. Le secret était plus facile à maintenir dans ces institutions que dans d’autres lieux..