L'écologie intégrale est une approche transdisciplinaire ou holistique des questions environnementales et sociales prônée notamment par le catholicisme depuis 2015 et dans le mouvement intégral autour de Ken Wilber.

Le terme apparaît pour la première fois vers la fin des années 1950 aux États-Unis dans le domaine de la biologie. Il apparaît ensuite de manière sporadique dans les années 1970 dans le mouvement New Age avec Ervin Laszlo, dans les années 1980 et 1990 en France dans le mouvement royaliste en lien avec le nationalisme intégral de Maurras, en Amérique du Sud chez le théologien de la libération Leonardo Boff et aux États-Unis chez Thomas Berry. Au début des années 2000, le terme est utilisé en France par Alain de Benoist pour la Nouvelle Droite et Falk van Gaver dans le catholicisme traditionaliste. Parallèlement, aux États-Unis se développe le mouvement de théorie intégrale autour de Ken Wilber qui utilise pour la première fois le terme en 2000. Ses suiveurs Michael E. Zimmerman et Sean Esbjörn-Hargens étendent la notion d'écologie intégrale et ses applications.

L'encyclique papale Laudato si' met en avant la notion d'écologie intégrale, dans le prolongement du développement humain intégral et du respect de la nature prônés par la Doctrine sociale de l'Église catholique.

Des divergences d'interprétation entre intégral et intégriste et des approches néo-païennes ou chrétiennes de l'écologie intégrale donnent lieu à des débats en France.

Historique 1958, première occurrence dans les sciences La première occurrence du terme écologie intégrale apparaît à la fin des années 1950 dans le domaine de la biologie marine. Le terme « » est attesté pour la première fois en 1958 dans le traité Marine Ecology du biologiste marin Hilary B. Moore. Pour lui, l'écologie intégrale devrait constituer la troisième phase d'un bilan environnemental d'abord réalisé par la synécologie (l'étude des populations d'organismes dans un biotope), puis l'autoécologie (l'étude d'un organisme individuel dans son milieu). L'écologie intégrale permettrait alors la reconstitution de ces composantes en un tout, permettant de vérifier qu'une approximation raisonnable du complexe de départ est bien réalisée. Pour une compréhension complète de l'écologie, Hilary B. Moore en appelait à une vision plus large de l'approche scientifique traditionnelle de l'écologie et l'addition d'une étape transdisciplinaire aux analyses spécialisées. Il visualise ces étapes comme les trois parties d'un cercle, la synécologie étudiant le champ large, l'autoécologie différenciant ce champ en ses composantes, et l'écologie intégrale recombinant le tout en l'ensemble original. A une époque où peu d'espèces marines avaient été étudiées, l'écologie intégrale restait, selon lui, un but à atteindre dans le futur grâce à l'évolution des technologies..

Des mentions du terme apparaissent sporadiquement dans les décennies suivantes dans des pays et des milieux différents.

1972, Ervin László, l'écologie intégrale de la nature En 1972, le théoricien des systèmes Ervin László utilise de manière isolée le terme « integral ecology » dans le livre Introduction to systems philosophy; toward a new paradigm of contemporary thought, dans la section « Framework for a New Age theory ». Dans une de ses interprétations d'une recherche scientifique citée pour illustrer son propos, Laszlo postule qu'il y aurait une écologie intégrale de la nature, avec son propre équilibre interne, au sein duquel les espèces se maintiendraient volontairement grâce à des changements subtils de la biochimie liée au stress. La recherche scientifique citée portait sur la régulation des populations d'animaux : « Il est maintenant devenu évident que les individus et les espèces ne poursuivent même pas leurs buts reproductifs de base en toute indépendance, mais manifestent des restrictions, grâce à quoi ils se maintiennent dans les limites de l'équilibre de l'écologie intégrale de la nature. ».. Mais Laszlo a tendance à s'appuyer parfois sur des scientifiques qui ne sont pas de premier plan pour faire des généralisations sur des tendances convergentes de toutes les sciences modernes..

1984, Masson, l'écologisme intégral

En 1984 en France, le militant royaliste Jean-Charles Masson énonce le concept d'« écologisme intégral » dans le mensuel de l’Union Royaliste Provençale « Je suis français ». En deux articles intitulés Jalons pour un écologisme intégral, dont le titre est inspiré par le nationalisme intégral prôné au début du par Charles Maurras dans les cercles royalistes de l'Action française, il propose une réponse à la question du déracinement..

Face à une modernité qu'il estime décadente et médiocre, Masson fait le constat que « l’esprit révolutionnaire et l’individualisme égoïste se développent sur le déracinement économique » dont « l’inhumanité des villes, le sac de la nature ne sont que les effets visibles ». Masson appelle alors à un pour la France, un changement radical de société dans tous ses aspects qui justifie le qualificatif d’« intégral »..

Anti-rousseauiste, il connecte la question morale à celle de l'environnement : « Qu’on refleurisse demain toutes les cités dortoirs de France et de Navarre, on n’aura pas pour autant supprimé la pitoyable condition morale des familles qui s’y entassent. ». Pour lui, l’écologisme intégral est « la défense de l’homme total tel que le définit la tradition latino-chrétienne ».

Le terme d'écologie intégrale apparaît de manière indépendante chez trois auteurs entre 1995 et 2000.

1995, Boff, pour une écologie intégrale En 1995, dans un article intitulé Ecology and poverty: Cry of the earth, cry of the poor (L'écologie de la pauvreté, cri de la terre, cri des pauvres), le théologien de la libération Leonardo Boff en appelle à une écologie intégrale : « La demande aujourd'hui se fait plus pressante pour une écologie intégrale qui articule tous ces aspects dans l'optique de trouver une nouvelle alliance entre les sociétés et la nature, qui résultera dans la conservation du patrimoine de la terre, le bien-être socio-cosmique et le maintien des conditions qui permettront à l'évolution de continuer la course qu'elle suit maintenant depuis 15 milliards d'années. ».. Constatant le manque de coordination entre les différentes théories écologiques et la multiplicité des pratiques, Boff et Elizondo en appellent à une écologie intégrale qui articule la conservation, la préservation, l'environnementalisme, l'humain, le social, l'écologie mentale et l'écologie profonde dans la recherche d'une nouvelle alliance entre société et nature..

1996, Thomas Berry, l'écologiste intégral S'il a surtout utilisé le terme écologie intégrale dans des conférences et des conversations, le médiéviste Thomas Berry, un ancien prêtre catholique passioniste, forge le terme d'écologiste intégral comme guide spirituel normatif d'une spiritualité écologique dans un essai de 1996, An Ecologically Sensitive Spirituality compilé en 2009 dans The Sacred Universe. Pour lui, l'écologiste intégral est un porte-parole de la planète dans son aspect à la fois physique et sacré, au même titre que le prophète est celui de la divinité, le yogi de la spiritualité intérieure et le saint dans la foi chrétienne. À travers l'écologiste intégral, notre compréhension scientifique de l'univers se transforme en une tradition de sagesse..

Thomas Berry plaide pour une nouveau narratif qui démontre que chaque aspect de l'univers est intégral avec une totalité organique unique. Alors que la conscience humaine avait intégré l'expérience d'un monde cyclique où se renouvelent sans cesse les saisons, où la vie et la mort se succèdent, la science présente maintenant l'émergence d'un nouvel univers avec un modèle évolutionniste, une temporalité avec des séquences successives de transformations irréversibles. Nous devons commencer à réaliser que notre volonté peut occasionner des dommages temporels qui sont aussi des dommages éternels..

2000, Ken Wilber, écologie et théorie intégrale En 1995 Ken Wilber, un théoricien New Age, publie Sex, Ecology, Spirituality, un épais livre de plus de 800 pages dont une version abrégée, A Brief History of Everything, sort en 1996. Son approche transpersonnelle cherche à surpasser l'écophilosophie. et critique l'écologie profonde et l'écoféminisme, des courants de l'écologie autour desquels le débat faisait déjà rage à l'époque.. Mais l'expression écologie intégrale n'apparaît pas encore dans ses écrits. Ken Wilber est le créateur d'un schéma d'appréhension du monde sous trois aspects, physique, mental et spirituel (body, mind, soul) appelé AQAL pour “all-quadrant, all-level”. Le schéma répartit le long d'axes le collectif et l'individuel, l'intérieur et l'extérieur et dans les quadrants le je (intention), le nous (culture), le il (comportement) et le eux(société)..

C'est dans A Theory of Everything : an integral vision for business, politics, science, and spirituality, publié en 2000, que le terme écologie intégrale apparaît pour la première fois chez Wilber, dans un court chapitre validant ses réflexions antérieures sur l'écologie. Intitulé écologie intégrale, ce chapitre fait partie de la section « Real World » (Le monde réel) qui liste tous les domaines d'applications de sa théorie. Peuvent devenir ainsi devenir intégrales aussi bien la politique que la gouvernance, la médecine, le monde des affaires, l'écologie ou la mise en valeur des minorités..

2009, Michael E. Zimmerman et Sean Esbjörn-Hargens, les écologies intégrales Le modèle Aqal de Wilber est repris en 2009 par Michael E. Zimmerman et Sean Esbjörn-Hargens dans Integral ecology: Uniting Multiple Perspectives on the Natural World (« L'écologie intégrale : unifier diverses visions du monde naturel »).. Le diagramme leur permet de schématiser les différents courants de pensée de l'écologie et de l'environnement. Il synthétise huit visions écologiques du monde à travers des profils comme l'éco-manager, l'éco-holiste, l'éco-radical ou l'éco-sage et leurs canaux d'expression comme l'expérience, les comportements, les cultures et les systèmes. Il y systématisent l'approche de l’écologie intégrale mais ils s'ouvrent également à d'autres courants comme Berry, Boff ou Morin dans le but de faire émerger toute une variété d'écologies intégrales.

2000, Alain de Benoist, une écologie intégrale néopaïenne Le terme exact d'écologie intégrale en langue française apparaît pour la première fois en 2000 dans le Manifeste pour une renaissance européenne coécrit par Alain de Benoist et Charles Champetier pour le Grece.. Après une première version parue en dans le de la revue Éléments sous le titre « Manifeste : la Nouvelle Droite de l'an 2000 », il est publié en 2000 par le GRECE dans une version remaniée et collective. Le point 12 du manifeste s'intitule « Contre la démonie technicienne, pour une écologie intégrale ». Alain de Benoist y conteste la position exclusive que le christianisme et l'humanisme ont assigné à l'homme et propose le développement d'une conscience de notre coexistence mutuelle avec le cosmos. Considérant la modernité comme une faillite et le libéralisme comme le pire ennemi, il théorise une forme d'écologie profonde radicale rejetant à la fois le productivisme et le prométhéisme technicien et prônant la décroissance, avec un enracinement local et un rejet de l'immigration.