L'accord bilatéral d'échange de main d' œuvre entre la Belgique et le Maroc est un accord qui organise l'échange de main-d’œuvre et l'immigration entre la Belgique et le Maroc. Il est rendu possible par la convention entre la Belgique et le Maroc relative à l'occupation des travailleurs marocains en Belgique du , publiée dans le Moniteur belge du . Cette convention s'inscrit dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre dans l'industrie (houillère, métallurgique, de la construction et du textile) en Belgique et de vieillissement de la population en Wallonie. Des travailleurs marocains sont recrutés dans leur pays d'origine et envoyés en Belgique pour remédier à ces problèmes. Cet accord fait partie d'un ensemble de conventions d'échange de main-d’œuvre conclues entre la Belgique et notamment l'Italie, la Turquie et la Grèce depuis les années 1950. vignette|305x305px|Mine de charbon de Souvret dans le Hainaut

Contexte social et économique en Belgique Durant la Seconde Guerre mondiale, les infrastructures belges sont faiblement impactées par les destructions dues au bombardement durant la seconde guerre mondiale. Au sortir du conflit, l'Europe entame une reconstruction de l'industrie et modernise tous ses outillages. Mais la Belgique décide de conserver ses infrastructures minières intactes car l'industrie charbonnière est à la base de son économie. En effet, le charbon était la seule source d'énergie disponible pour les industries lourdes..

La montée en puissance des secteurs de l'électricité et du pétrole provoque une forte baisse du prix du charbon en Europe. Cette baisse affecte la compétitivité du secteur charbonnier belge vis-à-vis des États voisins. En effet, les outillages dans les mines sont restés vétustes et inchangés. Le rendement des mines belges devient donc l'un des plus faibles en Europe dans les années 1950. Cette situation pousse l'État belge à subventionner le charbon..

Malgré cette crise, une pénurie de main-d'œuvre dans le secteur se fait ressentir. Beaucoup d'hommes sont morts à la guerre, certains sont invalides, d'autres trop jeunes ou trop âgés. Lors de la libération de prisonniers de guerre Allemands, ces derniers ont été mis au travail dans les mines. Dès 1946, ils sont remplacés par mineurs italiens à la suite de l'accord établi entre l'Italie et la Belgique. Il s'agit de la première convention bilatérale concernant le recrutement de main-d'œuvre ; elle sera suivie par d'autres. Cependant, après la lourde catastrophe de Marcinelle, datant du , qui provoqua la mort de 262 mineurs, dont 132 italiens, l'Italie, en état de choc, refuse d'envoyer travailler ses ressortissants dans des mines en Belgique.. La Belgique veut avant tout recruter des Belges pour le travail dans les mines mais étant donnée la mauvaise réputation attachée au secteur minier, peu de travailleurs belges se présentent.. Le travail des mineurs est dévalorisé en raison des mauvaises conditions sociales et matérielles ainsi que d'un retard salarial constant. Ces problèmes créent une pénurie de main-d'œuvre dans l'industrie houillère, dans la métallurgie, dans la construction et dans le textile..

À tout cela s'ajoute le problème du vieillissement de la population en Wallonie. Une des solutions retenues par l'État belge est le recours à de la main-d'œuvre étrangère. Cela engendre donc une reprise de l'immigration italienne, espagnole, portugaise, grecque, maghrébine (notamment marocaine) et turque dès l'année 1946.. Les immigrés en Belgique constituent une force, un poids vital sur le marché du travail.. Ces derniers sont beaucoup plus nombreux par rapport aux ouvriers belges. Grâce à cette main d'œuvre, nous pouvons dire que l'industrie belge fonctionnera à plein régime durant une trentaine d'années qu'on appelle les trente glorieuses..

Le contexte social et économique au Maroc

Dans le même temps, la politique d'emploi appliquée par le gouvernement marocain prône l'émigration en raison de la situation de sous-emploi de la population. En effet, l'offre d'emploi sur le territoire marocain était trop faible par rapport à la demande d'emploi ( nouveaux demandeurs d'emploi par an sur le marché contre seulement emploi disponibles).. Le Maroc a plusieurs buts à travers cette convention. Celle-ci lui permet de faire entrer des devises au Maroc mais aussi d'atténuer la crise de l'emploi, de faire face à une pression démographique assez importante et enfin de diminuer les nombreuses contestations politique présentes au sein du royaume.

Cet instrument du développement économique et social du pays d'origine a un effet pervers : dépeupler des régions entières du Maroc repousse le délai de formation et d'évolution du pays. Si cette émigration n'avait pas eu lieu, le Maroc aurait été contraint de se développer plus tôt. Les zones les plus propices au recrutement de la main d'œuvre laborieuse étaient essentiellement des zones très pauvres, à faible pluviométrie, principalement la zone du Rif..

La signature de la convention

Le choix du Maroc par les autorités belges Le Maroc et la Belgique avaient déjà effectué des échanges de main-d'œuvre de manière non officielle.. Ce premier échange est effectué dans le cadre du traité de Fès de 1912. Le Maroc était alors placé sous le protectorat français, ce qui a pour conséquence qu'une première main-d'œuvre est déjà envoyée pendant la guerre mondiale afin d'assurer les besoins à l'arrière front. On nomme cette main-d'œuvre « service des travailleurs Coloniaux ». À ce moment-là, la première destination des marocains qui arrivent en Belgique est la ville de Liège, là ou l'industrie du charbon est importante.

La main-d'œuvre marocaine est appréciée car elle était considérée comme plus apolitique, maniable, religieuse que la main-d'œuvre des autres pays du Maghreb. De plus, les travailleurs marocains étaient plus expérimentés que les autres dans le travail minier et industriel. Ils semblaient donc avoir de bonne aptitudes professionnelles, leur connaissance jugée suffisante du français leur conférant un avantage supplémentaire. Par ailleurs, l'investissement belge au Maroc était assez considérable et les relations diplomatiques étaient bonnes, selon G.Carlier, ambassadeur de Belgique au Maroc.

Les négociations entre la Belgique et le Maroc Dès 1957, les autorités marocaines prennent contact directement avec le gouvernement belge en vue du recrutement de Marocains pour les mines belges. Victor Larock, le ministre des Affaires étrangères belge accepte cette demande et effectue un test avec qui s'avère concluant ; ce premier projet est pourtant abandonné..

En 1962, la convention belgo-marocaine est remise sur les rails. La Fédération charbonnière de Belgique (Fédéchar) envisage de recruter un nombre élevé de marocains. Abdelkader Benjelloun, le ministre du Travail et des Affaires sociales marocain est très favorable à cette idée.. Les négociations conduisant à la signature de la convention ont lieu durant le mois d' ; elles durent cinq jours. Le texte de la convention est similaire à ceux réalisés entre la Belgique et l'Italie, l'Espagne et la Grèce, conclus quelques années auparavant..

L'accord bilatéral vignette|363x363px|Charbonnage des Xhawirs : baraquements et cantine En , le ministre marocain des Affaires étrangères, Ahmed Reda Guedira, se rend à Bruxelles afin de discuter à propos du marché commun. Un peu plus tard, le , la convention belgo-marocaine est signée par les deux ministres du Travail, Servais pour le gouvernement belge et Ouezzani pour le gouvernement marocain.

La signature de cette convention aura des effets immédiats. N’étant qu’un accord-cadre, la convention belgo-marocaine devra être complétée par une convention de sécurité sociale qui sera signée en 1968. L’accord prévoit des dispositions générales assurant l’égalité de traitement entre les travailleurs belges et marocains, réglementant le regroupement familial, les transferts de fonds, ainsi que des dispositions supplémentaires concernant le recrutement des mineurs de fond. Les annexes disposent d’une fiche médicale et d’un texte de contrat de travail types (pour les secteurs autres que les mines, pour les charbonnages belges et pour l’industrie de la construction)...

Le contenu des accords (en général) est purement dicté par les besoins socio-économiques des pays importateurs de main-d’œuvre ; ils « omettent de définir les aspects sociaux et culturels avec le pays d’origine ».. La convention belgo-marocaine de 1964 va également en ce sens du fait qu’elle dispose de très peu d’articles sur la vie sociale et culturelle.. Trois aspects pratiques évoqués par la convention belgo-marocaine semblent essentiels : l’égalité de traitement, les transferts de fonds et le regroupement familial.

Le recrutement des travailleurs marocains Tout d’abord, il faut souligner que si l'accord belgo-marocain a vu le jour c’est parce que l’immigration marocaine en Belgique est alors déjà organisée mais pas encadrée. C’est donc en utilisant des « circuits existants » que cet accord va s'exercer. En effet, avant la convention belgo-marocaine, les charbonnages engagent directement les travailleurs marocains présents sur les listes que le ministère du Travail marocain fournissait à Fédéchar.. D’ailleurs, le Consul général rappelle, après la signature de la convention, que Fédéchar ne doit pas prendre contact directement avec les travailleurs désireux de rejoindre la Belgique, mais par le biais de son personnel présent au Maroc (ambassadeur, consuls généraux), et seulement en collaboration avec Fédéchar..

La convention belgo-marocaine ne mentionne pas explicitement Fédéchar comme autorité de recrutement mais son article 25 autorise des représentants qualifiés des gouvernements marocains et belges ou « d’autres personnes dûment autorisées à cet effet (à) intervenir dans le recrutement de travailleurs marocains destinés aux entreprises belges » que la Belgique doit recruter. Comme le dispose l’article 3 de la convention : .

La présélection des travailleurs marocains est ensuite effectuée par le Ministère du travail marocain en fonction de la situation de l’emploi dans les différentes régions du pays.. Ensuite, la convention prévoit certaines conditions pour qu’un marocain puisse être parite prenante à un tel contrat de travail. Celles-ci sont énumérées à l’article 3 de la convention : .

Après un premier contrôle médical dans la ville la plus proche, un second est organisé selon les critères du Bureau International du Travail dans certaines villes (Casablanca, Oujda). Le second contrôle comporte des radiographies, analyses et parfois des avis d’experts.. Dans le but de faciliter le recrutement et atteindre l’objectif des 3000 visas durant l’année 1964, le consul général augmente le personnel et agrandit les locaux. Dès , P. Anciaux, sous la pression du ministre marocain du Travail, étend à d’autres secteurs industriels le recrutement de travailleurs..

Le recrutement de main-d’œuvre prévu par la convention belgo-marocaine ne se limitant plus au seul secteur du charbonnage, le consul général doit traiter à partir de des milliers de demandes en plus de celles destinées à Fédéchar. Quelques mois après la mise en place de la convention, le rythme moyen s’élève à une centaine de travailleurs engagés par mois.