Joseph Briand, né dans les Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor à Lannion et mort en 1961 à Paris, est un médecin français.
Il est médecin des troupes coloniales de 1898 à 1914 en Oubangui, puis en Indochine et à Madagascar. Pendant la Première Guerre mondiale, il participe en 1915 à l'expédition des Dardanelles dans la péninsule de Gallipoli, puis sert de 1916 à 1918 en Chine à l'hôpital indigène de Canton, et termine la guerre à l'hôpital de Fréjus. En 1921, il entame une carrière civile de médecin de campagne.
Biographie Joseph Briand naît au début de la Troisième République, laïque, dans une Bretagne catholique de tradition, où le socialisme se développe avec l'essor industriel. À Lannion, ville commerçante, implantée dans une campagne riche, et port ouvert sur la Manche par Le Yaudet, il s'épanouit au milieu de sa famille et de ses amis. Il est bachelier à seize ans, médecin à 21 ans en 1897 - troisième promotion de l'école de santé navale de Bordeaux - après avoir soutenu sa thèse de médecine.
En 1898, première affectation, pour le Congo, année où Victor Segalen entre à son tour chez les navalais, les étudiants de l'École de santé navale de Bordeaux. Briand appartient à cette génération d'hommes compétents et décidés, qui parcourent le monde, dans un contexte bien décrit par Jules Verne et Paul d'Ivoi. Il écrit mais se défend de valoir Pierre Loti, dont il aime la prose et dont il découvre, peu après lui, des lieux mythiques, Pékin et la cité interdite, le monde hellénique... Il se laisse aller aussi à la poésie des moments vécus, originaux, exotiques ou simplement beaux, comme beaucoup, tel le docteur Adolphe Cureau, qu'il rencontre à Bangui, où les poètes de l'époque, ses contemporains, mais eux morts jeunes à la guerre de 1914-1918, Ernest Psichari et Charles Péguy. Toute sa vie, il croise ou fait connaissance de personnages célèbres ou importants, comme le musicien Camille Saint-Saëns à Majorque en 1898 ou l'empereur de Chine à Pékin en 1906. Il participe à des faits historiques.
En 1898, il arrive au Congo quand Pierre Savorgnan de Brazza le quitte. À Bangui, le docteur Briand réceptionne au poste et soigne les membres des explorations en l'Oubangui, vers le Nil, le Chari et le Tchad. L'époque du docteur Noël Ballay, des premières explorations en Afrique Noire, est terminée. Les nouvelles missions sont plus ciblées ; il s'agit de définir un territoire, de le déclarer pacifié, occupé par une puissance coloniale, pour le faire reconnaître comme colonie d'une métropole selon les règles définies à la conférence de Berlin en 1885. Le docteur Briand voit passer la queue de la Mission Marchand remontant l'Oubangui vers le Nil, la mission Bretonnet venu commander au Chari et en lutte contre Rabah. Il accueille Émile Gentil, en route vers le lac Tchad une seconde fois, assiste à la préparation de la mission du docteur Huot et de l'administrateur Bernard vers la Sangha, quand se constitue la colonie d'Oubangui-Chari. Il est, à la Mission des Pères du Saint-Esprit à Bessou appelé au chevet du lieutenant Archambaud mourant, qui donne son nom au Fort-Archambault sur les rives du Chari. Il rencontre des missionnaires, des commerçants, des responsables civils et militaires, qui sont là à titre privé ou en mission, les ambassadeurs des sultans du Baguirmi et du Dar Kouti, Gaourang et Mohamed-es-Senoussi, rentrant de France. En 1900, il réceptionne dans le Haut-Oubangui, à Rafaï, la mission Roulet évacuant le Bahr-el-Ghazal abandonné aux Anglais après Fachoda (1898). Il est un des deniers Français encore en Oubangui à ce moment-là.
Ce que vit Joseph Briand dans le Haut-Oubangui, il le vit dans ses autres postes aux colonies : un service médical militaire et civil, profitant des avancées de la médecine, dans tous les domaines et dans celui de l'étude des maladies tropicales. Briand appartient aux prosélytes de Louis Pasteur et va jusqu'à suivre des cours à la Faculté de Médecine de Paris et à l'Institut Pasteur pendant son congé réglementaire de repos, entre deux colonies.
La Première Guerre mondiale est une rupture comme pour beaucoup et bien qu'appartenant à l'État-major ou Poilu, encore vivant mais sans être parmi les Gueules cassées, il n'en revient pas indemne. Malgré Anastasie, la censure, dont il se moque en faisant attention cependant, il continue à écrire régulièrement et prend beaucoup de photos.
Dans les années 1920, la paix revenue, il quitte l'armée et, médecin de campagne dans la région parisienne, poursuit sa lutte contre les maladies, en relation avec le baron de Rothschild dans son œuvre pour la protection de l'enfance. La paix de nouveau revenue, après la Seconde Guerre mondiale, il partage son temps entre Paris, la Bretagne et la Côte d'Azur, avec sa femme Marie-Louise Caralp.
Premières affectations
Congo, Oubangui Joseph Briand s'embarque à Marseille, sur le Tibet, de la Compagnie Fraissinet, le pour le Congo. Il débarque à Libreville au Gabon, découvre la société coloniale, ses aspirations, ses ambitions et ses déceptions. D'un certain côté, c'est , de l'autre, la mise en œuvre du développement colonial. Il rencontre le Commissaire Général du Congo de Lamothe, successeur de Savorgnan de Brazza en , voyage avec un des Frères Tréchot de Loango sur la côte atlantique à Matadi sur la rive belge du Congo, où démarre la ligne du chemin de fer qui conduit au Stanley pool, évitant ainsi la route des caravanes Loango-Brazzaville du côté français. L'évêque français Augouard le conduit sur son vapeur, le Léon XIII, de Léopoldville à Brazzaville, capitale du Congo, où le docteur Allain remplace par intérim l'administrateur Albert Dolisie. Briand est affecté en Oubangui. Il parvient, en vapeur, sur La France, de la S.A.B., Société Anonyme Belge, au seuil de Zinga en aval de Bangui, termine le voyage en pirogue avec le gouverneur de l'Oubangui, Victor Liotard les administrateurs Georges Bruel et Henri Bobichon.
À Bangui, le docteur Briand remplace le docteur Spire comme médecin et chef de popote. Il revoit Allain docteur de la deuxième mission Gentil vers le Tchad, des agents civils, Pinel pour le Chari, Perdrizet, le commerçant Albert Bonnel de Mézières et son équipe, Louis Martel, Raymond Colrat de Montrozier, Bourgeault et Charles Pierre, fait la connaissance du hollandais Anton Greshoff, directeur de la N.A.H.V., des aventuriers Fredon, Sherry, apprend la mort de Ferdinand de Béhagle exécuté par Rabah. Il fréquente les missionnaires spiritains de la Mission Saint-Paul-les Rapides à Bangui dont le Père Gourdy, le Frère Séverin assassiné par les Bondjos à son arrivée en 1898, dont il récupère le corps et le Père Moreau Supérieur de la Mission de Notre-Dame-des Banziris près de Bessou. Briand a des contacts avec les Belges de la rive opposée de l'Oubangui et les tribus alentour, le plus souvent anthropophages. Il sympathise avec le chef banziri Bembé qui a reçu les explorateurs Crampel et Dybowski, visite avec son fil les N'Gapous.
Quittant les régions fétichistes, Joseph Briand rencontre les sultans du M'Bomou, Bangassou, Rafaï, Zémio. Le fils du Rafaï, Hetman, sert d'interprète entre le vieux sultan et lui. Les sultans participe à la traite arabe des prisonniers qu'ils font faits pendant leurs razzias sur les populations environnantes.
En 1900, après la reculade de Fachoda, Briand attend au poste de Rafaï le passage des troupes du capitaine Édouard Roulet qui évacuent le Bahr el-Ghazal, puis cumule les fonctions de médecin et chef de cercle à Ouango sur le Mbomou. Sur la demande d' Henri Bobichon, délégué du Commissaire général du Congo français, il recrute les pirogues et les pagayeurs nécessaires aux simple colons ou aux personnages protégés, comme Maurice Superville, neveu du ministre des colonies, secrétaire en 1898 du gouverneur Henri de Lamothe, bientôt administrateur hors cadre et Directeur de la Société de la Kotto. Les colons devenus concessionnaires font le trafic de l'ivoire, du caoutchouc. Le problème des transports est de plus en plus lourd, Briand se sent abandonné dans une colonie abandonnée aux intérêts privés, faute de moyens de la part de l'État français. Sa déception est sensible, il aspire à rentrer en France. Il fête à Lannion Noël 1900 et en ses 25 ans.
Tonkin et Annam En , Joseph Briand, médecin aide-major classe, vogue à destination de Haïphong. Il retrouve à Hanoï son cousin Jean Gravot, également médecin colonial, de peu son cadet. Le poste du docteur est à Hà Giang, dans les hautes montagnes, près de la frontière du Céleste Empire. Il soigne les tirailleurs des troupes coloniales et les soldats de la Légion étrangère, organise des tournées de vaccination dans la population rurale, plus pauvre, écrit-il, qu'en Oubangui. Il se rend au poste chinois de Bac-Bao où le chef de poste lui narre l'affrontement de ses troupes avec celles du colonel Dominé au siège de Tuyên Quang et cherche à visiter tous les lieux se rapportant à la guerre du Tonkin, Langson, Bắc Ninh la citadelle prise par le général Négrier, le pont où est mort le commandant Henri Rivière.
Les pirates, ou pavillons noirs, nombreux en Chine, écument le Yunnan, pillent les récoltes, brûlent les villages, exterminent les paysans et font perdre leur autorité aux mandarins. Briand voit des filets suspendus à la porte d'un poste frontalier chinois, contenant des têtes de suppliciés et des pirates attachés à la barre, la cangue au cou. À Hanoï, inauguration du pont Paul Doumer sur le fleuve Rouge, en présence de Doumer, gouverneur d'Indochine. Un typhon estival dévaste le delta : nombreux morts, trafic ferroviaire interrompu, lignes télégraphiques endommagées. Septembre 1902, inauguration de l'Exposition Universelle de Hanoï en présence du nouveau gouverneur d'Indochine, Paul Beau. Briand et ses camarades s'y rendent presque quotidiennement, profitent des attractions. Briand y retrouve le docteur Spire, qu'il a remplacé à Bangui. Au printemps 1902, Briand est en Annam, à Phan-Rang. Il éprouve pour Nha Trang, dont la baie lui rappelle celle de Trestaou près de Lannion, le même attrait que le docteur Yersin installé sur sa concession à Sui-Hao. Briand part soigner Carnoisson, blessé par un tigre, avec le garde Druet quelques mois, sur le mont Lang Bian. Le gouverneur Doumer et le docteur Yersin ont prévu de construire un sanatorium, projet abandonné par le nouveau gouverneur Beau. Briand raconte les conséquences, le gaspillage colonial irresponsable. 1903, retour au Tonkin, tournée de vaccination dans la région de Phu lang Thuong où le pirate Doc-Xuyet, devenu grand mandarin, l'invite à déjeuner. Les vaccins proviennent de l'Institut Pasteur de Saïgon, à la demande de l'hôpital de Hanoï. La tournée est interrompue à cause des fêtes du Têt.
En , de nouveau à la frontière chinoise, mais à l’extrémité orientale, à Moncay au bord de la mer, au pied de la montagne, Briand assure le service de l'hôpital, de la garnison incluant les familles des officiers, de l'ambulance, de l'administration, beaucoup de paperasserie, qui prend du temps et son service est lourd par manque de médecins. En 1904, il assure, en plus, le contrôle des jonques chinoises, descendant le fleuve jusqu'à la mer, dans la lutte contre la peste et le choléra. La région est peu sûre ; le Père Grandpierre lui raconte le massacre d'un jeune douanier français et de ses matelots annamites par des pirates, entre Mui-Ngoc et Kinh-Thuc. Des rassemblements sont signalés près de Moncay, côté chinois, pouvant atteindre deux mille bandits, ainsi nommés. , le docteur Gaimard remplace le docteur Briand qui, après deux ans et demi, peut enfin rentrer en France, avec son cousin le docteur Gravot, retrouvé à Saïgon, sur le Cao Bang des Messageries Maritimes.
En Chine avec le Corps d'occupation de la Chine Pékin et Tien-Tsin