L'église Sainte-Geneviève est une église catholique paroissiale située à Marolles, dans le département de l'Oise, en France. Elle a été bâtie au cours des années 1130 par un atelier venu de Normandie. Son style roman tardif fait déjà appel à l'arc en tiers-point et au voûtement d'ogives, réservée en l'occurrence à la croisée du transept, qui constitue la partie la plus intéressante de l'église à l'intérieur. En même temps, l'absence de colonnettes à chapiteaux sur les grandes arcades de la nef basilicale, et la sculpture très stylisée et à faible relief des chapiteaux de la croisée du transept, paraissent déjà archaïques à la période de construction. Assez curieusement, la nef, d'une extrême sobriété à l'intérieur, était richement décorée à l'extérieur. En témoignent encore l'archivolte du portail occidental, et les corniches et la décoration des fenêtres latérales, aujourd'hui uniquement visibles depuis les bas-côtés. À l'extérieur, le principal élément qui reste des années 1130 est l'impressionnant clocher roman avec trois étages de baies et une haute flèche de pierre octogonale. Il passe pour être l'un des plus beaux du département. Sinon, les élévations extérieures sont surtout gothiques, et notamment gothiques flamboyantes, car l'église Sainte-Geneviève a été lourdement remaniée, d'abord au cours des années 1240 avec la reconstruction du croisillon nord, puis au second quart du avec la construction d'un nouveau chœur, d'un nouveau croisillon sud, et d'un nouveau bas-côté sud, dont le voûtement ne fut jamais achevé. La voûte romane du carré du transept a ainsi été reprise en sous-œuvre de trois côtés. Les parties orientales de l'église Sainte-Geneviève offrent néanmoins un aspect cohérent et harmonieux. Pour ses différentes qualités, elle a été classée monument historique par arrêté du .. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Saint-Félix de Valois avec siège à La Ferté-Milon, et des messes dominicales anticipées y sont célébrées irrégulièrement, deux ou trois fois par an.
Localisation
L'église Sainte-Geneviève est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, à la limite avec le département de l'Aisne, dans le Multien, dans la vallée de l'Ourcq, dans la commune de Marolles, sur le plateau qui surplombe la rive droite de cette rivière, au milieu de la place centrale du chef-lieu. Cette place a la forme d'un losange, et est délimitée par la rue de l'Église à l'ouest, et par la rue du Bas-Village à l'est. Elle accueille également un parking, au sud-est, et l'ancien presbytère, implantée à une certaine distance de l'église, au sud-ouest. Sinon, la place est engazonnée, et plantée de quelques arbres. Une double allée de tilleuls mène au portail occidental. À l'autre extrémité de l'allée et de l'autre côté de la rue, la mairie fait face à l'église. Celle-ci est ainsi entièrement dégagée de constructions mitoyennes, et bien mise en valeur.
Historique thumb|upright|left|Approche par le sud.
Aucun auteur ne rapporte la date de fondation de la paroisse. Sous l'Ancien Régime, elle relève du doyenné de Coyolles, de l'archidiaconé de la Rivière, et du diocèse de Soissons. C'est aussi le cas des paroisses voisines , , , et , tandis que toutes les autres paroisses du canton de Betz (dans ses limites jusqu'en 2014) sont comprises dans l'archidiaconé de France du diocèse de Meaux.. Le collateur de la cure est le chapitre de Soissons, grâce à un don de Josselin de Vierzy, évêque de Soissons de 1126-1152.. La dîme est partagée entre le curé, le séminaire diocésain, l'hôtel-Dieu de Soissons et le commandeur de Moisy-le-Temple.. Sous la Révolution française, les hiérarchies ecclésiastiques anciennes sont bouleversées, et l'ensemble des paroisses d'un département sont regroupées dans un même diocèse, en l'occurrence celui de Beauvais. Dans les faits, Marolles est néanmoins revenu dans le diocèse de Soissons, car l'église Sainte-Geneviève dépend aujourd'hui de la paroisse Saint-Félix de Valois avec siège à La Ferté-Milon., en raison de sa proximité avec cette ville. Des messes dominicales anticipées sont célébrées à Marolles à titre irrégulier, deux ou trois fois par an. thumb|upright|Chevet.
L'église est dédiée à sainte Geneviève de Paris. Sa construction débute au cours des années 1130 selon Eugène Lefèvre-Pontalis. et Dominique Vermand, et peut donc être mise en rapport avec la donation au chapitre de Soissons. Le chantier avance assez rapidement, car à la fois le portail occidental, la nef, le bas-côté nord, le clocher et la croisée du transept sont datables des années 1130-1140, et de style roman. Parmi les parties citées, seul l'étage de beffroi du clocher et sa flèche de pierre sont plus récents ; les piliers des grandes arcades du sud ont été retaillés. Dès les années 1240, le croisillon nord est reconstruit dans le style gothique. Mais ce n'est pas de cette époque que datent ses deux fenêtres. Elles sont refaits au second quart du , dans le contexte d'une grande campagne de reconstruction dans le style gothique flamboyant, qui porte notamment sur le remplacement total du chœur et du croisillon sud. Puis, quelques années avant le milieu du , survient la reprise des piliers des grandes arcades du sud déjà signalée, et les élévations du bas-côté sont rebâties dans un style flamboyant tardif qui intègre quelques éléments Renaissance. Le voûtement du bas-côté est entamé, mais interrompu après la construction des culs-de-lampe et des départs des nervures. Depuis, l'église reste pratiquement inchangée.. Possédant l'un des plus beaux clochers romans de la région, un intéressant portail roman placé sous l'influence normande, et l'une des plus anciennes voûtes d'ogives du département, elle aussi d'inspiration normande et probablement en lien avec le narthex de la basilique de Saint-Denis, l'église Sainte-Geneviève représente l'un des édifices religieux les plus intéressants de la vallée d'Ourcq.. Elle est classée monument historique par arrêté du . Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle se trouve dans un piteux état, et la sacristie, située dans l'angle entre croisillon sud et abside, est détruite. Presque toutes les fenêtres sont provisoirement bouchéesCf. les clichés d'Emmanuel-Louis Mas — ; .. L'église a été restaurée depuis, et se trouve désormais dans un état satisfaisant.
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée avec grande exactitude, l'église se compose d'une nef de quatre travées accompagnée de deux bas-côtés inégaux, dont la dernière travée du bas-côté nord est la base du clocher ; d'un transept dont les deux croisillons ont été rebâtis à des époques différentes ; et d'un chœur formé par une courte travée droite et aveugle et une abside à trois pans. Le croisillon sud flanque à la fois la croisée du transept et la partie droite du chœur. Le clocher est doté d'une cage d'escalier hors-œuvre du côté nord, qui s'arrête en haut du premier étage. Il est coiffé d'une haute flèche de pierre. La sacristie jouxte la troisième travée du bas-côté sud. Elle remplace la sacristie détruite sous la Deuxième Guerre mondiale, située davantage vers l'est. La nef n'est pas voûtée et n'est pas conçue pour l'être. Elle est munie d'un plafond de bois plat, qui est relié aux murs gouttereaux par des lambris en quart-de-cercle. Dans ses deux premières travées, le bas-côté nord est couvert d'un simple plancher de bois. Dans sa troisième travée, le plafond est constitué par le revers lambrissé du toit en appentis. La base du clocher est voûtée en berceau brisé perpendiculairement à l'axe de l'édifice. Le bas-côté sud devait être voûté d'ogives dans le cadre de sa reconstruction au , mais les voûtes n'ont jamais été terminées. Les quatre travées orientales sont donc les seules à être voûtées d'ogives. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef, ou par le portail latéral dans la quatrième travée du bas-côté sud. Le portail latéral du croisillon sud est condamné. Concernant les toitures, les travées du bas-côté sud sont couvertes deux par deux par des toits en bâtière perpendiculairement à l'axe de l'église, et avec le toit analogue du croisillon sud, une enfilade de trois pignons est ainsi obtenue au sud.
Intérieur Nef thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest. thumb|upright| travée, côté nord.
La nef n'a jamais été voûtée et n'est pas conçue pour l'être : au temps du premier voûtement d'ogives, entre les années 1110 et les années 1140, la nouvelle technique est presque exclusivement réservée aux bases de clocher, sanctuaires et transepts. Dans le milieu rural, des nefs non voutées sont encore régulièrement construites sous la première période gothique. À l'échelle du département, l'église de Lavilletertre est la seule dont la nef fut voûtée avant le milieu du . Dans le voisinage, la nef d'Acy-en-Multien présente encore certains caractéristiques romans, mais est toutefois un peu postérieure à 1150. Des tendances archaïques et novatrices se réunissent dans la nef de Marolles. Tout au long du , le plan basilical est prépondérant dans le Soissonnais et dans la vallée de l'Aisne, alors qu'il demeure l'exception dans le Valois et le Beauvaisis avant la généralisation du voûtement d'ogives. Les grandes arcades sont en tiers-point. Contrairement à une idée reçue, l'arc brisé n'est pas une innovation de la période gothique, et fait son apparition vers 1125 / 1130 dans la nef de Villers-Saint-Paul, dans le transept de Rieux, et dans le chœur de Morienval.. L'arc en plein cintre règne toutefois sur la plupart des fenêtres jusqu'au dernier quart du . Certaines églises de l'Oise possèdent même des voûtes d'ogives romanes en plein cintre. Contrairement à la tendance novatrice que représente l'application de l'arc en tiers-point sur les grandes arcades, celles-ci ne retombent pas sur des colonnettes à chapiteaux, ce qui est pourtant déjà le cas dans les nefs de Morienval et Villers-Saint-Paul. Les piliers sont seulement munis d'impostes, qui sont toutefois moulurés et sculptés d'un ruban ondulé du côté nord, et plus évolués que leurs homologues de Cinqueux, Rhuis, Sacy-le-Grand, et Saint-Maximin (base du clocher). En plus, les piliers ne sont pas carrés, mais nettement barlongs, ce qui réduit l'ouverture des arcades, et les arcades sont à simple rouleau, ce qui leur confère une certaine lourdeur. L'absence de mouluration est toutefois la règle avant le milieu du . Elle est compensée par la polychromie architecturale en différents tons d'ocre, qui, à titre exceptionnel, subsiste dans presque toute la nef de Marolles, et même au sud, où les piliers ont été retaillés. Elle prévoit un rang de bâtons brisés au-dessus des claveaux des arcades ; un décor en faux-appareil ; et des tentures en hauteur. Au , des figures d'Apôtres en plusieurs couleurs ont été peintes au-dessus du décor ancien.