L'Exposition coloniale de Marseille en 1922 est la cinquième exposition coloniale organisée en France, après celle de Rouen en 1896, de Rochefort-sur-Mer en 1898, de Marseille en 1906 et de Paris en 1907.

Travaux préparatoires Après le succès de l'exposition coloniale de 1906, qui s'était déroulée du au , Jules Charles-Roux, commissaire général de cette exposition, et Adrien Artaud, président de la chambre de commerce, sont associés au projet d'une nouvelle exposition coloniale. Par délibérations du et du , le conseil municipal de Marseille décide d'organiser une exposition en 1916, choisit le parc du Rond-Point du Prado comme siège de l'exposition et vote une première subvention d'un million de francs pour les frais d'organisation.

Lors du retour d'Espagne du président de la République Raymond Poincaré, celui-ci se rend à Marseille, où il doit poser la première pierre des futures constructions de l'exposition. Arrivé à bord du cuirassé Carthagène, il débarque au Vieux-Port le au matin et pose la première pierre dans l'après-midi. Le lendemain, il visite les travaux du tunnel du Rove avant de regagner Paris.

Les travaux, à peine commencés, s'arrêtent à la suite du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le parc, ainsi que le grand palais et le palais des machines, qui avaient été conservés depuis la précédente exposition de 1906, sont utilisés pour le cantonnement des troupes de passage, en particulier celles en provenance des colonies.

La paix revenue, le projet est repris avec la nomination, par décret du , d'Adrien Artaud comme commissaire général de l'exposition, en remplacement de Jules Charles-Roux, décédé. Un autre décret du nomme Xavier Loisy, ancien inspecteur des colonies, commissaire général adjoint, et Louis Bonnaud, directeur.

Plusieurs journaux accompagnent l'exposition : certains servent de simples guides pratiques, d'autres fournissent des informations sur les représentations des colonies, tandis que d'autres présentent toutes les étapes de l'événement, du projet initial jusqu'à sa fermeture.

Activités et manifestations L'inauguration officielle a lieu le dimanche de Pâques, en présence de Siméon Flaissières, maire de Marseille, d'Adrien Artaud, commissaire général de l'exposition, d'Hubert Giraud, président de la chambre de commerce, de M. Pasquet, président du conseil général des Bouches-du-Rhône, et d'Albert Sarraut, ministre des Colonies. Le , le président de la République Alexandre Millerand visite l'exposition accompagné de Maurice Maunoury, ministre de l'Intérieur, d'André Maginot, ministre de la Guerre, d'Henry Chéron, ministre de l'Agriculture, et d'Albert Sarraut. D'autres ministres se rendent à leur tour à Marseille : Flaminius Raiberti, ministre de la Marine, Charles Reibel, ministre des Régions libérées, Maurice Colrat, ministre de la Justice, Paul Strauss, ministre de l'Hygiène, ainsi que de hautes personnalités militaires : Joseph Joffre, Philippe Pétain, Louis Franchet d'Espèrey, Émile Fayolle, Henri Joseph Eugène Gouraud, Charles Mangin, etc.

Deux pavillons et les palais du Maroc et de Madagascar sont dus à l'architecte Joachim Richard.

Pavillon de l'Afrique-Occidentale française vignette|Pavillon de l'Afrique occidentale, le 16 avril 1922 Le bâtiment principal de la section de l'Afrique-Occidentale française (AOF) est une grande construction de style soudanais (Soudan français, actuel Mali) inspirée des mosquées de Djenné et de Tombouctou. Il est doté d'une tour de avec ascenseur qui permet d'accéder à une vue sur toute l'exposition.

À l'intérieur sont présentés des produits régionaux tels que des bois, des tissus et de l'huile de palme. Le pavillon abrite aussi un monument en hommage à la coopération franco-africaine pendant la guerre, intitulé À la gloire des créateurs disparus et de l'Armée de l'AOF. Celui-ci représente un soldat français aux côtés d'un tirailleur sénégalais, sur un socle à cinq côtés rendant de Faidherbe, Ballay, Ponty, Clozel et Van Vollenhoven.

Représentation des populations colonisées À la suite de la Première Guerre mondiale, la représentation des populations colonisées dans les expositions coloniales de l'entre-deux-guerres évolue. Alors que les autorités et les milieux économiques insistaient principalement sur les des populations africaines, dans l'après-guerre, de nombreux responsables commencent à mettre en avant les exploits des troupes africaines dans le conflit de 1914-1918, et les organisateurs des expositions d'après-guerre soutiennent que l'effort militaire des troupes coloniales impose à la France un devoir d'assistance envers les populations coloniales.

Selon l'historienne Dana S. Hale, cette mission éducative et sociale s'inscrit dans une posture paternaliste de la France, qui se donne pour rôle d'accompagner ces populations dans leur développement. Elle affirme que l'appréciation portée par les autorités occidentales sur les soldats ouest-africains s'appuie sur des stéréotypes occidentaux tels que la , citant en exemple Charles Mangin, pour qui ces caractéristiques étaient des .

Selon Hale, ces représentations ont continué à perpétuer l'idée d'infériorité noire alors même que le discours officiel utilisait les notions républicaines de fraternité et d'égalité.

Mise en scène des populations colonisées Lors de l'exposition de Marseille, une place importante est accordée à la présentation de groupes de populations colonisées dans les festivals, parades et spectacles. Les habitants des colonies sont aussi mis en scène dans des décors qui reproduisent leur environnement naturel, dans le prolongement du modèle imaginé par Jules Charles-Roux à la suite de l'Exposition universelle de 1900. Cette mise en scène prend différentes formes, avec la reconstitution de villages et de rues, des ateliers où travaillent des artisans et des marchés.

Selon les historiennes Sandrine Lemaire et Dana S. Hale, ces reconstitutions remplissent plusieurs fonctions : elles constituent des espaces de divertissement et de consommation, mais sont également conçues comme des représentations des territoires coloniaux destinées à familiariser le public français avec l'Empire. La présentation des modes de vie, des techniques artisanales et des marchés contribue également à mettre en évidence les différences culturelles et technologiques entre les populations colonisées et les Français, dans le cadre de la de la France. Elles contribuent aussi à démontrer le potentiel économique et la qualification de la main-d'œuvre coloniale.

Afrique de l'Ouest alt=Lac du village soudanais|vignette|Lac du village soudanais attenant au palais de l'Afrique-Occidentale française. En face du palais de la section de l'Afrique-Occidentale française (AOF), un village ouest-africain est reconstitué autour d'un lac et d'un ruisseau artificiels. Le village accueille une centaine de personnes — hommes, femmes et enfants originaires du Sénégal, de Mauritanie et du Dahomey — et est constitué de cases, d'un temple animiste, d'une volière d'oiseaux exotiques, d'une petite ferme d'animaux domestiques, d'un grenier, d'une mosquée, d'un poste militaire ainsi que d'ateliers d'artisans.

Les visiteurs peuvent y observer des tisserands, des forgerons, des tanneurs et des bijoutiers fabriquer et vendre leurs produits, tandis que la place du village est animée par des spectacles de danseurs de la Côte d'Ivoire et de Maures de la région de Trarza.

Indochine alt=Des visiteurs de l'exposition en pousse-pousse, tiré par des travailleurs indochinois, 1922|vignette|Des visiteurs de l'exposition transportés en pousse-pousse par des travailleurs indochinois. L'armée et le comité local de planification de l'Exposition universelle de Marseille font venir trois cents Indochinois pour les faire figurer dans les exhibitions et garder les installations. Un village laotien est reconstitué près de la reproduction du temple d'Angkor Wat. Il est doté d'un lac et de rizières miniatures et met en scène des populations autochtones effectuant des travaux agricoles et domestiques, avec des animaux tels que des buffles et des éléphants. Deux cents exposants indochinois qui animent les ateliers de la rue annamite dorment sur le site dans des baraquements construits à cet effet. Un cantonnement de trois dortoirs héberge cent vingt tirailleurs indochinois affectés à la protection du site et aux cérémonies du drapeau.

Des pousse-pousse sont également utilisés pour transporter les visiteurs, tirés par des travailleurs indochinois.

Afrique du Nord Les protectorats d'Afrique du Nord mettent également en scène leurs populations à travers des quartiers artisanaux et des unités militaires.

Algérie Des spahis en uniformes brillants gardent l'entrée du palais algérien, tandis qu'un bazar adjacent permet d'observer des marchands de tapis et de poteries.

Tunisie vignette|Tisserandes dans la section tunisienne de l'Exposition coloniale de Marseille. Le commissaire de la section tunisienne, Henri Geoffroy Saint-Hilaire, organise une rue de souks, présentée comme une . Des artisans qui vivent et travaillent directement sur le site de l'exposition fabriquent et vendent différents produits, dont des objets en cuir fin. Un restaurant propose des plats tunisiens, tandis que des chanteurs et des danseuses se produisent devant la clientèle.

Fantasia, un spectacle présenté de manière régulière sur l'esplanade principale du pavillon tunisien, met en scène des gardes tunisiens à cheval, tirant au fusil et lançant des cris de ralliement. Selon l'historienne Dana S. Hale, parmi celles proposées dans les différentes expositions coloniales.

Maroc alt=Musiciens marocains lors de l'exposition coloniale de 1922|vignette|Musiciens marocains lors de l'exposition coloniale de Marseille. Le palais marocain intègre la Rue marocaine, une sorte de marché reconstitué qui comprend vingt-quatre boutiques d'artisans et un café maure, où des artisans, des musiciens et des chanteurs arabes sont mis en scène par les responsables coloniaux pour animer le site. Parallèlement, des soldats et gardes marocains, en uniforme, , surveillent l'entrée du palais devant une reproduction de la porte de Chella.

Exceptions Certaines colonies n'envoient pas de délégations humaines à Marseille pour prendre part à l'exposition. Contrairement à l'Exposition universelle de 1900, les autorités coloniales de Madagascar n'envoient aucun Malgache pour servir de travailleur ou d'artiste, et la section ethnographique se limite à des photographies. Les rapports officiels de l'époque ne permettent pas de déterminer les raisons exactes de l'absence de la délégation malgache. De même, faute de fonds, l'administration de l'Afrique équatoriale française et du Cameroun n'envoie pas d'artisans. Sa participation se limite à des expositions de produits et de documents techniques dans des bâtiments de style européen construits avec du bois importé du Cameroun.

Bilan Cette exposition coloniale connaît un énorme succès et est une réussite confirmée par le nombre de visiteurs, estimé à plus de trois millions de personnes. Après les tristesses de la guerre et les incertitudes qui la suivaient, ce fut le triomphe de Marseille, véritable métropole. Ce succès n'est pas seulement lié aux intérêts du négoce, il est également dû à l'attrait d'un monde qui, à l'époque, paraissait mystérieux.

Isabelle Richefort conclut ainsi le livre Désirs d'ailleurs : .

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Articles connexes Exposition coloniale de Marseille (1906) Exposition coloniale de 1907 (Paris) Exposition coloniale

Bibliographie . . . . . .

Liens externes

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