Le convoi du , dit , est un convoi de répression et de déportation parti de France en direction d'Auschwitz dans le cadre de l'opération « Nuit et brouillard ». Il est issu d'un convoi qui est d'abord mixte à son départ de Compiègne : et sont répartis dans différents wagons à bestiaux, puis le train est séparé en deux à Halle-sur-Saale, les wagons contenant les hommes étant alors dirigés vers le camp d'Oranienbourg-Sachsenhausen tandis que ceux des femmes sont envoyés vers Auschwitz.

Il s'agit du seul convoi de résistantes à destination d'Auschwitz. À leur arrivée le , elles reçoivent chacune un matricule compris entre les et 31854, ce qui donne plus tard son nom au convoi. Là, elles passent deux semaines dans le block de quarantaine avant de rejoindre les autres prisonnières dans le camp. Considérées comme aptes au travail, plusieurs déportées du convoi sont envoyées dans le kommando Raisko tandis que certaines entrent au revier en tant qu' grâce à Danielle Casanova. Pendant toute leur détention, les déportées du convoi du restent solidaires et s'entraident pour survivre. Finalement, en , les cinquante-sept survivantes du groupe encore détenues dans l'enceinte d'Auschwitz sont mises dans un block de quarantaine après que le lieu de leur détention est connu de la Résistance intérieure française et communiqué sur les ondes de Radio Londres. Elles obtiennent également le droit de contacter leurs proches par courrier.

Après un an de ce traitement, les survivantes du groupe sont transférées à Ravensbrück, un camp pour femmes situé au nord de Berlin. Elles y passent près d'un an et, lors de l'avancée des Alliés, sont séparées pour la première fois. Sept d'entre elles sont envoyées dans une usine de missiles à Beendorf (Saxe), tandis que trente-trois autres sont mises dans un convoi de transférées au camp de Mauthausen. Ravensbrück est libéré en , tout comme Mauthausen, et certaines survivantes sont prises en charge par les Bus blancs de la Croix-Rouge suédoise. La dernière survivante du convoi à rentrer de déportation est Marie-Jeanne Bauer, qui revient à Paris le , après avoir été libérée d'Auschwitz par l'armée soviétique le précédent.

Sur les parties en de Compiègne, seules sont revenues de déportation, soit un taux de mortalité de 79 %. En 1965, une des survivantes, Charlotte Delbo, publie le premier tome de sa trilogie Auschwitz et après, intitulé Aucun de nous ne reviendra, dans lequel elle raconte ce qu'elle a vécu à Auschwitz sous forme de petites scènes et de poèmes. Les deux tomes suivants, Une connaissance inutile (1970) et Mesure de nos jours (1971), sont construits de la même manière. En 1965, elle publie également Le Convoi du , une compilation de courtes biographies de chaque membre du convoi.

Contexte Selon l' de la convention d'armistice du : Consultable sur le site de l'université de Perpignan..

En 1941, le chef des forces d'occupation allemandes en France (Militärbefehlshaber in Frankreich) Otto von Stülpnagel applique la mesure Nuit et brouillard () qui consiste à déporter les dans les territoires de l'Est pour les isoler du reste du monde, ne leur autorisant aucune communication avec leur famille.. Pour les Allemands, cette mesure devait effrayer et dissuader les familles de prendre la suite de leurs proches dans les rangs de la Résistance. comme en témoigne une lettre envoyée par Heinrich Himmler aux membres de la Gestapo. : Au fil des mois, cette pratique est utilisée pour les Français soupçonnés d'espionnage, de trahison, d'aide aux ennemis du Reich ou de possession illégale d'armes, tous passibles de la peine de mort.

Histoire En détention gauche|vignette|L'entrée du fort de Romainville pendant l'entre-deux-guerres.|alt=Carte postale de l'entrée du Fort de Romainville dans les années 1930. La première femme du convoi à arriver au fort de Romainville est Maria Alonso, une Espagnole de qui y est transférée le , arrêtée pour avoir fourni une machine à ronéotyper à des résistants.. Elle est rapidement désignée cheffe de la section des femmes. Marie-Thérèse Fleury, arrêtée en tant que membre d'un mouvement de résistance des PTT, arrive le même jour au fort. Dix jours plus tard, ce sont les imprimeuses et techniciennes de l'affaire Tintelin dont Madeleine Doiret, Jacqueline Quatremaire, Lucienne Thevenin, Jeanne Serre et Vittoria Daubeuf.. Le arrivent les femmes prises lors du coup de filet parisien Politzer-Pican-Dallidet qui comprend Madeleine Dissoubray, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Danielle Casanova, Charlotte Delbo et Madeleine Passot ainsi qu'une fille de seize ans, Rosa Floch, arrêtée pour avoir écrit sur le mur de son lycée.

Les détenues établissent un système de mise en commun des colis de nourriture pour améliorer le sort de chacune.. La faim étant omniprésente, Danielle Casanova convainc les femmes des autres cellules de crier à leurs fenêtres donnant sur la rue pour obliger le directeur du fort à améliorer leur pitance. Germaine Pican et elle sont envoyées au cachot pour cette action mais la soupe devient alors plus consistante.. Marie Politzer organise des séances de gymnastique et des douches froides chaque matin pour maintenir les femmes en forme..

Un bulletin d'informations commence à circuler dans la prison. Écrit au bleu de méthylène sur le papier d'emballage des colis de la Croix-Rouge, il est intitulé Le Patriote de Romainville. Selon Madeleine Passot, les internées sont devenues une et selon Madeleine Dissoubray, elle n'avait pas à se car elles étaient toutes très liées.. Charlotte Delbo met en scène des pièces de théâtre, Cécile Charua devenant la couturière de la troupe.. Le dimanche après le déjeuner, des sont organisées auxquelles assistent quelques gardes allemands et les hommes détenus..

Une des dernières femmes du convoi à rejoindre Romainville est Georgette Rostaing en janvier., après avoir été arrêtée sur dénonciation le ..

Le départ vignette|Wagon d'un train de marchandises utilisé pour les trains de la Shoah aujourd'hui exposé à Auschwitz transformé en lieu de mémoire.|alt=Wagon d'un train de marchandises utilisées pour les trains de l'Holocauste aujourd'hui exposé à Auschwitz transformé en lieu de mémoire. Au soir du , toutes les femmes du fort sont rassemblées et 222 d'entre elles sont appelées.. On leur annonce qu'elles auront besoin d'une seule petite valise et de vêtements chauds pour leur départ. Bien que ne sachant pas leur destination finale, les femmes ne sont pas effrayées car, pour elles, travailler dans une usine en Allemagne ne pouvait pas être pire que les cellules de la Gestapo.. De plus, s'étant entraidées pendant les longs mois à Romainville, elles étaient devenues amies et avaient dans l'idée de prendre soin les unes des autres où qu'elles aillent..

Le , les sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons à bestiaux. car occupent la partie avant du train depuis la veille. Elles sont entre soixante et soixante-dix femmes dans ces wagons, hormis le dernier qui renferme les vingt-sept restantes. Pour le voyage, on leur donne un petit pain et un morceau de de saucisson chacune. Dans les wagons pleins, les femmes mettent en place un système de rotation : la moitié d'entre elles s'assoient tandis que les autres peuvent s'allonger et inversement tandis que les valises sont empilées autour des tonneaux pour les besoins pour éviter qu'ils ne se renversent.. Durant le trajet, à chaque arrêt, elles glissent des messages à travers les portes des wagons pour qu'ils soient postés par ceux qui les ramasseraient.. Le premier jour, le train s'arrête à Châlons-sur-Marne où un cheminot leur murmure à travers les portes : À Halle, le train est séparé en deux, les wagons des hommes sont dirigés vers Oranienbourg-Sachsenhausen et ceux des femmes vers Auschwitz.. Lors d'un des arrêts, un garde allemand leur souffle : .. À la gare de Breslau, on leur distribue une boisson tiède, leur première nourriture depuis leur départ. Elles arrivent à Auschwitz le au matin.

Michelle Bastien, née le , est transférée à Romainville enceinte. Inscrite sur la liste des futures déportées du convoi , elle en est rayée grâce à l'action de ses camarades. Elle accouche en et est séparée de sa fille qui est envoyée chez ses grands-parents paternels. En , Michelle Bastien est déportée vers Ravensbrück mais parvient à survivre..

À Auschwitz Elles entrent dans le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau le en chantant La Marseillaise. Emmenées dans une baraque, certaines refusent de boire la soupe ressemblant à du gruau, se plaignant de l'odeur que dégagent les bols qu'on vient de leur donner.. Elles apprendront plus tard que ces bols furent utilisés par les précédentes propriétaires pour se soulager la nuit. Ce premier jour, Danielle Casanova se porte volontaire pour devenir la nouvelle dentiste du camp, à la demande des SS., poste qui va lui permettre de trouver une place pour Maï Politzer et Betty Langlois à l'infirmerie du campp. 318.. Après son départ, les autres femmes sont obligées de se déshabiller pour remettre tous leurs objets personnels avant d'être conduites dans une seconde pièce où des détenues leur coupent les cheveux , leur tondent le pubis. et désinfectent le corps avec un chiffon imbibé de pétrole. Après un bain de vapeur, elles sont tatouées à l'intérieur du bras, les chiffres allant du 31625 au 31854, ce qui donne plus tard le nom « Convoi des 31000 ».. Affublées de vêtements de prisonnières soit trop grands, soit trop petits, les cousent un F sur un triangle rouge sur leur tenue .. gauche|vignette|Triangle rouge d'un prisonnier polonais.|alt=Image d'un triangle rouge avec un P majuscule au centre dessiné sur des bandes verticales bleues et blanches

Peu après, le groupe est envoyé dans le block 14, le block de quarantaine où elles restent deux semaines.. Exemptées du travail dans les kommandos, elles doivent néanmoins participer aux appels, debout dans la neige durant des heures.. Madeleine Dissoubray racontera plus tard que, pendant les appels, elles se soutiennent et mettent les plus frigorifiées au milieu pour leur tenir chaud. Les premières à mourir sont les femmes les plus âgées comme Marie Grabb (), une résistante de la région de Tours, qui meurt avant l'appel le premier jour et Léona Bouillard (), originaire des Ardennes, qui ne se relève pas après être tombée par terre lors du deuxième appel.. Pendant leur séjour en quarantaine, plusieurs autres femmes meurent : Léa Lambert, Suzanne Costentin et Yvonne Cavé qui, devant aller à l'appel après qu'on lui a volé ses chaussures, meurt de ses engelures le soir-même ainsi que les trois femmes soupçonnées d'avoir dénoncé des membres de la Résistance qui avaient été ostracisées par les autres déportées françaises à leur arrivée à Auschwitz.