L’occupation japonaise de la Malaisie se déroule de 1941 à 1945 lors de la Seconde Guerre mondiale. La Malaisie est envahie par les troupes impériales japonaises le et malgré une lutte acharnée, les troupes britanniques sont contraintes au retrait vers Singapour le . Cette dernière chute le , laissant la péninsule Malaise aux mains des Japonais jusqu'en 1945.

Une fois occupée, la Malaisie est dirigée par l'Administration militaire malaise (Malai Gunsei Kumbu) sous la responsabilité de la armée. Le contrôle de quatre États du Nord (Kedah, Perlis, Kelantan et Terengganu) est transféré à la Thaïlande. Les Japonais tentent d’apparaître comme des libérateurs de la colonisation britannique et d’obtenir le soutien de la population en nouant des alliances avec la Ligue pour l'indépendance indienne ou le Kesatuan Melayu Muda, mais les conditions d’occupation extrêmement difficiles et les atrocités commises notamment vis-à-vis des Chinois vivant en Malaisie, entretiennent un mouvement de résistance. Cette dernière, notamment composée par la Malayan Peoples' Anti-Japanese Army qui obtient le soutien des Britanniques, opère des actions de guérilla et des sabotages contre l’occupant.

Il faut cependant attendre la fin de 1944 et l'année 1945, pour voir les Alliés entreprendre des actions militaires d'envergure en Malaise et notamment des campagnes de bombardements et des opérations de minages des installations portuaires. Les Alliés prévoient de débarquer en Malaisie avec les opérations Zipper et Mailfist, mais le Japon capitule avant la mise en place de ces opérations. L’administration britannique est rétablie le .

Contexte Prélude

vignette|gauche|upright=0.5|Hachirō Arita vers 1936-40. vignette|droite|Avancée japonaise dans le Pacifique (1937-1942). Le concept d'une Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale trouve son origine dans un concept de l'Armée impériale japonaise, développé par le général Hachirō Arita, un idéologue de l'armée qui a servi comme ministre des Affaires étrangères de 1936 à 1940. L'armée japonaise déclare l'est-asiatique comme son pré carré. Comme l'équivalent asiatique de la doctrine Monroe, en particulier le corollaire Roosevelt, l'Asie est, d'après les militaires, aussi essentielle au Japon que l'Amérique latine l'est pour les États-Unis...

Le Ministre des Affaires étrangères Japonais, Yōsuke Matsuoka annonce officiellement l'idée de la Sphère de coprospérité le dans une interview à la presse, même si dans les faits, cette dernière est efficiente depuis de nombreuses années.. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en Europe donne aux Japonais l'occasion d'exiger le retrait du soutien à la Chine au nom de l', les puissances européennes étant incapables de riposter efficacement.. La plupart des autres nations situées dans la sphère sont soit des colonies dont une partie de leur population exprime leur sympathie au Japon (comme en Indonésie), soit occupées par le Japon dès les premières phases de la guerre et qui disposent de gouvernements fantoches, ou déjà sous le contrôle du Japon comme le Mandchoukouo. Ces facteurs contribuent à ce que la sphère de coprospérité, tout en manquant d'autorité réelle ou de pouvoir conjoint, se développe sans beaucoup de difficulté. La sphère doit, selon la propagande impériale, établir un nouvel ordre international libéré du colonialisme et de la domination occidentale pour les pays asiatiques qui partagent la prospérité et la paix sous l'égide d'un Japon bienveillant..

Préparation

vignette|gauche|upright=0.8|William Forbes-Sempill avec l'amiral japonais Tōgō Heihachirō en 1921. L'unité 82 du Bureau des affaires militaires japonaises est créée en 1939 ou 1940 et installé à Taiwan afin de coordonner le renseignement. Dans les dernières étapes de planification, l'unité est sous la direction du colonel . Les renseignements sur la Malaisie sont collectés via un réseau d'agents qui comprend le personnel de l'ambassade du Japon ; des Malais mécontents (en particulier, appartenant à la Tortoise Society, une sorte de « cinquième colonne » mise en place par les Japonais) ; des hommes d'affaires japonais, coréens et taïwanais ou encore des touristes. Les espions japonais, y compris occidentaux comme l'officier du renseignement britannique, le capitaine Patrick Stanley Vaughan Heenan et fournissent des renseignements et du soutien. Les informations fournies par Heenan permettent notamment aux Japonais de détruire une grande partie des forces aériennes alliées au sol.

Avant les hostilités, des agents de renseignement japonais comme Iwaichi Fujiwara avaient établi des bureaux de renseignements secrets (ou Kikans) en relation avec les organisations indépendantistes comme le Kesatuan Melayu Muda en Malaisie ou l’Indian Independence League en Inde. Les Japonais donnent un appui financier à ces mouvements en échange d'informations fournies par leurs membres, et plus tard, avant l'invasion, contre la composition et les mouvements de troupes alliées.

En 1941, les Japonais sont engagés depuis quatre ans en Chine. Ils sont fortement tributaires des matériaux importés pour leurs forces militaires, en particulier du pétrole américain.. De 1940 à 1941, les États-Unis, le Royaume-Uni et les Pays-Bas imposent un embargo sur l'approvisionnement de matériels de guerre et de pétrole vers Japon. La finalité de l'embargo est d'aider les Chinois et contraindre les Japonais à mettre un terme à leur action militaire en Chine. Les Japonais estiment cependant que se retirer de Chine équivaudrait à perdre la face et préfèrent entreprendre une action militaire contre les territoires américains, britanniques et néerlandais en Asie du Sud-Est. Les forces japonaises d'invasion sont rassemblées en 1941 sur l'île d'Hainan et en Indochine française. Cette et en Indochine est remarquée par les Alliés et, lorsque ces derniers ont demandé des comptes, les Japonais ont expliqué que cela été lié aux opérations en Chine.

Conquête

vignette|droite|Des soldats japonais avancent dans Kuala Lumpur en janvier 1942. La armée japonaise sous le commandement du lieutenant-général Tomoyuki Yamashita débarque sur la plage de Kota Bharu juste après minuit le , divisée en deux forces distinctes, l'une manœuvrant ensuite vers l'Est et Kuantan, et l'autre vers le sud et la . Une bataille féroce s'engage avec l'Armée indienne britannique une heure avant l'attaque de Pearl Harbor. Cette bataille marque le début officiel de la guerre du Pacifique et le début de l'occupation japonaise de la Malaisie. L'aéroport de Kota Bahru est occupé dans la matinée. Les aéroports de , de Butterworth et d'Alor Setar sont pris le . Le , les Japonais commencent à bombarder Penang. puis Alor Setar tombent aux mains des Japonais le . Les Britanniques doivent se replier vers le sud. Le , les Britanniques quittent Penang qui est occupée par les Japonais le même jour..

Les Japonais continuent à avancer vers le sud et capturent Ipoh le . Les Britanniques résistent férocement dans la bataille de Kampar, qui dure trois jours et trois nuits entre 30 le et le , mais ils doivent une nouvelle fois battre en retraite. Le , deux brigades de la division d'infanterie indienne sont vaincues lors de la bataille de Slim River, ouvrant à l'armée japonaise la porte de Kuala Lumpur, la capitale de la Malaisie. Le , la position britannique est de plus en plus désespérée et le commandant suprême du American-British-Dutch-Australian Command, le général Archibald Wavell, décide de retirer toutes les forces britanniques et du Commonwealth au sud de Johor, abandonnant ainsi Kuala Lumpur qui est capturée par les Japonais le .

La ligne défensive britannique est établie dans le nord de Johor, de à l'Ouest, à travers , puis à Mersing à l'Est. La est placée le long de la partie ouest de la ligne entre Muar et Segamat. Des troupes de l'Australian Imperial Force (AIF) sont concentrées au centre de la ligne et manœuvrent au nord de Segamat, se heurtant à l'avancée de l'armée japonaise à le . La division, qui forme la principale force japonaise, arrive le , et contraint les Australiens à se replier sur Segamat. Les Japonais se dirigent vers l'Ouest et la brigade indienne, qui, inexpérimentée, est facilement battue. Le commandement allié dirige ensuite les , bataillons australiens vers l'Ouest ; le 2/ bataillon engage les Japonais le au sud de Muar.

Les combats se poursuivent jusqu'au , et malgré les efforts des 2/ et 2/ bataillons, la ligne de défense de Johor s'effondre. Les Alliés doivent battre en retraite à travers la chaussée Johor-Singapour vers Singapour. Au , l'ensemble de la Malaisie est aux mains des Japonais..

Occupation Administration et organisation vignette|droite|En rouge, les zones occupées par les Tais, en orange, les territoires occupés par les Japonais. La politique japonaise d'administration des territoires occupés est élaborée en par le colonel Obata Nobuyoshi (chef de la section renseignement de l'armée du Sud) et les lieutenants-colonels Otoji Nishimura et Seijiro Tofuku de l'état-major général. Ceux-ci énoncent cinq principes : l'acquisition de matériels essentiels pour la défense nationale, le rétablissement de l'ordre public, l'autosuffisance des troupes dans les territoires occupés, le respect des administrations locales et des coutumes établies et aucune discussion précipitée sur le futur statut de souveraineté. Pour la Malaisie, les Établissements des détroits sont placés sous l'autorité de l'armée japonaise, les États malais fédérés sous l'autorité théorique de leurs sultans, et les quatre États du nord tombent sous l'autorité thaïe. En effet, jusqu'en 1909 Kedah, Perlis, Kelantan et Terengganu sont des territoires thaïlandais. Dans le cadre d'un accord en 1909, la Thaïlande les a transférés sous le contrôle des Britanniques. En , le Premier ministre japonais Hideki Tōjō annoncé que le contrôle de ces États va retourner à la Thaïlande dans le cadre de l'alliance militaire signée entre la Thaïlande et le Japon le . La Thaïlande administre ces derniers au travers d'une nouvelle entité, le Si Rat Malai, entre le et jusqu'à la capitulation des Japonais à la fin de la guerre, cependant, les troupes japonaises et la Kenpeitai continuent d'être stationnés dans ces États.

Une fois occupée, la Malaisie est dirigée par l'Administration militaire malaise (Malai Gunsei Kumbu) de l'armée impériale japonaise. Cette dernière est dirigée par le colonel Watanabe Wataru, le chef d'état-major de la armée. Wataru met en œuvre la politique d'occupation et impose une ligne dure. Les Chinois sont notamment durement traités en raison d'un sentiment de suspicion permanent de soutien à la Chine continentale contre le Japon. Les Malais et les Indiens sont traités de façon plus modérée en raison de leur coopération. Wataru croit fermement que le régime britannique a introduit un mode de vie hédoniste et matérialiste pour les peuples autochtones. Il estime donc qu'il faut leur enseigner à supporter les difficultés et les privations avec l'éducation et l'entrainement physique et spirituel. Wataru pense aussi qu'ils doivent être prêts à donner leur vie si nécessaire pour établir le Hakkō ichiu et la Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale.. Lorsque Wataru est remplacé en par le major-général Masuzo Fujimuro, la situation du Japon dans la guerre s'est dégradée et les Japonais imposent la coopération de toute la population. Peu à peu, ses politiques plus répressives sont mises en place à l'égard des Chinois et les conseils consultatifs sont formés. En , le colonel Hiroshi Hamada établit une salle de consultation publique pour engager des discussions avec les dirigeants de la communauté chinoise et la jeunesse.

vignette|gauche|upright=0.6|Le général Tomoyuki Yamashita commandant de la armée, 1941.