Le château Bertaud est situé sur la commune de Gassin dans le département du Var.
Histoire
Un habitat ancien L'occupation du site est ancienne. Dans son livre La Côte des Maures, le Alphonse Donnadieu y décrit la présence de briques de colonnes et de onze monnaies romainesAlphonse Donnadieu, La Côte des Maures de Toulon au golfe de Fréjus : ses calanques, ses forêts, ses îles d'Or, Paris, Berger-Levrault, « Paysages de Provence », 1932, .. Lors de travaux en 1970 à l'usine des torpilles, des monnaies ont été retrouvées ainsi qu'une amphore gauloise et de la céramiqueGoudineau Christian [dir.], « Circonscription de Côte d'Azur – Corse », in Gallia, tome 29, fascicule 2, 1971. (lire en ligne).
Ces vestiges pourraient indiquer l'existence d'une villa semblable à celle de Pardigon à cheval sur les communes de Cavalaire-sur-Mer et La Croix-Valmer, séparée de Gassin durant l'entre-deux-guerresJean-Pierre Brun, Marc Borréani, Carte archéologique de la Gaule, Le Var, 83/1, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1999, ..
Les origines Les seigneurs de Bertaud font construire ce château, attesté au . Bertaud, dépendant de la paroisse de Gassin, est un arrière-fief de Grimaud à partir de 1240Inventaire général des papiers renfermés dans les archives du château de Grimaud, p. XII, citant Bouche, Nostradamus, Godifry, Louet, Histoire de Provence). Ses seigneurs sont coseigneurs de Gassin jusqu'à la vente de ces terres par le marquis de Grimaud à Antiboul de Saint-Tropez. Les seigneurs de Bertaud ne sont plus dès lors seigneurs de Gassin.
Le château, situé près du rivage, était utilisé pour le mouillage des bateauxCette utilisation pour le mouillage est attestée en septembre 1775 quand « les consuls de Grimaud et des communautés voisines, ainsi que les chartreux de La Verne, exposent que l’administration des Fermes, au mépris de l’usage, veut les empêcher de débarquer à la plage de Bertaud des denrées à destination de Saint-Tropez. » (Louis Blancard, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Bouches-du-Rhône, Paris, P. Dupont, 1865-1892) (lire en ligne)., au fond du golfe de Saint-Tropez.
Il abritait deux moulins à la pointe de BertaudAdrien-Adolphe-Charles Germain, Instructions nautiques sur les côtes sud de France, Imprimerie nationale, 1885, 202 pages., une fontaine et une chapellePaul Joanne [dir.], Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies, Paris, Hachette, 1890-1905..
Le nom de Bertaud a été repris pour caractériser plusieurs éléments géographiques de ce quartier de Gassin : Colle-Bertaud (la « colline Bertaud », à l’est du quartier Bertaud, autrefois boisée), la Plaine de Bertaud (en bord de mer, où se trouve le château), carton de Bertaud et chemin de Bertaud.
L’origine du nom Bertaud à Gassin n’est pas connue. Élisabeth Ulrich-Sauze évoque la possibilité d’une origine germanique Bertoaldus, même si ce nom n’est attesté ni comme prénom ni comme nom de famille dans la presqu’île de Saint-Tropez.
L'ouvrage est évoqué dans un écrit du directeur des fortifications de Provence, Nicolas Milet de Monville. Son emplacement est stratégique dans la défense de Saint-Tropez, vers la vallée de La Môle.
Au temps du tourisme Il fut remarqué lors de la naissance du tourisme au et figure sur divers ouvrages de l'époque, comme La Côte d'Azur de Stéphen LiégeardÉgalement Les villes d'hiver de la Méditerranée et les Alpes maritimes : itinéraire descriptif et historique…, Paris, Hachette, 1864. (lire en ligne, les guides Conty, celui de Paul Joanne, Les Stations d’hiver de la Méditerranée), ou dans les différentes éditiond de l’Annuaire des châteaux et des départements (« noms & adresses de l'aristocratie, du high life, de la colonie étrangère, du monde politique, de la magistrature, de l'armée, du clergé, des sciences, lettres et beaux-arts, de tous les propriétaires des châteaux de France., qui en proposait en 1887 une représentation visuelle. Il bénéficia de sa présence sur la route menant à Saint-Tropez, à proximité du Pin de Bertaud« La plaine a décidément triomphé de la montagne. Ce ne sont que prairies coupées de bouquets d'arbres, au-delà desquelles on entrevoit la riante image de Saint-Tropez. Bâti à la pointe du golfe, le Château Bertaud vaut plus par la richesse du cadre que par les détails de son architecture néo-gothique. Il a surtout cette fortune de mettre ses créneaux sous la protection d'un gardien hors pair. À sa porte, en pleine route nationale, surgit un pin-parasol, le plus beau qui soit dans le monde. Ce colosse, digne des conifères de Mariposa, mériterait qu'on fit pèlerinage à son intention. Visible de tous les points de la campagne, il couvre chemin et champs de son dôme mobile. Ses moindres branches sont des arbres, sa ramure semble une forêt, encore que labourée des orages. Un figuier semé par le vent y a pris racine, et vit, parasite de l'écorce, à vingt pieds du sol. » (Stéphen Liégeard, La Côte d'Azur).
Dans ses Étapes d’un touriste en France, de Marseille à Menton, Jules Adenis (1892) décrit les lieux :« Parmi les excursions que l’usage impose aux touristes dans les environs de Saint-Tropez, il faut citer celle du cap Camarat où l’on visite un phare de premier ordre dont les rayons à éclipses s’étendent à dix lieues en mer. À la pointe du golfe s’élève le château Bertaud, avec ses tourelles crénelées et son architecture néo-gothique. C’est à la porte de ce château, en pleine route nationale, que surgit le célèbre pin parasol qui mesure dix mètres de circonférence à sa base, et dont nous avons parlé lorsque nous avons pris la route des terres pour nous rendre de Saint-Raphaël à Saint-Tropez. »Le domaine du château comprenait de nombreuses terres, sur l'une desquelles se trouvait une magnanerie, par la suite résidence de campagne aujourd'hui transformée en hôtel : le Mas de Chastelas, ainsi que les terres où se situe aujourd'hui le domaine de Bertaud-Belieu« Un domaine appelé Bertaud, situé dans le terroir de Gassin, consistant en une maison au bord de la mer composée de 2 chambres à coucher, un salon, grenier, cave, écurie, four, loge à cochon, poulailler et grenier à foin, jardin, terres, vignes, près, bois taillis, bruyères, messuguières [garrigues à cistes], terres semblables avec un autre bâtiment [probablement l’actuel Mas de Chastelas] composé de deux appartements, grenier à foin, écurie et jas, le tout attenant d’un produit annuel de 3739,30 F formant un capital de 74 786,20 F. Un moulin à vent au même quartier et enclavé dans ledit domaine ne servant qu’à moudre les grains du propriétaire, d’un produit annuel de 20 F… Soit en capital : 400 F. Capitaux attachés à l’exploitation : 1) 8 bœufs estimés 1415 F 2) 2 charrettes évaluées 140 3) de fer évalués 24 4) 18 poules et un coq estimés 19 5) 4 vaches évaluées 288 6) 1 vieille jument estimée 60 7) 1 poulain d’un an évalué 60 8) et finalement la moitié d’une [?] estimée 34 » « Une grande partie des immeubles ci-dessus est affermée à moitié fruit à J. Jh et J. B. Roubeuf père et fils par acte nre Broquier le 29 janvier 1809 »..
Au et au début du , il fut la propriété des familles lyonnaises Peissonneaux et Janmot. L'artiste lyonnais Louis Janmot y séjourna chez sa fille Marthe et son beau-fils et en réalisa des « reproductions très heureuses »La Chronique des arts et de la curiosité : supplément à la Gazette des beaux-arts, Paris, Gazette des beaux-arts, 25 février 1911. (lire en ligne).. Les tableaux de son œuvre la plus célèbre, le Poème de l'Âme, y furent conservés par son fils. C'est son fils Norbert qui fut le dernier possesseur privé du domaine. Le château, ses "bâtiments d'habitation et d'exploitation, chapelle, cours, jardin, parc, vignes, terres, pâtures et sables", le tout sur , est vendu aux enchères en 1906 avec mise à prix de francs (environ euros en 2018).
Le château de l'usine des torpilles alt=Le château Bertaud vu depuis la plage de la Foux|droite|vignette|200x200px|Le château Bertaud vu depuis la plage de la Foux. Au , le château devint la propriété des possesseurs de l'usine de torpilles créée sur le site. Achetée par son précédent propriétaire (1913), le domaine fut revendu à Whitehead ou ..
L'usine des torpilles vit le jour sur le domaine de Bertaud en 1912. La Marine nationale permit à la société britannique Whitehead de produire des torpilles dans le golfe de Saint-Tropez, choisi alors pour sa discrétion.
Elle fut nationalisée en 1937 et le resta jusqu'en 2003, date à laquelle DCNS, qui a précédé Naval Group, devint une société de droit privé, détenue majoritairement par l'État.
La chapelle À l'image de celle du Château Minuty près de là, et comme de nombreuses furent construites dans la seconde moitié du , une chapelle fut construite à la demande de Marie-Louise Philomène de Pessoneaux du Puget en 1882.
Elle mesure .
Architecture vignette|Façade nord-est du château Bertaud Il s'agit d'un château de style néo-gothique selon Stephen Liégeard.
Le corps principal est constitué de trois étages, dont un semi-enterré.
Il possède quatre tours rondes, deux plus petites aux coins nord et ouest et deux plus grosses, une au sud, l'autre, détachée du château, à l'est.
Usage Le château et le domaine a été utilisé à l'origine comme résidence des seigneurs de Bertaud.
Au début du , et probablement avant, le domaine était affermé « à mi fruit ». Les ménagers pouvaient y vivre de façon quasi autarcique avec un domaine qui leur procure tout, bois, bétail, grains, légumes, etc., et jusqu’au moulin à vent. Ce dernier ne servait qu'à l'usage interne au domaine..
À la fin du , il accueillit des artistes, notamment Louis Janmot.
Il est utilisé pour loger le directeur de l'établissement.
La pointe de Bertaud Situé au fond du golfe de Saint-Tropez, le territoire du château se trouve à un carrefour de communication important. Par la route, il est situé à proximité du carrefour de la Foux.
La pointe de Bertaud permet d'abriter les bateaux pour le mouillage, appelé le mouillage de Bertaud.
Il fut un lieu de transit de marchandises, interface entre le Freinet et la Méditerranée : en plus des routes, il possédait, deux voies fluviales avec l’embouchure du Bélieu et du Bourrian.
Les rivières étaient utilisées pour l’acheminement du bois des Maures vers les cités maritimes de la région, Nice ou Cannes. Le transport était réalisé avec des embarcations à faible tonnageClaude-François Achard, Géographie de la Provence, du Comté-Venaissin, de la Principauté d'Orange, du Comté de Nice, etc. Description historique géographique et topographique des villes, bourgs et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté-Venaissin, de la principauté d'Orange, du comté de Nice, etc., pour servir de suite au Dictionnaire de la Provence précédée d'un Discours sur l'état actuel de la Provence, par M. Bouche, tome I, Aix-en-Provence, Calmen, 1787, 665 pages..
Un quai était utilisé au pour des essais de tirs de torpilles. Les tirs étaient signalés par des lumières et des drapeaux North Atlantic, Baltic Sea, North Sea and the Mediterranean Sea. Sailing directions, 2006, édition, LighthousePress, National Geospatial Intelligence Agency. (lire en ligne).
Les deux moulins, situés à environ au nord-est du château, étaient ruinés en 1917 mais toujours visibles. Ils étaient utilisés comme repère par les marins"At thea head of the gulf in the southern corner, and about 1 3/4 miles fromt St. Tropez, there is anchorage in from 6 to 7 fathoms somewhat protected from easterly winds by Bertaud Point and the shallow water off it ; the remains of two old mills are on the point, and about 200 yards to the southwest is a building called the château Bertaud". (Mediterranean pilot, Volume 2, Hydrographic Office, United States Navy Departement, 1917, )