vignette|redresse=1.1|Des militaires italiens, français, espagnols, portugais, indonésiens et indiens en uniforme lors d'un défilé à Rome, en Italie. vignette|redresse=1.1|Représentation d'uniformes militaires durant la période 1690 à 1865 par René Lhopital.

L’uniforme désigne, en terminologie militaire, l'habit militaire en général.

Définition Un uniforme est un ensemble d'effets réglementaires réservé à une catégorie de personnel, confectionné suivant certaines spécifications (tissus, couleur, coupe) et dont le caractère militaire et national est affirmé par des attributs ou insignes nettement définis.

La tenue est un ensemble de pièces d'uniforme dont la composition est fonction des circonstances. Un même uniforme comporte plusieurs tenues.

C'est le commandement qui fixe la tenue, c'est-à-dire la façon de porter l'uniforme.

Histoire vignette|upright|Un lansquenet ().

Généralités Dès l'origine, les soldats ont eu pour habitude de se vêtir d'une manière différente des civils. Il s'agit en effet de ne pas être confondus avec ces derniers tout en marquant clairement leur état d'hommes de guerre ; en Europe, pareille attitude atteignit des sommets d'originalité avec les lansquenets - piquiers mercenaires - et autre reîtres - cavalerie lourde - qui revêtaient des tenues d'un style flamboyant typique de la Renaissance : larges chapeaux bas couronnés de grandes plumes, doublets aux manches bouffantes, collants aux couleurs différentes, etc.

Il importe cependant de bien faire la différence entre les uniformes et les costumes régionaux ou ethniques ; ainsi la vue d'un groupe ethnique arborant un style de vêtement spécifique pourrait nous donner l'impression de voir une troupe en uniforme. Un tel exemple peut être compliqué du fait que certaines des unités militaires les plus célèbres voient souvent leur tenue être copiée ; ainsi en alla-t-il de l'uniforme haut en couleur des hussards hongrois qui devint la référence suprême de tous les régiments de hussards tant européens qu'américains.

Les uniformes militaires apparaissent lors de périodes historiques correspondant à la constitution de pouvoirs forts (empires dans l'Antiquité, États-nations contemporains) ayant une volonté sinon centralisatrice, du moins intégratrice vis-à-vis des territoires qu'ils contrôlent. Ceci est lié au fait que ces entités politiques ont besoin d'une armée forte pour défendre et étendre leur territoire, mais aussi pour symboliser le pouvoir régalien. La constitution d'unités militaires disciplinées, bien équipées et dotées d'uniformes va d'ailleurs de pair avec l'instauration d'une monnaie commune aux peuples et aux régions qu'elles contrôlent mais aussi avec la mise en place de la collecte d'un impôt qui est au moins en partie reversé au pouvoir central et avec la naissance de l'administration fiscale, dont découlent toutes les autres. Ainsi, les principaux attributs qui caractérisent en droit des États-nations modernes sont le pouvoir de frapper la monnaie (et son corollaire de lever l'impôt) et le monopole de la violence légitime (et son corollaire le monopole du rendu de la justice), qui nécessite une police et une armée puissantes dont l'uniforme n'est que le symbole extérieur.

Antiquité Dans l'Antiquité, la plupart des grandes civilisations ayant peuplé le bassin méditerranéen (Égyptiens, Cités grecques, Perse, Rome antique) disposaient de forces armées organisées selon des schèmes très similaires à ceux d'aujourd'hui : engagement volontaire et/ou service militaire obligatoire de durée variable, discipline, hiérarchie, paiement d'une solde régulière, constitution d'unités de taille variable imbriquées les unes dans les autres (centurie, manipule, cohorte, légion dans le cas de l'infanterie régulière romaine par exemple), organisation par arme (infanterie lourde et légère, cavalerie, marine), usage d'armes de siège pouvant être considérées comme les ancêtres de l'artillerie moderne (en particulier chez les Romains : catapultes, trébuchets, balistes), usage de troupes auxiliaires composées de ressortissants des peuples soumis et/ou d'étrangers, construction de routes et constitution de villes de casernes, répartition stratégiques des unités par province pour défendre l'Empire et contrôler les populations soumises (toujours dans le cas de Rome), etc.

C'est au sein de ces forces armées que sont apparus les premiers uniformes, dont les archétypes sont ceux des légions romaines, qui par leurs caractéristiques indéniablement fonctionnelles se rapprochent de ceux des armées modernes et qui n'ont cessé de se perfectionner sous la République et pendant la période faste de l'Empire. En effet, le pilum (javelot) qui équipait les légionnaires était dans sa catégorie l'arme la plus efficace de l'époque, et la célèbre lorica segmentata (cuirasse segmentée) - doublée du casque (cassis) qui protégeait à la fois non seulement le crâne mais aussi la nuque et les oreilles ainsi que du bouclier rectangulaire incurvé - l'armure qui alliait sans doute le mieux protection, confort et légèreté. Si on y ajoute le reste de son équipement (sandales cloutées, glaive, etc.), le légionnaire romain a été sans doute le soldat le mieux doté de toute l'Antiquité. Certains éléments de son équipement, par leur forme et leur fonction, ne sont d'ailleurs pas sans rappeler ceux de l'équipement des forces de police ou des forces armées actuelles (casques de police munis d'un protège-nuque, boucliers, gilets pare-balles, protège-tibias et protège-genoux par exemple).

La qualité des uniformes et armes des soldats romains a ensuite décliné avec l'Empire, jusqu'à disparition complète de la légion.

Empire byzantin Avec ses thèmes (unités provinciales) et ses tagmata (bataillons, unités impériales), l'armée de Empire byzantin (ou Empire romain d'Orient) est la première à disposer d'insignes distinctifs propres à chaque unité. Il est établi qu'au cours du , les soldats du cataphractaire (cavalerie lourde, la principale arme utilisée par les Byzantins) portaient des parements (plumes, etc.) de la couleur attribuée à leur unité, ce qui permettait de les identifier sur le champ de bataille.

Même si à la fin de la période romaine, certaines cohortes d'auxiliaires portaient des boucliers décorés de couleurs et/ou de signes distinctifs, il n'existe aucune preuve de la systématicité de ces pratiques. Les légions romaines en ordre de bataille étaient normalement identifiées par les étendards (appelés vexillae pour les unités de cavalerie, aquilae pour les légions d’infanterie et labarum pour l’Empereur) portés par les signiferi ou porte-drapeaux placés en tête de formation.

Dans l'armée romaine, les étendards avaient quasiment exclusivement une fonction de ralliement permettant aux combattants de ne pas perdre de vue leur unité, puisqu'ils étaient très difficiles sinon impossibles à distinguer de loin. L'introduction par l'Empire byzantin de la couleur dans les uniformes des différentes formations a l'avantage supplémentaire de permettre aux officiers supérieurs qui observent le champ de bataille d'identifier très facilement leurs troupes.

Moyen Âge Dans le système féodal européen, il était nécessaire d'employer des signes distinctifs sur le champ de bataille. Toutefois, cela allait rarement au-delà de l'usage de peintures de couleurs vives et de motifs peints sur les boucliers ou brodés sur les surcôts, représentant le plus souvent les blasons des seigneurs en guerre, les vassaux arborant les insignes de leur suzerain, en signe d'allégeance.

Les ordres militaires de moines soldats comme les Templiers ou les Hospitaliers portaient sur leurs armures des manteaux ou des tuniques respectivement blancs frappés d'une ou deux croix rouge(s) ou d'un manteau noir frappé d'une croix blanche et d'un surcot rouge à croix blanche. Les croix s'arboraient sur les épaules pour les manteaux, sur la poitrine et dans le dos pour les tuniques. À la fin de la période médiévale sont apparus des vêtements standardisés conçus pour des campagnes particulières. Ainsi, en Grande-Bretagne, les soldats mobilisés dans le Norfolk en 1296 portaient des blouses blanches et les archers du Cheshire un vêtement vert et blanc au .

Empire ottoman vignette|upright|Uniformes de janissaires.

L'armée de l'Empire ottoman étant particulièrement bien organisée, les tenues de ses soldats étaient ornées de signes distinctifs afin de pouvoir distinguer les différentes unités et catégories de soldats. Les cavaliers Deli portaient par exemple des chapeaux de feutre noir au début du dix-neuvième siècle.

Néanmoins, le costume de base reprenait en général celui du groupe tribal ou de la classe sociale d'où provenaient chaque type de combattant. Cela donnait des tenues trop variées pour être qualifié d'"uniformes" au sens qu'a pris ce mot depuis.

Cependant, l'armée ottomane a dans le même temps mis en place un système élaboré utilisant des couleurs normées pour identifier chaque unité. Par exemple, même si les Janissaires portaient des tenues reflétant largement leur richesse et leurs goûts personnels, ces dernières se devaient d'afficher une dominante rouge. Le bonnet de feutre blanc, appelé zarcola, qui couvrait leur tête remplissait un rôle similaire.

Ce n'est qu'avec la réorganisation et la modernisation de l'armée ottomane décrétée par le Sultan Mahmoud II dans les années 1820 que les tenues de ses soldats vont vraiment se standardiser.

Époque moderne vignette|gauche|Souverains et États-Majors des principales puissances d'Europe en 1864 : France - Royaume-Uni - Russie - Autriche - Prusse - Italie.

L'uniforme militaire tel que nous le connaissons aujourd'hui est apparu en Europe à la fin du . Plus précisément c'est en 1632, au cours de la guerre de Trente Ans, que, pour des raisons pratiques de reconnaissance tactique, le roi de Suède, Gustave-Adolphe, eut à son tour l'idée de doter ses unités d'une couleur distinctive afin de mieux les repérer sur le champ de bataille : ainsi naquirent les régiments bleus, jaunes et verts, ancêtres multicolores des futurs uniformes militaires. Cette initiative scandinave fut suivie par le britannique Cromwell, lors de la Première Révolution anglaise, qui l'opposa aux troupes royales. Il créa, en 1645, la New Model Army, composée de soldats vêtus uniformément en rouge et… régulièrement soldés, ce qui présentait une double rareté à l'époque.

En ce qui concerne la France il fallut attendre les années 1660 pour voir s'imposer le port d'une tenue uniforme. Certaines couleurs se distinguent. D'un côté, le gris (puis le blanc) qui constituent alors la couleur de l'infanterie. Parallèlement, le rouge et le bleu sont le domaine réservé de la Maison royale et de certains régiments étrangers ; ce furent les ordonnances de Louvois de 1670 et 1690 qui imposèrent l'uniforme, préconisant l'habit blanc-gris avec parements rouges, veste ou gilet et culotte bleues, rouges ou blanches, les trois couleurs des Bourbons et comme coiffure, le lampion ou tricorne en feutre noir, avec cocarde aux couleurs du colonel. L'Autriche, elle aussi, adopta la couleur blanche, tandis que la Bavière choisissait le bleu clair, le Brandebourg le bleu foncé et la Saxe le rouge et le noir. En 1700, le tsar Pierre de Russie imposa le vert foncé à ses troupes, son adversaire suédois quant à lui se distinguant par le bleu et le jaune.