vignette|redresse|Chœur et rond-point de la cathédrale

Les verrières hautes de l'abside de la cathédrale Notre-Dame de Chartres se situent au fond de cette cathédrale, au deuxième étage de vitraux, situé au-dessus du triforium. Les baies portent les numéros 100 à 106 dans le Corpus vitrearum. La baie est la baie dans l'axe de la cathédrale.

Cet ensemble est donc le premier que le visiteur voit lorsqu'il entre par la porte royale du portail ouestLa cathédrale de Chartres, .. Du fond de la nef, toute la perspective converge vers la figure centrale de la Vierge Marie, qui trône au sommet du vitrail en position de sedes sapientiae, et qui reste très lisible malgré la distance, rappelant que la cathédrale est dédiée à Notre-Dame de l'Assomption.

Le vitrail de Notre-Dame est entourée de six grandes lancettes où les patriarches et prophètes y sont représentés tournés vers elle.

Cet ensemble homogène date de 1210-1225, et est contemporain de la construction de la cathédrale actuelle, au début du .

Vue synoptique

Cet ensemble est dissimulé à la fois par les profondes voûtes rayonnantes du l'abside et par l'orientation des panneaux latéraux ; il ne se découvre progressivement en avançant dans la nef, et n'est entièrement visible que depuis le chœur, où chaque vitrail peut alors être lu individuellement. Étant alors destinés à être observés en contre-plongée très marquée, les vitraux présentent des figures relativement allongées pour compenser la perspective.

Bien que formant un programme thématique homogène, la composition de chaque verrière est traitée individuellement. On voit par exemple que si la plupart des baies se présentent en quatre registres verticaux, les séparations de ces registres ne sont pas alignées d'un vitrail à l'autre ; et la baie d'Aaron (centre gauche) n'est même composée que trois registres. Les vitraux sont donc bien destinés à être contemplés individuellement.

Dans cet ensemble de vitraux, la thématique centrale de cet ensemble est celle du passage de l'Ancienne Alliance à la Nouvelle Alliance, par le Christ, et grâce à Marie.

Les deux verrières de Pierre et Jean Baptiste tiennent plus des verrières historiées que des grands tableaux que présentent les verrières centrales, mais font néanmoins partie du même programme qui représente le passage de l'Ancien au Nouveau Testament. Dans le programme iconographique, le vitrail de Pierre souligne que l'Église est la seule héritière légitime du Christ, à présent seule source des sacrements. Le vitrail de Jean Baptiste montre à la fois le dernier prophète de l'Ancien Testament et le premier témoin du Nouveau Testament, puisque c'est lui qui baptise le Christ — autre allusion aux sacrements.

Ave Maria

Le vitrail central, numéroté 100 dans le Corpus vitrearum, reprend les trois scènes qui composent le Je vous salue Marie dans sa version actuelle : de bas en haut « Je te salue, toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi » de l'Annonciation faite par l'Ange Gabriel (Lc 1:28) ; au milieu « Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni » que s'écrie sa cousine Élisabeth lors de la Visitation ; en haut, première vision de celui qui entre dans la cathédrale par le portail ouest, l'illustration de cette « Sainte Marie, Mère de Dieu », à qui le pèlerin arrivé à Chartres va adresser sa demande de « prier pour lui, pauvre pécheur », afin qu'il lui soit accordé les faveurs en vue desquelles il a fait son pèlerinage.

Au , la récitation du Ave Maria a été recommandée par divers conciles régionaux, mais seule la première partie de la prière existait à cette époque. La seconde partie, exprimant la supplication, ne s'est répandue que vers le . Il n'en demeure pas moins que la première partie de cette prière fait l'objet d'une promotion active au , lors de l'élaboration de ce vitrail ; les deux panneaux inférieurs peuvent donc être vus comme un rappel de cette promotion.

Les trois scènes, stylisées et expressives, permettent de reconnaître d'emblée le sujet évoqué. Comme de coutume, les trois scènes sont présentées chronologiquement de bas en haut, mais l'ordre de lecture de ces tableaux est en réalité assez indifférent.

En haut, la position de la Vierge à l'Enfant en sedes sapientiae est un thème récurrent dans la cathédrale. C'est ici la représentation de « Sainte Marie, Mère de Dieu ».

Ici, le Christ est représenté faisant un geste de bénédiction, et tenant dans sa main gauche un globe signe de sa royauté universelle. Il est symboliquement représenté chauve, signe de sa maturité et de sa Sagesse universelle.

Marie (qui tient une fleur de lys, symbole de virginité) est assise sur un trône qui repose sur sept colonnes (elles sont rouges à chapiteau vert, et partiellement occultées par la ferronnerie), rappelant que « La sagesse a bâti sa maison, Elle a taillé ses sept colonnes ».

Abritant le Christ, Marie est ici représentée comme le temple abritant la Sagesse, elle symbolise ainsi à la fois l'Église et l'Arche de la Nouvelle Alliance. Ce thème sera repris dans les autres vitraux, par les chérubins qui l'entourent. 200pxAu milieu, la scène de la Visitation. Marie (à droite) rend visite à sa cousine Élisabeth (à gauche), qui de sa main accompagne sa déclaration « le fruit de ton sein est béni ».

L'iconographie rappelle ici encore le passage entre Ancienne et nouvelle alliance : Élisabeth est enceinte de Jean Baptiste, considéré comme le dernier prophète de l'Ancien Testament et le sommet de l'Ancienne Alliance, dont le Christ dira « Je vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'y en a point de plus grand que Jean ; cependant, le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui ». Marie, qui lui fait vis-à-vis, est symétriquement enceinte de Jésus, à l'origine de la Nouvelle Alliance et du Nouveau Testament. L'une et l'autre tiennent un livre fermé à la main, Bible fermée symbole des deux enfants qu'elles portent, et qui ne se sont pas encore révélés à ce stade. 200pxEn bas, l'Annonciation. L'ange Gabriel annonce à Marie qu'elle va enfanter le Christ : « voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ».

Une colonne centrale sépare Marie, qui appartient au monde terrestre, et Gabriel, qui appartient au monde céleste ; la scène évoque ainsi la double nature humaine et divine du Christ. Mais cette nature n'est pas encore révélée, ce que symbolise le livre que Marie tient à sa main.

L'ange a au bout de son doigt une fleur de Lys, qui dans la symbolique de l'iconographie chrétienne représente la virginité. C'est un rappel ici de la conception virginale de Marie, « Marie dit à l'ange: Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme? L'ange lui répondit: Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ». De fait, on voit au-dessus de Marie le Saint-Esprit venir sur elle, sous la forme traditionnelle d'une colombe.

L'Évangile selon Luc net en parallèle l'annonce faite à Marie et celle faite à Zacharie, illustrée dans cette même abside sur le troisième vitrail de gauche : dans les deux cas, Gabriel annonce une naissance future, et dans des deux cas, son interlocuteur s'interroge. Mais alors que Zacharie reste incrédule et est sanctionné de ce fait par un « signe », Marie reçoit comme témoignage le même signe, la future naissance de Jean Baptiste, signe qui la conduit à la scène de la Visitation. 200px

Ancienne et Nouvelle Alliance

Les personnages bibliques représentés dans cette série illustrent, d'une manière ou d'une autre, ce qui a fait cette correspondance du passage de l'Ancienne Alliance à la Nouvelle Alliance, par le Christ, et grâce à Marie. Ils sont appelés dans cette représentation pour témoigner de cela.

À gauche, les deux vitraux du centre gauche, numérotés 101 et 103, soulignent les trois natures du Christ, à la fois prêtre, prophète et roi, qui furent prophétisées par trois grandes figures bibliques. Le « roi » est représenté par David, roi par excellence.David est le seul personnage de la série qui ne regarde pas la Vierge. Son sceptre fleuri rappelle probablement qu'à travers l'arbre de Jessé il est l'ancêtre de Marie et du Christ. Simplement évoqué ici, ce thème est amplement développé par le vitrail de l'arbre de Jessé de Chartres, sur le portail ouest, antérieur au présent vitrail. vignette|Portrait de Aaron, avant et après restauration par Claire Babet (2016). Le « prêtre » est représenté par Aaron, père de tous les Cohen et donc de tous les prêtres du judaïsme, et de ce fait prêtre par excellence.Ici, Aaron est coiffé du chapeau pointu désignant fréquemment les juifs dans l'iconographie, mais cette coiffe est bordée d'une décoration dorée qui rappelle la forme de la tiare, soulignant la continuité de la fonction sacerdotale entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance.Dans sa main gauche, il tient un bâton fleuri sur lequel broche un calice. Le bâton est celui qui a fleuri en étant placé dans le Tabernacle, « elle avait poussé des boutons, produit des fleurs, et mûri des amandes ». Les Pères de l'Église y ont vu l'image de la tige de Jessé qui par Marie fleurit en Christ. Le calice, qui rappelle la Cène, souligne cette association. Le « prophète » est représenté par Ézéchiel — qui n'est pas de son côté « prophète par excellence », lequel serait plutôt Isaïe.Le choix d'Ézéchiel se comprend ici en relation avec la Vierge Marie, thème central du programme, à cause de la prophétie du livre d’Ézéchiel sur la porte du Temple qui abrite la Divinité : « l’Éternel me dit: Cette porte sera fermée, elle ne s'ouvrira point, et personne n'y passera; car l’Éternel, le Dieu d'Israël est entré par là. Elle restera fermée ». La tradition chrétienne y a vu l'annonce de la virginité perpétuelle de Marie.

À droite, les deux vitraux centraux du centre droit, numérotés 102 et 104, sont un rappel des prophéties concernant le Christ, à travers quatre prophètees : Isaïe est représenté pour sa prophétie « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur ». Cette prophétie avait été amplement illustrée par le vitrail de l'Arbre de Jessé du portail ouest, déjà existant à cette époque. Moïse est représenté devant le Buisson ardent, dans lequel Dieu (représenté ici avec le limbe crucifère de la divinité, représentant le plus souvent le Christ) se révèle. Moïse est traditionnellement identifié par ses cornes, rappel des deux rayons de lumière (littéralement, des « cornes ») qui sortaient de sa tête à sa descente du Sinaï, avec les tables de la Loi, « il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, parce qu'il avait parlé avec l’Éternel ». De ce fait, la représentation est ici anachronique, puisque l'épisode du buisson ardent se situe avant le don des tables de la Loi.Moïse représente la Loi de l'Ancienne alliance, et derrière lui, dans le vitrail suivant, Daniel annoncera la Nouvelle Alliance. Jérémie est ici le seul prophète à être représenté nu-tête et ceint d'un limbe. C'est le prophète qui annonce la nouvelle alliance : « Voici venir des jours, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle ».Le Christ évoque cette parole lorsqu'il dit lors de la Cène « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous » (Lc 22:20). C'est cette même coupe que l'on retrouve à gauche, entre les mains d'Aaron.