Les unités militaires d'aide à la production (, abrégé en UMAP) sont des camps de travail fondés par le gouvernement cubain et mis en place dans les années 1960. Selon les autorités cubaines, ces centres UMAP doivent accueillir les individus qui ne peuvent pas être incorporés dans l'armée, il s'agit d'un service civil. Cela concerne notamment les religieux, antimilitaristes, homosexuels ou opposants politiques. Les UMAP incluaient également des travailleurs volontaires, le travail y étant rémunéré au même titre que le service militaire et permettant de disposer d'un emploi à la sortie.. Environ y ont travaillé, volontairement pour certaines ou de manière obligatoire pour la majorité.

L'historien Pierre Rigoulot décrit ces camps comme . Le sociologue Vincent Bloch précise que .

Constituées en 1964, les UMAP sont supprimées en 1968. Les UMAP disparaissent mais l'organisation des camps de travail agricole perdure, sans clôtures et miradors, jusqu'au début des années 1990 mais n'ont plus de rapport avec le service militaire des jeunes Cubains. Les UMAP sont aujourd'hui considérées par le gouvernement cubain comme une .

Historique vignette|Thérapie de réorientation sexuelle à Cuba dans une unité militaire d'aide à la production (1967). Maria Elena Solé.

Organisation et objectifs Le premier camp de travaux forcés est celui de Guanahacabibes (1960-1961), créé à l'initiative de Che Guevara, afin de permettre le rachat par le travail pour les auteurs de (fonctionnaires jugés coupables de délits de corruption)Elizabeth Burgos Condamner et punir : le système pénitencier cubain 16 janvier 2009. D'une durée de quelques semaines à un mois Ils ont la possibilité de refuser, mais doivent démissionner de leurs responsabilités.. Selon Serge Raffy « pour les ouvriers le Che crée un centre de réhabilitation à Segundo Cazalis. Ils sont rééduqués par le cachot et la privation de nourriture. Ils deviennent alors des hommes « neufs », libérés des soucis matériels et de leur famille, ils sont alors les « soldats de la révolution ».. Les assertions de Serge Raffy ne sont toutefois pas admises par certains biographes de Guevara....

Pour le sociologue Vincent Bloch, Vincent Bloch (Doctorant en sociologie, EHESS), Le Rôle de la terreur dans le genèse d’un pouvoir totalitaire à Cuba COMMUNISME, , 2005-2006, ..

En 1961, Fidel Castro ouvre des camps d'internement pour les opposants au régime.. En 1963, dans un contexte de tensions avec les États-Unis (débarquement de la baie des cochons, embargo, actions terroristes pilotées par la CIA), un service militaire de deux ou trois ans est restauré pour les Cubains âgés de .. L’armée cubaine, avec à sa tête Raúl Castro, prend en charge à partir de 1964, la gestion des camps que l'historien Pierre Rigoulot décrit comme .. Ramiro Valdés préside à la création des camps et organise l'arrestation des individus qualifiés d'asociauxAxel Gyldén Ramiro Valdés, ce dur dans l'ombre des Castro L'Express, 5 février 2010. Installés dans la province de CamagüeyDerrière le mea culpa de Fidel, l’action de Mariela Castro Tétu, les camps sont estimés à un environ 200.. Ils doivent, à travers le travail, notamment dans les champs de canne à sucre, éradiquer l’homosexualité et en rééduquer les hommes et femmes qui la pratiquentLeonardo Padura et Mario Conde. Une aventure cubaine Article consacré paru dans la revue Ideas Izquierda, en mai 2015, de l’écrivain cubain Leonardo Padura. Selon Serge Raffy, à plusieurs reprises Fidel Castro organise des « rafles nocturnes » intitulées « nuit des 3 P » (Prostitués, Proxénètes, Pédés - Prostitutas, Proxenetas, PajarosOiseaux, l’un des nombreux termes péjoratifs utilisés à Cuba pour désigner les hommes homosexuels.Ainsi l'écrivain Virgilio Piñera sera arrêté pour délit d'homosexualité lors de la rafle d'une nuit des trois P.) Samuel Farber Los Homosexuales Cubanos Después De La Revolución 16 décembre 2011 qui alimentent les UMAP en main d'œuvre.Frédéric Martel Global Gay: Comment la révolution gay change le monde.

Le gouvernement cubain a persisté à affirmer que les UMAP n'étaient pas des camps de travail, mais une partie du service civil. Selon lui, les camps UMAP étaient une autre forme de service civil pour les Cubains qui ne pouvaient pas servir dans l'armée car ils étaient antimilitaristes, homosexuels ou opposants politiques. La majorité des prisonniers des UMAP étaient des antimilitaristes. Une petite partie, entre 8 et 9 % des détenus, étaient des hommes homosexuels, des témoins de Jéhovah, des adventistes du septième jour, des prêtres catholiques et protestants, des intellectuels, des fermiers qui résistèrent à la collectivisation, ainsi que toute personne considérée comme ou Guerra, Lillian. ""Gender policing, homosexuality and the new patriarchy of the Cuban Revolution"." Social History. 35.3 (2010): 268. Web. <http://plaza.ufl.edu/lillian.guerra/pdfs/lillian-guerra-social-history.pdf>.. Norberto Fuentes, un ancien agent de la Dirección de Inteligencia, les services de renseignement cubains, estimait que, sur environ , 507 se retrouvaient dans des services psychiatriques, 72 étaient morts de tortures et 180 se sont suicidésFuentes, Norberto. Dulces Guerreros Cubanos. Barcelona: 1999. 300-303. Print..

Pour Fidel Castro les homosexuels n'ont pas la force de caractère nécessaire aux révolutionnaires. Taxés d'« agents de l'impérialisme américain », ces « déviants » ne méritent pas d'exister rapporte Frédéric Martel. L'historien Pierre Rigoulot note que Raúl Castro avait découvert en Bulgarie une thérapie permettant de soigner les homosexuels. Ces derniers devaient visionner un film montrant une relation homosexuelle et quand ils étaient excités par le film, ils recevaient une décharge électrique.. Dans son ouvrage Quand nous étions révolutionnaires, Roberto Ampuero indique que Raul Castro voulait former des révolutionnaires « avec des couilles ». Toutefois, selon l'universitaire américain Jafari Sinclaire Allen, « il ne semble pas y avoir eu de tentative d’y “guérir” l’homosexualité des prisonniers. Les détenus avaient bien quelques rendez-vous avec des “psychologues”, mais il semble que cela ait plus été des formalités administratives qu’une forme de thérapie ».

Conditions de vie Martha Frayde évoque en ces termes ces unités militaires : l'UMAP . Au contraire, l'universitaire américain Jafari Sinclaire Allen récuse l'utilisation du terme de « camps de concentration » pour désigner les UMAP. Durant les premières semaines, les personnes recevaient une instruction militaire mais aucune arme ne leur était confiée. Par la suite, elles devaient effectuer des travaux agricoles une dizaine d'heures par jour, à l'exception du dimanche. L'écrivain Roberto Ampuero rapporte le témoignage d'un ancien prisonnier de l'UMAP. Ce dernier indique avoir été envoyé en détention après la dénonciation d'un membre des comités de défense de la révolution car enfant, il aimait la danse. Dans le camp, les hommes dormaient à plus de cent dans des hangars, entourés de barbelés, mélangés avec des handicapés mentaux et des criminels ; tous les jours, des hommes étaient violésRoberto Ampuero Quand nous étions révolutionnaires. Le poète José Mario, dont les écrits non conformes à l’éthique socialiste le conduisent à passer huit mois dans une UMAPÀ sa sortie des camps, José Mario (1940-2002) s'exile en Espagne., se souvient Pierre Rigoulot Cuba : Six décennies catastrophiquesThierry Wolton Histoire mondiale du communisme: Les victimes.

Selon Mariela Castro, la directrice du CENESEX (organisme de défense des droits homosexuels à Cuba), la façon dont étaient traités les homosexuels variait fortement dans les UMAP. Selon elle, dans certaines ne se produisaient aucun abus, tandis que dans d'autres ils étaient sujets à des traitements dégradants.. Elle considère qu'il ne s'agissait pas de « camps » mais reconnaît la « violation des droits » des détenus. Certains responsables des camps ont été traduits devant des tribunaux militaires et chassés de l’armée..

Selon un rapport de 1967 de l'Organisation des États américains sur les droits de l'homme, plus de sont .. Le rapport conclut que les camps UMAP avaient deux objectifs : et . Le poète Pablo Milanés, lui aussi emprisonné dans les UMAP, évoque Paulo A. Paranagua (journaliste au Monde) « Cuba fait partie de l’échec du socialisme réel », affirme Pablo Milanés, star de la chanson 19 février 2015. Une des punitions les plus courantes consiste à attacher un prisonnier nu à un poteau. Il est alors laissé sans eau et nourriture à la merci des moustiquesJoël Kotek et Pierre Rigoulot Le siècle des camps. Selon les auteurs du Livre noir du communisme pour ..

Disparition des camps Selon Salim Lamrani, les persécutions subies dans les UMAP par certains groupes d'individus (homosexuels et témoins de Jéhovah) suscitèrent des protestations de multiples acteurs de la société civile cubaine, dont en particulier la Fédération des femmes cubaines, présidée par Vilma Espín, et l'Union des écrivains et artistes de Cuba, présidée par Nicolás Guillén. Un rapport rendu par la direction politique des Forces armées conclut au caractère récurrent de ces abus et Fidel Castro ordonne leur fermeture.

Les UMAP sont démantelées à partir de 1968 et des témoignages de leur existence apparaissent en EuropeEn octobre 1966, le Ballet nacional de Cuba est invité à Paris pour participer au Festival de danse de Paris. À cette occasion, dix membres de la troupe demandent l'asile politique pour fuir Cuba et éviter notamment le risque d'être enfermés dans les unités militaires d'aide à la production.. Une partie des soutiens au régime castriste dénonce ces camps de travail forcé et l'Organisation internationale du travail commence à enquêter sur le sujet. Le terme UMAP disparait, mais l'organisation des camps perdure, sans clôtures ni miradors.. Dans les années 1970, sont encore enfermés. Puis, au début des années 1990, les camps et les « chantiers » sont suspendus. Toutefois les prisonniers des prisons traditionnelles continuent de travailler dans les champs. Après la fermeture des camps, les purges visant les homosexuels du Parti communiste cubain continuent ; elles sont condamnées par des intellectuels comme Susan Sontag et Jean-Paul Sartre In Totalitarian Cuba, Ice Cream and Understanding The New York Times, 22 janvier 1995. Ce dernier déclare même que Cité dans le film Conducta Impropria de Néstor Almendros, 1983..

Dans une interview donnée à en 2010, Fidel Castro admet sa responsabilité dans les persécutions lors d'une question à propos des camps de l'UMAP : Lira Saade, Carmen. ""Soy el responsable de la persecución a homosexuales que hubo en Cuba: Fidel Castro"."La Jornada 31 08 2010, n. pag. Web.Quand Castro envoyait les homosexuels dans des camps Les Inrockuptibles, 2 septembre 2010. José-Luis Llovió Menéndez, haut fonctionnaire cubain, indique que Fidel Castro a fait semblant de découvrir la situation des camps UMAPVincent Bloch Cuba un régime au quotidien .

Prisonniers célèbres

Le dramaturge Isis Wirth, La Ballerine et El Comandante, Bourin éditeur, 2013, pages 88 et suivantes., le poète Pablo Milanés ou encore le cardinal Jaime Ortega ont eu à subir des traitements humiliants dans ces camps entourés de barbelés. Le pasteur Orlando Gonzales raconte : Homosexualité: le mea culpa de Fidel Castro rouvre les blessures du passé à Cuba Le Point, 17 septembre 2010. Pablo Milanés considère que les UMAP n'étaient pas une organisation isolée La andanada de Pablo Milanés contra la Revolución Cubana Semana, février 2025 : .. Pour Pablo Milanés, ces camps relèvent de l'alignement du régime castriste sur la politique soviétique, y compris sur les procédés staliniens : .