Le Marais-Vernier est une région naturelle du département de l'Eure en région Normandie. Issue d'un ancien méandre de la Seine, cette région constitue une dépression semi-circulaire de qui regroupe prairies humides, marais, roselières, canaux, mares, étangs, tourbières, courtils et bocages. Cette mosaïque de paysages dans un seul et unique ensemble représente une entité écologique exceptionnelle dans les plaines du Nord-Ouest de l'Europe.
Le Marais-Vernier est riche d’un patrimoine naturel remarquable avec sa flore (arbres têtards, haies de houx, espèces turficoles, etc.), sa faune composée de nombreuses espèces protégées (cigognes, faucons, busards, chouettes, etc.) et son réseau hydraulique (canaux, étangs, mares, etc.). De plus, il abrite une tourbière d'une superficie de près de , qui constitue, en cubage de tourbe, la plus grande tourbière de France.
À plusieurs reprises, des hommes extérieurs à la région ont tenté de le mettre en valeur de manière plus intensive et ce, dans des buts productiviste et économique. Mais, que ce soient les Hollandais au , ou l'État en 1947-1950 (dans le cadre du plan Marshall), ces tentatives ont globalement échoué, notamment à cause des difficultés d'entretien et de l'utilisation de matériels et d'espèces animales peu adaptés au milieu.
Toutefois, l'empreinte laissée par les hommes dans le Marais-Vernier n'est pas sans intérêt puisqu’elle en constitue l'une des plus importantes particularités. En effet, les paysages, tels qu'ils sont connus aujourd'hui, résultent d’une « co-construction Homme-Nature » responsable de la richesse culturelle considérable du site et de la présence d’un patrimoine bâti et architectural de grande valeur.
À partir des années 1970 et au cours des décennies qui suivent, de nombreuses démarches en faveur de la conservation du Marais-Vernier sont menées : création de réserves naturelles nationales, intégration au parc naturel régional des Boucles de la Seine normande, classement en zone Natura 2000, etc. Concrétisation de cet objectif de sauvegarde : le Marais-Vernier a été désigné, le , avec la vallée de la Risle maritime, zone humide d’importance internationale au titre de la convention de Ramsar.
Localisation vignette|Vue des différentes communes du Marais-Vernier|320x320px Le Marais-Vernier est une région naturelle du Nord-Ouest de l'Eure en région Normandie. Amphithéâtre naturel d'une superficie de ., cette région occupe un espace limitée au nord par la Seine et au sud par un coteau de plus de de haut marquant la fin du plateau crayeux du Roumois.. Elle se situe entre Pont-Audemer (au sud) et le pont de Tancarville (au nord).
Son territoire est réparti entre sept communes : Marais-Vernier, Bouquelon, Saint-Ouen-des-Champs, Saint-Thurien, Sainte-Opportune-la-Mare, Saint-Aubin-sur-Quillebeuf et Quillebeuf-sur-Seine.. La commune du Marais-Vernier est la seule à être totalement située dans la cuvette formée par l'ancien méandre correspondant à l'ancien marais. De plus, contrairement à elle, les autres communes sont soit tournées vers la Seine (Saint-Aubin-sur-Quillebeuf et Quillebeuf-sur-Seine), soit tournées vers le plateau du Roumois (Bouquelon, Saint-Ouen-des-Champs, Saint-Thurien et Sainte-Opportune-la-Mare). Ces quatre dernières communes ont d'ailleurs toutes leur centre qui est situé sur le plateau du Roumois et non dans le marais..
Toponymie Le nom de la localité du Marais-Vernier est attesté sous la forme Marescus Warnerii au (cartulaire de Jumièges).Ernest Poret de Blosseville, Dictionnaire topographique du département de l'Eure, Paris, 1877, p. 133 (lire en ligne) ; S. Laurentius de Marisco, sans date (Gallia Christiana) ; La Mare Vernier en 1505; La Mare au Vernier en 1631 (Tassin, Plans et profilz) ; Mares à Vernier en 1648 (La Roque) ; Marais Varnier en 1738 (Saas).
Les formes de 1505, 1631 et 1648 ne se rapportent peut-être pas à ce toponyme mais à un lieu nommé la Mare-Vernier dont on dénombre au moins une occurrence : la Mare-Vernier à Pacy-sur-Eure.
La dénomination de la paroisse a été empruntée à celle du marais. L'élément Warner- représente le nom de personne germanique Warnhari qui a régulièrement évolué en Varnier / Vernier dans cette partie de la Normandie. Ce sont aujourd'hui des patronymes assez communs. On le retrouve également sous la forme Vernier dans le nom de lieu Val-Vernier à Brachy.
L'évolution de la graphie Warnier > Varnier est liée à l'évolution de la prononciation en normand septentrional [w] > [v] au . Ensuite, l'évolution Var- > Ver- est attendue, et due à l'action fermante de [r] en syllabe initiale au Moyen Âge. Cette évolution se manifeste par exemple dans les parlers de la Seine-Maritime et de l'Eure dans les mots lerme < larme; ergent < argent; etc.
L'explication par le nom que l'on rencontre parfois dans des publications non spécialisées en onomastique. n’a pas de fondement. En effet, elle est contredite par les formes anciennes. En outre, l'élément verne aurait été combiné de manière exceptionnelle avec le suffixe -ier, s'il s'agit bien de ce suffixe. Enfin, si le mot verne est commun dans la toponymie occitane et au sud et à l'est du domaine d'oïl, comme il l'est dans les langues de ces régionsLexicographie et étymologie de Vergne, verne, C.N.R.T.L., il est en revanche absent de la toponymie médiévale de la Normandie, où l'on ne recense aucune occurrence de cet appellatif dans l'Eure. Ce mot d'origine celtique (gaulois) n'a pas survécu à la romanisation de cette province.
Histoire Approche géologique La formation du Marais-Vernier remonte aux grandes glaciations du Quaternaire.. Ainsi, au pléistocène inférieur (c'est-à-dire BP), la Seine coulait à environ / d'altitude sur l'emplacement de la future pointe de la Roque. Entre ce qui sera bien plus tard Rouen et Le Havre, le cours du fleuve est très dynamique ; il va développer de nombreux méandres en incisant profondément le plateau crayeux du pays de Caux et du Roumois. Dans la zone où naîtra le Marais-Vernier, le fleuve formait, alors, un méandre en forme de fer à cheval. Il approchait du versant au niveau du lieu-dit la Vallée, puis le longeait jusqu'à la pointe de la Roque..
thumb|right|Coupure de méandre avec formation d'un bras mort
Au Pléistocène moyen et supérieur, vers BP, des transgressions et des régressions successives ont amené au creusement du coteau de pourtour du Marais Vernier.
Vers BP, durant la dernière glaciation, un recoupement du méandre se produit (phénomène correspondant à la jonction des deux coudes formés par le méandre). La capture du méandre, puis la disparition du pédoncule, renvoient le cours principal de la Seine vers le Nord.
Au cours de la transgression flandrienne ( BP), le climat se réchauffe et par la fonte des glaces, entraîne la remontée du niveau marin. Ainsi, la Manche se remet progressivement en eau et l'estuaire de la Seine recule jusqu'à sa position actuelle, un peu avant 8000 BP. Sous l'effet de la mer, des galets et des sables sont poussés et se mélangent, puis se superposent aux cailloutis étalés par le fleuve au cours de la période froide.
À partir de 7500 BP, le marais Vernier devient une vasière intertidale, partiellement isolée par des cordons littoraux qui prennent appui sur les pointes de la Roque et de Quillebeuf, ainsi que sur le dôme crayeux du centre du méandre. L'isolement créé par ces cordons littoraux favorise les dépôts de tourbe. Toutefois, des ruptures occasionnelles ont lieu et permettent l'entrée de vases estuariennes qui se déposent en couches alternant avec des lits de tourbe.
À compter de 5500 BP, les cordons littoraux se consolident, la tourbière se réinstalle et n'est plus, pour la partie médiane et orientale du marais, l'objet d'un recouvrement par des sédiments venus de l'estuaire : l'accumulation ininterrompue de restes végétaux y forme une épaisseur de tourbe de plus de . À l'ouest, une rupture majeure du cordon littoral, vers 4000 BP, conduit au dépôt de sédiments silteux dans la partie ouest du Marais-Vernier. Cette incursion, probablement facilitée par l'existence d'un cours d'eau en pied de coteau, construit un corps sédimentaire en forme de croissant. Ce dépôt a eu pour conséquence un fort compactage (de à ) des niveaux de tourbes qu'il a recouverts. gauche|vignette|300x300px|Une chaumière
À 3900 BP, la tourbière se réinstalle partout au sud des cordons littoraux, la haute mer atteignant alors la cote NGF. La mer continue de monter jusqu'à la fin de l'époque gallo-romaine, atteignant alors à marée haute la cote de NGF, qui est aussi l'altitude moyenne estimée, par comparaison avec d'autres sites, du Marais-Vernier au Moyen Âge. Cette altitude baisse depuis, du fait de l'action humaine - le drainage en particulier -, pour n'être plus que de .
Préhistoire et protohistoire Aucun élément concret ne vient attester la présence éventuelle d'hommes dans le Marais-Vernier au cours des périodes préhistoriques et protohistoriques. En revanche, les terres limitrophes du marais, elles, étaient exploitées depuis le Néolithique. En effet, de multiples artefacts néolithiques (séries lithiques, haches taillées, etc.) ont été mis au jour sur le plateau de Bouquelon. Toutefois, aucun site tangible pouvant laisser envisager une certaine sédentarisation n'y a encore été identifié.
Toujours sur le plateau de Bouquelon, des haches attribuables à l'Âge du Bronze ont été trouvées et la construction de différents sites fortifiés de hauteur datant de l'Âge du Fer y est attestée (les éperons barrés de la Roque, sur la pointe qui domine la Seine, et du Catelet, au Mont-Finet). Des découvertes ont également été faites à Saint-Samson, mais leur interprétation est difficile, d'une part parce que leur localisation est imprécise, d'autre part parce que le territoire de la commune est plus axé sur la vallée de la RisleSaint-Samson-de-la-Roque se situe sur le promontoire séparant le Marais-Vernier de la vallée de la Risle maritime. Elle n'appartient donc pas au Marais-Vernier, mais sa proximité en fait un élément tout de même intéressant à citer..
En conclusion, il est probable que l'homme, fréquentant les plateaux dominant le marais, ait pu y entreprendre des incursions, notamment pour la chasse et la pêche. Mais cette fréquentation n'a laissé aucun témoignage répertorié, ni aucun site identifiable.
Période gallo-romaine La civilisation gallo-romaine est fortement présente dans la vallée de la Seine (notamment en forêt de Brotonne) ainsi que sur le plateau du Roumois. En effet, les communes d'Aizier, Sainte-Croix-sur-Aizier et de Trouville-la-Haule recèlent une forte densité de vestiges datant de cette époque. Cependant, dans les territoires plus à l'ouest, dont le Marais-Vernier, cette densité ne se retrouve pas.
Moyen Âge Du au vignette|340x340px|Vue du Marais-Vernier depuis les coteaux Durant le Moyen Âge, il est fait mention, mais de façon sporadique, de l'abbaye de Pental à Saint Samson (quatre mentions, au total, sont dénombrées). Cette abbaye, qui relevait de l'abbaye-évêché de DolLes vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province, 107 (lire en ligne sur Gallica), a été érigée dans la première moitié du L'Irlande et la Normandie avant les Normands (), Jean-Michel Picard, Annales de Normandie, 1997, volume 47, 11.., au sein d'un fisc, sur un terrain donné à saint Samson par Childebert.
Selon Lucien Musset, le patrimoine foncier de l'abbaye correspondait approximativement "à la future enclave doloise de la Basse Seine qui, telle que nous la connaissons au Moyen Âge et jusqu'en 1790, comprenait les quatre paroisses de Saint-Samson, La Roque, Conteville, le Marais Vernier". Toutefois, son emprise sur les zones marécageuses du marais au n'est pas clairement déterminée. L'abbaye disparaît durant les invasions vikings, mais sous le duché de Normandie et jusqu'à la Révolution, l'évêché de Dol garde la mainmise sur les quatre paroisses précitées.