Afonso Celso de Assis Figueiredo Júnior (Ouro Preto, 1860 - Rio de Janeiro, 1938) était un homme politique, professeur d’université, historien, écrivain et journaliste brésilien.
Élu, dès que terminées ses études de droit, député national pour le Minas Gerais, il renonça cependant à la carrière politique peu après la proclamation de la république pour se consacrer, après son retour d’exil, où il avait suivi la famille impériale, au journalisme, au professorat et à l’histoire, tout en publiant parallèlement des œuvres littéraires en vers et en prose dans la veine romantique. Parmi ses travaux d’historien se signale en particulier un ouvrage sans autre prétention historiographique, mais qui connut une certaine fortune, intitulé Porque me ufano do meu país ( Pourquoi je m’enorgueillis de mon pays) ; ce livre, paru en 1900, dans lequel est développée une vision positive et exaltée du Brésil, et où l'auteur exprime sa foi dans les capacités et les atouts du pays, est à situer dans le contexte de la discussion en cours dans les dernières décennies du sur les perspectives de développement du Brésil et venait explicitement s’inscrire en faux contre la vision pessimiste de certains auteurs qui tenaient que le Brésil souffrait de tares irréductibles (notamment raciales) lui interdisant de se hisser au premier rang des nations.
Biographie
Né à Ouro Preto, pour lors capitale du Minas Gerais, Afonso Celso eut pour père le vicomte d’Ouro Preto, dernier président du Conseil des ministres de l’Empire, et pour mère Francisca de Paula Martins de Toledo, fille du conselheiro Joaquim Floriano de Toledo, qui fut colonel de la Garde nationale et président de la province de São Paulo à six reprises.
En 1880, il se diplôma à la faculté de droit de l’université de São Paulo, en soutenant une thèse sur le droit de la révolution.
À l’âge de 21 ans, à peine eut-il quitté les bancs de la faculté de droit, qu’il réussit à se faire élire député général (=national) du Minas Gerais, inaugurant le premier de quatre mandats successifs (1881-1889). À l’Assemblée générale, il exerça les fonctions de secrétaire, et se signala par ses idées libérales et son caractère impétueux et combattif.
Avec la proclamation de la république en , il résolut, par solidarité avec son père, et quoiqu’ayant pris une part active aux campagnes abolitionnistes et républicaines, d’accompagner son père sur le chemin de l’exil, à la suite du départ de la famille impériale pour le Portugal.
Revenu au Brésil en 1892, mais s’étant ainsi éloigné de la politique (il renoncera définitivement à l’activité politique en 1903), il préféra désormais se vouer à son métier d’avocat, à l’enseignement du droit, aux belles lettres et au journalisme, publiant durant plus de 30 ans des articles dans de nombreux journaux cariocas et paulistas, dont Jornal do Brasil, qu’il cofonda, et Correio da Manhã, ainsi que dans la revue Revista Braziléa. Il fut titulaire de la chaire d’économie politique à la faculté des sciences juridiques et sociales de Rio de Janeiro et recteur de l’université fédérale de Rio de Janeiro de 1925 à 1926.
En 1892, il devint membre effectif de l’Institut historique et géographique brésilien (IHGB), dont il sera élu, après y avoir été orateur officiel durant près de dix ans, au poste de président perpétuel, succédant au baron de Rio Branco à la suite de la mort de celui-ci en 1912, et occupant ce poste jusqu’en 1938, c’est-à-dire pendant près de trois décennies. Il fut aussi l’un des membres fondateurs de l’Académie brésilienne des lettres.
Fervent catholique, il se vit conférer en 1905 le titre nobiliaire de comte romain par le Vatican. De militant politique qu’il avait été dans sa jeunesse, il bascula dans le militantisme religieux dans sa maturité. Patriote exalté, il appartint à ces hommes dont l’idéologie associait eschatologie, nationalisme et romantisme.
Il laissa une vaste œuvre, dans le domaine tant littéraire qu’historique ; l’un de ses ouvrages, Por que me ufano de meu país ( Pourquoi je m’enorgueillis de mon pays), paru en 1900, traduit et réédité pendant plusieurs décennies, fit naître le néologisme ufanismo, qui connut une certaine fortune, et fut à l’origine d’une sorte de culte d’amour à la patrie brésilienne, mais aussi au centre de vives discussions dans le pays.
Œuvre littéraire
À l’âge de 15 ans, Afonso Celso publia Os Prelúdios (les Préludes), petite collection de poésies d’esprit romantique, à laquelle feront suite plusieurs autres recueils. Afonso Celso fut aussi l’auteur de plusieurs romans et récits.
Travaux d’historien
Afonso Celso laissa une œuvre d’historien étendue, laquelle comprend, outre sept livres traitant pour l’essentiel d’événements politiques du règne de Pierre II ou évoquant les années d’exil de l’empereur, un grand nombre de discours, de biographies, de nécrologies et de monographies parues dans la revue de la Maison de la mémoire nationale (Casa da Memória Nacional, autre nom de l’IHGB).
Cependant, l’historiographie brésilienne tend à dédaigner ses écrits, à telle enseigne que Sérgio Buarque de Holanda p.ex., dans sa synthèse intitulée O pensamento histórico no Brasil nos últimos cinqüenta anos ( la Pensée historique au Brésil des cinquante dernières années), rédigée spécialement pour le Suplemento Cultura Brasileira du journal carioca, Correio da Manhã, omet de seulement mentionner le nom d’Afonso Celso ; seul José Honório Rodrigues, dans son classique Teoria da história do Brasil de 1949, le jugea digne d’une référence, en l’espèce se rapportant à une brève communication intitulée O poder pessoal do Imperador ( le Pouvoir personnel de l’Empereur) et prononcée par Celso devant le Congrès d’histoire nationale, qui avait été organisé par l’IHGB en 1914. D’autres chercheurs et intellectuels au contraire le citent fréquemment, notamment le philosophe João Cruz Costa, dans sa Contribuição à história das idéias no Brasil, et le critique littéraire Wilson Martins, dans son História da inteligência brasileira, le premier s’appuyant sur une contribution de Celso, Oito anos de parlamento, pour tracer le cheminement des principes républicains dans les dernières années de la monarchie, le second voulant souligner le rôle joué par Celso dans le paysage culturel brésilien, en particulier dans la diffusion des idées nationalistes durant la décennie 1910-1920 — du reste, Wilson Martins ira jusqu’à lui décerner le titre de « chef vénérable du nationalisme brésilien ».
Le concept de destin dans l’Histoire
En tant qu’historien, Afonso Celso prétend ordonner, non seulement les faits du passé, mais aussi ceux du futur. Les événements, qui de prime abord se présentent comme une simple succession chronologique, un enchaînement de faits, acquièrent chez lui le caractère d’un destin tracé à l’avance, par l’effet de la règle et du compas de la Providence. Afonso Celso se montrait, dans sa rhétorique, adepte d’une histoire rationnellement intelligible ; articulant ensemble raison et foi, il s’appliqua à mettre en lumière la volonté divine et à en discerner plus clairement le tracé. Selon sa perception, l’histoire se déroule d’une façon linéaire, en accord avec une loi de développement général. Tous les événements, toutes les situations et tous des individus se produisent ou agissent en relation avec ce flux, dont ils reçoivent en définitive leur signification. Au sujet des succès obtenus par le baron de Rio Branco lors de la guerre de l'Acre, par exemple, Afonso Celso affirma : « […] C’est dans le passé, dans les vieilles archives, que son Excellence trouva les armes de son triomphe ». Certes, il s’empressera, un peu plus loin, de préciser que de telles ressources ne suffisent pas à elles seules à résoudre le problème intriqué des démarcations du territoire national ; mais si l’action de Rio Branco réussit, ce ne fut, en dernière analyse, que parce que « […] la Providence en vérité lui permit que, matériellement, s’accrût la terre bien-aimée… ».
Afonso Celso amalgamait la vision de Bossuet à celle, catastrophique, de Joseph de Maistre : comme le premier, il admettait que Dieu se reposait sur les hommes eux-mêmes de la tâche de corriger leurs actes, mais comme le second, il supposait que la Providence, pour sauver l’humanité, usait du châtiment expiatoire.
Dans une telle conception de l’histoire, la Providence œuvre en toutes parts, mieux même, elle se montre toujours diligente et agissante. Il s’ensuit que la cause première ainsi que les causes dernières peuvent être invoquées comme raison d’être de tout événement et de toute situation. Aussi, tel un oracle, Afonso Celso s’enhardissait-il à faire des prédictions sur l’avenir. Le discours de bienvenue qu’il adressa aux délégués étrangers lors de la cérémonie d’ouverture du Premier Congrès international d’histoire d’Amérique, en 1922, apparaît à cet égard représentatif et mérite d’être rappelé. Au début de son allocution, s’autorisant d’une célèbre phrase de Turgot, « l’Amérique est l’espoir du genre humain », il met en contraste la sérénité de la situation politique dans l’hémisphère américain et la conflictuelle marche des événements dans l’Europe de l’entre-deux-guerres, pour ensuite méditer sur la destinée du continent américain :
Dieu, converti de la sorte en moteur de l’histoire, ne cessera d’être nommé, invoqué et évoqué dans chaque réflexion d’Afonso Celso, dont les discours prenaient ainsi l’allure d’une succession d’oraisons et de professions de foi. Cependant, resté adepte du doute méthodique, observant les règles de la critique, et imprégné d’un providencialisme rationnel, Afonso Celso professait une conception de l’histoire où la foi s’évertuait à se concilier avec la science.
Ufanismo
Le terme ufanismo fut forgé à partir du titre d’un livre d’Afonso Celso, Por que me ufano de meu país ( Pourquoi je m’enorgueillis de mon pays), lequel parut en 1901 à l’occasion du quatrième centenaire de la découverte du Brésil et que l’auteur lui-même qualifia de « léger travail de vulgarisation » composé à l’intention du jeune public. Ce néologisme est défini dans les principaux dictionnaires de langue portugaise comme « orgueil exacerbé de la patrie », « patriotisme excessif »Dicionário Houaiss da Língua Portuguesa, éd. Objetiva, Rio de Janeiro 2001. Cité par ., ou encore comme « attitude, point de vue ou sentiment de ceux qui, influencés par le potentiel des richesses brésiliennes, par les beautés du pays, etc., en tirent gloire, démesurément »Novo Aurélio Século XXI, éd. Nova Fronteira, Rio de Janeiro 1999, éd.), cité par .. Dans la plupart des acceptions assignées au vocable ufanismo sont clairement perceptibles les aspects d’exacerbation ou de démesure, vestiges sans doute du ton hyperbolique qui caractérise l’ouvrage d’Afonso Celso. Pour Antônio Dimas, ce livre finit par devenir « synonyme d’optimisme irrationnel et emblème d’un nationalisme poisseux, car il prêchait une adhésion irréfléchie au pays, en même temps qu’il exhumait une rhétorique grandiloquente et romantique, qu’à tort l’on donnait déjà pour morte et enterrée sous les coups du scientisme en vigueur depuis 1870 » Antônio Dimas, A encruzilhada do fim do século, dans : Ana Pizarro (dir.), América Latina: Palavra, Literatura e Cultura, vol. 2. A Emancipação do Discurso, éd. Memorial, São Paulo ; UNICAMP, Campinas 1994, p. 542.. En effet, quelque effort que fît l’auteur pour mettre en avant, selon ses propres paroles, « des raisons solides et convaincantes » pour lesquelles l’amour de la patrie brésilienne ne serait point « irréfléchi et aveugle, mais au contraire raisonné, corroboré par l’observation », son zèle effréné à vouloir affirmer sur tous les plans la « supériorité du Brésil » demeure flagrante.