La Faisanderie désigne une forêt et sa maison forestière, un ancien parc intégralement entouré d'un mur, un domaine de chasse et d’élevage de faisans et aujourd’hui une zone d’activités situés sur les territoires communaux de Saverne, Monswiller et Steinbourg. Dans le prolongement du « petit parc » du château de Rohan, ancienne résidence des princes-évêques de Strasbourg, le « grand parc » fut converti en faisanderie au par Armand-Gaston-Maximilien de Rohan. Avec la réalisation du grand chemin de Steinbourg, la plus grande partie de la forêt au sud du chemin sera dénommée « grand parquet » et prendra le nom de Faisanderie jusqu’à aujourd’hui. Le « petit parquet » au nord du chemin comporte une grande pièce d’eau appelée « le Canal » qui s’étendait du château épiscopal jusqu'à Steinbourg, intégré aujourd’hui dans le canal de la Marne au Rhin. Comme il le raconte dans son œuvre autobiographique, Poésie et vérité., Johann Wolfgang von Goethe vint à Saverne à cheval avec deux amis de Bouxwiller pendant l’été 1770: il découvrit les jardins baroques, le parc et le canal du château épiscopal.. Ce n’est pas le château actuel construit en 1779 qu’il admirera mais celui des précédents princes-évêques bâti en 1670. Le deuxième jour de son séjour à Saverne, Goethe monte le col de Saverne pour voir le paysage et les aménagements baroques du petit et grand parc bordés par le canal de plaisance. Il écrit son ressenti dans Poésie et vérité au livre en ces termes : Les princes-évêques de Strasbourg de la maison de Rohan, proches des grands du royaume de France,firent comme tous les grands princes de l'époque : imiter le château de Versailles et son parc créé en 1668, traversé dès 1677 par des allées rectilignes et ceint de murs de clôture munis de grilles aux portes d'accès. Les termes utilisés comme « Grand Parc » et « Petit Parc » sont également calqués sur la terminologie en vogue au château du roi-soleil. À quelques kilomètres de Saverne, le comte Johann Reinhard III de Hanau-Lichtenberg avait aménagé dès 1701 un jardin, un potager et deux faisanderies. au-dessus du château de sa résidence à Bouxwiller, capitale locale du Comté de Hanau-Lichtenberg. Les faisanderies se ressemblent pratiquement toutes dans le secteur ; l'une est fermée et l'autre non. On y trouve un pavillon pour le faisandier, des courettes grillagées et des loges d'élevage pour les faisans. Un autre exemple célèbre se trouve à la Faisanderie créée en 1730 par le duc de Lorraine, futur empereur des Romains, François III, au Château de Lunéville, maintenue par son successeur Stanislas Leszczynski.
Localisation
Dimensions Le grand parc des princes-évêques, petit et grand parquet, était plus vaste qu’aujourd’hui. La Faisanderie est une partie de la forêt Monsau d’une superficie de contigüe avec la Forêt de Steinbourg (). La forêt seigneuriale de Monsau sur la commune de Monswiller a une superficie de . La forêt de Kreutzwald () est une chênaie qui était à l’époque une extension du parc de chasse des princes-évêques. Aujourd’hui, les différentes zones d’activités industrielles ont rogné le massif forestier dans sa partie occidentale et septentrionale. En gros, si l’on emprunte la route D 421 de Saverne vers le rond-point de Waldolwisheim, on a une longueur de en bordure de forêt continue et sur la route D 83 vers Steinbourg, la route borde le massif forestier sur . Cela représente un peu moins de quand on a retranché la zone défrichée de la société Kuhn.
Géographie Formations géologiques Le sous-sol de la plus grande superficie de la forêt est composé d'alluvions anciennes vosgiennes de la glaciation de Mindel au Pléistocène.. D'un point de vue lithographique se succèdent dans ce secteur calcaire, alluvions, argile, limon, argile et galets. Quelques îlots sont géologiquement différents: Au sud-ouest, à proximité de la maison forestière de Kreutzwald et de la D1404, il s'agit de calcaire à térébratules du Muschelkalk supérieur ; Au sud-ouest, autour de la maison forestière de la Faisanderie et le long de la route de contournement donnant accès à l'autoroute A4, le terrain est composé de colluvions de lœss et de lœss soliflués datant du Pléistocène jusqu'à l'Holocène (Lithologie: colluvions, lœss, alluvions, limon, argile) ; À l'ouest de la forêt, à l'actuel Martelberg devenu zone d'activités commerciales et industrielles, ce sont des couches à cératites du Muschelkalk supérieur qui affleurent à cet endroit ; Au nord, des deux côtés du canal de la Marne au Rhin, le long de la D16 et dans la zone d'activités du Zornhoff, les terrains est composé d'alluvions des basses terrasses Riss à Würm du Pléistocène moyen (Lithologie: Alluvions, lœss, sables, limon, gravier). La forêt est par conséquent installée sur deux types de formations géologiques, calcaires et marnes d’un côté, sables et limons alluviaux de l’autre.. Les stations forestières contrastent entre des zones calciclines et des zones acidiclines et les conditions de fertilité y sont globalement bonnes. Essences majoritaires de la forêt thumb|Une allée de la forêt de la Faisanderie.
La forêt de la Faisanderie est une forêt équienne dont les peuplements actuels plutôt jeunes forment des massifs forestiers à couvert clair. Il s’agit de perchis à futaie. de bois moyens, denses et de bonne qualité. L’essence très dominante est le chêne sessile et les espèces subordonnées sont à des degrés divers : le hêtre ; le tilleul à petites feuilles ; l’érable plane ; le merisier ; le charme ; le frêne ; l’orme champêtre ; le pin sylvestre ; le mélèze. À l’époque du parc de chasse des princes-évêques, les allées rectilignes étaient bordés de tilleuls, de marronniers et de chênes. On observe également quelques mélèzes en bordure de la route asphaltée qui relie la maison de la Faisanderie à la route départementale.
Gestion et aspects écologiques vignette|upright=0.5|Îlots de vieillissement, forêt de la Faisanderie, Saverne. La gestion des forêts publiques en Alsace est basée sur des schémas régionaux d'aménagement forestier en faveur de la biodiversité.. Outre les actions ordinaires visant à conserver une trame intraforestière de vieux bois, l’accent est mis sur la création d'Îlots de vieillissement et de sénescence. Des îlots de vieillissement ont été créés dans la forêt de la Faisanderie au moment du déclassement de forêt de protection d’une partie de la forêt pour permettre l’extension du site industriel de l’entreprise « Kuhn 2 ». Des panneaux informent les promeneurs qu’.
Histoire thumb|S. Em. Armand-Gaston-Maximilien de Rohan-Soubise, cardinal de Strasbourg. La forêt de la Faisanderie appartenait à l’origine à l’abbaye d’Andlau. Avant 1730, elle était composée de futaies, taillis et broussailles au sein desquels plusieurs arpents ont été ensemencés de céréales. À l’origine le parc de la Faisanderie à proprement parler, donc sans le bois de Steinbourg et la forêt de Monsau, fut en grande partie entouré d’une palissade. Un peu plus tard, un mur entoura complètement le parc. Il n’existe plus aujourd’hui ; il ne reste que le mur en pierres sèches de l’enclos d’élevage des faisans à l’emplacement actuel de la maison forestière de la Faisanderie.
Les propriétaires de la Faisanderie Le Tiergarten du château des princes-évêques de Strasbourg à Saverne servait aux chasses princières de la cour et des invités de François-Egon de Fürstenberg (1663-1682) et de Guillaume-Egon de Fürstenberg (1682-1704). Quatre cardinaux issus de la maison de Rohan se sont succédé sur le siège épiscopal de Strasbourg de 1704 à 1801. Ils avaient également leur résidence à Saverne et firent construire le nouveau château des Rohan à la suite d'un incendie qui a gravement endommagé le bâtiment précédent datant du . Il s’agit des prélats suivants. : Armand-Gaston-Maximilien de Rohan (1704-1749) Armand de Rohan-Soubise (1749-1756) Louis Constantin de Rohan (1756-1779) Louis René Édouard de Rohan (1779-1801)
Comme tous les biens du clergé, le château de Saverne est nationalisé en , le parc est démantelé et les jardins du château laissés à l’abandon..
Chasses princières Depuis 1719, la Faisanderie devint un parc de chasse qui n’a pas été créé ex nihilo pour les princes-évêques résidant au château de Saverne. Il existait déjà auparavant le domaine de chasse désignée en langue allemande par « Tiergarten », terme qu’on connaît davantage pour le parc au centre même de Berlin. Le , le cardinal Armand-Gaston-Maximilien de Rohan promulgua un règlement de chasse pour cette domaine giboyeux afin d’annuler les permissions de chasse sur les terres de l’évêché de Strasbourg dont certains chasseurs auraient abusé auparavant. Ce ne fut pas la fin des permissions spéciales pour chasser dans le bois de la Faisanderie, cela revint à redémarrer une nouvelle phase où le cardinal se réserva d’abord le droit d’accorder de nouvelles permissions et finança ensuite une équipe de garde-chasses pour verbaliser les contrevenants, appréhender les braconniers ou détruire les pièges posés par ceux-ci. En dehors des garde-chasses, le cardinal fit appel à des garenniers et des faisandiers. Des territoires de chasse étaient aménagés à proximité directe du château. En 1716, Armand Gaston de Rohan avait fait aménager une garenne en contrebas du château du Haut-Barr destinée à l’élevage des lapins ; il reste aujourd’hui encore des vestiges de cette garenne entourée d’un mur. Une partie de la forêt de la Monsau, à l’est du château épiscopal, fut attribuée à l’élevage et à la chasse des faisans. Le parc de la Faisanderie sera complètement entouré d’un mur à partir de 1730 et sa surface totale intra-muros atteignait environ . Dès qu’une chasse était annoncée, garenniers et faisandiers lâchaient lapins et faisans pour être sûr que le gibier ne manquerait pas quand les invités de marque du cardinal arriveraient dans les bois pour les plaisirs cynégétiques très en vogue à l’époque. À partir , le droit de chasse aristocratique fut supprimé. Il faudra attendre la loi du pour que le braconnage soit réprimé et les nouveaux règlements de chasse soit promulgués en fonction du droit de propriété.
Faisanderie sauvage et enclos On distingue généralement les faisanderies sauvages des faisanderies d’élevage. Les faisans sont soit sauvages, soit domptés et dociles. Le terme utilisé dans les anciens actes germanophones pour Saverne parlent clairement d’une « wilde Fasanerie », donc sauvage. Le faisandier ne s’immisce pas trop dans la vie des faisans qui sont pour une grande part livrés à eux-mêmes. En revanche, il doit veiller à écarter les prédateurs naturels des volatiles. C’est là sa tâche principale. Le faisandier cumule les casquettes car il est le plus souvent attaché au service des forêts. Dans le domaine de chasse épiscopal de Saverne, il porte le titre de « brigadier-forestier de la forêt de la Faisanderie ». La faisanderie épiscopale répondait aux critères. de rentabilité qu’on attend d’un tel domaine de chasse à tir : Un terrain plat, plutôt orienté vers le sud, pas trop exposé au froid ; des zones légèrement ou fortement humides plus ou moins grandes dans et autour de l’enclos ; des arbustes à baies, des prés, des champs et de l’eau ; un mur ou un enclos en bois ; des pièges pour les prédateurs.